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Posts Tagged ‘s’enquérir’

JE SUIS LE SEUL ÊTRE ICI-BAS DONT NE S’ENQUIERT (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017




    
JE SUIS LE SEUL ÊTRE ICI-BAS DONT NE S’ENQUIERT

Je suis le seul être ici-bas dont ne s’enquiert
Nulle langue, pour qui nul oeil n’aurait de pleurs;
Jamais je n’ai fait naître une triste pensée,
Un sourire de joie depuis que je suis née.

En de secrets plaisirs, en de secrètes larmes,
Cette changeante vie s’est écoulée furtive,
Autant privée d’amis après dix-huit années,
Oui, solitaire autant qu’au jour de ma naissance.

Il fut jadis un temps que je ne puis cacher,
II fut jadis un temps où c’était chose amère,
Où mon âme en détresse oubliait sa fierté
Dans son ardent désir d’être aimée en ce monde.

Ceîa, c’était encore aux premières lueurs
De sentiments depuis par le souci domptés;
Comme il y a longtemps qu’ils sont morts! A cette heure,
A peine je puis croire qu’ils ont existé.

D’abord fondit l’espoir de la jeunesse, puis
De l’Imagination s’évanouit l’arc-en-ciel,
Enfin m’apprit l’expérience que jamais
La vérité n’a crû dans le coeur d’un mortel.

Ce fut cruel, déjà, de penser que fes hommes
Etaient tous creux et serviles et insincères,
Mais pire, ayant confiance dans mon propre coeur,
D’y déceler la même corruption à l’oeuvre.

***

I AM THE ONLY BEING WHOSE DOOM

I am the only being whose doom
No tongue would ask, no eye would mourn;
I never caused a thought of gloom
A smile of joy, since I was born.

In secret pleasure, secret tears,
This changeful life has slipped away,
As friendless after eighteen years
As lone as on my natal day.

There have been times I cannot hide,
There have been times when this was drear,
Where my sad soul forgot its pride
And longed for one to love me here.

But those were in the early glow
Of feelings since subdued by care;
And they have died so long ago,
I hardly now believe they were.

First melted off the hope of youth,
Then Fancy’s rainbow fast withdrew;
And then experience told me truth
In mortal bosoms never grew.

‘Twas grief enough to think mankind
All hollow, servile, insincere;
But worse to trust to my own mind
And find the same corruption there.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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DE LA TOUR (Mario Luzi)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017




    
DE LA TOUR

Cette terre grise lissée par le vent dans ses croupes,
dans son galop vers la mer,
dans sa ruée de troupeaux sous les dômes
et les contreforts de l’intérieur, vue
dans le vertige depuis les glacis, file
la lumière, file de mystérieuses années-lumière,
file un seul destin de multiples façons,
dit : « regarde-moi, je suis ton étoile »
et en cet instant s’enfonce plus profond
dans le coeur l’épine de la vie.
Cette terre toscane nue et pure
où court la pensée de celui qui reste
ou qui, issu d’elle, s’en éloigne.

Mes années, plus de quarante, essaiment toutes
hors de leur nid d’abeilles. Elles cherchent
ici plus qu’ailleurs leur pain, s’enquièrent
de nous, de vous murés dans la croûte
de ce corps lumineux. Et persiste,
persiste à pulluler la mort — la vie —
tendre et hostile, claire et inconnaissable.

Voilà ce que l’oeil saisit de cette tour de guet.

***

DALLA TORRE

Questa terra grigia lisciata dal vento nei suoi dossi
nella sua galoppata verso il mare,
nella sua ressa d’armento sotto i gioghi
e i contrafforti dell’interno, vista
nel capogiro dagli spalti, fila
luce, fila anni luce misteriosi,
fila un solo destino in moite guise,
dice : « guardami, sono la tua stella »
e in quell’attimo punge più profonda
il cuore la spina della vita.
Questa terra toscan brulla e tersa
dove corre il pensiero di chi resta
o cresciuto da lei se ne allontana.

Tutti i miei più che quarant’anni sciamano
fuori del loro nido d’ape. Cercano
qui più che altrove il loro cibo, chiedono
di noi, di voi murati nella crosta
di questo corpo luminoso. E seguita,
seguita a pullulare morte e vita
tenera e ostile, chiara e inconoscibile.

Tanto afferra l’occhio da questa torre di vedetta.

(Mario Luzi)

 

Recueil: Dans l’oeuvre du monde
Traduction: Philippe Renard, Bernard Simeone
Editions: Editions Unes

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Au bureau de l’état civil (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2017



 

au bureau de l’état civil
on s’est enquis de tout
sauf de mon état

(Abbas Kiarostami)

 

 

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Je voudrais vivre sur une île (Li Chin-fa)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2016



Je voudrais vivre sur une île faite d’écumes de mer.
De sable j’ornerai mes bras, tels les sauvages avec leurs bracelets d’or.
Lorsque viendra la mouette, je m’enquerrai de son coeur brisé.
J’y verserai tout le sang du monde;
Frère et soeur, nous dormirons dans son sein.

(Li Chin-fa)

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Premier adieu (Friedrich Nietsche)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2015




Premier adieu

Les étoiles s’avancent tristement
au ciel nu
les vents demandent avec détresse,
pourquoi je suis si calme.

Et la fenêtre déverse
l’éclat de la pleine lune,
ô rayons chéris, apaisez
mon coeur et sa peine !

Je ne sais si je dois rire, plaisanter,
ou pleurer ici —
mes yeux sont emplis de douleur
mais aussi d’ironie amère.

Et mes mains passent
ici et là presque en tremblant,
et mes pensées s’élargissent
à l’infini comme une mer.

J’ai entendu tinter les cloches
brièvement vers minuit.
Cela veut dire à présent pour moi
qu’on a fait une tombe.

On a enterré une année,
le nouvel an s’annonce.
On a enterré mon coeur,
et nul ne s’est enquis de moi.

(Friedrich Nietsche)

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