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Poésie

Posts Tagged ‘s’enraciner’

La Femme de Loth (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Illustration: Marvin Haye

La Femme de Loth

La femme de Loth regarda en arrière,
et elle devint une statue de sel
Genèse 19, 2.6

Et le Juste marchait derrière l’ange de Dieu
Immense et lumineux sur la montagne noire
Mais la détresse parlait fort à sa femme:
Non, il n’est pas trop tard, tu peux encore la voir
Ta Sodome natale, ses tours rouges,
La place où tu chantais, la cour où tu filais,
Et les fenêtres vides de la haute maison
Où tu as donné des enfants à ton mari bien aimé.
Elle se retourne — frappés soudain d’une douleur mortelle,
Ses yeux déjà s’aveuglent,
Et son corps se raidit, sel transparent,
Et ses jambes rapides dans la terre s’enracinent.

Qui pleurera cette femme ?
Quelle importance a-t-elle ?
Mais mon coeur, lui, jamais n’oubliera
Celle qui, pour un regard, donna sa vie.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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L’oeil de la solitude (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2019



Illustration: Odilon Redon
    
L’oeil de la solitude
surveille l’amour.

L’amour ne devrait pas être surveillé
mais quelquefois il dévaste ce qu’il aime,
ravage ce qu’il n’aime pas
ou se détruit lui-même.

L’amour a toujours été un danger pour l’homme,
peut-être aussi pour les dieux.
L’amour a besoin de surveillance.
Même la fleur a besoin de surveillance.

Et seule l’inébranlable solitude
qui s’enracine en nous comme une dure vigie
peut nous sauver de ces furies
tandis qu’elle veille sur ses abîmes.

D’ailleurs cet oeil de solitude concentrée
n’est-il pas aussi une autre sorte d’amour,
sa manière la plus réservée et juste ?

***

El ojo de la soledad
vigila al amor.

El amor no debería ser vigilado,
pero a veces devasta lo que ama,
asuela lo que no ama
o se destruye a sí mismo.

El amor siempre ha sido un peligro para el hombre,
quizá también para los dioses.
El amor necesita vigilancia.
Hasta la flor necesita vigilancia.

Y sólo la soledad inquebrantable
que se afinca en nosotros como un duro vigía
puede salvarnos de esas furias
mientras custodia sus abismos.

Además ese ojo de concentrada soledad
¿no es también otra especie de amor,
su forma mas recatada y cierta?

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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J’aimai d’un coeur aveugle je ne savais qui (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




Je savais peu de toi, moins encore de moi,
J’aimai d’un coeur aveugle je ne savais qui,
Ni où le regard de l’amour s’enracinait,
Ignorante qui t’ai adoré et blessé.

***

Little of what you were, less of myself I knew,
Loved with my blind heart I knew not who,
Nor from what root love’s recognition grew,
Who in my ignorance worshipped and wounded you.

(Kathleen Raine)

Illustration: Kilburne George Goodwin

 

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Le silence de la beauté (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018



 

 

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Le silence de la beauté:
merveilleux langage du néant
tandis que la vérité s’enracine
du côté imprononçable
du silence

(Michel Camus)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Comprendre vraiment ce qu’est être ici (Lorand Gaspar)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018



comprendre vraiment ce qu’est être ici
nuage, martinet, homme ou caillou —
c’est ainsi dans les moments les plus simples
que le dire s’enracine en son vivre —
puisse la saveur du jour dans la gorge
portée par l’ouverture trouvée,
pour d’autres parmi les herbes renaître

(Lorand Gaspar)

Découvert chez Lara ici

 

 

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«Rien n’est » (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



«Rien n’est », c’est le mot de passe
de l’esprit étouffé par la matière,
mâchant tout ce qui passe à sa portée.

Toujours plus d’engloutissement,
d’avidité. Elle ramène chacun
au même instant du rien.

La seule issue est l’obscure prière,
l’obscure et muette prière,
filtrant d’une Source ignorée.

Flamme infinie, dont la mèche
s’enracine dans la nuit
de l’esprit, qui sans elle se dessèche

au contact de l’être absent.

(Jean Mambrino)


Illustration

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CHOSES ILLICITES (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018



CHOSES ILLICITES

L’EAU continue de couler—
La grive de chanter

pourtant
au bord du ciel

au fin fond
du lointain

se mêlent…
… les échos du canon !

Dont le silence rappelle
de vallée

en vallée à la paix
de même que les poèmes conservent

le langage
d’anciennes extases.

les éclairs et les bruits de la guerre ;
demeures dont les chambres
sont les plus froides que l’on puisse imaginer,

ils sont partis tous ceux que nous aimions,
les lits restent vides, les divans
moites, les chaises inutiles —

Allez cacher tout cela quelque part
hors de l’esprit, que cela s’enracine
et pousse, à l’écart

des oreilles et des yeux jaloux — pour soi-même.
Dans cette mine, ils viennent tous creuser.
Est-ce la souche de la plus douce

musique ? La source de la poésie qui
voyant la pendule arrêtée, dit
La pendule s’est arrêtée

qui hier encore marchait si bien ?
et elle entend le clapotis de l’eau du lac
— qui maintenant est devenue de pierre.

***

ILLEGITIMATE THINGS

WATER still flows —
The thrush still stings

though in
the skirts of the sky

at the bottom of
the distance

huddle…
…echoing cannon !

Whose silence revives
valley after

valley to peace
as poems still conserve

the language
of old ecstasies.

the flashes and booms of war ;
houses of whose rooms
the cold is greater than can be thought,

the people gone that we loved,
the beds lying empty, the couches
damp, the chairs unused —

Hide it away somewhere
out of the mind, let it get roots
and grow, unrelated to jealous

ears and eyes — for itself.
In this mine they come to dig — all.
Is this the counterfoil to sweetest

music ? The source of poetry that
seeing the clock stopped, says,
The clock has stopped

that ticked yersterday so well ?
and hears the sound of lakewater
splashing — that is now stone.

(William Carlos Williams)
Illustration: ArbreaPhotos

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Arbre tu me regardes (Anne Goyen)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018



Illustration: Chaude Diy
    
Arbre
Tu me regardes

Tu me regardes
Jusqu’au tréfonds
Où s’enracine ma joie

Arbre
Tu m’ouvres

Tu m’ouvres
A la vérité de l’un
Et du multiple

Arbre
Tu me ramènes
Au chant de la Création
Au silence
D’avant le chant

Arbre
Ensemble nous murmurons
Nous murmurons
Pour l’Absent
Qui nous relie.

(Anne Goyen)

 

Recueil: Arbres, soyez
Traduction:
Editions: Ad Solem

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MESSAGE (Salvador Espriu)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018



Illustration
    
MESSAGE

— Des lointaines rives glacées,
de la mémoire fidèle de la nuit, où ne s’enracine
le rêve errant de l’espérance,
elle vient te chercher, te chercher, petit homme.

Vois t’envelopper le triomphe des asphodèles,
vois s’avancer la dame
sans yeux, la barque
du vieillard solitaire.

Elle vient te chercher, te chercher. Te montrer,
sur tout le silence de la mer, le royaume
fidèle de la nuit, où fleurissent
faiblement, triomphales, les asphodèles.

***

— De llunyanes riberes glaçades,
de la memòria fidel de la nit, on no arrela
el somni vagarós de l’esperança,
ve per tu, ve per tu, petit home.

Mira corn et volta el triomf deis asfòdels,
mira corn avança la dama
sense ulls, la barca
del veil solitari.

Ve per tu, ve per tu. A mostrar-te,
per tot el silenci del mar, el reialme
fidel de la nit, on floreixen
pal lidament, en triomf, els asfòdels.

(Salvador Espriu)

 

Recueil: Cimetière de Sinera
Traduction: Mathilde et Albert Bensoussan et Denise Boyer
Editions: Ibériques

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Le silence (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2018


Le silence

Ecoutez-le.
Il vous écoute
comme s’il était votre souffle
Regardez-le.
Il vous regarde
comme s’il était votre regard
Si l’on s’en approche, il s’approche
Si l’on s’en éloigne, il s’éloigne
Si l’on prend racine en lui,
c’est en nous qu’il s’enracine

Signe inouï de merveilleux,
le silence

(Michel Camus)

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