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PALE ET LENTE, SI PALE EN SA ROBE D’ÉTÉ… (André Rivoire)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2019



Christophe Gilbert la mariée aux gants [800x600]

PALE ET LENTE, SI PALE
EN SA ROBE D’ÉTÉ…

Pâle et lente, si pâle en sa robe d’été,
Si lente en ses langueurs, oh ! si pâle et si lente,
Elle va promenant sa douleur nonchalante,
Par les prés sans parfum, sous le ciel sans clarté.

Et voici qu’en son cœur, serré d’une agonie,
L’adieu d’un cor se traîne en de mornes abois…
Oh ! s’en aller ainsi, quand les feuilles des bois
S’entassent, pour mourir, parmi l’herbe jaunie !

Mourir aussi, mourir avec les feuilles d’or,
Dans la douceur et la tristesse de l’automne,
En écoutant pleurer la bise monotone,
Sourire au soir qui tombe, et rêver qu’on s’endort !

(André Rivoire)

 

 

 

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Les nuages (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2019




    
Les nuages s’entassent sur les nuages; il fait sombre.
Amour! ah pourquoi me laisses-tu dehors attendre tout seul à la porte?
Dans l’affairement du travail de midi, je suis avec la foule;
mais par ce sombre jour solitaire je n’espère seulement que toi.
Si tu ne me montres point ta face, si tu me laisses complètement de côté,
je ne sais pas comment je traverserai ces longues, ces pluvieuses heures.
Je reste à contempler le large obscurcissement du ciel
et mon coeur plaintif rôde avec le vent sans repos.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

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Le Parasol de Chèvre (Saint-John Perse)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2018



Le Parasol de Chèvre

Il est dans l’odeur grise de poussière,
dans la soupente du grenier.
Il est sous une table à trois pieds;
c’est dans la caisse où il y a du sable
pour la chatte et le fût décerclé
où s’entasse la plume.

(Saint-John Perse)

Illustration

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Marée (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



Marée

La vie se retire,
Tire ses galets:
Par cette marée
Le désert empire.

Epaves, larcins,
Monstres affalés,
Feuillages brûlés
Des arbres marins

S’entassent, s’emmêlent
Dans les plis salés
Du sable léché
Par l’ennui du jour.

L’ombre défendue.
Le chant qui défaille.
Une coque bâille
Au vent qui la tue.

Le soleil dévore
De pâles méduses.
La mer au loin s’use
En jeux incolores.

Trop tard si la force
Un instant perdue
S’amasse et reflue
Vers la rive sèche:

La vague ne sent
A ses lèvres bleues
Que le baiser creux
De mille ossements.

(Jean Joubert)

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S’entassent les jours (Buson)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2018


 

S’entassent les jours
où le soleil s’attarde
comme autrefois est loin..

(Buson)

 

 

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Tant d’ouate… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration: Martine Ivaldi
    
Tant d’ouate…

Tant d’ouate sanguinolente,
Parmi les marais s’entassant,
Toutes ces odeurs si ferventes
Qu’exhale l’étang croupissant…

Il monte des mauves bourbiers
Où pourrit l’herbe par torchées,
Des parfums comme extasiés
Vers quelles déités cachées?

Des parfums d’un tel idéal
Evocateurs et d’une ivresse
Si pénétrante qu’ils font mal:
Poignard aigu qui vous transperce,

Ou langoureux baiser qui mord.
Quel secret profond balbutie
Par delà l’amour et la mort
La vase où baignent les orties?

(Marie Dauguet)

 

 

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Un poil dans l’âme (Jean-Michel Robert)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017



Un poil dans l’âme

Il s’est souvent demandé
si sa fatigue

liberté ceci
volonté cela

et maladie
et patata

il n’a toujours pas
trouvé de réponse

trop fatigué

*

Depuis le big-bang
ce long chemin étoilé
vers la conscience humaine

Tout ça m’a épuisé

se dit-il en tapotant
l’édredon

*

Son cauchemar
bien sûr
escalader l’Everest

Son rêve
tomber infiniment
dans la facilité

Entre les deux
la vaisselle sale s’entasse

*

Pour trouver
la sérénité
le fainéant ne fouille pas les poubelles
de ces philosophies
plus ou moins exotiques

Un bon canapé lui suffit
il reste ainsi des heures
vautré
dans son plus beau sourire

tandis que son esprit essaye
un un
tous les coussins de l’absolu

*

Si vraiment l’avenir
appartient à ceux
qui se lèvent tôt

le reste
appartient aux autres

Franchement
l’affaire
le fainéant la trouve
plutôt bonne

*

Des rêves de grandeur
il n’en nourrit
que pour son lit

Pour le reste
il veut bien
vivre en chien de fusil

*

Pour la beauté
c’est différent
Il n’a qu’à se laisser
transporter

*

De la fenêtre de sa chambre
des heures durant
il admire
l’élévation patiente
l’orgueil
la noblesse des arbres

Les arbres

la seule élite
respectable

*

Rien ne sert de courir

Nul besoin de fable
pour en persuader le fainéant

qui ajoute volontiers
rien ne sert de partir
rien ne sert d’arriver
ce pâté de lièvre est excellent

*

Évidemment
il grossit

rajoute chaque jour
un peu de gras

entre le monde et lui

*

Il n’est pas pour autant
pressé de mourir

Le sommeil
à de telles profondeurs
ne le tente pas encore

Nul n’est parfait

*

Faire son marché
suffit à épuiser
son besoin d’aventure

Dans le cabas
son odyssée
pèse moins que la laitue

D’ailleurs sa Pénélope
supporte mal
les attentes prolongées

*

Sa ligne de conduite
n’exige
qu’une géométrie minimale

Pourquoi perdre son temps
le long des droites
des courbes ou des brisées ?

Dormir
est le plus court chemin
d’un point au même point

*

Il s’affale
dans son fauteuil
gauloise
dans une main
verre
dans l’autre

Vingt heures
la télé
l’informe
de la santé
du monde

Écoutez
dans le whisky
le bonheur
fait craquer
les glaçons

(Jean-Michel Robert)

 

 

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Entre les deux (Jean-Michel Robert)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2017



    
Son cauchemar
bien-sûr
escalader l’Everest

Son rêve
tomber infiniment
dans la facilité

Entre les deux
la vaisselle sale s’entasse

(Jean-Michel Robert)

 

Recueil: Un poil dans l’âme
Editions: Table Rase

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L’Heure du retour (René Chalupt)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2016



L’Heure du retour

Une bise aigre et monotone
Fait grincer les girouettes des maisons ;
Des nuages gris s’entassent à l’horizon.
Ton pas froisse des feuilles mortes et l’automne
A chassé les hirondelles de ton toit.
Voyageur, voyageur,
Ne vois-tu qu’il est l’heure
De rebrousser chemin et de rentrer chez toi ?
Ne vois-tu qu’il est l’heure ?

Les écus d’or et les maravédis
Qui, lorsque tu partis, chargeaient ton escarcelle,
Dis-moi dans quel tripot tu les perdis,
Pour les baisers de quelle jouvencelle
Qui t’engeigna et te montra du doigt ?
Voyageur, voyageur,
Ne vois-tu qu’il est l’heure
De rebrousser chemin et de rentrer chez toi ?
Ne vois-tu qu’il est l’heure ?

Tes yeux, me semble-t-il, ont besoin de lunettes.
Sur tes tempes voici des cheveux gris.
Ton épouse, que si souvent tu fis cornette,
T’attend sans un soupçon et de loin te sourit.
Et le vin de ta cave honorerait un roi.
Voyageur, voyageur,
Ne vois-tu qu’il est l’heure
De rebrousser chemin et de rentrer chez toi ?
Ne vois-tu qu’il est l’heure ?

***

Time to return

The North Wind, harsh and monotonous
Makes the weathercocks squeak on the houses;
Grey clouds build up on the horizon.
Your step crumples the dead leaves and autumn

Has chased the swallows from the roof.
Traveller, traveller,
Don’t you see it is time
To head back and return home?
Don’t you see it’s time?

Golden crowns and maravedis
That when you left were heavy in your purse,
Tell me in what dive you lost them,
For the kisses of what young maiden
Who tricked you and mocked you.
Traveller, traveller,
Don’t you see it is time
To head back and return home?
Don’t you see it’s time?

I think your eyes need spectacles.
On your temples there are grey hairs.
Your wife, whom so often you wimpled,
Waits for you without suspicion and smiles at you from afar,
And the wine from your cellar would honour a king.
Traveller, traveller,
Don’t you see it is time
To head back and return home?
Don’t you see it’s time?

(René Chalupt)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Je suis Dieu (Paul Klee)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2016



Je suis Dieu

Tant de divin
s’est entassé en moi
que je ne peux mourir.

Mon crâne est en feu à éclater.

L’un des mondes
qu’il recèle
veut naître.

Mais il me faut maintenant souffrir
avant cet accomplissement.

***

Ich bin Gott.

So viel des Göttlichen
ist in mir gehäuft,
dass ich nicht sterben kann.

Mein Haupt glüht zum Springen.

Eine der Welten,
die er birgt,
will geboren sein.

Nun aber muss ich leiden
vor dem Vollbringen.

***

I am God.

So much of the divine
is heaped in me
that I cannot die.

My head burns to the point of bursting.

One of the worlds
hidden in it
wants to be born.

But now I must suffer
to bring it forth.

(Paul Klee)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Paul-Klee

 

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