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Poésie

Posts Tagged ‘s’entêter’

Comme l’huile qui dort dans la lampe (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2020



Comme l’huile qui dort dans la lampe
et bientôt tout entière
se change en lueur
et respire sous la lune
emportée par le vol des oiseaux,
Tu murmures et tu brûles.
(Mais comment dire cette chose
qui est trop pure pour la voix?)
Tu es le feu naissant sur les froides rivières,
l’alouette jaillie du champ…
Je vois en toi
s’ouvrir et s’entêter
la beauté de la Terre.

(Philippe Jaccottet)

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L’INVENTION DU CENTRE (Yannis Ritsos)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2019



Illustration: Jean Michel Folon 
    
L’INVENTION DU CENTRE

Ils l’enfermèrent dans un cercle. Lui s’entêtait
à réfléchir, à observer. Il marchait
à l’intérieur du cercle, le long du mur, dans le préau
de la prison circulaire. Il ne disait rien. Le soir,
il continuait son tour, tête baissée. Peut-être pensait-il à
quelque chose de précis,
peut-être se rendait-il compte que chaque cercle a un centre
(ou peut-être tous les cercles le même centre ?).
En tout cas,
il souriait de temps à autre. Dans son dos,
sur le grand chiffre qu’ils lui avaient tracé,
se tenait un oiseau tout blanc, connu de lui seul.

(Yannis Ritsos)

 

Recueil: La nuit dans le miroir et autres poèmes
Traduction: Dominique Grandmont
Editions: Gallimard

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Les Fenêtres (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



Les Fenêtres

Las du triste hôpital, et de l’encens fétide
Qui monte en la blancheur banale des rideaux
Vers le grand crucifix ennuyé du mur vide,
Le moribond sournois y redresse un vieux dos,

Se traîne et va, moins pour chauffer sa pourriture
Que pour voir du soleil sur les pierres, coller
Les poils blancs et les os de la maigre figure
Aux fenêtres qu’un beau rayon clair veut hâler,

Et la bouche, fiévreuse et d’azur bleu vorace,
Telle, jeune, elle alla respirer son trésor,
Une peau virginale et de jadis ! encrasse
D’un long baiser amer les tièdes carreaux d’or.

Ivre, il vit, oubliant l’horreur des saintes huiles,
Les tisanes, l’horloge et le lit infligé,
La toux ; et quand le soir saigne parmi les tuiles,
Son œil, à l’horizon de lumière gorgé,

Voit des galères d’or, belles comme des cygnes,
Sur un fleuve de pourpre et de parfums dormir
En berçant l’éclair fauve et riche de leurs lignes
Dans un grand nonchaloir chargé de souvenir !

Ainsi, pris du dégoût de l’homme à l’âme dure
Vautré dans le bonheur, où ses seuls appétits
Mangent, et qui s’entête à chercher cette ordure
Pour l’offrir à la femme allaitant ses petits,

Je fuis et je m’accroche à toutes les croisées
D’où l’on tourne l’épaule à la vie, et, béni,
Dans leur verre, lavé d’éternelles rosées,
Que dore le matin chaste de l’Infini

Je me mire et me vois ange ! et je meurs, et j’aime
— Que la vitre soit l’art, soit la mysticité —
À renaître, portant mon rêve en diadème,
Au ciel antérieur où fleurit la Beauté !

Mais, hélas ! Ici-bas est maître : sa hantise
Vient m’écœurer parfois jusqu’en cet abri sûr,
Et le vomissement impur de la Bêtise
Me force à me boucher le nez devant l’azur.

Est-il moyen, ô Moi qui connais l’amertume,
D’enfoncer le cristal par le monstre insulté
Et de m’enfuir, avec mes deux ailes sans plume
— Au risque de tomber pendant l’éternité ?

(Stéphane Mallarmé)


Illustration

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Je t’aime (Léo Ferré)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



 

Illustration: Oleg Zhivetin
    
Je t’aime

Je t’aime pour ta voix pour tes yeux sur la nuit
Pour ces cris que tu cries du fond des oreillers
Et pour ce mouvement de la mer pour ta vie
Qui ressemble à la mer qui monte me noyer

Je t’aime pour ton ventre où je vais te chercher
Quand tu cherches des yeux la nuit qui se balance
À mon creux qui te creuse et d’où ma vie blessée
Coule comme un torrent dans le lit du silence

Je t’aime pour ta vigne où vendangent des fées
Et pour cette clairière où j’éclaire ma route
Que balisent tes cris durs comme deux galets
Que le flot de la nuit roule sur ma déroute

Je t’aime pour le sel qui tache ta vertu
Et qui fait un champ d’ombre où ma bouche repose
Pour ce je ne sais quoi dont ma lèvre têtue
S’entête à recouvrer le sens et puis la cause

Je t’aime pour ta gueule ouverte sur la nuit
Quand la sève montant comme du fond des ères
Bouillonne dans ton ventre et que je te maudis
D’être à la fois ma soeur mon ange et ma Lumière

(Léo Ferré)

 

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Le pic-vert (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Le pic-vert est très délicat.
Il frappe quatre coups de bec.
Le ver répond qu’il n’est pas là.
Le pic s’entête et d’un coup sec
gobe le ver qui n’est pas là.

(Claude Roy)


Illustration

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Joueuse (Maram al-Masri)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2017



Illustration: Catherine Combey

    
Joueuse
je m’entête à jouer au hasard
je joue avec les mêmes lettres
et à chaque fois je me mets moi-même
en gage

sans tricherie
je mets en jeu des matières vivantes

obstinée
je m’accroche à la poésie

comment puis-je la saisir sans la faire mienne
comment voir ses signes
sans me prosterner
devant cette légère
soudaine
difficile
belle?

devant elle

(Maram al-Masri)

 

Recueil: Par la Fontaine de ma Bouche
Traduction: Maram al-Masri – Bruno Doucey
Editions: Bruno Doucey

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Nevermore (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2015



Nevermore

Le gaz pleure dans la brume,
Le gaz pleure, tel un oeil.
– Ah ! prenons, prenons le deuil
De tout cela que nous eûmes.

L’averse bat le bitume,
Telle la lame l’écueil.
– Et l’on lève le cercueil
De tout cela que nous fûmes.

Ô n’allons pas, pauvre soeur,
Comme un enfant qui s’entête,
Dans l’horreur de la tempête

Rêver encor de douceur,
De douceur et de guirlandes,
– L’hiver fauche sur les landes.

(Jean Moréas)

Illustration

 

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