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Poésie

Posts Tagged ‘senteur’

Merci (Morten Nielsen)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




    
Merci —

Merci — de n’avoir été
qu’un arbre, de l’herbe verte à son pied.
Qu’une essence vivante de chaleur
accompagnant la force de l’arbre, de l’herbe,
de l’ombre dans ton sang d’homme.

Merci — de n’avoir rien dit. De n’avoir été
qu’une senteur, comme celle du jeune sang sain,
et qu’une épaule dans l’ombre.
Qu’un arbre, de l’herbe verte à son pied
pour y poser son front brûlant.

Tu as reçu mes pleurs de cette nuit,
ne m’as trahi ni par des signes ni par des mots.
Tu les reçus cette nuit, en silence, invisible,
aussi simplement que s’ils étaient une source
et toi la terre noire.

***

Tak for det —

Tak for det — at du ingenting var
uden et Trie oggront Græs ved dets Fod.
Kun var et levende Væsen af Varme
med Træets, Græssets og Markets
Kraft i dit Menneskeblod.

Tak for det — at du ingenting sae,
kun var en Duft som af sundt, ungt Blod
og kun var en Skulder i Market.
Kun var et Træ og gront Græs ved lets Fod
til at lægge sin brændende Pande imod.

Du tog mod den Graad, som jeg græd den Nat,
forraadte mig ikke med Tegn eller Ord.
Du modtog den tavs og usynlig den Nat
saa ligetil som om den var en Kilde
og du var den sorte lord.

(Morten Nielsen)

 

Recueil: Guerriers sans armes Krigere uden vaaben
Traduction: Pierre Grouix
Editions: Grèges

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Le parfum (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Le parfum

Lecteur, as-tu quelquefois respiré
Avec ivresse et lente gourmandise
Ce grain d’encens qui remplit une église,
Ou d’un sachet le musc invétéré ?

Charme profond, magique, dont nous grise
Dans le présent le passé restauré !
Ainsi l’amant sur un corps adoré
Du souvenir cueille la fleur exquise.

De ses cheveux élastiques et lourds,
Vivant sachet, encensoir de l’alcôve,
Une senteur montait, sauvage et fauve,

Et des habits, mousseline ou velours,
Tout imprégnés de sa jeunesse pure,
Se dégageait un parfum de fourrure.

(Charles Baudelaire)

 

 

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Emmenez-moi (Charles Aznavour)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2018




    
Emmenez-moi

Vers les docks où le poids et l’ennui
Me courbent le dos
Ils arrivent le ventre alourdi
De fruits des bateaux

Ils viennent du bout du monde
Apportant avec eux des idées vagabondes
Aux reflets de ciels bleus
De mirages

Traînant des senteurs poivrées
De pays inconnus
Et d’éternels étés où l’on vit presque nus
Sur les plages

Moi qui n’ai connu toute ma vie
Que le ciel du nord
J’aimerais débarbouiller ce gris
En virant de bord

[Refrain]
Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil

Dans les bars à la tombée du jour
Avec les marins
Quand on parle de filles et d’amour
Un verre à la main

Je perds la notion des choses
Et soudain ma pensée
M’enlève et me dépose
Un merveilleux été
Sur la grève

Où je vois tendant les bras
L’amour qui comme un fou
Court au devant de moi
Et je me pends au cou
De mon rêve

Quand les bars ferment, que les marins
Rejoignent leur bord
Moi je rêve encore jusqu’au matin
Debout sur le port

[Refrain]
Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil

Un beau jour sur un rafiot craquant
De la coque au pont
Pour partir je travaillerais dans
La soute à charbon

Prenant la route qui mène
À mes rêves d’enfant
Sur des îles lointaines
Où rien n’est important
Que de vivre

Où les filles alanguies
Vous ravissent le cœur
En tressant m’a t’on dit
De ces colliers de fleurs
Qui enivrent

Je fuirais laissant là mon passé
Sans aucun remords
Sans bagage et le cœur libéré
En chantant très fort

[Refrain]
Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil…

Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des merveilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil…
Lalalalalalalalalalalalalalalala…
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil…
Lalalalalalalalalalalalalalalala…

(Charles Aznavour)

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De ton coeur monte (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2018



Illustration: Freydoon Rassouli  
    
De ton coeur
monte
ton arôme
comme depuis la terre
la lumière jusqu’à la cime du cerisier :
sur ta peau j’arrête
ton battement
et je hume
la vague de lumière qui monte,
le fruit submergé
dans sa senteur,
la nuit que tu respires,
le sang qui parcourt
ta beauté
jusqu’au baiser
qui m’attend
sur ta bouche.

(Pablo Neruda)

 

Recueil: Nouvelles odes élémentaires
Traduction: Jean-Francis Reille
Editions: Gallimard

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Montagne de printemps, nuit de lune (Yu Leang-Che)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018



Illustration: Ohara Koson   
    
Montagne de printemps, nuit de lune

La montagne de printemps déborde d’instants parfaits.
Jouons jusqu’à la nuit dans l’oubli du retour !
Je puise de l’eau – la line à mes mains se love;
Je taquine les fleurs – leurs senteurs m’inondent.

La joie efface le proche et le lointain.
Comment partir, prisonnier des parfums ?
Au Sud, quand la cloche frémit,
Les terrasses glissent dans le bleu subtil.

(Yu Leang-Che)

Recueil: La montagne vide Anthologie de la poésie chinoise (IIIè – XIè siècle)
Traduction: Patrick Carré et Zéno Bianu
Editions: Albin Michel

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FEMME EN FLEURS (Marcelle Delpastre)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



 

Abbott Handerson Thayer_A_Virgin_1892-3

FEMME EN FLEURS

Femme en fleurs comme un grand châtaignier qui répand ses senteurs puissantes
Tu te dresses sur la campagne, tu flambes de bonnes odeurs,
tu prends le soleil et la pluie à tes rameaux chargés de fruits,
Tu es debout sur la colline, le bleu de l’espace et le vent ruissellent sur toi de la bouche aux talons,
les moissons croissent sur tes bras ; la ronde blondeur de tes seins gonfle le temps des récoltes mûres,
et dans ton sein déjà la nuit profonde se fermente ; déjà la grande mer roule sur toi la courbe de ses vagues.

(Marcelle Delpastre)

Illustration: Abbott Handerson Thayer

 

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VOLUPTÉ (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



Illustration: Philippe Zacharie
    
VOLUPTÉ

Sur une terrasse blanche, la nuit, ils nous laissèrent évanouies dans les roses.
La sueur chaude coulait comme des larmes, de nos aisselles sur nos seins.
Une volupté accablante empourprait nos têtes renversées.

Quatre colombes captives, baignées dans quatre parfums, voletèrent au-dessus de nous en silence.
De leurs ailes, sur les femmes nues, ruisselaient des gouttes de senteur. Je fus inondée d’essence d’iris.

Ô lassitude! je reposai ma joue sur le ventre d’une jeune fille qui s’enveloppa de fraîcheur avec ma chevelure humide.
L’odeur de sa peau safranée enivrait ma bouche ouverte. Elle ferma sa cuisse sur ma nuque.

Je dormis, mais un rêve épuisant m’éveilla : l’iynx, oiseau des désirs nocturnes, chantait éperdument au loin.
Je toussai avec un frisson. Un bras languissant comme une fleur s’élevait peu à peu vers la lune, dans l’air.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Avant l’orage (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



Illustration: Serge Agombart
    
Avant l’orage

Entre les amandiers
Le trop-plein de l’été
s’est retiré
Un chant de loriot
depuis la haie
Vient se loger
Dans le nid défait
de la vacance

Jailli de la senteur
du sol originel
Le rayonnement vert
Se fait plus proche
plus ardent
plus transparent
Comme pour tout reprendre

Avant l’orage

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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GRENIERS (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



Illustration
    
GRENIERS

La rumeur au fond du ciel.
Le grand vent carde la nue,
il racle la voûte des nuits,
il désencrasse les étoiles.

Il vient faucher les orties
dans des chemins qu’on ne prend plus,
frappe aux portes condamnées,
offre et reprend les senteurs.

Le grand vent dans les greniers.
Il s’y retourne toute la nuit.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Nathanaël
Traduction:
Editions: Gallimard

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CHRYSANTHEME (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



chrysantheme

CHRYSANTHEME

Sous les amandiers, au pied noir des treilles,
Au coeur des corbeilles,
Au sein des massifs, au long des allées,
Sont tombées fanées,
De toutes senteurs, de toutes couleurs,
Des fleurs et des fleurs.

Elles ont péri, les fleurs lascives,
D’amours excessives

Avec le soleil en rut sur leur coeur
Lubrifié d’odeurs.

Il en est tombé, il en est tombé
Sur la terre dure,
Pendant tout l’été,
Séchées de baisers, mûres de luxure ;
Acres chairs d’oeillets, sexes noirs d’iris,
Et même des lys,
Et surtout des lys.

Et de ce charnier par l’eau fécondé,
Et de ce charnier,
A peine frôlé par des rayons blêmes,
Marqué d’anathème,
Voici naître le pathétique chrysanthème

(Charles Vildrac)

Illustration

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