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Poésie

Posts Tagged ‘sentier’

Nanny (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2019



Nanny

Bois chers aux ramiers, pleurez, doux feuillages,
Et toi, source vive, et vous, frais sentiers ;
Pleurez, ô bruyères sauvages,
Buissons de houx et d’églantiers !

Du courlis siffleur l’aube saluée
Suspend au brin d’herbe une perle en feu ;
Sur le mont rose est la nuée ;
La poule d’eau nage au lac bleu.

Pleurez, ô courlis ; pleure, blanche aurore ;
Gémissez, lac bleu, poules, coqs pourprés ;
Vous que la nue argente et dore,
O claires collines, pleurez !

Printemps, Roi fleuri de la verte année,
O jeune Dieu, pleure ! Eté mûrissant,
Coupe ta tresse couronnée ;
Et pleure, Automne rougissant !

L’angoisse d’aimer brise un coeur fidèle.
Terre et ciel, pleurez ! Oh ! que je l’aimais !
Cher pays, ne parle plus d’elle :
Nanny ne reviendra jamais !

(Leconte de Lisle)

Illustration

 

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Votre rire est éclatant comme un bel oiseau des Iles (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2019



I

Votre rire est éclatant
Comme un bel oiseau des Iles.
Mais à rire on perd son temps,
O ma soeur, ma soeur fragile !

Vous savez des jeux plus fous
Que celui de « pigeon-vole ».
C’est un mauvais point pour vous,
O ma soeur, ma soeur frivole !

Vous manquez de sérieux
Et de vertus ménagères.
Vous n’irez jamais aux cieux,
O ma soeur, ma soeur légère !

II

Pourquoi ces mains, dont vous ne faites
Qu’un usage absolument vain ?
Mais quelle fête,
Quand je saisis leurs doigts divins !

Pourquoi ces yeux où ne réside
Rien du tout, pas même l’ennui ?
Mais quel suicide
Que de les perdre dans la nuit !

Pourquoi ces lèvres d’où j’écoute
Tomber des mots sans intérêt ?
Mais quelle absoute
Leur seul baiser me donnerait !

III

Le rire clair, l’âme sans reproche,
Un regard pur comme du cristal,
Elle viendra, puisque c’est fatal !
Moi, je l’attends les mains dans les poches.

A tout hasard, je me suis pourvu
D’un stock d’amour et de prévenances,
N’oubliant point qu’en cette existence
Il faut compter avec l’imprévu.

Tu n’auras donc, petite vestale,
Qu’à t’installer un jour dans mon coeur,
Il est, je crois, plus riche en couleur
Que ton album de cartes postales.

IV

Depuis tant de jours il a plu!
Pourtant, voilà que recommence
Un printemps comme on n’en voit plus,
Chère, sinon dans tes romances.

Adieu rhumes et fluxions !
Adieu l’hiver, saison brutale !
C’est, ou jamais, l’occasion
D’avoir l’âme sentimentale.

Que ne puis-je, traînant les pieds,
Et mâchonnant ma cigarette,
Cueillir pour toi, sur les sentiers,
De gros bouquets de pâquerettes !

V

Amie aux gestes éphémères,
Cher petit être insoucieux,
Je ne veux plus d’autre chimère
Que l’azur calme de tes yeux.

Pas besoin d’y chercher une âme !
De tels objets sont superflus.
Le seul bonheur que je réclame,
C’est de m’y reposer, sans plus.

Que m’importe l’horreur du vide ?
Je vais plonger, à tout hasard,
Ainsi qu’un nageur intrépide,
Dans le néant de ton regard.

(Jean de la Ville de Mirmont)

Illustration: Jeff Scher

 

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Emerance (Philippe Chabaneix)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2019




Emerance

C’est toi qu’en rêve je poursuis
Par les sentiers d’Ile-de-France,
C’est toi que j’aime et qui me fuis,
O cher fantôme d’Emerance,

C’est toi la biche et l’oiseau d’or
Dont le passage émeut les feuilles,
C’est toi, dans l’ombre vaste où dort
Maint souvenir, qui te recueilles,

C’est toi la fleur au nom charmant,
La fleur des sous-bois, la pervenche,
C’est toi l’unique diamant,
C’est toi le ciel d’un clair dimanche,

C’est toi le feu qui danse et court,
C’est toi l’éternelle incomprise,
Et c’est toi ce beau chant d’amour
Qu’une enfant soupire à la brise.

(Philippe Chabaneix)

Illustration: Wojciech Niemiec

 

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LE BONHEUR (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2019



 

Alfred Stevens  mb

LE BONHEUR

Sois heureuse! qu’importe à tes yeux l’horizon
Et l’aurore et la nuit et l’heure et la saison,
Que ta fenêtre tremble aux souffles de l’hiver
Ou que, l’été, le vent du val ou de la mer
Semble quelqu’un qui veut entrer et qu’on accueille.
Sois heureuse. La source murmure. Une feuille
Déjà jaunie un peu tombe sur le sentier;
Une abeille s’est prise aux fils de ton métier,
Car le lin qu’il emploie est roux comme du miel;
Un nuage charmant est seul dans tout le ciel;
La pluie est douce; l’ombre est moite. Sois heureuse.
Le chemin est boueux et l’ornière se creuse,
Que t’importe la terre où mènent les chemins!
Sois heureuse d’hier et sûre de demain;
N’as-tu pas, par ta chair divine et parfumée,
L’ineffable pouvoir de pouvoir être aimée?

(Henri De Régnier)

Illustration: Alfred Stevens

 

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Le raisin a pour patrie (René Char)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2019



William Bouguereau vendangeuse-_1875_ [800x600]

Le raisin a pour patrie
Les doigts de la vendangeuse.
Mais elle, qui-a-t-elle,
Passé l’étroit sentier de la vigne cruelle?

Le rosaire de la grappe;
Au soir le très haut fruit couchant qui saigne
La dernière étincelle.

(René Char)

 Illustration:  William Bouguereau

 

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On part à sa guise et l’on chante (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2019



 

Eugeniusz Zak -  [1280x768]

On part à sa guise et l’on chante
— Quel écho dira le refrain ?
Ce sont nos vieux airs qui me hantent,
Et comme une angoisse m’étreint —

On part à son heure et sans hâte
— Et le pas s’est précipité —
On a choisi la route plate
— Nous allons gravir le sentier ;

On part pour se prouver libre,
À son heure, sur la route qui plut
— Déjà on est las de la suivre :
N’est plus libre quiconque a voulu.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Eugeniusz Zak

 

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Pluie (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019




    
Pluie

Sur Lima… Sur Lima tombe
la pluie sale d’une douleur
ô combien meurtrière. Elle tombe
du larmier de ton amour.

Ne joue pas l’endormie,
souviens-toi de ton trouvère ;
car je comprends bien… je comprends
l’humaine équation de ton amour.

Résonne dans la flûte mystique
la gemme tempétueuse et fausse,
le sortilège de ton « oui ».

Mais tombe, tombe l’averse
sur le cercueil de mon sentier,
où pour toi je me consume jusqu’aux os…

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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LES VEINES DU TEMPS (Maria Mistrioti)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2019



Illustration: Georgis Mistriotis
    
LES VEINES DU TEMPS

Parfois je pense
que les trains de nuit ne sont jamais passés
ces trains qui négligeaient les petites villes
les signaux désespérés
des veilleurs de nuit aux dos courbés.
Je pense
que jamais nous n’avons voyagé ensemble
de l’Ionie vers Croton, vers Tarente.
De l’autre côté de la destruction de paysages de rêve,
de l’autre côté des couleurs plastique
de l’autre côté des sentiers brisés
je t’attends.

(Maria Mistrioti)

 

Recueil: Ithaca 593
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache
Editions: POINTS

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La couverture (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2019


La couverture du cahier
bleu pâle figure
un château féodal
sur le ciel d’orage de l’image
on a dessiné la Mort tenant sa faux
des feuilles tombées
cachent le sentier
à maisons livides
dans l’une on entend
crier Dieu merci.

(Jean Follain)

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CHANT DE L’ÉTÉ (Su Shi)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019



CHANT DE L’ÉTÉ

La pluie a lavé l’herbe et le sentier
Les sabots du cheval ne soulèvent pas de poussière
Quand pourra-t-on finir le labour ?

Chanvres et mûriers reflètent l’éclat du soleil chaud
Le vent emporte le parfum grisant d’armoise
Le préfet vit heureux à la campagne

(Su Shi)

Illustration

 

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