Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘sentinelle’

Le Luxembourg (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019



 

Le Luxembourg

À Béranger.

Jardin si beau devenu sombre,
Tes fleurs attristent ma raison,
Qui, semblable au ramier dans l’ombre,
S’abat au toit de ta prison.
Mais à rêver j’ai passé l’heure ;
Vous qui nous épiez d’en bas,
Ce n’est qu’un pauvre oiseau qui pleure :
Sentinelle ! Ne tirez pas !

Au pied des barreaux formidables
Qui voilent des parents perdus,
Comme en des songes lamentables,
De longs sanglots sont entendus.
Grâce aux sanglots qui bravent l’heure !
Vous qu’ils ont irrité là-bas,
Ce n’est qu’un faible enfant qui pleure :
Sentinelle ! Ne tirez pas !

Partout les lampes sont éteintes,
Les bruits des verroux et des fers
Sont étouffés comme les plaintes
De ces silencieux enfers.
Plus morne et plus lente que l’heure,
A genoux, qui donc est là-bas ?
Ce n’est qu’une femme qui pleure :
Sentinelle ! Ne tirez pas !

Sous l’oeil rouge du réverbère,
Quel est cet objet palpitant,
Près du guichet mordant la terre,
D’âme et de pitié haletant,
Sourd au cri de l’homme et de l’heure ? …
Vous qui le menacez d’en bas,
Ce n’est qu’un pauvre chien qui pleure :
Sentinelle ! Ne tirez pas !

Paix ! Voici qu’on ouvre une porte :
C’est la mort traînant ses couleurs,
Et l’humble bière qu’on emporte,
Brise en passant de pâles fleurs.
Quand du rebelle a frappé l’heure,
Qui donc ose bénir tout bas ?
Ce n’est qu’un vieux prêtre qui pleure :
Sentinelle ! Ne tirez pas !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le tigre (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Le tigre

Je suis le tigre.
Je te guette parmi les feuilles
aussi grandes que des lingots
de minerai mouillé.

Le fleuve blanc grandit
sous la brume. Te voici.

Tu plonges nue.
J’attends.

Alors d’un bond,
feu, sang et dents,
ma griffe abat
ta poitrine, tes hanches.

Je bois ton sang, je brise
tes membres, un à un.
Et je reste dans la forêt
veiller durant des années
tes os, ta cendre,
immobile, à l’écart
de la haine et de la colère,
désarmé par ta mort,
traversé par les lianes,
immobile sous la pluie,
sentinelle implacable
de mon amour, cet assassin.

(Pablo Neruda)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Derrière la porte (Kettly Mars)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2019



 

candle-painting

Derrière la porte
Douce sentinelle, tu veilles
sur les ombres de la chambre.
Ce soir mes rêves partent
vers le nord. Vers la mer.
Douce bougie, douce
flamme, sous tes larmes de lumière
bois, pierre, cuivre et verre
enveloppés d’or silencieux
baignent dans le même mystère.

(Kettly Mars)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ce qui frémit (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2018




    
Ce qui frémit : comme un cri
chuchoté, une palpitation de voyelles
ou ce parfum de fleurs invisibles.
Et toi, hors de toi-même,

Cherchant à discerner par froide nuit,
dans le chaos silencieux des étoiles,
des ombres, solitaires sentinelles
ajustées à l’envol.

Ici commence tout vertige,
tu respires le vent et ses lointains,
l’heure vide, l’instant sans poids.

Alors la nuit grave et sans contour,
comme une source de mémoire et d’encre,
descend dans le feu et le sang.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Claire lumière (Francesca Y. Caroutch)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018



tunnel-800x600

Claire lumière

Carence d’avoir
et surcroît d’être bleu scarabée
Mise en abîme des évidences

Nous sommes les Parques
qui tissons notre propre destinée

Les pensées d’anthracite ou de nacre
ondoient dans un demi-sommeil

La sentinelle a prévenu :
C’est trois jours après la mort
que l’on doit s’éveiller
dans une apocalypse de lumière
Précipite-toi vers la clarté
dans la matrice de l’espace

Le vide ne peut blesser le vide

(Francesca Y. Caroutch)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

ET D’UN AUTOMNE ENCORE (René Guyomard)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2018



ET D’UN AUTOMNE ENCORE

Nous avions oublié les ruines de l’automne
Les grands châteaux du soir emportés dans le ciel
Les chevaux dénoués l’écume flagellée
Et la bête mourant dans l’ornière luisante

Nous avions oublié sous ces mains de fougère
L’âcre odeur on ne sait d’hier ou de demain

Nous avions oublié sentinelle de brume
Sur les confins de terres vaines le chasseur
Qui va percer au coeur le dimanche immobile

Nous avions oublié les vitres sans chemin
Où brodent pour nos fronts la buée et le songe
Sur un sable plus blanc les barques renversées
Et le temps se parlant dans sa langue d’aïeul

Nous avions oublié cette flamme dernière
De l’arbre du regard de la mer et du jour
Et le doigt patient qui tisse maille à maille
Une cage de vide autour d’un oiseau mort.

(René Guyomard)

Illustration: ArbreaPhotos

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

TOUT PETIT POÈME (Hervé Le Tellier)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2018



Illustration: Bronia Sawyer
    
TOUT PETIT POÈME

tout petit poème sauve-moi
tout petit poème aide- moi
dans la jungle il y a le vrai tigre
et tant d’heures dans un vrai jour
toi tu es si petit mon poème
si petit et si grande ma peine
sois courageux pour deux petit poème
sois fort sois doux fais-toi beau vraiment beau
sois le plus beau des petits poèmes
de tous les petits poèmes
regarde comme je l’aime
et vois vois tout ce que je te donne pour ta route
range tout bien
ne perds rien sur le chemin
je sais que tu n’es pas grand-chose
et que dehors il y a l’absence et le tigre et la vie
mais tu es tout ce que j’ai ma sentinelle de papier
alors
tu dois l’attendre elle viendra bien un jour
elle te prendra elle te lira
ce jour-là tiens-toi droit ne pleure pas
fais juste ce que je t’ai dit rien de plus
offre-lui tout ce que tu as tout
tes syllabes tes mots de rien
et puis parle-lui avec ma voix tu la connais
comme je l’ai fait la dernière fois tout bas
tu dois avoir confiance en toi en elle en nous
n’aie pas honte d’être si petit
un brave petit poème comme toi ça peut tuer les tigres
un brave petit poème comme toi ça peut sauver l’amour
tout petit poème aime-la
sauve-nous tout petit poème

(Hervé Le Tellier)

 

Recueil: Zindien
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

A cette heure où tout repose (James Joyce)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



Illustration: Volchitza Franz
    
A cette heure où tout repose,
Ô veilleur solitaire des cieux,
N’entends-tu pas le vent de nuit et les soupirs
Des harpes jouant pour qu’Amour ouvre
Les pâles portes de l’aurore?

Quand tout repose, es-tu seul à t’éveiller
Pour entendre les douces harpes
Jouer pour Amour les sentinelles,
Le vent de nuit répondant par antiphones
Jusqu’à ce que la nuit s’achève?

Jouez, invisibles harpes, pour Amour,
Qui siège rougeoyant au ciel
A l’heure où les douces lumières vont et viennent,
Tendre et douce musique dans l’air
Et dessous, sur la terre.

***

At that hour when all things have repose,
O lonely watcher of the skies,
Doyou hear the night wind and the sighs
Of harps playing unto Love to unclose
The pale gates of sunrise?

When all things repose do you alone
Awake to hear the sweet harps play
To Love before him on his way,
And the night wind answering in antiphon
Till night is overgone?

Play on, invisible harps, unto Love,
Whose way in heaven is aglow
At that hour when soft lights come and go,
Soft sweet music in the air above
And in the earth below.

(James Joyce)

 

Recueil: Musique de chambre et autres poèmes Pomes Penyeach Ecce Puer
Traduction: Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CECI (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2018


 


Ernest Pignon-Ernest

 

CECI

(…)

Ceci fut un vivant
Cette chose fut une personne

Ce sang dilapidé sur le bitume
s’ordonnait, hier encore, dans un réseau de veines
retissait, hier encore, la loi de l’existence

Ce coeur-sentinelle
s’est raidi sous le plomb

Ce sac-à-vermine
abritait des entrailles
où s’ouvrait le plaisir
où germinait la vie

Un rictus a drainé toute la pulpe de ces lèvres
Ces orbites-à-fourmis logeaient oeil et regards.

Ceci fut un vivant
Cette chose fut une personne

L’esprit travaillait cette motte d’indifférence
La parole soulevait cette forme interrompue.

La femme vêtue de noir
tremble dans la tourmente
hurle dans le chaos

S’agglutine aimantée
à ce profil d’écorce
à cette main qui stagne
à ce marécage d’humeurs
à ce balluchon putride

à ce « Toi, que j’appelle
et qui ne sera plus ! »

(Andrée Chedid)

Illustration: Ernest Pignon-Ernest

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’ARBRE (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2018



Illustration:Laura Zollar
    
L’ARBRE

Enseigne-lui l’étude des arbres. (Georges Séféris)

L’arbre est un fleuve d’étoiles qui s’écoule,
L’arbre tord ses mains, s’apaise, l’arbre est inflexible, l’arbre
N’est rien que la matière qui respire, et la matière est bonne.

L’arbre est la sentinelle du temps.
Il vibre au passage amoureux du soleil, déploie
Ses feuilles, nous invite à veiller aux quatre nuits de l’an qui passe,
Et quand la terre accablée renouvelle
L’inépuisable fécondité de son ventre, il annonce
Le jour qui vient, la montée de la sève jusqu’à la gloire.

[…]

L’arbre semble dormir,
Ne dort jamais, offre aux abeilles
Un refuge au repli de ses branches,
Un trou dans sa cuirasse aux colombes.
Sans jamais divertir, ayant reçu
Nativement sagesse et jugement.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :