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Poésie

Posts Tagged ‘sentir’

Sous les Tropiques (Victor Segalen)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017



Illustration: Paul Gauguin 
    
J’ai dit avoir été heureux sous les Tropiques.
C’est violemment vrai.
Pendant deux ans en Polynésie, j’ai mal dormi de joie.
J’ai eu des réveils à pleurer d’ivresse du jour qui montait…
j’ai senti de l’allégresse couler dans mes muscles.

(Victor Segalen)

 

Recueil: Essai sur l’exotisme
Traduction:
Editions:

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LE NEZ FIN (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




    
LE NEZ FIN

Prends un brin d’herbe et froisse-le
entre la pulpe de tes doigts
et tu sentiras parfois une odeur amère
et parfois celle du printemps
c’est peut-être de l’anis c’est peut-être de la menthe
c’est peut-être la plante
qui fait rêver à tous les parfums de l’Arabie
à la cannelle au gingembre à l’ilang-ilang
au poil de l’âne qui fait hihan hihan
à la roche rôtie à la pierre panée
à la route rouillée à la boue piétinée
à l’eau
à rien

(Raymond Queneau)

 

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LA CHAIR CHAUDE DES MOTS (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
LA CHAIR CHAUDE DES MOTS

Prends ces mots dans tes mains et sens leurs pieds agiles
Et sens leur coeur qui bat comme celui d’un chien
Caresse donc leur poil pour qu’ils restent tranquilles
Mets-les sur tes genoux pour qu’ils ne disent rien

Une niche de sons devenus inutiles
Abrite des rongeurs l’ordre académicien
Rustiques on les dit mais les mots sont fragiles
Et leur mort bien souvent de trop s’essouffler vient

Alors on les dispose en de grands cimetières
Que les esprits fripons nomment des dictionnaires
Et les penseurs chagrins des alphadécédets

Mais à quoi bon pleurer sur des faits si primaires
Si simples éloquents connus élémentaires
Prends ces mots dans tes mains et vois comme ils sont faits

(Raymond Queneau)

 

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J’ai peur d’aller à Ta rencontre (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017




    
J’ai peur d’aller à Ta rencontre,
Mais plus encore de ne pas y aller.
Voilà que je m’étonne de tout,
Et qu’en tout je sens le destin.

Dans les rues, des ombres s’avancent,
Assoupies ou vivantes — je ne sais.
Prosterné sur les marches de l’église,
Je n’ose regarder en arrière.

Sur mes épaules des mains se posent,
Mais je ne sais plus aucun nom.
Dans mes oreilles résonne
L’écho des grands enterrements.

Le ciel morose est bas —
Il a recouvert le temple.
Je sais: Tu es là. Tu es proche.
Tu n’est pas ici. Mais là-bas

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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AUTOMNE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017




    

AUTOMNE

Odeur des pluies de mon enfance
Derniers soleils de la saison !
À sept ans comme il faisait bon
Après d’ennuyeuses vacances,
Se retrouver dans sa maison !

La vieille classe de mon père,
Pleine de guêpes écrasées,
Sentait l’encre, le bois, la craie
Et ces merveilleuses poussières
Amassées par tout un été.

Ô temps charmant des brumes douces,
Des gibiers, des longs vols d’oiseaux,
Le vent souffle sous le préau,
Mais je tiens entre paume et pouce
Une rouge pomme à couteau.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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L’ENFANT (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017



Illustration: Robert Doisneau
    
L’ENFANT

Tu as sept ans et tu vas à l’école
Tes vêtements sentent la colle
De menuisier
Tu as rempli de fleurs champêtres ton plumier
Tu marches lentement en évitant la fange
Tu as des étoiles dans tes cheveux qui te démangent
Tu regrettes un peu l’odeur des grands sapins
Tu voudrais t’arrêter et partager ton pain
Avec la petite fille qui passe
Tu n’es pas toujours le premier en classe
Tu es bavard
Tu dessines des chats sur ton papier buvard
Tu regardes souvent le ciel par la fenêtre
Tu rêves à de bons bergers qui t’ont vu naître
Mais tu sais lire aussi et déjà dans le vent
Tu découvres tout seul des tas de mots savants
Des mots qui prononcés font du bien à tes lèvres
Tu sais tresser le jonc et conduire les chèvres
D’un geste simple et doux apaiser les chevaux
Bruire comme un laurier pour consoler l’oiseau
Tu aimes caresser le front blanc de ta mère
Tu es l’Enfant que je vénère
Tu es bien le Fils de mon Dieu.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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Lorsque vous sentez la souffrance (Alberto Savinio)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017



Lorsque vous sentez la souffrance d’un poète,
pensez à la douleur du prisonnier,
car il brûle du désir
d’un impossible voyage

(Alberto Savinio)

Illustration: SknijKunst

 

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JE VIENDRAI QUAND TU CONNAITRAS LA PIRE ANGOISSE (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017



Illustration: Johann Heinrich Füssli
    
JE VIENDRAI QUAND TU CONNAÎTRAS LA PIRE ANGOISSE

Je viendrai quand tu connaîtras la pire angoisse,
Allongé, seul, dans la chambre assombrie,
La folle joie de la journée évanouie
Et l’heureux sourire banni
Des ténèbres glacées du soir.

Je viendrai quand le vrai sentiment de ton coeur
Régnera pleinement, sans rien pour le gauchir,
Et que mon influence, se glissant en toi,
Aggravant la désolation, gelant la joie,
Emportera ton âme.

Ecoute : voici l’heure, voici
Pour toi le moment redoutable;
Ne sens-tu pas déferler sur ton âme
Un flot d’étranges sensations,
Signes avant-coureurs d’un plus rude pouvoir,
Hérauts de mon avènement?

***

I’LL COME WHEN THOU ART SADDEST

I’ll come when thou art saddest,
Laid alone in the darkened room;
When the mad day’s mirth has vanished,
And the smile of joy is banished
From evening’s chilly gloom.

I’ll
come when the heart’s real feeling
Has entire, unbiassed sway,
And my influence o’er thee stealing,
Grief deepening, joy congealing,
Shall bear thy soul away.

Listen, ’tis just the hour,
The awful time for thee;
Dost thou not feel upon thy soul
A flood of strange sensations roll,
Forerunners of a sterner power,
Heralds of me?

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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Le poème (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017



Illustration: Gustave Moreau
    
Un poème sommeille en moi
Qui exprimera mon âme entière.
Je le sens aussi vague que le son et le vent
Non modelé dans sa forme accomplie.

Il n’a ni stance, ni vers, ni mot.
Il n’est même pas tel que je le rêve.
Rien qu’un sentiment confus de lui,
Rien qu’une brume heureuse entourant la pensée.

Jour et nuit dans mon mystère intime
Je le rêve, je le lis, je l’épelle,
Et sa vague perfection toujours
Gravite en moi à la frange des mots.

Jamais, je le sais, il ne sera écrit.
Je sais et j’ignore à la fois ce qu’il est.
Mais je jouis de le rêver,
Car le bonheur, même faux, reste le bonheur.

***

The poem

There sleeps a poem in my mind
That shall my entire soul express.
I feel it vague as sound and wind
Yet sculptured in full definiteness.

It has no stanza, verse or word.
Ev’n as l dream it, it is not.
‘Tis a mere feeling of it, blurred,
And but a happy mist round thought.

Day and night in my mystery
I dream and read and spell it over,
And ever round words’ brink in me
Its vague completeness seems to hover.

I know it never shall be writ.
I know I know not what it is.
But I am happy dreaming it,
And false bliss, although false, is bliss.

(Fernando Pessoa)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Poèmes anglais
Traduction: Georges Thinès
Editions: Points

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Conseil (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017




    
Conseil

Lis en toi-même
et dis ton chant,
porteur de chrême,
prêtre du vent…

Inscris la vie comme tu sens,
non comme on fait, c’est vil mensonge ;
prends bien le mot qui peint ton sang
et semble une prison de songe.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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