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Poésie

Posts Tagged ‘sentir’

La tendre chanson (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



    

La tendre chanson

Tu viendras dans ma chaumière
T’asseoir un matin de mai,
Sur ma couche de bruyère,
Dire combien tu m’aimais.

Je mettrai dans ta main douce
Ma main et nous pleurerons,
Ainsi que l’eau sur la mousse,
Tous les deux nous pleurerons.

Nous aurons l’âme candide
Et tendre comme l’orée
Des halliers encore humides
Et que baigne la rosée.

Tous deux nous palpiterons,
– Roucoulez, les tourterelles! –
Et tant de baisers feront
Autour de nous un bruit d’ailes.

Nous serons aussi sauvages
Que le faon craintif qui broute
L’écorce dans les triages
De l’acacia qui s’égoutte.

Nous sentirons dans nos âmes
Fleurir les bourgeons des hêtres
Et s’entr’ouvrir les jusquiames
Que les lièvres viennent paître;

Nous serons paisibles, doux,
Infiniment oublieux
Des autres, enfin heureux,
Heureux comme sont les loups.

(Marie Dauguet)

 

 

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Le Liseron (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



Illustration
    
Le Liseron

Aimez le Liseron, cette fleur qui s’attache
Au gazon de la tombe, à l’agreste rocher ;
Triste et modeste fleur qui dans l’ombre se cache
Et frissonne au toucher !

Aimez son teint si pâle et son parfum d’amande ;
Ce parfum, on le cherche, il ne vient pas à vous ;
Mais, à l’humble corolle alors qu’on le demande,
On le sent pur et doux,

Il ne pénètre pas les sens comme la rose,
Il ne jette pas l’âme en de molles langueurs,
Suave et virginal, de l’ivresse il repose,
Et rafraîchit les cœurs.

De l’amour idéal, chaste et touchant emblème,
Il vit et meurt caché sous le regard de Dieu,
S’abreuve de rosée et de soleil, de même
Que l’âme se nourrit de larmes et de feu.

Comme l’amour encore qui, pudique, se voile,
L’homme, sans le sentir, le foule sous ses pas,
Ou parfois à la tige il arrache l’étoile
Et ne l’aspire pas !

Plus d’un cœur fut ainsi brisé dans le silence,
Étouffant un amour, mystère de pudeur,
Désir inexprimé qui vers le ciel s’élance,
Comme du Liseron la balsamique odeur !

(Louise Colet)

 

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Jalousie (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



Illustration: Anne-François-Louis Janmot
    
Jalousie

Jeunes femmes, parfois, quand je vais me mêler
A vos jeux… si je sens mon âme se troubler,
Si soudain sur mon front une ride se creuse,
Si ma pensée empreint sa trace douloureuse
Sur mes traits, que l’on voit se couvrir de pâleur,
Ce n’est point jalousie, ô femmes ! c’est douleur !

Du bonheur passager de la nouvelle épouse,
De ses illusions je ne suis pas jalouse.
Quand elle apparaît, j’aime à l’entendre applaudir,
A voir sous l’oranger son front pur resplendir,
Sa parure éblouir la foule qui l’entoure,
J’aime à la croire heureuse alors qu’elle savoure
Cet encens que le monde aux femmes jette un jour,
Encens de vanité parfumé par l’amour !…

Mais ce qui me torture et fait fléchir mon âme,
C’est de voir auprès d’elle assise une autre femme,
Jeune de son bonheur dont elle prend sa part,
Fière de ses succès, l’adorant du regard,
Et la nommant tout haut sa fille, ô peine amère !
Je suis jalouse alors, car je n’ai plus de mère !

(Louise Colet)

 

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Je me sentais vivre en elle (Gérard de Nerval)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2017




    
Je me sentais vivre en elle,
et elle vivait pour moi seul.
Son sourire me remplissait d’une béatitude infinie;
la vibration de sa voix si douce et cependant fortement timbrée
me faisait tressaillir de joie et d’amour.

Elle avait pour moi toutes les perfections,
elle répondait à tous mes enthousiasmes,
à tous mes caprices,

— belle comme le jour aux feux de la rampe
qui l’éclairait d’en bas,
pâle comme la nuit, quand la rampe baissée
la laissait éclairée d’en haut
sous les rayons du lustre
et la montrait plus naturelle,
brillant dans l’ombre de sa seule beauté,
comme les Heures divines qui se découpent,
avec une étoile au front,
sur les fonds bruns des fresques d’Herculanum!

(Gérard de Nerval)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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Écrit sur la cellule d’un bonze (Wang Tch’ang-Ling)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017




    
Écrit sur la cellule d’un bonze

Les fleurs de palmier couvrent la cour,
La mousse envahit la cellule solitaire.

L’hôte et le visiteur
ayant échangé des paroles sublimes
se taisent.

Dans l’air,
on sent flotter un parfum inconnu.

(Wang Tch’ang-Ling)

 

 

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La campagne s’abandonne (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017



Illustration
    
La campagne s’abandonne au premier ruisseau venu.
C’est contre ses berges, c’est par-dessus son eau
qu’elle arrondit sa pleine poitrine d’herbes,
c’est en lui qu’elle se sent la plus nue.

On passerait sa vie à rester immobile
loin des villages caillés, loin des routes trop sûres,
avec la respiration du jour sur le visage,
avec le bleu du ciel dans la bouche entr’ouverte.

On voudrait mourir ici
avec le soleil soudé aux yeux comme une applique,
avec la tête prise dans la grande maille de l’espace,
avec au cou le collier des moissons.

Mais je reste tout entier dans la pierre
que le silence a jetée du haut du monde,
retenu seulement par le fil
que mon coeur tend à mon poignet.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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J’AYME TROP MIEUX SOUFFRIR LA MORT (Guillaume Costeley)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017



Illustration: Edmund Blair Leighton
    
J’AYME TROP MIEUX SOUFFRIR LA MORT

J’ayme trop mieux souffrir la mort,
Puis qu’il faut que pour toy l’endure.
Qu’ain si souvent sentir à tort,
Ne te voyant, peine si dure :
Car tout ainsi que nuit obscure prive un chacun la clairté.
Ainsi, sans toy, ta créature languit en toute obscurité.

***

I much prefer to suffer death,
Since it be necessary to endure it for you.
That, so often wrongly feeling,
Not seeing you, so hard a sentence:
For thus everything that dark night deprives anyone of brightness.
Thus, without you, your creature languishes in total darkness.

***

Ich liebe zu sehr, besser ist der Tod,
Da für dich ich muss ihn leiden.
Den ich so oft gefühlt, doch falsch,
Dich nicht zu seh‘n, welch harte Straf‘!
Denn genau wie dunkle Nacht ein‘ jeden gar nicht sehen macht,
So, ganz ohn‘ dich, dein‘ Kreatur verzehrt im Finstern sich.

(Guillaume Costeley)

 

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L’automne (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017




    
L’automne

Voici venu le froid radieux de septembre :
Le vent voudrait entrer et jouer dans les chambres ;
Mais la maison a l’air sévère, ce matin,
Et le laisse dehors qui sanglote au jardin.

Comme toutes les voix de l’été se sont tues !
Pourquoi ne met-on pas de mantes aux statues ?
Tout est transi, tout tremble et tout a peur ; je crois
Que la bise grelotte et que l’eau même a froid.

Les feuilles dans le vent courent comme des folles ;
Elles voudraient aller où les oiseaux s’envolent,
Mais le vent les reprend et barre leur chemin
Elles iront mourir sur les étangs demain.

Le silence est léger et calme ; par minute
Le vent passe au travers comme un joueur de flûte,
Et puis tout redevient encor silencieux,
Et l’Amour qui jouait sous la bonté des cieux

S’en revient pour chauffer devant le feu qui flambe
Ses mains pleines de froid et ses frileuses jambes,
Et la vieille maison qu’il va transfigurer
Tressaille et s’attendrit de le sentir entrer…

(Anna de Noailles)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Recueil: Le cœur innombrable

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Voyez-vous cet œuf ? (Denis Diderot)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017




    
À votre avis, qu’est-ce autre chose
qu’un pinson, un rossignol, un musicien, un homme ?
Et quelle autre différence trouvez-vous
entre le serin et la serinette ?

Voyez-vous cet œuf ?

C’est avec cela qu’on renverse
toutes les écoles de théologie et tous les temples de la terre.

Qu’est-ce que cet œuf ?

Une masse insensible avant que le germe y soit introduit ;
et après que le germe y est introduit, qu’est-ce encore ?

Une masse insensible, car ce germe n’est lui-même
qu’un fluide inerte et grossier.

Comment cette masse passera-t-elle à une autre organisation,
à la sensibilité, à la vie ?
Qu’y produira la chaleur le mouvement ?
Quels seront les effets successifs du mouvement ?

Au lieu de me répondre, asseyez-vous,
et suivons-les de l’œil de moment en moment.

D’abord c’est un point qui oscille,
un filet qui s’étend et qui se colore ;
de la chair qui se forme ;
un bec, des bouts d’ailes, des yeux, des pattes qui paraissent ;
une matière jaunâtre qui se dévide et produit des intestins ;
c’est un animal.

Cet animal se meut, s’agite, crie ;
j’entends ses cris à travers la coque ;
il se couvre de duvet ; il voit.
La pesanteur de sa tête, qui oscille,
porte sans cesse son bec
contre la paroi intérieure de sa prison ;

la voilà brisée ; il en sort,
il marche, il vole, il s’irrite, il fuit,
il approche, il se plaint, il souffre,
il aime, il désire, il jouit ;
il a toutes vos affections ;
toutes vos actions,
il les fait.

Prétendrez-vous, avec Descartes,
que c’est une pure machine imitative ?
Mais les petits enfants se moqueront de vous,
et les philosophes vous répliqueront
que si c’est là une machine, vous en êtes une autre.

Si vous avouez qu’entre l’animal et vous
il n’y a de différence que dans l’organisation,
vous montrerez du sens et de la raison, vous serez de bonne foi ;
mais on en conclura contre vous qu’avec une matière inerte,
disposée d’une certaine manière, imprégnée d’une autre matière inerte,
de la chaleur et du mouvement,
on obtient de la sensibilité, de la vie,
de la mémoire, de la conscience, des passions, de la pensée.

Il ne vous reste qu’un de ces deux partis à prendre ;
c’est d’imaginer dans la masse inerte de l’œuf un élément caché
qui en attendait le développement pour manifester sa présence,
ou de supposer que cet élément imperceptible
s’y est insinué à travers la coque dans un instant déterminé du développement.

Mais qu’est-ce que cet élément ?
Occupait-il de l’espace, ou n’en occupait-il point ?
Comment est-il venu, ou s’est-il échappé, sans se mouvoir ?
Où était-il ?
Que faisait-il là ou ailleurs ?
A-t-il été créé à l’instant du besoin ?
Existait-il ?
Attendait-il un domicile ?
Était-il homogène ou hétérogène à ce domicile ?

Homogène, il était matériel ;
hétérogène, on ne conçoit ni son inertie avant le développement,
ni son énergie dans l’animal développé.

Écoutez-vous,
et vous aurez pitié de vous-même ;
vous sentirez que, pour ne pas admettre une supposition simple
qui explique tout, la sensibilité,
propriété générale de la matière, ou produit de l’organisation,
vous renoncez au sens commun,
et vous précipitez dans un abîme de mystères,
de contradictions et d’absurdités.

(Denis Diderot)

 

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Il faut la nuit (Denis Diderot)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017



Illustration: Marc Chagall
    
Il faut la nuit dire tout ce qu’on sent
au tendre objet que notre cœur adore ;
se réveiller pour en redire autant,
puis se rendormir pour y songer encore.

(Denis Diderot)

 

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