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Poésie

Posts Tagged ‘s’entrouvrir’

AVENTURE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019




    
AVENTURE

Était-ce hier ou clans un temps lointain ?

La vibration de l’air à peine on l’entendait
(C’était le cri de l’alouette invisible)

J’étais seul, habité par une multitude muette
où grondait la colère des mauvais jours.

Dans cette large plaine coulait sans doute un fleuve
et au-delà pâlissaient les montagnes mais on ne les voyait pas

Le reflet de ma peine
identique à ma joie
plongeait dans les ténèbres vides.

Quelqu’un passa, ou quelque chose
« Qui est là ? » — demandai-je

Nul ne répondit.
Mais une feuille tomba

et le rideau s’entrouvrit
sur le paisible abîme de mes jours.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Une femme (Marcel Béalu)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2018



Illustration: Henry Picou
    
Une femme

Une femme avec un sexe entre les jambes
Et de longs cheveux de noyée
Une femme aux yeux couleur de lierre
Aux seins tendres comme la rosée

Ses mains sont la forêt obscure
Où je me perds et qui me déchire
Sa nuque est la clairière ailée
Tous les chemins mènent au port

Sa chevelure est la tempête et le navire
Ses jambes sont la prairie sous-marine
(Prairie je veux dire où poussent les praires)

Une palourde noire y dort
Qui ne s’entrouvre que pour moi

(Marcel Béalu)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Prophétie (Haya Ester)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



Prophétie

Je suis sortie de là
je chante le gouffre d’en haut
je m’inscris dans le mouvement des galaxies
éclairée par les esprits supérieurs

mon gouffre s’entrouvre
je crée
propulsée vers les mondes de l’au-delà

d’un désir ardent

d’une course folle
aller retour aller retour
folie furieuse
je hurle :

restons dans le Tohu
c’est rien
inondée brûlée gommée dans un tourbillon chaotique
éclater
ramener de là
grandeur
et force
et l’effroyable

dans la tempête des cieux

cri de vie

(Haya Ester)


Illustration: Cythara-Martine Gercault

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Vient le jour où l’on quitte la gare (Hélène Dorion)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2018



Illustration
    
Vient le jour où l’on quitte la gare.
Enfermé depuis toujours, on cesse soudain
de chercher des abris.
On lâche les amarres.
Tout s’allège et le ciel s’entrouvre.

Alors, plus nue de n’avoir jamais été nue
notre âme écoute pour la première fois
son silence intérieur.

(Hélène Dorion)

 

Recueil: Sans bord sans bout du monde
Traduction:
Editions: La différence

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Et toujours à ma droite (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



    

Et toujours à ma droite une maison se dresse,
Porte close où se traîne un tremblant corridor,
J’attends depuis l’aurore et toujours le temps presse
J’entends des pas très alarmés et nul ne sort.

Une voix du dedans m’appelle, je regarde
La fenétre que ferme un barreau d’acier noir.
Je traverse la rue et son ombre si grande
Que le gardien de nuit s’approche sans me voir.

Mais la porte soudain s’entr’ouvre toute seule
Et ne laisse échapper qu’un désespoir sans fin.
Et cette voix se tait qui m’appelait sans cesse.
Elle qui promettait un visage et des mains.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE BLEU (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



Illustration: Sudarshan Pattnaik
    
LE BLEU

Lorsqu’on renverse la tête sur le sable,
Soudain les yeux s’entrouvrent : c’est le bleu
Du ciel immense, l’espace transparent du ciel, pays
De la lumière vive au-dessus de la joie.
Dense, impavide, absolu bleu.

Nous oublions les tristesses d’un coeur et la distance.
Le bleu traverse l’air impalpable, visite la branche fine qui salue.
Se laisse étreindre par les yeux qui le pénètrent.
Dans ce vitrail, la fanfare du jour
Infuse un doux acquiescement de la lumière.

Même un nuage infime et haut fait concevoir
Au pli de la tenture une aiguille suivie
D’un fil qui s’effiloche. Une invisible main
Tente de coudre à l’aube le crépuscule.
Le soleil emporté par son poids déchire la mandorle
Où le temps le suspend. Le bleu pâlit à l’horizon.
La mer répand sur ses genoux qui tremblent
Le drap où flambent ses ciseaux, berçant nos coeurs
Qui se désolent, qui s’enchantent,
D’être mortels encore sous l’éphémère azur.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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JE TOUCHE TES LEVRES (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018



Illustration: Alice de Miramon
    
JE TOUCHE TES LEVRES

Je touche tes lèvres,
je touche d’un doigt le bord de tes lèvres.
Je dessine ta bouche comme si elle naissait de ma main,
comme si elle s’entrouvrait pour la première fois
et il me suffit de fermer les yeux
pour tout défaire et tout recommencer.

Je fais naître chaque fois la bouche que je désire,
la bouche que ma main choisit et qu’elle dessine sur ton visage,
une bouche choisie entre toutes, choisie par moi
avec une souveraine liberté pour la dessiner de ma main sur ton visage et qui,
par un hasard que je ne cherche pas à comprendre,
coïncide exactement à ta bouche
qui sourit sous la bouche que ma main te dessine.

Tu me regardes, tu me regardes de tout près,
tu me regardes de plus en plus près,
nous jouons au cyclope,
nos yeux grandissent, se rejoignent, se superposent,
et les cyclopes se regardent, respirent confondus,
les bouches se rencontrent, luttent tièdes avec leurs lèvres,
appuyant à peine la langue sur les dents,
jouant dans leur enceinte où va et vient
un air pesant dans un silence et un parfum ancien.

Alors mes mains s’enfoncent dans tes cheveux,
caressent lentement la profondeur de tes cheveux,
tandis que nous nous embrassons
comme si nous avions la bouche pleine de fleurs ou de poissons,
de mouvement vivants, de senteur profonde.

Et si nous nous mordons, la douleur est douce
et si nous sombrons dans nos haleines mêlées
en une brève et terrible noyade,
cette mort instantanée est belle.

Et il y a une seule salive et une seule saveur de fruit mûr,
et je te sens trembler contre moi comme une lune dans l’eau.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Marelle
Traduction: Laure Bataillon & Françoise Rosset
Editions: Gallimard

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A cette heure dans le monde (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017



 


    
A cette heure dans le monde
Il y a peut-être une petite fille qui cueille des fleurs
Sur le bord de la voie dans un pays meilleur
Et dans un port de mer quelqu’un agite son mouchoir
Longuement comme un télégramme chiffré

Je pense à des automobiles chic
A un petit ruisseau plein d’écrevisses à Chavigné
A la dernière page d’un roman populaire
Un soir où le vent souffle
Je pense à cette petite gare perdue dans les bois
Où je ne descendrai jamais

À cette heure il y a
Des villas vides sur la côte
Et l’hôtel de la plage est couvert de fumée
Qui est fumée d’ennui ou fin d’une marée
Il y a un château étrange dans la nuit
Et le vieux jardinier lit du Montépin en fumant doucement sa pipe
Il y a sur l’océan un transatlantique
Qui est comme l’arche de Noé
Mais le garçon des troisièmes classes regrette
La métairie de ses parents et les jours de grand’fête
Et les compétitions cyclistes dans les bourgades du canton

A cette heure dans le monde
Une fleur s’entr’ouvre
Un poète retrouve soudain la raison
Et l’aviateur qui croyait tomber
dans la bouteille du soleil comme un ludion
ivre se met à rire et dégrafe son col

Ah dans cette minute où je ne vieillis pas
Comment penser à autre chose qu’à toi
A tes seins de colombe
A ta bouche
A tes mains
A ta beauté bien faite
À tes longues jambes qui m’emportent
À tes caresses qui fleurissent
Chaque soir comme un lilas

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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La tendre chanson (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



    

La tendre chanson

Tu viendras dans ma chaumière
T’asseoir un matin de mai,
Sur ma couche de bruyère,
Dire combien tu m’aimais.

Je mettrai dans ta main douce
Ma main et nous pleurerons,
Ainsi que l’eau sur la mousse,
Tous les deux nous pleurerons.

Nous aurons l’âme candide
Et tendre comme l’orée
Des halliers encore humides
Et que baigne la rosée.

Tous deux nous palpiterons,
– Roucoulez, les tourterelles! –
Et tant de baisers feront
Autour de nous un bruit d’ailes.

Nous serons aussi sauvages
Que le faon craintif qui broute
L’écorce dans les triages
De l’acacia qui s’égoutte.

Nous sentirons dans nos âmes
Fleurir les bourgeons des hêtres
Et s’entr’ouvrir les jusquiames
Que les lièvres viennent paître;

Nous serons paisibles, doux,
Infiniment oublieux
Des autres, enfin heureux,
Heureux comme sont les loups.

(Marie Dauguet)

 

 

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AVENIR (Mathieu Bénézet)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2017




    
AVENIR

ma salive a rouillé la serrure de ta bouche
les pistils de mes doigts pénètrent la corolle de tes lèvres
s’entrouvrant sous la poussière de la pluie de ma voix
je te regarde dans la nuit néon imperceptible chatoyant clignotant
de tous ses feux sur une marée émancipatrice
je te regarde façonnée par les doigts d’encre du rêve
je te regarde eau de pluie
Et je te vois tout entière nue dans tes seins translucides

(Mathieu Bénézet)

 

Recueil: … Et nous apprîmes
Editions: Flammarion

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