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Poésie

Posts Tagged ‘s’envelopper’

PROSTRÉS (José Ángel Valente)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018




PROSTRÉS pendant
qu’au-dessus le rayon non visible
S’enveloppe de ténèbres.

Troupeau aveugle
d’animaux obscurs
renversés dans la boue.

Qui viendra du haut
avec des fragments de vent
te donner nom ?

***

POSTRADOS mientras
arriba el rayo no visible
se envuelve en la tiniebla.

Manada ciega
de animales oscuros
volcados sobre el barro.

¿ Quién vendrá de lo alto
con fragmentos de viento
a darte nombres ?

(José Ángel Valente)

Illustration: Salvador Dali

 

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VOLUPTÉ (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



Illustration: Philippe Zacharie
    
VOLUPTÉ

Sur une terrasse blanche, la nuit, ils nous laissèrent évanouies dans les roses.
La sueur chaude coulait comme des larmes, de nos aisselles sur nos seins.
Une volupté accablante empourprait nos têtes renversées.

Quatre colombes captives, baignées dans quatre parfums, voletèrent au-dessus de nous en silence.
De leurs ailes, sur les femmes nues, ruisselaient des gouttes de senteur. Je fus inondée d’essence d’iris.

Ô lassitude! je reposai ma joue sur le ventre d’une jeune fille qui s’enveloppa de fraîcheur avec ma chevelure humide.
L’odeur de sa peau safranée enivrait ma bouche ouverte. Elle ferma sa cuisse sur ma nuque.

Je dormis, mais un rêve épuisant m’éveilla : l’iynx, oiseau des désirs nocturnes, chantait éperdument au loin.
Je toussai avec un frisson. Un bras languissant comme une fleur s’élevait peu à peu vers la lune, dans l’air.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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BILITIS (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



    

BILITIS

Une femme s’enveloppe de laine blanche. Une autre se vêt de soie et d’or.
Une autre se couvre de fleurs, de feuilles vertes et de raisins.

Moi je ne saurais vivre que nue. Mon amant, prends-moi comme je suis :
sans robe ni bijoux ni sandales, voici Bilitis toute seule.

Mes cheveux sont noirs de leur noir et mes lèvres rouges de leur rouge.
Mes boucles flottent autour de moi, libres et rondes comme des plumes.

Prends-moi telle que ma mère m’a faite dans une nuit d’amour lointaine,
et si je te plais ainsi, n’oublie pas de me le dire.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je m’éveille et vois (Jean-Pierre Faye)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2018



Illustration: Andrzej Malinowski
    
je m’éveille et vois les lignes du noir
et je les touche en sommeil dans la main
elles se retournent en douceur d’épaules
. et leurs mains me parlent et elles viennent
et me parlent par jambes entrelacées et sommeil
. de toison et de ventre et chaleur
qui se retourne encore et qui vient
s’envelopper de moi-même et de soi
. à perte d’ombre sans vue et sans mot

car vous êtes âme du corps et jouissance
du sommeil et d’éveil et d’enveloppement
et dans le gris de nuit flamme et brûlure
. et joie cri abrupt et geste d’écart
dans les jambes et retour des bras et des bouches
langue contre langue et mot dans le mot
. pour ne pas dire qui flambe
corps à corps en nuit
car vous êtes forme du corps

(Jean-Pierre Faye)

 

Recueil: Eclat Rançon
Traduction:
Editions: De la Différence

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Rien n’est doux (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2017



Illustration: Adolphe Lalyre
    
Rien n’est doux comme la musique :
aussi ton beau corps, mon amour,
j’eusse voulu l’envelopper
d’une atmosphère de musique.

Dans la lumière et la musique,
j’eusse voulu pouvoir l’adorer,
— ton corps qui avait la douceur
de la lumière et de la musique.

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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La Vie, la Nuit (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



La Vie, la Nuit

A la recherche de la première étoile dans le ciel
je vais entre les murs
qui me tutoient.
La lumière qui ne se lève pas
dans les tunnels du sang
attend près du regard
combien de pierres
dont elle s’enveloppe
pavent le ciel.

Les fenêtres de la veille sont mortes
ouvertes aux couchants.
L’humus de la chambre
un peu tiède comme le cœur
est toujours plein de femmes
qui tricotent en songeant à l’amour.

L’ombre fait un cercle autour de la lampe
et le fourneau est sans doute seul heureux
comment sortir de cette maison
sans avoir l’air gauche, sans mentir
comment jouer le rôle de passant
sans penser à la mort
qui compte mes pas
qui me pousse si je m’arrête
comment croiser ce regard
où elle est déjà montée ?

(Lucien Becker)

 

 

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Rive d’une autre mort (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2016



Rive d’une autre mort

I

L’oiseau qui s’est dépris d’être
Phénix
Demeure seul dans l’arbre pour mourir.
Il s’est enveloppé de la nuit de blessure,
II ne sent pas l’épée qui pénètre son coeur.

Comme l’huile a vieilli et noirci dans les lampes.
Comme tant de chemins que nous étions, perdus,
Il fait un lent retour à la matière d’arbre.

Il sera bien un jour.

Il saura bien un jour être la bête morte,

L’absence au col tranché que dévore le sang.

Il tombera dans l’herbe, ayant trouvé

Dans l’herbe le profond de toute vérité.

Le goût du sang battra de vagues son rivage.

II

L’oiseau se défera par misère profonde.
Qu’était-il que la voix qui ne veut pas mentir,
Il sera par orgueil et native tendance
A n’être que néant, le chant des morts.

Il vieillira.
Pays aux formes nues et dures
Sera l’autre versant de cette voix.
Ainsi noircit au vent des sables de l’usure
La barque retirée où le flot ne va pas.

Il se taira.
La mort est moins grave.
Il fera
Dans l’inutilité d’être les quelques pas
De l’ombre dont le fer a déchiré les ailes.

Il saura bien mourir dans la grave lumière

El ce sera parler au nom d’une lumière

Plus heureuse, établie dans l’autre monde obscur

III

Le sable est au début comme il sera
L’horrible fin sous la poussée de ce vent froid.
Où est le bout, dis-tu, de tant d’étoiles,
Pourquoi avançons-nous dans ce lieu froid ?

Et pourquoi disons-nous d’aussi vaines paroles,
Allant et comme si la nuit n’existait pas ?
Mieux vaut marcher plus près de la ligne d’écume
Et nous aventurer au seuil d’un autre froid.

Nous venions de toujours.
De hâtives lumières
Portaient au loin pour nous la majesté du froid —
Peu à peu grandissait la côte longtemps vue
Et dite par des mots que nous ne savions pas.

(Yves Bonnefoy)

Illustration: Mathieu Triolet

 

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Parures (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2015




L’aube porte une robe blanche
Le jour un habit de soleil
Le soir un pourpoint de pourpre
Et la nuit s’enveloppe mystérieuse
Dans une vaste cape noire

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration: Jean Libon

 

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Parler est facile (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2015



 

Mark Kostabi 553 [1280x768]

Parler est facile, et tracer des mots sur la page,
en règle générale, est risquer peu de chose :
un ouvrage de dentellière, calfeutré, paisible
(on pourrait même demander à la bougie une clarté plus douce, plus trompeuse),
tous les mots sont écrits de la même encre,
« fleur » et « peur » par exemple sont presque pareils,
et j’aurai beau répéter « sang » du haut en bas
de la page, elle n’en sera pas tachée, ni moi blessé.

Aussi arrive-t-il qu’on prenne ce jeu en horreur,
qu’on ne comprenne plus ce qu’on a voulu faire en y jouant,
au lieu de se risquer dehors et de faire meilleur usage de ses mains.

Cela, c’est quand on ne peut plus se dérober à la douleur,
qu’elle ressemble à quelqu’un qui approche
en déchirant les brumes dont on s’enveloppe,
abattant un à un les obstacles,
traversant la distance de plus en plus faible
— si près soudain qu’on ne voit plus que son mufle plus large que le ciel.

Parler alors semble mensonge, ou pire : lâche insulte à la douleur,
et gaspillage du peu de temps et de forces qui nous reste.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Mark Kostabi

 

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