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Posts Tagged ‘séparation’

À A… (René Char)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017




À A…

Tu es mon amour depuis tant d’années,
Mon vertige devant tant d’attente,
Que rien ne peut vieillir, froidir ;
Même ce qui attendait notre mort,
Ou lentement sut nous combattre,
Même ce qui nous est étranger,
Et mes éclipses et mes retours.

Fermée comme un volet de buis,
Une extrême chance compacte
Est notre chaîne de montagnes,
Notre comprimante splendeur.

Je dis chance, ô ma martelée ;
Chacun de nous peut recevoir
La part de mystère de l’autre
Sans en répandre le secret ;
Et la douleur qui vient d’ailleurs
Trouve enfin sa séparation
Dans la chair de notre unité,
Trouve enfin sa route solaire
Au centre de notre nuée
Qu’elle déchire et recommence.

Je dis chance comme je le sens.
Tu as élevé le sommet
Que devra franchir mon attente
Quand demain disparaîtra.

(René Char)

 

 

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J’ai peur de l’altitude (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



 

Kathryn Jacobi 13

j’ai peur de l’altitude
je suis tombé de haut
j’ai peur du feu
je me suis brûlé plusieurs fois
j’ai peur de la séparation
j’en ai souffert ô combien
je ne redoute pas la mort
je ne suis jamais mort
pas même une fois

(Abbas Kiarostami)

Illustration: Kathryn Jacobi

 

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En rêve (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2017



Illustration: Luc Thébault

En rêve

La séparation noire, définitive
Je la subis tout comme toi.
Comment, tu pleures ? Donne-moi plutôt la main.
Promets-moi de revenir en rêve.
Pour nous deux, c’est comme pour les montagnes,
Pour nous deux, nulle rencontre ici-bas.
Puisses-tu seulement, à minuit,
Me faire signe par-delà les étoiles.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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Que tonnent à nouveau (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2017



Illustration: Stanislav Shpanin

Que tonnent à nouveau les grandes orgues
Comme premier orage de printemps :
Sur l’épaule de ta fiancée veillent
Mes yeux mi-clos.

Sept jours d’amour, sept ans cruels de séparation,
Guerre, révolte, maison vide,
Petites mains couvertes d’un sang innocent,
Mèche grise sur la tempe rose.

Adieu, adieu, bel ami, sois heureux
Je te rends tes douces promesses
Mais garde-toi bien de faire connaître
À ton amie mon délire sans pareil —

Il irait s’infiltrer comme un poison brûlant
Dans votre union bénie, dans votre union radieuse…
Pour moi, je vais régner sur un jardin de rêves,
Plein des rumeurs des herbes et des clameurs des muses.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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Séparation (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2017



Séparation

Chemin du soir,
Devant moi, sa pente.
Lui hier encore suppliait,
Amoureux : « Ne m’oublie pas ».
Mais maintenant
Il n’y a que les vents
Et les cris des bergers,
Et la houle des cèdres
Auprès des sources pures.

(Anna Akhmatova)

 

 

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L’Amour seul peut pénétrer le monde (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2017



Le Seigneur est en moi ;
le Seigneur est en toi comme la vie est dans chaque semence !

Ô mon Serviteur renonce à un faux orgueil et cherche en toi ton Seigneur.
Un million de soleils rayonnent de lumière.
Un océan de bleu s’étend au ciel.

La fièvre de la vie s’apaise et tous mes péchés sont lavés,
quand je demeure au sein même du monde.

Écoute les cloches et les tambours de l’Éternité ! Prends ton délice dans l’amour !
La pluie tombe sans eau et les rivières sont des torrents de lumière.

L’Amour seul peut pénétrer le monde
et peu nombreux sont ceux qui savent ces choses.

Ils sont aveugles ceux qui veulent les voir à la lumière de la Raison,
de cette raison qui est la cause de la séparation.
Le palais de la Raison est très lointain !

Combien Kabîr est béni de pouvoir, au sein de la joie infinie,
chanter en lui-même le chant de la rencontre de l’âme avec l’Âme,
le chant d’oubli des souffrances,
le chant qui surpasse tout ce qui pénètre en nous
et tout ce qui émane de nous.

(Kabîr)

 

 

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D’Étincelles notre rencontre (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



D’Étincelles notre rencontre – Silex
Divergents – volant de tous côtés –
Notre séparation, une Hache
Le Coeur de la Pierre clivé –
Nous vivons de la Clarté qui fut Nôtre
Avant d’éprouver la Ténèbre –
Par sa différence avec cette céleste
Étincelle, révélée.

***

We met as Sparks – Diverging Flints
Sent various – scattered ways –
We parted as the Central Flint
Were cloven with an Adze –
Subsisting on the Light We bore
Before We felt the Dark –
We knew by change between itself
And that etherial Spark.

(Emily Dickinson)

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Pourquoi me donnes-tu la main timidement (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2016



Pourquoi me donnes-tu la main
Timidement et comme en secret ?
Viens-tu d’un pays si lointain,
Que tu ne connais pas notre vin ?

Ne connais-tu pas notre plus beau brasier
— Serait-ce que tu vis si seul ? —
N’être qu’un en l’autre
Avec le coeur, avec le sang ?

Ne sais-tu pas, plaisirs du jour,
Marcher avec l’être le plus cher,
Ne sais-tu pas, la séparation du soir venue,
Marcher tout seul le coeur lourd ?

Viens avec moi et aime-moi,
Ne pense pas à tes effrois,
Ne peux-tu donc te confier à personne,
Viens, prends et donne.

Puis traversons les blés mûrs
– Coquelicot et trèfle de nature —
Plus tard dans le vaste monde,
Nous aurons bien de la peine,

Quand nous sentirons le souvenir
Flotter avec force dans le vent.
Quand dans le doux souffle du rêve
Notre âme sera prise de frissons.

***

Warum gibst Du mir die Hand
Scheu und wie geheim?
Kommst Du aus so fernem Land,
Kennst nicht unsern Wein?

Kennst nicht unsere schönste Glut
— Lebst Du so allein? —
Mit dem Herzen, mit dem Blut
Eins im andern sein?

Weißt Du nicht des Tages Freuden,
Mit dem Liebsten gehen ?
Weißt Du nicht des Abends Scheiden,
Ganz in Schwermut gehen?

Komm mit mir und hab mich lieb,
Denk nicht an Dein Graun,
Kannst Du Dich denn nicht vertraun,
Komm und nimm und gib.

Gehen dann durchs reife Feld
— Mohn und wilder Klee —
Später in der weiten Welt
Tut es uns wohl weh,

Wenn wir spüren, wie im Wind
Stark Erinnerung weht.
Wenn im Schauder traumhaft lind
Unsere Seele weht.

(Hannah Arendt)

Illustration

 

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Le vingt et un. La nuit. Lundi. (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2016



Le vingt et un. La nuit. Lundi.
Les contours de la ville dans la brume.
Je ne sais quel nigaud a prétendu
Que l’amour existe sur terre.
Paresse? Ennui? On y a cru.
On en vit; on attend le rendez-vous.
On craint la séparation.
On chante des chansons d’amour.
D’autres découvrent le secret;
Un silence descend sur eux…
Je suis tombée là-dessus par hasard.
Depuis, je suis comme malade.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Erich Heckel

 

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Séparation (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2016




Séparation

Devant moi le chemin
En pente douce dans le soir.
Hier encore, épris,
Il disait : « ne m’oublie pas ».
Aujourd’hui il y a le vent,
Et les cris des bergers,
Et des cèdres tourmentés
Près des sources pures.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Munch

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