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Poésie

Posts Tagged ‘séparé’

C’est que ce geste (Cédric Le Penven)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017




    
C’est que ce geste
main posée
contre écorce
est devenu
main posée
sur le ventre
de ma femme enceinte
et que le trouble
est si grand
que la bouche pourrait
demeurer coite

***

pour être bien sûr
qu’il est là avec nous
séparé simplement
par une paroi de peau
de muscles
qui laisse passer les voix
notre amour

Recueil: Variations autour d’un geste – 2
Editions: Encres Vives

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LA BARQUE (Mario Luzi)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2017



Illustration: Natacha Mondon
    
LA BARQUE

TOCCATA

Voici avril, l’ennui
des ciels d’eau de poussière,
le calme du store
à la fenêtre, une touche
de vent, une blessure ;
cette présence de la vie, séparée,
dans le vide des portes
dans les minces fleuves de cendre
dans ton pas que répètent les voûtes.

***

LA BARCA

TOCCATA

Ecco aprile, la noia
dei cieli d’acqua di polvere,
la quiete della stuoia
alla finestra, un tocco
di vento, una ferita ;
questa aliena presenza della vita
nel vano delle porte
nei Fiumi tenui di cenere
nel tuo passo echeggiato dalle volte.

(Mario Luzi)

 

Recueil: Dans l’oeuvre du monde
Traduction: Philippe Renard, Bernard Simeone
Editions: Editions Unes

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Aux commencements de l’univers (Amin Maalouf)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2017




    
Aux commencements de l’univers, deux mondes existaient,
séparés l’un de l’autre :
le monde de la Lumière et celui des Ténèbres.
Dans les Jardins de Lumières étaient toutes les choses désirables,
dans les Ténèbres résidait le désir,
un désir puissant, impérieux, rugissant.

Et soudain à la frontière des deux mondes un choc se produisit,
le plus violent et le plus terrifiant que l’univers ait connu.
Les particules de Lumières se sont alors mêlées aux ténèbres,
de mille façons différentes,
et c’est ainsi que sont apparus toutes les créatures,
les corps célestes et les eaux, et la nature et l’homme…

(Amin Maalouf)

 

Recueil: Les Jardins de lumière
Editions: LE LIVRE DE POCHE

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Chaque vie scellée par le silence (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Alfred Kubin     
    
Chaque vie scellée par le silence se perd
dans l’espace clignotant de jours et de nuits
et c’est au moment de la mort qu’elle apprend
que les siècles ont le battement de la mer.

C’est le pas cadencé sur la dalle éternelle,
c’est le cri sans écho qui tournoie dans la nuit
comme un peu de foudre, c’est le cri sur lequel
se ferme pour toujours la bouche de l’homme.

Pars vite. Tu ne peux déjà plus me rejoindre.
L’amour est un peu de soleil sur un naufrage.
Séparée de moi par des plaines de retard,
tu ne coïncides pas avec ma minute éternelle.

Et pourtant la joie de vivre se fait femme
au seuil des portes trop hautes du jour
où les hommes se lavent à grand soleil
avec l’ombre rejetée d’un coup derrière eux.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Entre les villages (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



Illustration: Vincent Van Gogh
    
Entre les villages séparés par le silence,
les chaumes se tendent comme des oiseaux
aux aguets et l’on entend parfois le bruit
que fait une feuille pour rentrer dans la terre.

Il y a tant de litres de clarté jamais bus
jamais vides de leur éclatement facile
que la terre reste blanche comme les routes
dont la poussière cache un peu de soleil.

Le ciel trop haut n’a pas retenu ton regard
la terre n’a pas gardé ton pas sur les chemins
Il reste un peu de buée sur la tête trop claire,
un peu de tendresse mal assemblée dans la main.

Tu as vécu jusqu’au dernier papier de peau
jusqu’à la dernière goutte de regard.
Pas une femme ne se souvient de ta vie
comme la terre se souvient des étoiles.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Supposons (Hilary Putnam)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2017




    
Supposons qu’un être humain
(vous pouvez supposer qu’il s’agit de vous-même)
a été soumis à une opération par un savant fou.

Le cerveau de la personne en question (votre cerveau)
a été séparé de son corps
et placé dans une cuve contenant une solution nutritive
qui le maintient en vie.

Les terminaisons nerveuses ont été reliées à un super-ordinateur scientifique
qui procure à la personne l’illusion que tout est normal.

Il semble y avoir des gens, des objets, un ciel, etc.

Mais en fait tout ce que la personne (vous-même) perçoit
est le résultat d’impulsions électroniques que l’ordinateur envoie aux terminaisons nerveuses.
L’ordinateur est si intelligent que si la personne essaye de lever la main,
l’ordinateur lui fait « voir » et « sentir » qu’elle lève la main.
En plus, en modifiant le programme le savant fou peut faire « percevoir » (halluciner)
par la victime toutes les situations qu’il désire.

Il peut aussi effacer le souvenir de l’opération,
de sorte que la victime aura l’impression de se trouver dans sa situation normale.
La victime pourrait justement avoir l’impression d’être assise
en train de lire ce paragraphe qui raconte l’histoire amusante
mais plutôt absurde d’un savant fou qui sépare les cerveaux des corps
et qui les place dans une cuve contenant des éléments nutritifs
qui les gardent en vie.

(Hilary Putnam)

 

Recueil: Raison, vérité et histoire

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Écoute la flûte de roseau se plaindre (Mawlana Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2017



Illustration
    
Écoute la flûte de roseau se plaindre
et discourir de la séparation :

Depuis que l’on m’a coupé de la roselière,
à travers mes cris hommes et femmes se sont plaints

Je veux un cœur déchiré par la séparation
pour y verser la douleur du désir.

Quiconque demeure loin de sa source
aspire à l’instant où il lui sera à nouveau uni.

Moi, je me plains en toute compagnie,
je me suis associé à ceux qui se réjouissent comme à ceux qui pleurent

Chacun m’a compris selon ses propres sentiments,
mais nul n’a cherché à connaître mes secrets.

Mon secret pourtant n’est pas loin de ma plainte,
mais l’oreille et l’œil ne savent le percevoir.

Le corps n’est pas voilé à l’âme, ni l’âme au corps,
cependant nul ne peut voir l’âme.

Le son de la flûte est du feu et non du vent :
que s’anéantisse celui à qui manque cette flamme.

C’est le feu de l’amour qui est dans le roseau,
c’est l’ardeur de l’amour qui fait bouillonner le vin.

La flûte est la confidente de celui qui est séparé de son ami :
ses accents déchirent nos voiles.

Qui vit jamais un poison et un antidote comme la flûte ?
Qui vit jamais un consolateur et un amoureux comme la flûte ?

La flûte parle de la Voie ensanglantée de l’Amour,
elle rappelle l’histoire de la passion de Majnun.

À celui-là seul qui a renoncé au sens est confié ce sens :
la langue n’a d’autre client que l’oreille.

(Mawlana Rûmî)

 

 

Recueil: La Quête de l’Absol
Traduction: Eva de Vitray-Meyerovitch
Editions: Du Rocher

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Il devrait n’être point de désespoir pour toi (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017



 

 

Il devrait n’être point de désespoir pour toi
Tant que brûlent la nuit les étoiles,
Tant que le soir répand sa rosée silencieuse,
Que le soleil dore le matin.

Il devrait n’être point de désespoir, même si les larmes
Ruissellent comme une rivière :
Les plus chère de tes années ne sont-elles pas
Autour de ton cœur à jamais ?

Ceux-ci pleures, tu pleures, il doit en être ainsi ;
Les vents soupirent comme tu soupires,
Et l’Hiver en flocons déverse son chagrin
Là où gisent les feuilles d’automne

Pourtant elles revivent, et de leur sort ton sort
Ne saurait être séparé :
Poursuis donc ton voyage, sinon ravi de joie,
Du moins jamais le cœur brisé.

***

There should be no despair for you
While nightly stars are burning —
While evening sheds its silent dew
Or sunshine gilds the morning —

There should be no despair — though tears
May flow down like a river —
Are not the best beloved of years
Around your heart forever ?

They weep — you weep — It must be so —
Winds sigh as you are sighing,
And winter pours its grief in snow
Where autumn’s leaves are lying

Yet they revive — and from their fate
Your fate can not be parted
Then man journey onward not elate
But never brokenhearted —

(Emily Brontë)

 

 

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MON ENDORMIE… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017




MON ENDORMIE…

Mon endormie, il faut que tu me dises
Ce que tu vois dans ces bas-fonds herbeux
Où loin de moi chaque nuit tu t’enlises.

Ne me dis pas que ce sont là des jeux,
Que ma pensée agile vocalise :
Tu le sais bien que de toi je ne veux

Que ce toi-même inconnu de toi-même
Cette autre en toi qui pourrit sous ta peau
Tandis qu’au jour tu tends ton diadème,

Cette poreuse épave sous les eaux
D’un monde feint qui est pour nous le même
Et qui confond les pas de nos troupeaux.

Pour n’être plus ton fantôme envieux,
Ton séparé, ton damné qui rumine
De t’abolir afin de t’aimer mieux,

Tu le sais bien qu’il me faut tes racines,
Les frondaisons de tes poumons bulbeux,
Les moindres voeux de tes doublures fines,

Ta jouissance enfin, qui jette au feu
Ce que ta chair en ma chair imagine.

Dis, que vois-tu dans ces bas-fonds herbeux ?

(Jean Rousselot)

Illustration: Andrzej Malinowski

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Les choses d’hier (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2017




    
Les choses d’hier font des virages élancés
Les choses d’hier sont des hirondelles
Mais que m’importe hier c’est aujourd’hui que j’aime
Le massif aujourd’hui inséparable de moi-même
Pourtant il était tout habillé d’or
Et de couleurs en rut
Qu’est devenue la fidélité
Du chien séparé du crâne qui couche à présent sur ma table

(Pierre Albert-Birot)

 

Recueil: Poèmes à l’autre moi précédé de La Joie des sept couleurs et suivi de Ma morte et de La Panthère noire
Editions: Gallimard

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