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FLEUR D’ENFANCE (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2018




    
FLEUR D’ENFANCE

L’haleine d’une fleur sauvage,
En passant tout près de mon coeur,
Vient de m’emporter au rivage,
Où naguère aussi j’étais fleur :
Comme au fond d’un prisme où tout change,
Où tout se relève à mes yeux,
Je vois un enfant aux yeux d’ange :
C’était mon petit amoureux !

Parfum de sa neuvième année,
Je respire encor ton pouvoir ;
Fleur à mon enfance donnée,
Je t’aime ! comme son miroir.
Nos jours ont séparé leur trame,
Mais tu me rappelles ses yeux ;
J’y regardais flotter mon âme :
C’était mon petit amoureux !

De blonds cheveux en auréole,
Un regard tout voilé d’azur,
Une brève et tendre parole,
Voilà son portrait jeune et pur :
Au seuil de ma pauvre chaumière
Quand il se sauvait de ses jeux,
Que ma petite âme était fière ;
C’était mon petit amoureux !

Cette ombre qui joue à ma rive
Et se rapproche au moindre bruit,
Me suit, comme un filet d’eau vive,
À travers mon sentier détruit :
Chaste, elle me laisse autour d’elle
Enlacer un chant douloureux ;
Hélas ! ma seule ombre fidèle,
C’est vous ! mon petit amoureux !

Femme ! à qui ses lèvres timides
Ont dit ce qu’il semblait penser,
Au temps où nos lèvres humides
Se rencontraient sans se presser ;
Vous ! qui fûtes son doux Messie,
L’avez-vous rendu bien heureux ?
Du coeur je vous en remercie :
C’était mon petit amoureux !

(Marceline Desbordes-Valmore)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard
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L’entrevue au ruisseau (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

Edvard Munch mermaid_1896 [1280x768]

L’entrevue au ruisseau

L’eau nous sépare, écoute bien :
Si tu fais un pas, tu n’as rien.

Voici ma plus belle ceinture,
Elle embaume encor de mes fleurs.
Prends les parfums et les couleurs,
Prends tout… je m’en vais sans parure.

L’eau nous sépare, écoute bien :
Si tu fais un pas, tu n’as rien.

Sais-tu pourquoi je viens moi-même
Jeter mon ruban sur ton sein ?
C’est que tu parlais d’un larcin,
Et l’on veut donner quand on aime.

L’eau nous sépare, écoute bien ;
Si tu fais un pas, tu n’as rien.

Adieu ! ta réponse est à craindre,
Je n’ai pas le temps d’écouter ;
Mais quand je n’ose m’arrêter,
N’est-ce donc que toi qu’il faut plaindre ?

Ce que j’ai dit, retiens-le bien :
Pour aujourd’hui, je n’ai plus rien !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Edvard Munch

 

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Chanson de Gautama (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Chanson de Gautama

What is identity, and what is difference ? (NAGARJUNA)

Chaque pétale de la fleur
et chaque flocon de neige
entraînent la roue de la mort :
le un meurt, et naît le deux.

La cicatrice du cimeterre
qui coupe la soie volante,
sépare dans la réalité
ce qui dure et ce qui passe,

comme les yeux et les bouches
qui devinent et déjà tissent
leur royaume de vains visages,
leurs parcs de roses fictives.

Toute caresse est un miroir
qui nous montre des images,
toute question est le passage
de la parole au secret.

Amour, nostalgie finale
de terrasses et de jardins,
le son du flûtiste naît
de renoncer au baiser.

Pourquoi céder aux copies,
de tant de statues de soi,
si à la fin du chemin
ce qui se perd perdure ?

Un homme qui médite au pied
de l’arbre qui sera son signe,
sait que la route du pauvre
contient la route du roi,

et que dans le deuil constant
où meurt peu à peu le monde,
revient le délire d’être un
en pleine danse d’un autre.

Peut-être pour cela la fleur
nie la beauté du soleil,
comme dans le char de la lune
le blanc aurige nie Dieu.

Peut-être pour cela la voix
est le miroir du Miroir,
et l’homme, ce rêve divin,
monte en roulant dans le vide.

***

Canción de Gautama

Cada pétalo de la flor
y cada copo de la nieve
giran la rueda de la muerte:
el uno cesa, nace el dos.

El tajo de la cimitarra
que corta el vuelo del cendal
separa en toda realidad
lo que perdura y lo que pasa,

como los ojos y las bocas
al distinguir ya están hilando
su reino de perfiles vanos,
sus parques de fingidas rosas.

Toda caricia es el espejo
que nos propone a tanta imagen,
toda pregunta es el pasaje
de la palabra a otro secreto.

Amor, al final melancolía
de parques y terrazas, música
que sólo crece en la renuncia
al beso del sutil flautista.

¿Por qué ceder a tanta réplica,
a tanta estatua de sí mismo,
si en el resumen del camino
lo que se pierde es lo que queda?

El hombre que medita al pie
de un árbol que será su signo
sabe que al paso del mendigo
contiene ya el paso del rey,

y que de tan claro despojo
donde se va anulando el mundo
nace el delirio de ser uno
en plena danza de ser otro.

Por eso, acaso, está la flor
negando al sol en su hermosura,
como en el carro de la luna
el albo auriga niega a Dios.

Por eso acaso la palabra
es el espejo del Espejo,
y el hombre, ese divino sueño,
sube cayendo hacia la nada.

(Julio Cortázar)

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Parle pour toi (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2018



Illustration: Edvard Munch
    
Parle pour toi
Tu es seul à comprendre ce qui nous sépare
Dans l’angle de tes bras sont scellés les départs
Tête haute
Entends ton odeur qui rue très fort contre tes côtes
Les pierres se fendre sous la chaleur de tes pas
Le déclic de la main qui regagne la tempe
La cire neuve de l’oreille retiendra tout cela
Et les bourdons de la mémoire.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Lenteur de neiges (Fabienne Courtade)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
lenteur de neiges
qui nous séparent

effleurement

(Fabienne Courtade)

 

 

Recueil: Ciel inversé 2
Traduction:
Editions: Cadex

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La veille (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018



 

La veille

Le sable, sa multitude de grains,
Le cours infatigable des rivières,
La neige plus subtile, ombre légère,
Qu’une ombre de feuille, les bords sereins
De la mer et, momentanée, l’écume,
Les chemins millénaires du bison,
De la flèche fidèle, un horizon,
Un autre, les champs de tabac, la brume
La cime, les paisibles minéraux,
L’Orénoque, la confusion du jeu
Ourdi par la terre, l’eau, l’air, le feu,
Des lieues de très dociles animaux
Sépareront nos deux mains pour toujours,
Mais tout autant la nuit, l’aube, le jour…

(Jorge Luis Borges)

Illustration

 

 

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CHANSON (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018




    
CHANSON

J’ai cheminé, peinant mille après mille
Tandis qu’amour flamboyait en mon coeur
Pour m’abriter Mary dans ton sourire
Mais à l’amour ne répond que froideur
La froide terre eus-je pour lit et couette
Fidélité ne se dément jamais
Or je n’avais nul chez-moi pour ma tête
Si ce n’étaient mon amour et Mary

Je n’avais nul chez-moi pour mon jeune âge
Quand mon premier amour fut contrarié
Mais que son coeur batte toujours fidèle
Et jamais plus ne serons séparés
Car si changeant que son amour puisse être
Jamais le sien ne saurait varier
Ni jour ni nuit ne suis libre de peine
Moi qui toujours soupire après Mary
Ni jour ni nuit non plus qu’ombre ou soleil
Semaine mois ni vagabonde année
D’amour meurtri ne réparent la brèche
Là-bas folie — ici coeur désolé
Souriait-elle ah repartait la vie
Amour et foi me sont-ils ennemis
De quel espoir me pourrais-je leurrer
Sans nul amour ni chez-moi ni Mary

***

SONG

I’ve wandered many a weary mile
Love in my heart was burning
To seek a house in Mary’s smile
But cold is love returning
The cold ground was a feather bed
Truth never acts contrary
I had no home above my head
My home was love and Mary

I had no home in early youth
When my first love was thwarted
But if her heart still beats with truth
We’ll never more be parted
And changing as her love may be
My own shall never vary
Nor night nor day I’m never free
But sigh for absent Mary
Nor night nor day nor sun nor shade
Week month nor rolling year
Repairs the breach wronged love hath made
There madness — misery here
Life’s lease was lengthened by her smiles
Are truth and love contrary
No ray of hope my life beguiles
I’ve lost love home and Mary

(John Clare)

 

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

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Que de barrières entre les êtres (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2018




    

Que de barrières entre les êtres
et même entre ceux qui s’aiment !

Lorsqu’on a fini de détruire ces conventions
qui se dressent autour de nous,
il reste encore tout ce qui surgit de soi
avant même qu’on ait eu le temps de le surprendre.

Tout ce qui naît d’un geste maladroit ou d’un oubli
et qui porte en soi ce poison qui déforme.
Si l’on n’est pas en éveil,
tout nous sépare et nous enferme chacun dans sa propre cage.

(Andrée Chedid)

 

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Qui me sépare de ma mort ? (Pierre Emmanuel)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
Qui me sépare de ma mort ?
un miroir où mon âme morte
a perdu le poids de son corps
Qui me sépare de ma vie ?
l’ombre à reculons qui m’épie
et me fascine en me fuyant
Qui me sépare de mon dieu ?
moi innombrable qui me prends
au piège de mes visages
Mais dans l’Ombre où je suis damné
l’Autre muet me dévisage.

(Pierre Emmanuel)

 

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Tu m’as donné (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2017



    

Tu m’as donné trois heures de ta vie
trois oiseaux de l’immense volière
qui sont morts au bout de mes doigts
qui ont brillé sans revivre
et qui étendent sur mon coeur
leur cendre étouffante et âcre.

Les horloges nous regardaient
leurs gestes de semeurs
cherchaient les fleurs de l’air
et les graines de l’avenir
mais c’est dans le vide et pour le vide
qu’elles dessinaient nos destins
et dans leurs mains
brillait seulement l’épée qui sépare et qui blesse.

Battaient nos coeurs avec leurs coeurs
ensemble pour la seule fois
pour la seule fois
nos quatre lèvres muettes d’un même baiser.

Voici que l’air est vide de toi
à mon entour et peut-être à jamais :
Combien de temps encore ton image
demeurera la seule paupière de mes yeux ?

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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