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Le lierre noir et la rose églantine (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2019



 

rose églantine  i

Le lierre noir et la rose églantine
Défendent les portes du jardin
Où le soir d’un printemps qui s’obstine
Est tout d’azur et d’incarnadin.

Dehors s’éplorent les folles fontaines
Qui virent mi-mort d’amour l’Enfant
Venu par les routes incertaines
Vers ce seuil du rêve triomphant,

N’ayant connu ni la magique épée
Que ne rouille pas le sang des fleurs,
Ni la parole de l’épopée
Par laquelle s’enfuit l’heure en pleurs,

Il s’agenouilla, très las, dans la poudre
De la route onverte à tous les pas
Où les chars font le bruit de la foudre
Et leurs sonnailles celui d’un glas.

Quelles flûtes se dirent, dans les roses,
La victoire du soir sur celui
Qui crut servir l’esprit et les choses
Du lendemain et de l’aujourd’hui ?

O pâle Enfant désireux des corolles,
Close longtemps est la porte d’or
Que seules descellent les paroles
De ceux qui veulent le vrai trésor.

Laisse-toi donc dormir hors de l’enceinte
Où chante le dernier rossignol ;
Sache croire que l’attente est sainte,
Et donne à tes seuls rêves leur vol.

Et peut-être enfin les portes de flamme
S’ouvriront-elles à ton appel
Sous l’aube où les fleurs, ayant une âme,
En feront sauter le triple scel.

(Stuart Merrill)

Illustration

 

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Ce Monde, comme on dit, est une cage à fous (André Mage de Fiefmelin)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Ce Monde, comme on dit, est une cage à fous,
Où la guerre, la paix, l’amour, la haine, l’ire,
La liesse, l’ennui, le plaisir, le martyre
Se suivent tour à tour et se jouent de nous.

Ce Monde est un théâtre où nous nous jouons tous
Sous habits déguisés à malfaire et médire.
L’un commande en tyran, l’autre, humble, au joug soupire ;
L’un est bas, l’autre haut, l’un jugé, l’autre absous.

Qui s’éplore, qui vit, qui joue, qui se peine,
Qui surveille, qui dort, qui danse, qui se gêne
Voyant le riche soûl et le pauvre jeûnant.

Bref, ce n’est qu’une farce, ou simple comédie
Dont, la fin des joueurs la Parque couronnant,
Change la catastrophe en triste tragédie.

(André Mage de Fiefmelin)

 

 

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SOIR DU TROPIQUE (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



 


    
SOIR DU TROPIQUE

Gris et triste est le soir.
La mer se pare de lin
et le ciel profond se pare
de chagrin.

De l’abîme ascend
la plainte amère et sonore.
L’onde, quand chante le vent,
s’éplore.

Les violons de la brume
saluent le soleil au coucher.
Psalmodie la blanche écume :
Miserere.

Comme si c’était l’invisible…
comme si c’était le rude son
donné au vent par un terrible
lion.

Des trompettes de l’horizon
s’échappe une symphonie aux rares effets
comme si la voix des monts
vibrait.

Le ciel que l’harmonie inonde
voit emportée par les airs
la chanson triste et profonde
de la mer.

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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La cour (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017




    
La cour

Dans une ville à l’abandon,
Très vieille où sommeillent les pierres,
Où les murs délabrés enfouissent leur front
Sous la mousse et les pariétaires,

Je connais une ancienne cour
Toute pleine de poésie
Et d’humidité verte, avec sa chambre à four
Dont branle la porte moisie;

Avec son bûcher qui sent bon
Et d’où la ténébreuse haleine
Monte des hêtres au feuillage moribond
Et des troncs mutilés des chênes.

En face, au mur embruiné,
Qu’habite un nid de rouge-queues,
Une fenêtre s’ouvre; à ses carreaux fanés
Pendent des rideaux à fleurs bleues.

A travers l’ombre s’éplorant,
Les bardannes et les orties,
Le puits dort où parfois le soir la lune errant
Glisse une lueur amortie.

A l’oubli d’exister, vraiment
La cour obscure nous convie,
Cloître doux opposant aux rumeurs de la vie
Son silence et son dénûment.

*

Mais seule, en un pot vernissé,
Languit une pâle anémone,
Languit infiniment et comme un coeur blessé
D’amour, une pâle anémone.

(Marie Dauguet)

 

 

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