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Poésie

Posts Tagged ‘sépulcre’

Le souffle levé (René Char)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2018




    
Le souffle levé, descendre à reculons,
puis obliquer et suivre le sentier
qui ne mène qu’au coeur ensanglanté de soi,
source et sépulcre du poème.

(René Char)

 

Recueil: En trente-trois morceaux et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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QU’IL VIVE ! (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2017



QU’IL VIVE !

Ce pays n’est qu’un voeu de l’esprit,
un contre sépulcre.

Dans mon pays, les tendres preuves du printemps
et les oiseaux mal habillés sont préférés
aux buts lointains.

La vérité attend l’aurore à côté d’une bougie.
Le verre de fenêtre est négligé.
Qu’importe à l’attentif.

Dans mon pays,
on ne questionne pas un homme ému.

Il n’y a pas d’ombre maligne
sur la barque chavirée.

Bonjour à peine, est inconnu dans mon pays.

Il y a des feuilles, beaucoup de feuilles
sur les arbres de mon pays.
Les branches sont libres de n’avoir pas de fruits.

On ne croit pas à la bonne foi du vainqueur.

Dans mon pays, on remercie.

(René Char)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

 

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Alors que nous nous effaçons… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017




    
Alors que nous nous effaçons…

Alors que nous nous effaçons,
Ainsi qu’au penchant des saisons
L’or des éphémères moissons;

Que sous les paupières qui saignent
Et dans les larmes qui les baignent
Tant de regards blessés s’éteignent;

Que, du soleil abandonnés,
Cendreux bleuets embruinés,
Tant d’yeux humains se sont fanés;

Que pareilles aux flots qui roulent,
Leur cours aux grèves qui s’écroulent,
Les générations s’écoulent,

Et qu’à l’abîme qu’il pressent
Chaque homme va disparaissant,
Tel un naufragé pâlissant,

Pendant qu’aux pentes des vallées
Filtrent, des tombes descellées,
Et du marbre des mausolées,

Et des sépulcres crevassés
Sous les vieux ormes délaissés,
Tourbillons par le vent poussés,

Tant d’ombres et de cendre vaine,
O Nature calme et sereine,
Tu te dresses comme une reine,

Et debout à travers le temps,
Toujours jeune et sans changement,
Subsistant invinciblement,

Tu souris, entre tes mains pures
Tenant, aux riches ciselures,
La clef d’or des aubes futures,

Et moi qui fuis comme le vent,
– Vers quel horizon décevant? –
Atome d’infini rêvant;

Emporté par quel noir quadrige
Que l’heure hâtivement fustige,
Il me reste, dans ce vertige,

Et du néant sombre guetté,
Ce bonheur d’avoir reflété,
Nature, et compris ta Beauté,

Cet espoir profond de renaître
Aux bourgeons emmiellés des hêtres,
Aux chansons des huppes champêtres,

Au cours des ruisseaux opalins,
Aux frissons bleuissants des lins,
Au rire emperlé des matins!…

(Marie Dauguet)

 

 

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Journée d’hiver (Léon Dierx)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2017



Journée d’hiver

Nul rayon, ce matin, n’a pénétré la brume,
Et le lâche soleil est monté sans rien voir.
Aujourd’hui dans mes yeux nul désir ne s’allume ;
Songe au présent, mon âme, et cesse de vouloir.

Le vieil astre s’éteint comme un bloc sur l’enclume,
Et rien n’a rejailli sur les rideaux du soir.
Je sombre tout entier dans ma propre amertume ;
Songe au passé, mon âme, et vois comme il est noir !

Les anges de la nuit traînent leurs lourds suaires ;
Ils ne suspendront pas leurs lampes au plafond ;
Mon âme, songe à ceux qui sans pleurer s’en vont !

Songe aux échos muets des anciens sanctuaires.
Sépulcre aussi, rempli de cendres jusqu’aux bords,
Mon âme, songe à l’ombre, au sommeil, songe aux morts !

(Léon Dierx)

Illustration

 

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C’est par une naissance (Mohammad Iqbal)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2017




    

C’est par une naissance
que tu es venu dans ce monde des quatre directions,
c’est par une autre naissance
que tu peux t’en échapper
et que se peuvent briser les chaînes qui te lient.
Mais celle-là n’est pas d’eau et d’argile,
seul la connaît celui qui a le coeur en éveil.

L’une est contrainte,
l’autre est libération,
l’une est voilée,
l’autre manifeste.

L’une est pétrie de pleurs,
l’autre de rires;
l’une est le symbole de celui qui cherche,
l’autre de celui qui trouve.

L’une est séjour parmi les choses créées,
l’autre errance en dehors des dimensions du monde sensible.
L’une est besoin de jours et de nuits,
jours et nuits ne sont que le destrier de l’autre.

L’enfant naît de l’éclatement du ventre maternel,
l’homme naît de l’éclatement du monde…
Lorsque surgit dans le corps une âme en éveil,
ce vieux palais du monde
se trouve ébranlé dans ses fondations!

… Ô toi qui ressembles à un mort
dans les profondeurs du sépulcre,
sache que la résurrection est possible
sans que retentisse la Trompette Divine.

Tu as dans la gorge des mélodies suaves et délicates,
combien de temps demeureras-tu sur la terre
à coasser comme un crapaud ?
Enfourche le Temps et l’Espace…

Aiguise tes yeux et tes oreilles,
que ton intelligence en éveil absorbe tout ce que tu vois!
Apprends de moi ce regard qui brûle tous les voiles,
ce regard qui ne sera jamais prisonnier à l’intérieur d’un oeil!

(Mohammad Iqbal)

 

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Comme Feuilles – Il Se déplie – Et puis – Il se referme – (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Comme Feuilles – Il Se déplie –
Et puis – Il se referme –
Puis se perche sur la Capeline
De Quelque Bouton d’Or –

Puis dans sa course Il heurte
Et renverse une Rose –
Et puis il ne fait Rien –
Puis plus loin sur un Foc – Se pose –

Et balance, Grain de Poussière
Dans Midi suspendu –
Entre – revenir Ici-bas –
Ou migrer vers la Lune –

De Lui qu’adviendra-t-il la Nuit –
L’Ignorance borne
Le privilège de le dire –
De Lui qu’adviendra-t-il – Le Jour –

Où le Gel – étreindra le Monde –
Des Vitrines – le montrent –
Un Sépulcre en curieuse Soie floche –
Une Abbaye – un Cocon –

***

He parts Himself- like Leaves –
And then – He closes up –
Then stands opon the Bonnet
Of Any Buttercup –

And then He runs against
And oversets a Rose –
And then does Nothing –
Then away opon a Jib – He goes –

And dangles like a Mote
Suspended in the Noon –
Uncertain – to return Below –
Or settle in the Moon –

What come of Him at Night –
The privilege to say
Be limited by Ignorance –
What come of Him – That Day

The Frost – possess the World –
In Cabinets – be shown –
A Sepulchre of quaintest Floss –
An Abbey – a Cocoon –

(Emily Dickinson)

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Petite valse Viennoise (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2017



Petite valse Viennoise

À Vienne il y a dix jeunes filles,
une épaule où sanglote la mort
et un bois de colombes empaillées,
Il y a un fragment de matin
au musée du givre.
Il y a un un salon à mille fenêtres.
Cette valse, valse, valse
De oui, de mort et de cognac,
Qui mouille sa traîne dans la mer.

Je t’aime, t’aime, t’aime,
avec le fauteuil et le livre mort,
dans le couloir mélancolique,
au grenier sombre de l’iris,
dans notre lit de la lune
et par la danse que rêve la tortue.

Prends cette valse aux reins cambrés.

À Vienne il y a quatre miroirs
où jouent ta bouche et les échos.
Il y a une mort pour piano
qui peint en bleu les jeunes gars.
Il y a des mendiants sur les toits.
Il y a de fraîches guirlandes de pleurs.

Prends cette valse qui meurt dans mes bras.

Parce que je t’aime, je t’aime, amour,
dans le grenier où vont jouer les enfants,
rêvant de vieux lustres de Hongrie
dans la rumeur du tendre après-midi,
voyant des brebis et des iris de neige
dans le silence obscur de ton front.

Je prends la valse « Je t’aime toujours. »

À Vienne, je danserai avec toi
dans un déguisement qui aura
une tête de fleuve.
Vois mes rives de jacinthes !
Je laisserai ma bouche entre tes jambes,
mon âme dans des lis et des photographies
et dans la vague obscure de ta démarche
je veux, mon amour, mon amour, laisser,
violon et sépulcre, les rubans de la valse.

***

Pequeño vals Vienés

En Viena hay diez muchachas
un hombro donde solloza la muerte
y un bosque de palomas disecadas
Hay un fragmento de la mañana
en el museo de la escarcha.
Hay un salón con mil ventanas
Ay! Ay! Ay!
Toma este vals, este vals con la boca cerrada.

Este vals, este vals, este vals,
de sí, de muerte y de cognac.
que moja su cola en el mar.

Te quiero,te quiero, te quiero
con la butaca y el libro muerto
por el melancólico pasillo,
en el oscuro desván del lirio
en nuestra cama de la luna
Y en la danza que sueña la tortuga.
Ay! Ay! Ay!
Toma este vals de quebrada cintura.

En Viena hay quatro espejos
Donde juegan tu boca y los ecos
Hay una muerte para piano
que pinta de azul a los muchachos.
Hay mendigos por los tejados
Hay frescas guirnaldas de llanto.
Ay! Ay! Ay!
Toma ese vals que se muere en mis brazos.

Porque te quiero, te quiero, te quiero, amor mío,
en el desván donde juegan los niños,
Soñando viejas luces de Hungria
por los rumores de la tarde tibia,
Viendo ovejas y lirios de nieve
por le silencio oscuro de tu frente.
Ay! Ay! Ay!
Toma este vals del « te quiero siempre ».

En Viena bailaré contigo
con un disfraz que tenga
cabeza de río.
¡ Mira qué orillas tengo de jacinto !
Dejaré mi boca entre tus piernas,
mi alma en fotografias y azucenas,
y en las ondas oscuras de tu andar
quiero amor mío, amor mío, dejar,
violín y sepulcro, las cintas del vals.

(Federico Garcia Lorca)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Félix Vallotton

 

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L’écriture est la chambre du temps (Jean-Michel Maulpoix)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2016



L’écriture est la chambre du temps.
C’est là qu’il vient dormir.
Qu’il se réveille et se rhabille.
Qu’il range ses papiers.
Que de longues insomnies
lui gardent les yeux ouverts
entre souvenirs et projets.

Là que s’arrête l’horloge.
Que se referment les livres
sous une main engourdie.
Que l’obscurité fait son repas d’ombres.

Là que des anges
– simples lueurs de lune en vérité –
viennent coller leur peau blanche
et remuer leurs ailes contre le carreau.

Là que les rêves froissent leur costume
et que les portes font un bruit de sépulcre
en se refermant.

Là que les miroirs conservent longtemps
les visages qui s’y sont regardés.

Là que l’espace
se recroqueville
en signes noirs.

(Jean-Michel Maulpoix)

 

 

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ÉTÉ (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2016



ÉTÉ

Eté, je m’en vais ! Les petites mains soumises
de tes soirs me font de la peine.
Dévotement tu arrives ; vieux ;
tu ne trouveras plus personne dans mon âme.

Eté! Tu traverseras mes balcons
avec un grand rosaire d’améthystes et d’ors,
comme un évêque triste qui arriverait
de loin pour chercher et bénir
les bagues brisées de quelques fiancés défunts.

Eté, je m’en vais. Là-bas, en septembre
je connais une rose que je recommande à tes prières;
tu l’arroseras d’eau bénite chaque
matin de péché et de sépulcre.

Et si à force de pleurer le mausolée,
son marbre ouvre des ailes tout enluminé,
élève ton répons, et supplie
Dieu de la garder en mort.
Mais il sera déjà trop tard ;
et tu ne trouveras plus personne dans mon âme.

Ne pleure plus, Eté! Dans ce sillon
meurt une rose renaissante toujours…

***

VERANO

Verano, ya me voy. Y me dan pena
las manitas sumisas de tus tardes.
Llegas devotamente; llegas viejo;
y ya no encontrarás en mi alma a nadie.

Verano! y pasarás por mis balcones
con gran rosario de amatistas y oros,
como un obispo triste que llegara
de lejos a buscar y bendecir
los rotos aros de unos muertos novios.

Verano, ya me voy. Allá, en setiembre
tengo una rosa que te encargo mucho;
la regarás de agua bendita todos
los días de pecado y de sepulcro.

Si a fuerza de llorar el mausoleo,
con luz de fe su mármol aletea,
levanta en alto tu responso, y pide
a Dios que siga para siempre muerta.
Todo ha de ser ya tarde;
y tú no encontrarás en mi alma a nadie.

Ya no llores, Verano! En aquel surco
muere una rosa que renace mucho…

(César Vallejo)

 

 

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Et quoi ? (Aïgui)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2016



et quoi ? — cela seulement s’écoute ! —

et au ciel se chuchote : que dans le pays ôté
au moins parmi les étoiles
demeure non humainement
le sépulcre de l’ouïe ! — si vous
êtes déjà tombeaux des sons !… —

(Aïgui)

Illustration

 

 

 

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