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Posts Tagged ‘sépulcre’

Comme Feuilles – Il Se déplie – Et puis – Il se referme – (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Comme Feuilles – Il Se déplie –
Et puis – Il se referme –
Puis se perche sur la Capeline
De Quelque Bouton d’Or –

Puis dans sa course Il heurte
Et renverse une Rose –
Et puis il ne fait Rien –
Puis plus loin sur un Foc – Se pose –

Et balance, Grain de Poussière
Dans Midi suspendu –
Entre – revenir Ici-bas –
Ou migrer vers la Lune –

De Lui qu’adviendra-t-il la Nuit –
L’Ignorance borne
Le privilège de le dire –
De Lui qu’adviendra-t-il – Le Jour –

Où le Gel – étreindra le Monde –
Des Vitrines – le montrent –
Un Sépulcre en curieuse Soie floche –
Une Abbaye – un Cocon –

***

He parts Himself- like Leaves –
And then – He closes up –
Then stands opon the Bonnet
Of Any Buttercup –

And then He runs against
And oversets a Rose –
And then does Nothing –
Then away opon a Jib – He goes –

And dangles like a Mote
Suspended in the Noon –
Uncertain – to return Below –
Or settle in the Moon –

What come of Him at Night –
The privilege to say
Be limited by Ignorance –
What come of Him – That Day

The Frost – possess the World –
In Cabinets – be shown –
A Sepulchre of quaintest Floss –
An Abbey – a Cocoon –

(Emily Dickinson)

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Petite valse Viennoise (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2017



Petite valse Viennoise

À Vienne il y a dix jeunes filles,
une épaule où sanglote la mort
et un bois de colombes empaillées,
Il y a un fragment de matin
au musée du givre.
Il y a un un salon à mille fenêtres.
Cette valse, valse, valse
De oui, de mort et de cognac,
Qui mouille sa traîne dans la mer.

Je t’aime, t’aime, t’aime,
avec le fauteuil et le livre mort,
dans le couloir mélancolique,
au grenier sombre de l’iris,
dans notre lit de la lune
et par la danse que rêve la tortue.

Prends cette valse aux reins cambrés.

À Vienne il y a quatre miroirs
où jouent ta bouche et les échos.
Il y a une mort pour piano
qui peint en bleu les jeunes gars.
Il y a des mendiants sur les toits.
Il y a de fraîches guirlandes de pleurs.

Prends cette valse qui meurt dans mes bras.

Parce que je t’aime, je t’aime, amour,
dans le grenier où vont jouer les enfants,
rêvant de vieux lustres de Hongrie
dans la rumeur du tendre après-midi,
voyant des brebis et des iris de neige
dans le silence obscur de ton front.

Je prends la valse « Je t’aime toujours. »

À Vienne, je danserai avec toi
dans un déguisement qui aura
une tête de fleuve.
Vois mes rives de jacinthes !
Je laisserai ma bouche entre tes jambes,
mon âme dans des lis et des photographies
et dans la vague obscure de ta démarche
je veux, mon amour, mon amour, laisser,
violon et sépulcre, les rubans de la valse.

***

Pequeño vals Vienés

En Viena hay diez muchachas
un hombro donde solloza la muerte
y un bosque de palomas disecadas
Hay un fragmento de la mañana
en el museo de la escarcha.
Hay un salón con mil ventanas
Ay! Ay! Ay!
Toma este vals, este vals con la boca cerrada.

Este vals, este vals, este vals,
de sí, de muerte y de cognac.
que moja su cola en el mar.

Te quiero,te quiero, te quiero
con la butaca y el libro muerto
por el melancólico pasillo,
en el oscuro desván del lirio
en nuestra cama de la luna
Y en la danza que sueña la tortuga.
Ay! Ay! Ay!
Toma este vals de quebrada cintura.

En Viena hay quatro espejos
Donde juegan tu boca y los ecos
Hay una muerte para piano
que pinta de azul a los muchachos.
Hay mendigos por los tejados
Hay frescas guirnaldas de llanto.
Ay! Ay! Ay!
Toma ese vals que se muere en mis brazos.

Porque te quiero, te quiero, te quiero, amor mío,
en el desván donde juegan los niños,
Soñando viejas luces de Hungria
por los rumores de la tarde tibia,
Viendo ovejas y lirios de nieve
por le silencio oscuro de tu frente.
Ay! Ay! Ay!
Toma este vals del « te quiero siempre ».

En Viena bailaré contigo
con un disfraz que tenga
cabeza de río.
¡ Mira qué orillas tengo de jacinto !
Dejaré mi boca entre tus piernas,
mi alma en fotografias y azucenas,
y en las ondas oscuras de tu andar
quiero amor mío, amor mío, dejar,
violín y sepulcro, las cintas del vals.

(Federico Garcia Lorca)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Félix Vallotton

 

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L’écriture est la chambre du temps (Jean-Michel Maulpoix)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2016



L’écriture est la chambre du temps.
C’est là qu’il vient dormir.
Qu’il se réveille et se rhabille.
Qu’il range ses papiers.
Que de longues insomnies
lui gardent les yeux ouverts
entre souvenirs et projets.

Là que s’arrête l’horloge.
Que se referment les livres
sous une main engourdie.
Que l’obscurité fait son repas d’ombres.

Là que des anges
– simples lueurs de lune en vérité –
viennent coller leur peau blanche
et remuer leurs ailes contre le carreau.

Là que les rêves froissent leur costume
et que les portes font un bruit de sépulcre
en se refermant.

Là que les miroirs conservent longtemps
les visages qui s’y sont regardés.

Là que l’espace
se recroqueville
en signes noirs.

(Jean-Michel Maulpoix)

 

 

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ÉTÉ (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2016



ÉTÉ

Eté, je m’en vais ! Les petites mains soumises
de tes soirs me font de la peine.
Dévotement tu arrives ; vieux ;
tu ne trouveras plus personne dans mon âme.

Eté! Tu traverseras mes balcons
avec un grand rosaire d’améthystes et d’ors,
comme un évêque triste qui arriverait
de loin pour chercher et bénir
les bagues brisées de quelques fiancés défunts.

Eté, je m’en vais. Là-bas, en septembre
je connais une rose que je recommande à tes prières;
tu l’arroseras d’eau bénite chaque
matin de péché et de sépulcre.

Et si à force de pleurer le mausolée,
son marbre ouvre des ailes tout enluminé,
élève ton répons, et supplie
Dieu de la garder en mort.
Mais il sera déjà trop tard ;
et tu ne trouveras plus personne dans mon âme.

Ne pleure plus, Eté! Dans ce sillon
meurt une rose renaissante toujours…

***

VERANO

Verano, ya me voy. Y me dan pena
las manitas sumisas de tus tardes.
Llegas devotamente; llegas viejo;
y ya no encontrarás en mi alma a nadie.

Verano! y pasarás por mis balcones
con gran rosario de amatistas y oros,
como un obispo triste que llegara
de lejos a buscar y bendecir
los rotos aros de unos muertos novios.

Verano, ya me voy. Allá, en setiembre
tengo una rosa que te encargo mucho;
la regarás de agua bendita todos
los días de pecado y de sepulcro.

Si a fuerza de llorar el mausoleo,
con luz de fe su mármol aletea,
levanta en alto tu responso, y pide
a Dios que siga para siempre muerta.
Todo ha de ser ya tarde;
y tú no encontrarás en mi alma a nadie.

Ya no llores, Verano! En aquel surco
muere una rosa que renace mucho…

(César Vallejo)

 

 

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Et quoi ? (Aïgui)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2016



et quoi ? — cela seulement s’écoute ! —

et au ciel se chuchote : que dans le pays ôté
au moins parmi les étoiles
demeure non humainement
le sépulcre de l’ouïe ! — si vous
êtes déjà tombeaux des sons !… —

(Aïgui)

Illustration

 

 

 

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LA GRIVE DU CRÉPUSCULE (Thomas Hardy)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2016



 

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LA GRIVE DU CRÉPUSCULE

Je m’appuyais sur la haie d’un bosquet
A l’heure du givre blême,
Quand les scories de l’hiver désolent
Le regard du jour en déclin.
L’entrelacs des rameaux striait le ciel
Telles des cordes de lyres brisées.
Tous les vivants de ces parages
Avaient regagné leurs foyers.

Le renflement visible de la terre
Simulait du siècle le gisant
Dont la voute du ciel serait le sépulcre
Et le vent son cantique de deuil.
L’immémorial essor du germe, l’éclosion,
Se réduisaient en dure sécheresse,
Et chaque esprit sur la terre semblait
Comme moi sans ardeur.

Soudain, sur ma tête, une voix entonna
Du milieu des branches tristes,
De tout son coeur un chant de vêpres
D’une allégresse infinie :
Une grive, vieillie, frêle, chétive, infirme,
Au plumage brouillé par la bise,
Avait ainsi voulu épancher son âme
Dans l’ombre qui montait.

Rien ne motivait que des hymnes
D’un tel ravissement sonore
Puissent se lire sur le visage de la terre
D’ici jusqu’à l’horizon,
Que je pensais que frémissait sans doute
Dans son heureux chant nocturne
Un espoir de bénédiction d’elle seule connu
Et dont j’étais dans l’ignorance.

***

THE DARKLING THRUSH

I leant upon a coppice gate
When Frost was spectre-gray,
And Winter’s dregs made desolate
The weakening eye of day.
The tangled bine-stems scored the sky
Like strings of broken lyres,
And all mankind that haunted nigh
Had sought their household fires.

The land’s sharp features seemed to be
The Century’s corpse outleant,
His crypt the cloudy canopy,
The wind his death-lament.
The ancient pulse of germ and birth
Was shrunken hard and dry,
And every spirit upon earth
Seemed fervourless as I.

At once a voice arose among
The bleak twigs overhead
In a full-hearted evensong
Of joy illimited ;
An aged thrush, frail, gaunt, and small,
In blast-beruffled plume,
Had chosen thus to fling his soul
Upon the growing gloom.

So little cause for carolings
Of such ecstatic sound
Was written on terrestrial things
Afar or nigh around,
That I could think there trembled through
His happy good-night air
Some blessed Hope, whereof he knew
And I was unaware.

(Thomas Hardy)

Illustration

 

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Les rêves morts (Gaétane de Montreuil)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2016



Les rêves morts

Je voudrais pour aimer avoir un cœur nouveau
Qui n’eût jamais connu les heures de détresse,
Un cœur qui n’eût battu qu’au spectacle du beau
Et qui fût vierge encor de toute autre tendresse ;

Mais je porte en moi-même un horrible tombeau,
Où gît un songe mort, loin de la multitude :
J’en ai scellé la porte et seul un noir corbeau
Du sépulcre maudit trouble la solitude !

Cet oiseau de malheur, c’est l’âpre souvenir,
C’est le regret des jours vécus dans la souffrance,
Qui ronge jusqu’aux os mes rêves d’avenir,
Beaux rêves glorieux, morts de désespérance.

Sans cesse l’aile sombre au fond de moi s’ébat,
Son grand vol tournoyant fait comme la rafale,
Qui siffle en accourant vers la fleur qu’elle abat
Et disperse les nids, dans sa course fatale.

Pourtant, d’un port lointain, si le vent, quelquefois,
M’apporte la chanson d’un ami sur la route,
À l’émoi de mon cœur je reconnais sa voix,
Car il cesse de battre, et tout mon être écoute.

(Gaétane de Montreuil)

Illustration: James LeGros

 

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J’aime (Pierre Jean-Jouve)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2016



J’aime et sur cette queue plantée en terre
Je bâtirai mon église
La maison avec les pierres nues gorgées de flamme
L’habitation déchirée par les vents de la confiance
Le sépulcre sans lit le temple sans porte
Mon amour sans amour aux chairs de la foi
Sans corps ni main ni sein ni chevelure
Ta désolation sans lieu et sans nature.

(Pierre Jean-Jouve)

Illustration: Hippolyte Flandrin

 

 

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Dernière nuit (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2016



Dernière nuit

Toute ma lampe a brûlé goutte à goutte,
Mon feu s’éteint avec un dernier bruit.
Sans un ami, sans un chien qui m’écoute,
Je pleure seul, dans la profonde nuit.

Derrière moi ― si je tournais la tête,
Je le verrais, ― un fantôme est placé :
Témoin fatal apparu dans ma fête,
Spectre en lambeaux de mon bonheur passé.

Mon rêve est mort, sans espoir qu’il renaisse.
Le temps m’échappe, et l’orgueil imposteur
Pousse au néant les jours de ma jeunesse,
Comme un troupeau dont il fut le pasteur.

Pareil au flux d’une mer inféconde,
Sur mon cadavre au sépulcre endormi
Je sens déjà monter l’oubli du monde
Qui, tout vivant, m’a couvert à demi.

Oh ! la nuit froide ! oh ! la nuit douloureuse !
Ma main bondit sur mon sein palpitant.
Qui frappe ainsi dans ma poitrine creuse ?
Quels sont ces coups sinistres qu’on entend ?

Qu’es-tu ? qu’es-tu ? parle, ô monstre indomptable
Qui te débats, en mes flancs enfermé ?
Une voix dit, une voix lamentable :
« Je suis ton cœur, et je n’ai pas aimé ! »

(Louis Bouilhet)

 

 

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Aube (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2015


Mon pauvre coeur angoissé
Ressent aux abords du jour
La douleur de ses amours
Et l’illusion des distances.
Le clair de l’aurore apporte
Des graines de nostalgie
Et la tristesse sans yeux
Du plus profond de mon âme.
Le sépulcre de la nuit
Elève son voile noir
Pour cacher avec le jour
L’immense voûte étoilée.

Que ferais-je en ces campagnes
A cueillir branches et nids,
Environné par l’aurore
Et l’âme emplie de nuit!
Que ferai-je si tu gardes
Tes yeux morts à la lumière,
Si ma chair ne doit sentir
La chaleur de tes regards!

Ah, pourquoi t’ai-je perdue
Pour toujours en ce soir clair?
Aujourd’hui, mon coeur est sec
Autant qu’une étoile éteinte.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration

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