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CHANSON EXALTEE EN SANG ET LUMIERE (Serafina Munoz)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2016



CHANSON EXALTEE EN SANG ET LUMIERE

Je t’aime en cette nuit
mûrie de miracles
de mon temps sans heures,
en cette tour claire qui veille ma vie ;
en cette plage ouverte
où je baigne mes cités d’écume,
mes enfants doux et mes jours hauts.

Je t’aime avec nuages et éclairs,
et avec brume et avec roses,
et avec soleil… et avec mort.
Je t’aime dans le sel et le rire.
Entre l’épine, entre les fleuves violâtres,
dans cet horizon obscur
qui me frotte son limon par les yeux,
entre le sommeil, entre les hirondelles…

Je te sens dans cette épaule de neige
qui me pousse jusqu’au ciel ;
je te tiens serré en moi-même,
chaud,
me descendant les veines entre mon propre sang.
Mes eaux me répètent (lune fixe) ton visage,
et mon corps se trouble de miels ineffables,
et je libère mes cheveux au vent du délire
pour te voir flotter agile et pur.

Le monde me devient intime
entre tes doigts apprivoisés,
homme qui me peuple de papillons.
Je goûte ta pomme
avec une odeur d’ombre et de point du jour
et je bois dans ta voix les yeux de la rosée.

***

CANCION EXALTADA EN SANGRE Y LUZ

Te quiero en esta noche
madurada de milagros
de mi tiempo sin lloras,
en esta torre clara que vigila mi vida;
en esta playa abierta
donde baño mis ciudades de espuma,
mis niños dulces y mis dias altos.

Te quiero con nubes y relámpagos,
y con niebla y con rosas,
y con sol… y con muerte.
Te quiero en sal y risa.
Entre la espina, entre los rios morados
en este horizonte oscuro
que me frota su limón por los ojos,
entre el sueño, entre las golondrinas…

Te siento en este hombro de nieve
que me empuja hacia el cielo;
te tengo apretado en mi misma,
caliente,
bajándome las venas entre mi propria sangre.
Mis aguas me repiten (fija luna) tu rostro,
y se me azoga el cuerpo de mieles inefables,
y me suelto el cabello al viento del delirio
para verte flotar ágil y puro.

El mundo se me hace intimo
entre tus dedos mansos,
hombre que me pueblas de mariposas.
Yo gusto tu manzana
con olor a sombra y a madrugada,
y me bebo en tu voz los ojos del rocio.

(Serafina Munoz)

Illustration

 

 

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CHANSON DE L’IMPOSSIBLE EVASION (Serafina Munoz)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2016



CHANSON DE L’IMPOSSIBLE EVASION

La nuit pleut (visite de lunes noires)
sur mon coeur.
La longue nuit amère des fleuves
secs, des mains coupées,
des yeux aveugles…
La nuit qui me prend le sang
et la parole et l’air
que je respire et jusqu’au nom !

Ni étoiles,
ni aubes prochaines.
Un vent noir agite des cadavres
de rossignols étranglés.
Un gémissement de colombe sans maître
brûle les épaules de l’air !
Et de 1a source du rêve coulent des papillons obscurs.
(toutes les fenêtres qui ont égaré leur ciel
se promènent dans mes veines
drapeaux désespérés).
Jusques à quand parcourrai-je les chemins
du délire inconnu, des lis.
des oiseaux et des aurores certaines,
poursuivie par les ombres et les naufrages ?
Jusques à quand, oh aiguille de martyres,
me traverseras-tu les yeux ?

Je veux crier pour que m’entende l’univers,
et le cri se brise
en couteaux de feu dans ma propre gorge;
je veux ouvrir à la terre,
au ciel, à la mer, à l’homme
mes vannes de pleurs
— et mon pleur, tenacement, me pénètre davantage
et davantage croit en moi et davantage m’inonde —
(Un vent noir agite des cadavres de rossignols étranglés).
Le temps sens sphères bat son battement exact.

Un coup de fouet d’ombre
met en fuite mes dernières étoiles ;
sur mon front croise vertigineusement
la fumée de tous les incendies de la vie.
Et moi (la statue inutile),
attachée à ma propre douleur,
sans défense de bras
ni de vagues, ni d’yeux de mère,
comme une goutte lente,
je tombe dans la mort.

(Serafina Munoz)

Illustration: Gao Xingjian

 

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