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Les Fleurs (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2017



Les Fleurs

Des avalanches d’or du vieil azur, au jour
Premier et de la neige éternelle des astres
Jadis tu détachas les grands calices pour
La terre jeune encore et vierge de désastres,

Le glaïeul fauve, avec les cygnes au col fin,
Et ce divin laurier des âmes exilées
Vermeil comme le pur orteil du séraphin
Que rougit la pudeur des aurores foulées,

L’hyacinthe, le myrte à l’adorable éclair
Et, pareille à la chair de la femme, la rose
Cruelle, Hérodiade en fleur du jardin clair,
Celle qu’un sang farouche et radieux arrose !

Et tu fis la blancheur sanglotante des lys
Qui roulant sur des mers de soupirs qu’elle effleure
À travers l’encens bleu des horizons pâlis
Monte rêveusement vers la lune qui pleure !

Hosannah sur le cistre et dans les encensoirs,
Notre Dame, hosannah du jardin de nos limbes !
Et finisse l’écho par les célestes soirs,
Extase des regards, scintillement des nimbes !

Ô Mère qui créas en ton sein juste et fort,
Calices balançant la future fiole,
De grandes fleurs avec la balsamique Mort
Pour le poëte las que la vie étiole.

(Stéphane Mallarmé)

 

 

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Apparition (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2017



Apparition

La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles.
— C’était le jour béni de ton premier baiser.
Ma songerie aimant à me martyriser
S’enivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d’un Rêve au cœur qui l’a cueilli.
J’errais donc, l’œil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m’es en riant apparue
Et j’ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées.

(Stéphane Mallarmé)

Illustration: Jonathon Earl Bowser

 

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Solitaire hauteur (Claude Hopil)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2017



 

Solitaire hauteur…

Solitaire hauteur, sainte horreur ravissante,
Silence glorieux,
Beau sein des Séraphins, ombre resplendissante,
Douce mort de nos yeux,
Extase des esprits, jusqu’à vous ma pensée
Ne peut être élancée.

Je connais par la foi que vous êtes Dieu même
Qui ne peut être vu,
De vos pures clartés un seul rayon suprême
Ayant l’âme entrevu,
En un petit moment il se change en nuage
Dans le mystique ombrage.

L’oeil de l’entendement par la main de mon Ange
Étant fermé, je vois
Par celui de l’amour un objet qui ne change,
Et soudain j’en vois trois,
Je dis trois purs rayons au Soleil qui m’embrase
Et me met en extase.

J’admire cet objet en cette prison noire
Dans le divin miroir,
Dieu me donne un esprit pour adorer sa gloire,
Non des yeux pour le voir,
Je l’aime purement, mon coeur en ce lieu sombre
Voit son Soleil à l’ombre.

(Claude Hopil)

Illustration: Le Bernin

 

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Apparition (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2016



Apparition

La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles.
– C’était le jour béni de ton premier baiser.
Ma songerie aimant à me martyriser
S’enivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d’un Rêve au coeur qui l’a cueilli.
J’errais donc, l’oeil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m’es en riant apparue
Et j’ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées.

(Stéphane Mallarmé)


Illustration: Edvard Munch

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LITANIES D’AMOUR (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2016



LITANIES D’AMOUR

Je lui disais souvent : vous êtes ma Madone
Et mon âme est un lis d’argent que je vous donne.

J’ai pleuré mes péchés comme font les pécheurs
Et je suis maintenant digne de vos blancheurs.

J’ai le ferme propos, le propos salutaire
De ne plus retomber en péché volontaire.

Je ne veux plus aimer d’autre vierge que vous
Et suis l’enfant de choeur qui vous sert à genoux,

Je suis l’enfant de choeur qui passe, qui s’incline
Sous votre souvenir vêtu de mousseline.

Quelquefois je vous donne, et cela m’est charmant,
Des noms de litanie avec recueillement.

Je voudrais bien encore appuyer sur les pointes
De vos souliers brodés, appuyer mes mains jointes.

Et j’enluminerai selon le rituel
Un poème d’amour qui nous soit un missel,

Un missel où, parmi de longues banderoles,
Des strophes tout en fleurs ouvriront leurs corolles,

Où vous verrez sous l’or fluide des ciels fins,
Mes aveux prosternés comme des séraphins,

Où je vous vêtirai d’une robe de moire
Pour que le temps futur vous garde en sa mémoire,

Et qu’à vous voir si belle entre des rameaux verts
Sur le mystique autel qu’auront bâti mes vers

D’autres hommes plus tard, ô ma vierge ingénue,
Vous aiment. comme moi, sans vous avoir connue.

(Georges Rodenbach)

Illustration: Sandro Botticelli

 

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