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Posts Tagged ‘sérénité’

LA MUSIQUE (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Dariusz Branski

LA MUSIQUE

Non, ne la fais pas naître,
car elle a un corps et une âme,
comme une femme ; ne crée pas
la mort en la créant ; laisse
sa nudité dans la sérénité
— sans existence — du piano !

Non, non ; qu’elle ne dresse pas
son beau corps sur le crépuscule,
pour retomber ensuite, sous l’immense
noirceur de sa chevelure libre !

***

LA MÚSICA

¡No la hagas nacer,
que tiene cuerpo y alma,
igual que una mujer; no seas
creador de la muerte con crearla; deja
su desnudez en la serenidad
—no existente— del piano!

¡No, no; que no levante
su cuerpo hermoso en el crepúsculo,
para luego caer, bajo la inmensa
negrura de su abierta callebera!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Dariusz Branski

 

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Que l’on jette ces lis (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019


 


 

Léon Spilliaert

Que l’on jette ces lis …

Que l’on jette ces lis, ces roses éclatantes,
Que l’on fasse cesser les flûtes et les chants
Qui viennent raviver les luxures flottantes
A l’horizon vermeil de mes désirs couchants.

Oh ! Ne me soufflez plus le musc de votre haleine,
Oh ! Ne me fixez pas de vos yeux fulgurants,
Car je me sens brûler, ainsi qu’une phalène,
A l’azur étoilé de ces flambeaux errants.

Oh ! Ne me tente plus de ta caresse avide,
Oh ! Ne me verse plus l’enivrante liqueur
Qui coule de ta bouche – amphore jamais vide –
Laisse dormir mon coeur, laisse mourir mon coeur.

Mon coeur repose, ainsi qu’en un cercueil d’érable,
Dans la sérénité de sa conversion ;
Avec les regrets vains d’un bonheur misérable,
Ne trouble pas la paix de l’absolution.

(Jean Moréas)

Illustration: Léon Spilliaert

 

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Mais je ne suis qu’un jeu de l’esprit (Tilemachos Chytiris)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018



Avoir la sérénité
D’un dieu inaccessible
Quelle belle vie aérienne
Ange invulnérable
D’un ciel insatiable.

Mais je ne suis qu’un jeu de l’esprit
Le chaos baye avec moi aux corneilles
Et s’esclaffe de rire

(Tilemachos Chytiris)


Illustration: Gilbert Garcin

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SYLLABES À ERATO (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



Illustration: Edward John Poynter
    
SYLLABES À ERATO

Pour toi se penche le coeur dans la solitude,
exil de sens obscurs
où aime et se transmue
ce qui paraissait nôtre hier
et qui est à présent enfoui dans la nuit.

Des demi-cercles d’air te font un visage
resplendissant et tu m’apparais
au moment où accourt la première angoisse
et je deviens blanc tandis que tarde
la lumière d’un sourire sur ta bouche.

T’avoir c’est te perdre,
mais tant pis : tu es encore belle,
surprise dans la pose gracieuse du sommeil:
sérénité de la mort joie extrême.

***

SILLABE A ERATO

A te piega il cuore in solitudine,
esilio d’oscuri sensi
in cui trasmuta ed ama
cio che parve nostro ieri,
e ora è sepolto nella notte.

Semicerchi d’aria ti splendono
sul volto; ecco m’appari
nel tempo che prima ansia accora
e mi fai bianco, tarda la bocca
a luce di sorriso.

Per averti ti perdo,
e non mi dolgo: sei bella ancora,
ferma in posa dolce di sonno:
serenità di morte estrema gioia.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Et soudain c’est le soir
Traduction: Patrick Reumaux
Editions: Librairie Elisabeth Brunet

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DANS LE ROYAUME DE PARALDA (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2018




DANS LE ROYAUME DE PARALDA

I
TOUT le jour j’ai écouté leurs voix résonner
Sur les hauteurs de la lande, le royaume du vent,
Esprits sans entraves de l’air,
Leur longue parole perpétuelle ne signifiant
Ni peine ni joie, chant sonore
Que les grands anges des étoiles entendront quand je m’en serai allée.

II
Au repos dans le devenir:
A travers l’azur ils se meuvent
Passifs dans l’étreinte des vents célestes,
Visible fondu dans l’invisible, pour reparaître
En volute et en frange de pure
Vapeur de brume immaculée comme lentement ils se forment et s’amassent
Dans la sérénité éternelle
Sans cesse mêlée de l’union de l’eau et de l’air.

III
Ils n’accusent personne,
Les rayons du soleil couchant, ni ces
Feuilles de trèfle repliées et ces pâquerettes endormies,
La drenne qui chante
Pour moi, pour tout ce qui est à portée de son chant,
Mon voisin le mulot
Qui s’aventure craintivement hors de sa cachette sous la pierre
Accepte les miettes que j’ai répandues;
Du brin d’herbe à la plus lointaine étoile rien ne se refuse
A l’injuste ou au juste; qui sont aussi l’oeuvre
De celui qui a donné tout cela.

IV
Des nuages légers courant sur la colline du nord,
Un moment sombre, puis se dissipant
Pour s’élever en une multitude frémissante
D’ailes, tournant de nouveau, faisant demi-tour, se déversant
En un flot de vent invisible, se condensant
En un noyau noir, pour éclater de nouveau
En une fumée volant au gré du vent, poussière
Élevée dans les airs par la volonté
D’une unique âme en une joie innombrable, et moi
Qui observe m’élève quand s’élève, me déverse quand descend
La nuée des vivants, lis dans le ciel du soir
Le mot sans fin qu’ils épellent, l’extase.

***

IN PARALDA’S KINGDOM

I
ALL day I have listened to their voices sounding
Over the high fells, the wind’s kingdom,
Unhindered elementals of the air,
Their long continuous word meaning
Neither sorrow nor joy, loud singing
Great angels of the stars will hear when I am gone.

II

At rest in changing:
Across the blue they move
Passive in the embrace of the winds of heaven,
Visible melting into invisible, to reappear
In wisp and fringe of pure
Vapour of whitest mist as slowly they gather and come together
In serene for ever
Unbroken comingling consummation of water and air.

III
They accuse none,
Rays of the westering sun, or these
Folding clover leaves and sleeping daisies,
The missel-thrush that sings
To me, to all within the compass of his song,
My neighbour field-mouse
Venturing tremulous from hide under stone
Accepts the crumbs I have scattered;
From grass-blade to farthest star nothing withheld
From the unjust or the just; whom also made
The giver of these.

IV
Swift cloud streaming over the northern hill,
One moment dark, then vanishing
To rise in pulsing multitude
Of wings, turning again, returning, pouring
In current of invisible wind, condensing
In black core, to burst again
In smoke of flight windborne, upborne
Dust moved by will
Of single soul in joy innumerable, and I
The watcher rise with the rising, pour with the descending
Cloud of the living, read in the evening sky
The unending word they spell, delight.

(Kathleen Raine)

Illustration: Pauline Rigot-Müller

 

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A ma femme endormie (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018



 

Felix Mas -   (55) [1280x768]

A ma femme endormie

Tu dors en croyant que mes vers
Vont encombrer tout l’univers
De désastres et d’incendies ;
Elles sont si rares pourtant
Mes chansons au soleil couchant
Et mes lointaines mélodies.

Mais si je dérange parfois
La sérénité des cieux froids,
Si des sons d’acier ou de cuivre
Ou d’or, vibrent dans mes chansons,
Pardonne ces hautes façons,
C’est que je me hâte de vivre.

Et puis tu m’aimeras toujours.
Éternelles sont les amours
Dont ma mémoire est le repaire ;
Nos enfants seront de fiers gas
Qui répareront les dégâts,
Oue dans ta vie a faits leur père.

Ils dorment sans rêver à rien,
Dans le nuage aérien
Des cheveux sur leurs fines têtes ;
Et toi, près d’eux, tu dors aussi,
Ayant oublié, le souci
De tout travail, de toutes dettes.

Moi je veille et je fais ces vers
Qui laisseront tout l’univers
Sans désastre et sans incendie ;
Et demain, au soleil montant
Tu souriras en écoutant
Cette tranquille mélodie.

(Charles Cros)

Illustration: Felix Mas

 

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Ce sentiment là (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2018



Illustration: Marie-France Le Clainche
    
Oh! Je ne me révolte pas.
Jamais je ne me suis révoltée. Il est grand!

Je l’adore, je m’incline, aussi religieuse maintenant que jadis,
devant sa pensée infinie dont je suis victime.

Et j’accepte avec une sérénité sans espoir d’être,
moi, le rien, sacrifiée à ses fins.

Il me semble que si j’étais une pauvre pièce de toile,
je me soumettrais ainsi avec une douleur affectueuse et docile
à la torture des ciseaux et de l’aiguille,

par respect et par amour
pour le chef-d’oeuvre inconnu de l’ouvrière.
Ce sentiment là, ce doit aussi être une piété.

(Marie Noël)

 

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NOSTALGIE BIENHEUREUSE (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



 

Igor Morski 1960 -  @ [1280x768]

NOSTALGIE BIENHEUREUSE

Ne le dites à personne, sinon aux sages
Car la foule se moque tout de suite :
Je veux célébrer le Vivant
Qui aspire à la mort par la flamme.

Dans la fraîche sérénité des nuits d’amour
Qui t’engendra, où tu engendras,
Te gagne une étrange contagion
Quand brille la bougie silencieuse.

Tu ne restes plus prisonnier
Dans l’ombre des ténèbres,
Et un désir neuf t’arrache
Vers une plus haute union.

Nulle distance ne peut te décourager,
Tu arrives en volant, fasciné,
Et enfin, amoureux de la lumière,
Tu es, papillon, consumé.

Et tant que tu ne détiens pas
Ce : Meurs et deviens !
Tu n’es qu’un hôte obscur
Sur cette terre ténébreuse.

***

SELIGE SEHNSUCHT

Sagt es niemand, nur den Weisen
Weil die Menge gleich verhöhnet :
Das Leben’ge will ich preisen,
Das nach Flammentod sich sehnet.

In der Liebesnächte Külhung,
Die dich zeugte, wo du zeugstest,
Ueberfällt dich fremde Fühlung,
Wenn die stille Kerze leuchtet.

Nicht mehr bleibest du umfangen,
In der Finsternis Beschattung,
Und dich reisset neu Verlangen
Auf zu höherer Begattung.

Keine Ferne macht dich schwierig,
Kommst geflogen und gebannt,
Und zuletzt, des Lichts begierig,
Bist du, Schmetterling, verbrannt.

Und so lang’ du das nicht hast,
Dieses : Stirb und werde !
Bist du nur ein trüber Gast
Auf der dunklen Erde.

(Goethe)

Illustration: Igor Morski

 

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Sardines à l’huile (Georges Fourest)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2018



Sardines à l’huile

Dans leur cercueil de fer-blanc
plein d’huile au puant relent
marinent décapités
ces petits corps argentés
pareil aux guillotinés
là-bas au champ de navets !
Elles ont vu les mers, les
côtes grises de Thulé,
sous les brumes argentés
la Mer du Nord enchantée…
Maintenant dans le fer-blanc
et l’huile au puant relent
de toxiques restaurants
les servent à leurs clients !
Mais loin derrière la nuée
leur pauvre âmette ingénue
dit sa suave chanson
au Paradis-des-Poissons,
une mer fraîche et lunaire
pâle comme un poitrinaire,
la Mer de Sérénité
aux longs reflets argentés
où durant l’éternité,
sans plus craindre jamais les
cormorans ou les filets,
après leur mort nageront
tous les bons petits poissons !…
Sans voix, sans mains, sans genoux
sardines, priez pour nous !…

(Georges Fourest)

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Il suffit d’un mot (Nicole Barrière)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Une invisible rumeur enfle au bord des lèvres.
Quelque chose assèche le désir, vertige,
sensation de danger,
silencieuse et violente,
menaçante, l’arrête.
Caresse l’horizon,
ose le voyage,
apprivoise la sérénité,
existe au sud du silence,
respire la planète
Prend racine avec la sauvage et fragile,
La trace de la même ombre,
Le même sillage d’une question

Des bouquets de soleil mûrissent
Le vol et la plume rendent léger le monde
Sans froisser le silence
Parfois, sur le papier
Il suffit d’un mot.
L’Autre renaît du mouvement de danse en soi,
l’ensorcelle, l’enchante, le brise, le poursuit,
le dénoue, déroule sous ses pas, le retient, le dessine,
affleure le mal d’aimer,
l’efface dans une plainte de la nuit.

Au pas de rencontre,
le silence a envahi le creux du temps,
recelé les mots sous la peau de l’âme,
vacillements, blessures, larmes, peurs, émois,
le tréfonds de vivre dans le silence fertile de l’amour.

Ancienne, cette faille où je perds et je résiste,
Dire, il faudrait dire la tendresse
A toi qui attends, qui entends?
Ce murmure qui, à peine s’entend
Dans les battements lents devenus doux
Un souffle, un sourire, quelques mots
Dire la lumière sans la peur de dire la douleur qui
sépare les larmes dans la nuit
Dire les pauvres mots dits et l’enveloppe bleue de la terre,
tourment d’être ensemble
et tourment d’être séparé de l’onde et de l’arbre,
cette heure où les yeux de l’âme
frissonnent au regard de l’autre
ou du frisson
à l’appel de son nom

Immobiles nos racines d’arbres frissonnent
d’attendre l’arrachement possible à la lumière d’y croire,
ce temps foudroyé de l’attente
apprivoise l’orage
entre le vent et la pierre.

(Nicole Barrière)


Illustration: Tamara Lunginovic

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