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Poésie

Posts Tagged ‘serrer’

Aujourd’hui (Alain Veinstein)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2019




    
Aujourd’hui

Tout cela est très ancien,
de la vieille histoire,
des fils noués pour tuer le temps
à force d’attendre
devant le rideau baissé,
les yeux rivés sur le rouge
sans voir que je me heurte à un mur,
que toutes les issues sont fermées,
qu’il n’y a pas de scène possible.

Je suis l’amant aux bras
maintenus derrière le dos,
poings liés,
pour l’empêcher de serrer son amour
contre sa poitrine.

(Alain Veinstein)

 

Recueil: Voix seule
Traduction:
Editions: Seuil

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Je l’ai écrit sur une ardoise (Marina Tsetaeva)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019



 Illustration: Marc Chagall
    
Je l’ai écrit sur une ardoise,
Sur les papiers des éventails
Et sur les rives, et sur les berges,
Patins sur glace, anneau sur verre,

Sur des troncs d’arbres centenaires,
Afin que sache le monde entier,
Je l’ai signé en arc-en-ciel,
Oui, que je t’aime, je t’aime, je t’aime !

Comme j’ai voulu que tous fleurissent
Des siècles, en moi et sous mes doigts.
Puis j’ai barré, biffé, rayé,
Front dans les mains — des noms — combien ?

Gravé dans l’or de mon alliance,
Serré au coeur, brûlant le sein :
Ton nom, toi seul, à l’intérieur,
— Table de Moïse — tu demeures.

(Marina Tsetaeva)

 

Recueil: Mon dernier livre 1940
Traduction: Véronique Lossky
Editions: Cerf

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LE NOM TERRESTRE (Marina Tsetaeva)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2019



Illustration: Ben Madeska
    
LE NOM TERRESTRE

Un verre d’eau ! Lors d’une soif torride
« Donne-moi à boire, sinon je meurs. »
Insistant, faible, comme un chant,
Telle une plainte dans la chaleur…

Et je redis, et je répète, plus fort,
Et à nouveau, encore, encore,
Comme la nuit, quand on veut tant dormir
Et que sans cesse le sommeil fuit.

Comme si on manquait d’herbes dans les prés,
D’herbes qui soignent de tous les maux !
J’insiste, je perds les mots, je dis encore,
Telle la syllabe d’un mot d’enfant,

À chaque instant, toujours unique,
Le plus serré, la corde au cou,
Car ici-bas le nom terrestre
Ce n’est pas ça, ce n’est pas tout.

(Marina Tsetaeva)

 

Recueil: Mon dernier livre 1940
Traduction: Véronique Lossky
Editions: Cerf

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NUÉE (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



NUÉE

Comme si rien n’était solide, comme si
Je marchais sur un trou, comme si leurs corps denses
Allaient se diluer en poussière de nuit…

Mon geste vain s’ouvre et se ferme sur des formes
Qu’en plein jour le soir mange et mes yeux qui s’endorment

Ne percent plus la brume où s’enfoncent vos traits
Vous que je tiens, vous que je serre, et qu’en secret
Je veille dans la veille et le silence ainsi
Qu’une bête couvant en elle ses petits.

Un tournoiement abat le ciel bas sur les toits,
Est-ce le monde qui bascule ? suis-je moi ?
L’air vacille sans plus d’épaisseur que la vie.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration

 

 

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Masse (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2019



Illustration
    
Masse

La bataille finie,
et mort le combattant, est venu vers lui un homme
qui lui a dit : « Ne meurs pas; je t’aime tant! »
Mais le cadavre, hélas! persista à mourir.

Deux autres hommes vinrent à lui et lui redirent :
« Ne nous quitte pas! Courage! Reviens à la vie! »
Mais le cadavre, hélas! persista à mourir.

Vingt, cent, mille, cinq cent mille se rendirent près de lui
clamant : « Tant d’amour et ne rien pouvoir contre la mort! »
Mais le cadavre, hélas! persista à mourir.

L’entourèrent des millions d’individus,
implorant d’une seule voix : « Reste, frère!
Mais le cadavre, hélas! persista à mourir.

Alors, tous les hommes de la terre
l’entourèrent; les vit le cadavre triste, ému;
il se releva lentement,
serra dans ses bras le premier homme; se mit à marcher…

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Par-delà les montagnes, par-delà les forêts (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019



Par-delà les montagnes, par-delà les forêts,
Par-delà les chemins poussiéreux,
Par-delà les mamelons funéraires,
Tu fleuris sous d’autres cieux.

Et quand la montagne blanchira,
La vallée s’habillera de verdure printanière,
Je me souviendrai avec une tristesse accrue
De mon passé, comme s’il était d’hier.

Dans mes rêves tristes, je te reconnaîtrai,
Et je serrerai dans mes mains
Ta douce main porteuse de miracles,
Et je répéterai ton nom lointain.

(Alexandre Blok)

Illustration: Arnold Böcklin

 

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CHEMIN DES RONCES (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2019



    
CHEMIN DES RONCES

I
Mon amour mon amour
je t’appelle sans répit
je te donne des noms inutiles
des noms sans magie
des noms qui n’éclatent pas
comme un mauvais fruit

Mon amour si mal appris
mon détour ma belle eau sale
mon corsage de l’été
déserté par le désir

Tout est toujours à renoncer
à partir d’une larme
le cri de l’oiseau
l’honneur du pain bis
le fruit qui séduit
le pli de la nappe

Et toi mon amour
mon oeillet de soufre
ma nuit qu’il faudrait refaire
pour donner une chance au soleil.

II
Cette larme si terrible
que j’ai serrée dans un mot
maintenant elle déclenche
tous les jeux de l’océan

Dieu connaît le sang des choses
il séduit le naufragé
avant que j’aie dérobé
cette mémoire frivole
il avait planté un cèdre
dans mon coeur pour le nouer

Regarde ce puits confident
cette larme si terrible
ce voile de Véronique
où j’ai préservé ton nom.

III
Poète des chaos
des amours fous des épines
d’un royaume sans pitié
d’un visage sans appel

Par le sacre de la mort
je retrouve l’innocence
je justifie la parole
j’en fais une eau amicale.

(Jean Sénac)

 

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Vous écrivez dit-elle (Jacques Robinet)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2019



Illustration: Edvard Munch
    
Vous écrivez dit-elle
par ennui ou mélancolie
votre peine
embrume les chemins

Où est votre amour
Où le chant de la grive ?
Vous écrivez dit-elle
car je me suis enfuie

On allume des bougies
dans les églises désertes
Vous écrivez pour remplir
mon absence

Peut-être reviendrai-je
avec la marée pour lire
serrée bien contre vous
ce poème sous un ciel étoilé

(Jacques Robinet)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: 125-126
Traduction:
Editions: Arpa EXILS

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Ligne 9 (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2019




    
Ligne 9

Ligne de vie
Je revisite l’Histoire entre Nation
Et République

Candide à Voltaire
Terrorisée à Robespierre
Je me réjouis à Bonne Nouvelle

Galeries Lafayette
Me voilà

Je me désaltère Rue de la Pompe
Je m’offre une fleur
À Jasmin
Des choux à Maraîchers

Un saut chez les Yankees
Par Franklin Roosevelt
Un bouillon de cultures à Strasbourg— Saint-Denis

Dents serrées je reste La Muette
Mais je me ferais bien une danse
Avec Marcel Sembat

Attention danger
Le canon rue des Boulets
La mort à Charonne
En 1962

Bienheureusement
Au long du parcours
Ils se relaient
Les quatre saints
Ambroise
Augustin
Philippe qui Roule
Et le Cloud du Pont

Pour nous garder
Sur la voie

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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MAJORQUE (Renée Brock)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019




    
MAJORQUE

L’odeur de la résine et sa jupe empesée
La barque « Filea » : ma vie heureuse ancrée.

Mes deux fils de quinze ans, deux poissons sans écailles,
Tirent des traits de cuivre au flanc vert de la vague.

La chaleur est une énorme reine assise
Sur treize chaises de bougainvillée rose.

Grenade, Algésiras et les balcons de fer,
Les murs blancs, la rosée marine, les oranges,

Les pâtisseries que l’on nomme
« Ensaimadas » avec leur sucre en cheveux d’ange.

L’île est une main d’or qui serre mon bonheur
Dans le creux corail de sa paume.

Nul ne sait où nous sommes.

D’être heureuses, mes mains s’ouvraient comme des fleurs.

(Renée Brock)

 

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