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Posts Tagged ‘servant’

Châtelaine (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Châtelaine

Châtelaine, mon beau vouloir…
Car tu te prétendais maîtresse
D’un domaine d’ombre et de pierre
Où ton corps était l’eau dormante,
Au pied des tours, au creux des ombres,
Beau châle vif à tes épaules
Où s’épingle en rêvant l’éclair bleu des vipères.

Châtelaine, mon beau savoir…
Cartes mêlées, chemins perdus,
Pas des oiseaux sur cette vase
Comme un appel depuis longtemps jeté
Qu’un inlassable écho porte de monde en monde.

Châtelaine, mon beau mourir…
Puisque n’entre plus que blеsséе
La voix des filles du soleil
Dans la prison que tu me tresses.

Je te parle dans ce château
D’ombre et de pierre, je te parle,
Surpris de guetter sur les dalles
Le pas calme et troublant de tes servantes nues.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Vive la vigne de chez nous ! (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



    

Vive la vigne de chez nous !

Autrefois, dans les temps antiques
Y avait au bord du bleu Léman
De la terre nue, des rocs, des champs
Et des forêts mélancoliques
Et de braves types un peu froids
Qu’étaient pas encore des Vaudois !

(Refrain)
Entends-tu le glou-glou dans les verres ?
Entends-tu le joli glou-glou ?
La servante n’est pas sévère
Vive la vigne de chez nous !

Mais un jour, c’est une vieille histoire
Voilà qu’le sire du Châtelard
Qui guerroyait chez les barbares
En revenant couvert de gloire
Voit ses beaux côteaux envahis
Par une étrange maladie

Qu’est-ce que c’est qu’ce fouillis qui pousse ?
Cette espèce de végétation ?
Par saint Saphorin, mon patron !
On se croirait en pleine brousse !
Taillez par-ci, taillez par-là
Et foutez-y des échalas !

(au Refrain)

Mais voilà qu’en sept mois à peine
On voit des milliers de fruits d’or
Dont le jus, sacré nom de sort !
Coule à pleins bords des cuves pleines,
Pour conjurer ce grand fléau
On le canalise en tonneaux !

Dans la nuit – Ah ! La sale histoire !
Le jus se met à fermenter
Tous les tonneaux vont éclater !
Mon Dieu, que faire ? – Il faut le boire !
S’écrient trois héros obscurs
Qui n’avaient pas peur des coups durs

(au Refrain)

Et voilà, ces hommes héroïques
Qui, pour préserver la région
Des risques d’une inondation,
Se mettent à vider des barriques !
Pendant ce temps, la larme aux yeux
Leurs épouses priaient pour eux !

C’est pourquoi, le soir à la brune
On en voit, presque à bout d’efforts
De ces héros, à demi-morts
Marcher en zigzag sous la lune !
Et parfois, même terrassés
Se lever pour recommencer !

(au Refrain)

Ces garçons à la rude écorce
Ils font ça pour nous protéger
On se passerait de manger
Mais pour le boire, l’on se force !
Car ce jus-là, quand on le boit,
C’est lui qui nous fait bons Vaudois !

(au Refrain, x2)

(Jean Villard–Gilles)

 

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Faible est ma voix (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018




    
Faible est ma voix, mais mon vouloir ne cède pas.
Et même, sans amour, je me sens plus légère.
Dans les hauteurs du ciel un vent souffle ample et pur
Et mes pensées ignorent la souillure.

La servante Insomnie a quitté mon chevet,
Je ne me morfonds plus près de la cendre grise,
Et sur la tour l’aiguille courbe de l’horloge
Ne me fait plus l’effet d’une aiguille qui tue.

Donc le passé sur moi perd son pouvoir.
La délivrance est proche. Je pardonne
En regardant la lumière qui joue
Sur le lierre mouillé par le printemps.

(Anna Akhmatova)

 

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Servus — Reginae (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017




    
Servus — Reginae

N’appelle pas. De mon plein gré
J’irai au temple.
Et, devant toi, sans dire un mot,
M’inclinerai.

Alors j’écouterai tes ordres,
Et j’attendrai,
Timide, un rendez-vous furtif —
Espérerai.

Vaincu et faible sous le joug
De tes passions,
Parfois servant, parfois aimé
Toujours esclave.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Pavot noir (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017




    
Pavot noir

Fleur des mauvais jardins au vénéneux sommeil,
Les servantes de l’Ombre et les Magiciennes,
Dont les nocturnes yeux redoutent le soleil,
Respirent âprement tes langueurs léthéennes.

Fleur des mauvais jardins au vénéneux sommeil.

Tu te fanes parmi les âcres chevelures,
Et tu connais le rêve ardent des fronts maudits
Que jamais n’effleura, dans un bruit de ramures,
Le souffle des matins et des simples midis :

Tu te fanes parmi les âcres chevelures.

Tu t’effeuilles auprès des femmes sans désir
Dont les prunelles sont froidement endormies,
Dont le coeur ennuyé dédaigne de choisir,
Et dont l’âme est pareille à l’âme des momies :

Tu t’effeuilles auprès des femmes sans désir.

Ennui de l’aconit et de la belladone
Dans le soir où la voix des vieilles trahisons
Fait traîner, à l’égal d’un refrain monotone,
La fadeur et la fragilité des poisons !

Ennui de l’aconit et de la belladone !

(Renée Vivien)

 

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Comment pourrait l’amour entre Vous et moi prendre fin ? (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



 

    

Comment pourrait l’amour entre Vous et moi prendre fin ?
Autant la feuille du lotus a besoin de l’eau
— vous êtes mon Seigneur, et je suis votre servant.

Autant l’oiseau de nuit Chakor toute la nuit devant la lune s’extasie
— Vous êtes mon Seigneur et je suis votre servant.

Depuis que le temps a commencé et jusqu’à ce qu’il finisse,
il y a amour entre Vous et moi;
comment un tel amour mourrait-il ?

 » Autant le fleuve entre dans l’Océan,
Mon coeur vous touche  » dit Kabîr.

***

How could the love between Thee and me sever ?
As the leaf of the lotus abides on the water:
so Thou art my Lord, and I am Thy servant.

As the night-bird Chakor gazes all night at the moon :
so Thou art my Lord and I am Thy servant.

From the beginning until the ending of time,
there is love between Thee and me;
and how shall such love be extinguished ?

Kabîr says : « As the river enters into the ocean,
so my heart touches Thee. »

(Kabîr)

 

 

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Comment pourrait-on briser (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2017



 

 
    
Comment pourrait-on briser l’amour qui nous unit ?
Comme la feuille de lotus repose sur l’eau,
ainsi tu es mon Seigneur et je suis ton servant.

Comme l’oiseau de nuit le Chakor contemple la lune pendant la nuit,
ainsi tu es mon Seigneur et je suis ton servant.

Depuis le commencement jusqu’à la fin du temps,
l’Amour est entre Toi et moi.
— Comment un tel amour pourrait-il s’éteindre ?

Kabîr dit : « Comme la rivière entre dans l’océan,
ainsi mon coeur pénètre en Toi. »

(Kabîr)

 

 

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Au secret (Luc Bérimont)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2017



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Au secret

Si je disais la vie, la fraise aux lèvres vous auriez
La langue du loriot, la fièvre du laurier
L’églantier de la pluie et les cuisses de l’eau

Si je disais les mots
Qui convoquent les morts et les hauts pâturages
Les citrons de la nuit, la paille des orages
La servante alanguie, les armoires de suie
Le cheval aveuglé et l’automne qui grince
Les hôpitaux tapis, les amants dans leur lit
Le boulanger, le geai, les journaux tiédis d’encre
Si je livrais les mots que je retiens à l’ancre

En cette chambre basse où jamais vous n’entrez
Hommes ! Vous laisseriez les vins lourds de septembre
Vous partiriez roussis de feuilles, de saisons
Titubants de soleils, charnus de vos moissons
Et je vous aimerais comme un lièvre ou un faon.

(Luc Bérimont)

 

 

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Les mains gardiennes (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2017



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Les mains gardiennes

Sous l’attouchement tiède et blanc des mains savantes,
Les notes avaient des soupirs mélodieux ;
De sonores frissons vibraient dans les adieux,
Qui semblaient sanglotés par des lèvres vivantes.

Sous les très chères mains, idéales servantes,
L’âme jeune chantait ses bonheurs radieux ;
Et les accords sonnaient attristés ou joyeux,
Au contact adoré des caresses ferventes.

Dans les très belles mains, plus douces que les fleurs,
Je rêve de poser le poids de mes douleurs,
Pour qu’il s’exhale au ciel en légère harmonie ;

Et que je puisse un jour, gardé des maux humains,
Entrer, au geste clair des effleurantes mains,
Dans le charme éternel et l’extase infinie !

(Albert Lozeau)

Illustration: Giovanni Boldini

 

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DEUX FEMMES d’après Manet La lecture (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2016



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DEUX FEMMES
d’après Manet

II
La lecture

Elle s’installe dans la blancheur
Voile sur voile
Où le temps est servant de la lumière
Comme la musique caresse ses mains
La peinture est sa présence
Et la femme dont usent les heures
Est le poème de l’instant

(Heather Dohollau)

 Illustration: Edouard Manet

 

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