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Tes dons à nous autres mortels (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019




    
Tes dons à nous autres mortels pourvoient à tous nos désirs,
et pourtant retournent à toi non diminués.
La rivière accomplit sa tâche quotidienne;
elle se hâte vers champs et hameaux,
mais son flot incessant se détourne vers le lavement de tes pieds.

La fleur adoucit l’air de son parfum;
mais son dernier service est l’offre d’elle-même à toi.
Ton culte n’appauvrit pas l’univers.

Les vers du poète offrent aux hommes les significations qui leur plaisent;
mais leur signification dernière est la désignation de Toi.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

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TOUJOURS (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




TOUJOURS

Fatiguée du fracas magique des voyelles
Fatiguée d’enquêter avec les yeux levés
Fatiguée de l’attente du je de passage
Fatiguée de cet amour qui n’eut pas lieu
Fatiguée de mes pieds qui ne savent que marcher
Fatiguée de la fuite insidieuse de questions
Fatiguée de dormir et de ne pas pouvoir me regarder
Fatiguée d’ouvrir la bouche et de boire le vent
Fatiguée de soutenir les mêmes viscères
Fatiguée de la mer indifférente à mes angoisses
Fatiguée de Dieu ! Fatiguée de Dieu !
Fatiguée enfin des morts de service
dans l’attente de la soeur aînée
l’autre la grande mort
douce résidence pour tant de fatigue.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Odilon Redon

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Du fond du rêve (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018




    
Du fond du rêve,
comme un poing illuminé
émergeant de la créature solitaire endormie,
surgit la volonté irrésistible
de continuer la narration.

Il ne s’agit pas de conter ceci ou cela,
ni de copier ou de traduire
ou d’enjôler le jour aux abois.
Il s’agit d’une pulsion bien plus forte
et qui ne peut s’interrompre :
poursuivre simplement la narration.

Narration qui n’a pas de début ni de fin,
narration qui n’est pas un genre,
qui nе lie pas une intrigue.
Images qui coulent comme un fleuve,
se prennent et se dessaisissent,
étrange manière de dire et de dédire
en arrière et en avant des choses.

Volonté de poursuivre la narration,
énergie éparse dans l’ici de partout,
qui ne distingue pas les vies des morts
ni l’homme d’autre chose

C’est l’histoire qui s’écoule tout au fond,
l’histoire sans et avec histoire
qui joint dans un bouquet délié
l’arôme de l’être
et le parfum du néant.

Le service demandé à l’homme
n’est que poursuite de la narration
quel que soit l’argument.

Et même sans aucun.

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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DOULEUR (Jules Verne)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2018




    
DOULEUR

Oh ! laissez-moi !
Mon cœur me fait bien mal ! un peu de solitude !
Le voyage est bien long, et le chemin bien rude,
A l’humble sujet comme au roi !

Oh ! laissez-moi !
Laissez-moi tomber seul en heurtant les racines,
Et seul, me déchirer aux ardentes épines,

Oh ! laissez-moi !

Oh ! laissez-moi !
Car l’organe du mal, car
Satan m’accompagne,
Et dans son vol brûlant traverse la campagne.
Il a pris mon âme et ma foi !

Oh ! laissez-moi !
Qu’aurais-je à faire ici d’inutiles services !
Laissez-moi, seul, tomber aux rocs des précipices,

Oh ! laissez-moi !

Oh ! laissez-moi !
Car j’ai rage et colère, et dans le fond de l’âme,
J’ai là, plus de douleur que n’a la pauvre femme
Au glas glacial du beffroi .

Oh ! laissez-moi !
Un infernal penser me déchire la tête,
J’ai là plus de fureur que la mer de tempête,

Oh ! laissez-moi !

Oh ! laissez-moi !
La lionne rugit, quand sa cruelle engeance
Sous les coups des chasseurs a subi la vengeance,

Elle emplit l’air de son effroi !

Oh ! laissez-moi !
Plus tranquille, et plus triste en sa calme tristesse,
La colombe maudit le destin qui l’oppresse,

Oh ! laissez-moi !

Oh ! laissez-moi !
Au désert, la gazelle exhale pleurs et plainte ;
Le sang de la douleur l’a jusqu’au cœur atteinte ;
Le désert entend son émoi !

Oh ! laissez-moi !
La tigresse a perdu ses petits.
Sa colère
Ebranle terre et cieux !… moi… ! j’ai perdu ma mère !!!

Oh ! laissez-moi !

(Jules Verne)

 

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Les portes de l’enfer et du paradis (Hakuin Ekaku)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017



Illustration
    
Les portes de l’enfer et du paradis

Un samouraï se présenta devant le maître Zen Hakuin
et lui demanda :

– « Y a t-il réellement un paradis et un enfer ? »
– « Qui es tu ? » demanda le maître
– « Je suis samouraï… »
– « Toi, un guerrier ! » s’exclama Hakuin.
« Mais regarde-toi. Quel seigneur voudrait t’avoir à son service ?
Tu as l’air d’un mendiant. »

La colère s’empara du samouraï.
Il saisit son sabre et le dégaina. Hakuin poursuivit :

– « Ah bon, tu as même un sabre !? Mais tu es sûrement trop maladroit pour me couper la tête. »
Hors de lui, le samouraï leva son sabre, prêt a frapper le maître.

A ce moment celui-ci dit :
– « Ici s’ouvrent les portes de l’enfer. »

Surpris par la tranquille assurance du moine,
le samouraï rengaina et s’inclina.

– « Ici s’ouvrent les portes du paradis »,
lui dit alors le maître.

(Hakuin Ekaku)

 

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Je voudrais être le jardinier de ton jardin de fleurs (Rabindranath Tago

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2017



 

SERVITEUR :
Miséricorde pour ton serviteur, ô Reine!

LA REINE :
La réunion est terminée et tous mes serviteurs sont partis.
Pourquoi viens-tu à une heure aussi tardive?

SERVITEUR :
Lorsque que tu en as terminé avec les autres,
c’est à moi de venir.
Que peut faire ton dernier serviteur ?

LA REINE :
Qu’espères-tu ? Il est trop tard.

SERVITEUR :
Je voudrais être le jardinier de ton jardin de fleurs.

LA REINE :
Quelle est cette folie ?
SERVITEUR :

Je ne ferai plus d’autre travail.
Je jetterai dans la poussière mes épées et mes lances.
Ne m’envoie pas dans des royaumes lointains,
ne me demande plus d’entreprendre de nouvelles conquêtes.
Nomme-moi jardinier de ton jardin de fleurs.

LA REINE :
Que feras-tu ?

SERVITEUR :
Mon service sera celui de tes loisirs.
Je garderai fraîche l’herbe du sentier où tu vas le matin,
où les fleurs impatientes de mourir sous tes pieds béniront ton passage.
Je t’installerai une balançoire entre les branches du saptaparna,
et la lune tôt levée essaiera de baiser ta robe à travers la feuillée.
J’emplirai d’huile odorante la lampe qui brûle à côté de ton lit,
et j’ornerai ton tabouret de merveilleuses décorations de santal et de pâte de safran.

LA REINE :
Que voudras-tu en récompense ?

SERVITEUR :
La permission de tenir tes petits poings pareils à de tendres boutons de lotus,
de glisser des guirlandes de fleurs autour de tes poignets,
de teindre la plante de tes pieds du jus rouge des pétales d’ashoka,
et d’en ôter, d’un baiser, le grain de poussière qui pourrait y être resté.

LA REINE :
J’exauce ta prière, mon serviteur.
Tu seras le jardinier de mon jardin de fleurs.

(Rabindranath Tagore)

Illustration: Casimir Krakowiak

 

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Ô Saint homme ! (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2017



 

    

Ô Saint homme ! S’unir simplement à Lui,
voilà ce qu’il y a de meilleur.

Depuis le jour où j’ai rencontré mon Dieu,
les jeux de notre amour n’ont jamais cessé !

Je ne ferme pas mes yeux;
je ne bouche pas mes oreilles;
je ne mortifie pas mon corps.
Je regarde avec mes yeux grands ouverts ;
je souris et partout je contemple Sa beauté.

Je murmure Son nom et tout ce que je vois me parle de Lui.
Tous mes actes sont un culte que je rends à mon Dieu.
L’aurore et le crépuscule me sont semblables.
Les contradictions n’existent plus pour moi.
Partout où je vais je n’agis qu’en Lui.
Tout ce que j’accomplis est Son Service.
Quand je me couche, c’est à Ses pieds que je me prosterne.
Il est le seul adorable à mes yeux;
je n’en connais pas d’autres.

Ma langue ne prononce plus de paroles impures;
jour et nuit elle chante Ses louanges.
Debout ou assis, je ne puis l’oublier,
car le rythme de Sa chanson bat à mes oreilles.

Kabîr dit : «Mon coeur est embrasé d’une joie frénétique
et je découvre tous les mystères cachés dans mon âme.
— Je suis immergé dans une immense félicité
qui surpasse toute joie et toute douleur. »

(Kabîr)

 

 

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Le Jour où je me suis aimée pour de vrai (Kim McMillen)(Alison McMillen)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2016


Le Jour où je me suis aimée pour de vrai

 

Le jour où je me suis aimée pour de vrai, j’ai compris qu’en toutes circonstances,

j’étais à la bonne place, au bon moment, et alors, j’ai pu me relaxer.

Aujourd’hui je sais que ça s’appelle…. Estime de Soi.

 

Le jour où je me suis aimée pour de vrai, j’ai pu percevoir que mon anxiété et ma souffrance émotionnelle,

n’étaient rien d’autre qu’un signal quand je vais contre mes convictions.

Aujourd’hui je sais que ça s’appelle… Authenticité.

 

Le jour où je me suis aimée pour de vrai, j’ai cessé de vouloir une vie différente.

Et j’ai commencé à voir que tout ce qui m’arrive, contribue à ma croissance personnelle.

Aujourd’hui je sais que ça s’appelle… Maturité.

 

Le jour où je me suis aimée pour de vrai, j’ai commencé à percevoir l’abus 

dans le fait de forcer une situation ou une personne, dans le seul but d’obtenir ce que je veux,

sachant très bien que ni la personne ni moi-même ne sommes prêts et que ce n’est pas le moment…..

Aujourd’hui je sais que ça s’appelle… Respect.

 

Le jour où je me suis aimée pour de vrai, j’ai commencé à me libérer de tout ce qui ne m’était pas salutaire….

Personnes, situations, tout ce qui baissait mon niveau d’énergie.

Au début, ma raison appelait ça de l’égoïsme.

Aujourd’hui je sais que ça s’appelle… Amour Propre.

 

Le jour où je me suis aimée pour de vrai, j’ai cessé d’avoir peur du temps libre, 

j’ai arrêté de faire de grands plans, et j’ai abandonné les méga projets du futur.

Aujourd’hui je fais ce qui est correct, ce que j’aime, quand ça me plaît et à mon rythme.

Aujourd’hui je sais que ça s’appelle…  Simplicité.

 

Le jour où je me suis aimée pour de vrai, j’ai cessé de chercher à toujours avoir raison,

et me suis rendu compte de toutes les fois ou je me suis trompée.

Aujourd’hui j’ai découvert… L’Humilité.

 

Le jour où je me suis aimée pour de vrai, j’ai cessé de revivre le passé et de me préoccuper de l’avenir.

Aujourd’hui je vis au présent, là où toute la vie se passe.

Aujourd’hui je vis une seule journée à la fois.

Et ça s’appelle… Plénitude.

 

Le jour où je me suis aimée pour de vrai, j’ai compris que ma tête pouvait me tromper et me décevoir.

Mais si je la mets au service de mon cœur, elle devient une alliée très précieuse.

Tout ceci est…   Savoir Vivre.

 

Nous ne devons pas avoir peur de nous confronter….

Du chaos naissent les étoiles.

Aujourd’hui je sais que ça s’appelle…  La Vie

 

(Kim McMillen)(Alison McMillen)

Découvert ici: http://sylviesophrologie.com

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Je suis sortie de la vase des marais (Lorine Niedecker)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2016



vassili-poukirev-mariee

je suis sortie de la vase des marais
algue, prêle, saules,
vert chéri, grenouilles
et oiseaux criards

pour la voir mariée dans le riche
riche silence de l’église,
la petite esclave blanche
sous ses frondes de diamants.

Sous la voûte et dans la nef
s’amasse le secret du satin.
Unis pour la vie au service
de l’argent. Possédée.

***

I rose from marsh mud,
algae, equisetum, willows,
sweet green, noisy
birds and frogs

to see her wed in the rich
rich silence of the church,
the little white slave-girl
in her diamond fronds.

In aisle and arch
the satin secret collects.
United for life to serve
silver. Possessed.

(Lorine Niedecker)

 Illustration: Vassili Poukirev

 

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L’étranger (Sully-Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016



Paul Baringou etre

L’étranger

Je me dis bien souvent : de quelle race es-tu ?
Ton cœur ne trouve rien qui l’enchaîne ou ravisse,
Ta pensée et tes sens, rien qui les assouvisse :
Il semble qu’un bonheur infini te soit dû.

Pourtant, quel paradis as-tu jamais perdu ?
A quelle auguste cause as-tu rendu service ?
Pour ne voir ici-bas que laideur et que vice,
Quelle est ta beauté propre et ta propre vertu ?

A mes vagues regrets d’un ciel que j’imagine,
A mes dégoûts divins, il faut une origine :
Vainement je la cherche en mon cœur de limon ;

Et, moi-même étonné des douleurs que j’exprime,
J’écoute en moi pleurer un étranger sublime
Qui m’a toujours caché sa patrie et son nom.

(Sully-Prudhomme)

Illustration: Paul Baringou

 

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