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À l’ombre des pins et des cyprès (Pan Qi Yu)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2022



Illustration: Shan Sa
    
À l’ombre des pins et des cyprès

La sagesse reçue des Anciens
M’accorda une vie humaine.
Elle m’invita, pauvre créature, jusqu’au palais
À tenir un humble rang dans le quartier des femmes.
J’ai joui de la grâce profuse du saint souverain,
Recueillant la faveur radieuse du soleil et de la lune.
Les rais brûlants de l’astre pourpre posés sur moi,
Je reçus la haute bénédiction dans le Pavillon de Zeng Shen.
Abandonnée à l’espoir de jours heureux,
Je délaçais mon souffle, éveillée comme endormie.
Mais les décrets du Ciel — qui pourra jamais les infléchir ?
Avant de les savoir, le soleil voilait sa lumière
Et me laissait déjà dans l’ombre du soir.
Je gardais la bonté du roi qui demeurait mon seul asile
Et mes fautes ne me conduisirent pas à l’exil.
J’ai servi l’impératrice douairière dans le palais d’orient
Et pris ma place parmi les suivantes de la Confiance éternelle.
J’aidais à laver les rideaux, à balayer le sol souillé
Et ma tâche se poursuit ainsi jusqu’au terme mortel.
Alors mes os trouveront repos au pied de la colline.
Et l’ombre vacillante des pins et des cyprès couvrira ma tombe.

(Pan Qi Yu)
(1er siècle avant J.-C.)

 

Recueil: Nuages immobiles Les plus beaux poèmes des seize dynasties chinoises
Traduction: Alexis Lavis
Editions: l’Archipel

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Vieux mineur (Johannes Kühn)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2022




    
Vieux mineur

Es-tu allé dans la nuit —
je connais
la nuit, c’est de la roche.
De mes mains j’ai frappé,
des battoirs mes mains à force.
Il sont partis en fumée
les charbons que j’ai abattus,
et dans les airs
se sont dissipées les fumées,
et dans les poêles des blancs hivers
elle est morte
la chaleur.

À la place des mains des battoirs.

Mais ils ne sont pas morts
les gens dans le froid
des blancs hivers.
À l’usine, qui fumait de toutes ses cheminées,
ce que j’ai abattu
est devenu fer
il sert pour les voitures
et étayent les maisons

Habite ! vis ! tout va bien,
mes mains sont des battoirs :
pas pour rien.

***

Alter Bergmann

Bist du in der Nacht gegangen —
ich kenn
die Nacht, die Gestein ist.
Ich schlug mir die Hände zu Brettern.
Es sind verraucht
die Kohlen, die ich gebrochen,
es sind die Rauchschwaden
vergangen in Luft,
es ist in Öfen
der weißen Winter
die Wärme
gestorben.

Mir sind die Hände zu Brettern geworden.

Gestorben sind nicht die Menschen
in Kälte
der weiBen Winter.
In Fabriken, wo durch Schornsteine rauchte,
was ich gebrochen,
ist Eisen geworden,
das dient an Wagen,
als Träger in Häusern.

Wohnt! Lebt! Wie gut,
mir sind die Hände zu Brettern geworden
nicht umsonst.

(Johannes Kühn)
Traduction de Claude Vercey

 

Recueil: Poésies du Monde
Traduction:
Editions: Seghers

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La belle vieille (François Maynard)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2022



Illustration: Christelle Fontenoy 
    

La belle vieille

Cloris, que dans mon temps j’ai si longtemps servie
Et que ma passion montre à tout l’univers,
Ne veux-tu pas changer le destin de ma vie
Et donner de beaux jours à mes derniers hivers ?

N’oppose plus ton deuil au bonheur où j’aspire.
Ton visage est-il fait pour demeurer voilé ?
Sors de ta nuit funèbre, et permets que j’admire
Les divines clartés des yeux qui m’ont brûlé.

Où s’enfuit ta prudence acquise et naturelle ?
Qu’est-ce que ton esprit a fait de sa vigueur ?
La folle vanité de paraître fidèle
Aux cendres d’un jaloux, m’expose à ta rigueur.

Eusses-tu fait le voeu d’un éternel veuvage
Pour l’honneur du mari que ton lit a perdu
Et trouvé des Césars dans ton haut parentage,
Ton amour est un bien qui m’est justement dû.

Qu’on a vu revenir de malheurs et de joies,
Qu’on a vu trébucher de peuples et de rois,
Qu’on a pleuré d’Hectors, qu’on a brûlé de Troies
Depuis que mon courage a fléchi sous tes lois !

Ce n’est pas d’aujourd’hui que je suis ta conquête,
Huit lustres ont suivi le jour que tu me pris,
Et j’ai fidèlement aimé ta belle tête
Sous des cheveux châtains et sous des cheveux gris.

C’est de tes jeunes yeux que mon ardeur est née ;
C’est de leurs premiers traits que je fus abattu ;
Mais tant que tu brûlas du flambeau d’hyménée,
Mon amour se cacha pour plaire à ta vertu.

Je sais de quel respect il faut que je t’honore
Et mes ressentiments ne l’ont pas violé.
Si quelquefois j’ai dit le soin qui me dévore,
C’est à des confidents qui n’ont jamais parlé.

Pour adoucir l’aigreur des peines que j’endure
Je me plains aux rochers et demande conseil
A ces vieilles forêts dont l’épaisse verdure
Fait de si belles nuits en dépit du soleil.

L’âme pleine d’amour et de mélancolie
Et couché sur des fleurs et sous des orangers,
J’ai montré ma blessure aux deux mers d’Italie
Et fait dire ton nom aux échos étrangers.

Ce fleuve impérieux à qui tout fit hommage
Et dont Neptune même endure le mépris,
A su qu’en mon esprit j’adorais ton image
Au lieu de chercher Rome en ses vastes débris.

Cloris, la passion que mon coeur t’a jurée
Ne trouve point d’exemple aux siècles les plus vieux.
Amour et la nature admirent la durée
Du feu de mes désirs et du feu de tes yeux.

La beauté qui te suit depuis ton premier âge
Au déclin de tes jours ne veut pas te laisser,
Et le temps, orgueilleux d’avoir fait ton visage,
En conserve l’éclat et craint de l’effacer.

Regarde sans frayeur la fin de toutes choses,
Consulte le miroir avec des yeux contents.
On ne voit point tomber ni tes lys, ni tes roses,
Et l’hiver de ta vie est ton second printemps.

Pour moi, je cède aux ans ; et ma tête chenue
M’apprend qu’il faut quitter les hommes et le jour.
Mon sang se refroidit ; ma force diminue
Et je serais sans feu si j’étais sans amour.

C’est dans peu de matins que je croîtrai le nombre
De ceux à qui la Parque a ravi la clarté !
Oh ! qu’on oira souvent les plaintes de mon ombre
Accuser tes mépris de m’avoir maltraité !

Que feras-tu, Cloris, pour honorer ma cendre ?
Pourras-tu sans regret ouïr parler de moi ?
Et le mort que tu plains te pourra-t-il défendre
De blâmer ta rigueur et de louer ma foi ?

Si je voyais la fin de l’âge qui te reste,
Ma raison tomberait sous l’excès de mon deuil ;
Je pleurerais sans cesse un malheur si funeste
Et ferais jour et nuit l’amour à ton cercueil !

(François Maynard)

 

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Soudain, avec une délicatesse, une pureté indicible… (Frédéric Nietzsche)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2022



 

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Soudain, avec une délicatesse, une pureté indicible,
une chose apparaît, se fait entendre, vous émeut et bouge jusqu’au fond de vous-même.
On écoute, on ne cherche plus ; on accepte sans s’informer du donateur;
une pensée brûle en un éclair, s’impose comme une nécessité,
ne vous laisse aucune hésitation sur la forme où il convient de l’exprimer : je n’ai jamais eu le choix.

C’est une extase dont la tension formidable se dissout parfois en un fleuve de larmes,
pendant que le pas instinctivement se ralentit ou s’accélère.
On se sent ravi, hors de soi, on garde seulement conscience d’une source inépuisable de frissons subtils
et de ruissellements qui vous parcourt jusqu’aux orteils.

C’est un abîme d’extase si profond que la douleur et la tristesse ne font plus l’effet de forces hostiles,
mais paraissent une condition requise, une nuance toute nécessaire par cette abondance de lumière.
On ressent instinctivement les grands rythmes qui embrassent les immenses espaces où bougent les formes ;
l’amplitude de l’oscillation, le besoin d’un rythme large semble être la mesure d’une semblable inspiration,
une espèce de contrepoids à sa pression et à sa tension.

Tout cela involontaire au premier abord,
semble entraîné par une rafale de liberté, d’indépendance, de puissance, de divinité.
Ce qui est le plus remarquable, c’est la qualité involontaire de l’image et des symboles.
Tout se donne à vous comme l’expression la plus proche, la plus juste, la plus simple.
Il semble en vérité, pour reprendre les paroles de Zarathoustra,
que les choses s’approchent d’elles-mêmes et viennent s’offrir à vous servir d’images…

(Frédéric Nietzsche)

Illustration: Duy Huynh

 

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DES CONTEMPTEURS DU CORPS (Frédéric Nietzsche)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2022



Christian Schloe   75_b [1280x768]

DES CONTEMPTEURS DU CORPS

C’est aux contempteurs du corps que je veux dire leur fait.
Ils ne doivent pas changer de méthode d’enseignement,
mais seulement dire adieu à leur propre corps — et ainsi devenir muets.

« Je suis corps et âme » — ainsi parle l’enfant.
Et pourquoi ne parlerait-on pas comme les enfants ?

Mais celui qui est éveillé et conscient dit :
Je suis corps tout entier et rien autre chose ;
l’âme n’est qu’un mot pour une parcelle du corps.

Le corps est un grand système de raison,
une multiplicité avec un seul sens,
une guerre et une paix, un troupeau et un berger.

Instrument de ton corps, telle est aussi ta petite raison que tu appelles esprit,
mon frère, petit instrument et petit jouet de ta grande raison.

Tu dis « moi » et tu es fier de ce mot.
Mais ce qui est plus grand, c’est — ce à quoi tu ne veux pas croire —
ton corps et son grand système de raison : il ne dit pas moi, mais il est moi.

Ce que les sens éprouvent, ce que reconnaît l’esprit, n’a jamais de fin en soi.
Mais les sens et l’esprit voudraient te convaincre qu’ils sont la fin de toute chose : tellement ils sont vains.

Les sens et l’esprit ne sont qu’instruments et jouets : derrière eux se trouve encore le soi.
Le soi, lui aussi, cherche avec les yeux des sens et il écoute avec les oreilles de l’esprit.

Toujours le soi écoute et cherche : il compare, soumet, conquiert et détruit.
Il règne, et domine aussi le moi.

Derrière tes sentiments et tes pensées, mon frère, se tient un maître plus puissant, un sage inconnu — il s’appelle soi.
Il habite ton corps, il est ton corps.

Il y a plus de raison dans ton corps que dans ta meilleure sagesse.
Et qui donc sait pourquoi ton corps a précisément besoin de ta meilleure sagesse ?

Ton soi rit de ton moi et de ses cabrioles.
« Que me sont ces bonds et ces vols de la pensée ? dit-il.
Un détour vers mon but. Je suis la lisière du moi et le souffleur de ses idées. »

Le soi dit au moi : « Éprouve des douleurs ! »
Et le moi souffre et réfléchit à ne plus souffrir — et c’est à cette fin qu’il doit penser.

Le soi dit au moi : « Éprouve des joies ! »
Alors le moi se réjouit et songe à se réjouir souvent encore — et c’est à cette fin qu’il doit penser.

Je veux dire un mot aux contempteurs du corps.
Qu’ils méprisent, c’est ce qui fait leur estime.
Qu’est-ce qui créa l’estime et le mépris et la valeur et la volonté ?

Le soi créateur créa, pour lui-même, l’estime et le mépris, la joie et la peine.
Le corps créateur créa pour lui-même l’esprit comme une main de sa volonté.

Même dans votre folie et dans votre mépris, vous servez votre soi, vous autres contempteurs du corps.
Je vous le dis : votre soi lui-même veut mourir et se détourner de la vie.

Il n’est plus capable de faire ce qu’il préférerait : — créer au-dessus de lui-même.
Voilà son désir préféré, voilà toute son ardeur.

Mais il est trop tard pour cela :
— ainsi votre soi veut disparaître, ô contempteurs du corps.

Votre soi veut disparaître, c’est pourquoi vous êtes devenus contempteurs du corps !
Car vous ne pouvez plus créer au-dessus de vous.

C’est pourquoi vous en voulez à la vie et à la terre.
Une envie inconsciente est dans le regard louche de votre mépris.

Je ne marche pas sur votre chemin, contempteurs du corps !
Vous n’êtes point pour moi des ponts vers le Surhumain ! —

Ainsi parlait Zarathoustra.

(Frédéric Nietzsche)

Illustration: Christian Schloe

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SOLITUDE (Irma Kurti)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2022



Illustration: Nik Helbig    
    
Poem in French, English, Spanish, Dutch and in Albanian, Arabic, Armenian, Bangla, Bosnian, Catalan, Chinese, Farsi, Filipino, German, Greek, Hebrew, Hindi, Icelandic, Indonesian, Irish (Gaelic), Italian, Japanese, Kiswahili, Kurdish, Macedonian, Malay, Polish, Portuguese, Romanian, Russian, Sardinian, Serbian, Sicilian, Swedish, Tamil
Poem of the Week Ithaca 721 “SOLITUDE”,
IRMA KURTI, (Albania-Italy)

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

SOLITUDE

La solitude frappa à la porte
de ma chambre, numéro trente -trois.
Semblable à un grand nuage sombre
l’ennui vint dans mon lit, sans bruit.

Les draps étaient des feuilles de papier vierge.
Il n’y avait personne pour se soucier de moi.
Personne à qui je pouvais téléphoner.
J’étais vraiment un étranger dans ce pays.

J’ai demandé à mon image dans le miroir:
“A quoi servent mes lèvres et mes yeux
cette longue et belle chevelure
que personne ne palpe ni ne caresse?”

(Irma Kurti)

(Albanie – Italie)
Traduction Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache

***

SOLITUDE

The solitude knocked at the door
to my room—number thirty-three.
The boredom entered my bed
like a big dull cloud—silently.

The sheets were blank pieces of paper.
No one was there to care about me.
I didn’t have a single person to call.
I was just a stranger in this country.

I asked my reflection in the mirror:
“Why do I need my lips and eyes
this long and beautiful hair
that nobody caresses and touches?”

IRMA KURTI (Albania-Italy)

***

SOLEDAD

La soledad llamó a la puerta
de mi habitación-número treinta y tres.
El aburrimiento entró en mi cama
como gran nube opaca, silenciosa.

Las sábanas eran hojas de papel en blanco.
No había nadie preocupada por mí.
Ni una sola persona a quien llamar.
Fui una extranjera en este país.

Pregunté a mi reflejo en el espejo:
« ¿Para qué necesito mis labios y mis ojos,
este pelo largo y hermoso
que nadie toca ni acaricia? »

IRMA KURTI (Albania-Italia)
Traducción Germain Droogenbroodt – Rafael Carcelén

***

EENZAAMHEID

De eenzaamheid klopte aan de deur
van mijn kamer, nummer drieëndertig.
Een grote donkere wolk gelijk
kwam de verveling in mijn bed, geluidloos.

De lakens waren onbeschreven bladen van papier.
Er was niemand om zich over mij te bekommeren.
Er was niemand die ik kon telefoneren.
Ik was gewoon een vreemdeling in dit land.

Ik vroeg mijn beeld in de spiegel:
« Waarom heb ik mijn lippen en ogen nodig
dit lange en mooie haar
dat niemand aanraakt en streelt? »

IRMA KURTI (Albanië-Italië)
Vertaling Germain Droogenbroodt

***

VETMIA

Sonte më mundi vetmia
në dhomën time numër dyqind,
si re e zezë në shtrat m’u fut mërzia
e s’munda të fle kurrësesi.

M’u duk se në botë isha vetëm fare,
askush nuk mendonte për mua,
s’kisha asnjë njeri të dashur,
në këtë vend isha si një e huaj.

Pasqyrës pastaj i ndjejta përballë
ç’i doja këta sy të mëdhenj, këto buzë,
këto flokë të gjatë, të gjatë
që s’i prekte askush?

IRMA KURTI (Shqipëri- Itali)

***

وِحْدَةٌ

تَطْرُقُ الوِحْدَةُ بَابَ غُرفَتِي
ذَاتِ الرَّقْمِ ــــــــــ « ثَلَاثَةً وَثَلَاثِينَ »
فَيَأْوِي المَلَلَ إِلَى سَرِيرِي
كَمِثْلِ سَحَابَةٍ كَبٍيرَةٍ
بَارِدَةٍ … وَصَامِتَة
وَالمَلَاءَاتُ تَبْدُو كَأَوْرَاقٍ بَيْضَاء فَارِغَةٍ

لَا أَحَدَ كَانَ لِيَهْتَمَّ بِي
لَمْ أَجِد شَخْصًا وَاحِدًا لِأَتَكَلَّمَ مَعَهُ
فَأَنَا غَرِيبَةٌ فِي هَذِه البِلَاد

أَسْأَلُ انْعِكَاسِي فِي المِرْآَة:
– لِمَاذَا أَحْتَاجُ إَلَى شَفَتَايَ وَعُيُونِي
وَإِلى هَذَا الشَّعْرِ المُنْسَدِلِ الطَوِيل الجَمِيل
الذَي لَا يَرَاهُ أَحَدٌ أَو يَلْمِسَهُ؟

إيرما كورتي (IRMA KURTI)، ألبانيا-إيطاليا
ترجمة للعربية: عبد القادر كشيدة
Translated into Arab by Mesaoud Abdelkader

***

ՄԵՆՈՒԹՅՈՒՆ

Մենությունը թակեց դուռս՝
համար երեսուներեք:
Ձանձրույթը լուռ մտավ իմ անկողին՝
որպես մի մեծ տաղտկալի ամպ:

Թերթերը դատարկ թղթի կտորներ էին:
Իմ մասին հոգ տանող չկար:
Չկար մեկը, ում զանգեի:
Ես սոսկ օտարական էի այս քաղաքում:

Ես հարցրեցի հայելու միջի իմ անդրադարձին.
՛՛Ինչի՞ս են պետք շուրթերս ու աչքերս,
այս գեղեցիկ մազերս,
որոնց ոչ ոք չի հպվելու ու գրկելու՛՛:

Իրմա Քուրտի (Ալբանիա-Իտալիա)
Translated into Armenian Armenuhi Sisyan

***

নিঃসঙ্গতা

নিঃসঙ্গতা কড়া নেড়েছিল আমার ঘরের
দরজায় – নম্বর ৩৩ ।
বিষন্নতা আমার বিছানার পাশে প্রবেশ করেছিল
ঠিক যেন বড় নিষ্প্রভ মেঘের মত – নিঃশব্দে

কাগজ গুলো ছিল ফাঁকা কাগজের টুকরো ।
কেউ ছিল না আমার পাশে মনোযোগী হয়ে যত্ন নেওয়ার জন্য ।
কেউ ছিলনা আমার পাশে যাকে আমি ডাকতে পারি একটিবার
আমি ছিলাম শুধুমাত্র একজন আগুন্তুক এই দেশে

আমি আমার প্রতিবিম্ব কে জিজ্ঞাসা করলাম:
“কেন আমার চাই ঠোটার চক্ষু যুগল
চাই এই দীর্ঘ আর সুন্দর কেশ
যাদের কেউ করেনা চুম্বন আর করেনা স্পর্শ?”

ইরমা কুর্তি (আলবেনিয়া-ইতালি)
Bangla Translation: Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

***

SOLITUDE

Samoća je pokucala na vrata
u moju sobu – broj trideset tri.
Dosada je ušla u moj krevet
kao veliki tupi oblak — tiho.

Listovi su bili prazni komadi papira.
Niko nije bio tamo da brine o meni.
Nisam imao nijednu osobu za poziv.
Bio sam samo stranac u ovoj zemlji.

Pitao sam svoj odraz u ogledalu:
„Zašto mi trebaju moje usne i oči
ovu dugu i prelepu kosu
da niko ne mazi i ne dira?”

IRMA KURTI (Albanija-Italija)
Translation in Bosnian: Mait Corbic

***

SOLITUD

La solitud va trucar a la porta
de la meva habitació-número trenta-tres.
L’avorriment va entrar al meu llit
com un gran núvol opac, silenciós.

Els llençols eren fulles de paper en blanc.
No hi havia ningú per preocupar-se de mi.
No hi havia ni una persona per trucar.
Vaig ser una estrangera en aquest país.

Vaig preguntar al meu reflex al mirall:
« Per què necessito els meus llavis i els meus ulls
aquest cabell llarg i bonic
que ningú toca i acaricia? »

IRMA KURTI (Albània-Itàlia)
Traducció al català: Natalia Fernández Díaz-Cabal

***

独 居

孤独敲响了33号
——我的房间的门。
无聊就像一块巨大的阴云
——静静地进入我的床。

这些床单是空白碎纸片。
床单上没人关心我。
我没有一个人可以打电话。
在这个国家我只是个陌生人。

我问镜子里我的影像:
“为什么我需要我的嘴唇和眼睛
和没人爱抚和触摸的
这长而漂亮的头发?”

原作:阿尔巴尼亚-意大利 伊尔玛·库蒂
汉译:中 国 周道模 2022-2-26
Translated into Chinese by Willam Zhou

***

تنهایی

تنهایی ضربه زد
به در اطاقم- شماره‌ سی‌و‌سه.
کسالت وارد اطاقم شد
مانند ابری کسل‌ کننده بزرگ و بی‌صدا.

رونختی‌ها تکه‌هایی از کاغذ سفید بودند.
کسی آنجا نبود تا از من مراقبت کند.
کسی را نداشتم تا با او تماس بگیرم.
غریبه‌یی بودم در این کشور.

از خودم در آینه پرسیدم:
برای چه لب و چشم می‌خواهم
یا که این موهای بلند زیبا را
که کسی نوازش و لمس‌شان نمی‌کند؟

ایرما کورتی( آلبانی- ایتالیا)
ترجمه از سپیده زمانی
Translated into Farsi by Sepedih Zamani

***

KAPANGLAWAN

Ang kapanglawan ay kumakatok sa pinto
sa kwarto ko-bilang na tatlumpo’t tatlo
Ang pagkainip ay pumasok sa aking higaan
tulad ng isang malaking ulap makulimlim at tahimik.

Ang mga sapin ay mga blangkong piraso ng papel
Walang sinuman doon ang nag-aalaga sa akin.
Wala akong matawagan kahit isang tao.
Ako ay isang lamang estranghero sa bansang ito.

Tinanong ko ang aking anino sa salamin:
“Bakit kailangan ko ang ang aking labi at mga mata
Itong aking mahaba at magandang buhok
na wala namang humahamplos at sumasaling?”

IRMA KURTI (Albania-Italy)
Translation in Filipino Language-Eden Soriano Trinidad

***

EINSAMKEIT

Die Einsamkeit klopfte an die Tür
meines Zimmers Nummer dreiunddreißig.
Die Langeweile kam in mein Bett
wie eine große dumpfe Wolke ─ lautlos.

Die Laken waren leere Blätter Papier.
Keiner war da, der sich um mich kümmerte.
Keiner war da den ich anrufen konnte.
Ich war einfach eine Fremde in diesem Land.

Ich fragte mein Spiegelbild:
« Wozu brauche ich meine Lippen und Augen,
dieses lange und schöne Haar
das niemand berührt und streichelt? »

IRMA KURTI (Albanien-Italien)
Übersetzung Germain Droogenbroodt – Wolfgang Klinck

***

ΜΟΝΑΞΙΑ

Η μοναξιά χτύπησε την πόρτα
του δωματίου μου, αριθμός 33.
Η πλήξη έπεσε στο κρεββάτι μου
σιωπηλά, σαν μεγάλο ανιαρό σύννεφο

Τα σεντόνια, άγραφτα κομμάτια χαρτί
κανείς δεν ήταν εκεί να με προσέξει.
Δεν είχα κανένα να καλέσω
ήμουν ξένος στη χώρα αυτή.

Ρώτησα το είδωλο μου στον καθρέφτη:
Γιατί να `χω χείλη και μάτια
κι αυτά τα μακριά ωραία μαλλιά
που κανείς πια δεν χαιδεύει;

Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη
Translated into Greek by Manolis Aligizakis

***

בדידות / אירמה קורטי (אלבניה-איטליה)
Irma Kurti

הַבְּדִידוּת דָּפְקָה בְּדֶלֶת
חַדְרִי – מִסְפָּר שְׁלוֹשִׁים וְשָׁלוֹשׁ.
הַשִּׁעֲמוּם נִכְנַס לְמִטָּתִי
כְּמוֹ עָנָן גָּדוֹל וְסָתוּם – בִּדְמָמָה.

הַגִּלְיוֹנוֹת הָיוּ פִּסּוֹת נְיָר רֵיקוֹת.
לְאִיש לֹא הָיָה אִכְפַּת מִמֶּנִּי.
לֹא הָיְתָה לִי נֶפֶשׁ חַיָּה לְהִתְקַשֵּׁר אֵלֶיהָ.
הָיִיתִי פָּשׁוּט זָרָה בַּמְּדִינָה הַזּוֹ.

שָׁאַלְתִּי אֶת הִשְׁתַּקְּפוּתִי שֶׁבַּמַּרְאָה:
« לָמָּה אֲנִי צְרִיכָה אֶת הַשְּׂפָתַיִם וְהָעֵינַיִם שֶׁלִּי
הַשֵּׂעָר הָאָרֹךְ וְהַיָּפֶה הַזֶּה
שֶׁאַף אֶחָד לֹא מְלַטֵּף וְנוֹגֵעַ? »

תרגמה מאנגלית לעברית: דורית ויסמן
הציור של Nik Helbig

תרגום מאנגלית לעברית: דורית ויסמן
Translated into Hebrew by Dorit Weisman

***

एकाकीपन

एकांत ने दरवाजे पर दस्तक दी
मेरे कमरे में—नंबर तैंतीस।
बोरियत ने मेरे बिस्तर में प्रवेश किया
एक बड़े सुस्त बादल की तरह-चुपचाप।

चादरें कागज के कोरे टुकड़े थीं।
वहां मेरी सुध लेने वाला कोई नहीं था।
मेरे पास कॉल करने के लिए
एक भी व्यक्ति नहीं था।
मैं इस देश में सिर्फ एक अजनबी था।

मैंने आईने में अपने प्रतिबिंब से पूछा:
« मुझे अपने होठों और आँखों की आवश्यकता क्यों है
ये लंबे और खूबसूरत बाल की
जो कोई दुलारता
और छूता नहीं?”

इरमा कुर्ती (अल्बानिया-इटली)
Hindi translation by Jyotirmaya Thakur.

***

EINSEMD

Einsemdin drap hér á dyrnar
— ég dvel númer þrjátíu og fimm.
Leiðindin lögðust í rúm mitt,
litlaust ský — þögul, dimm.

Rúmfötin óskráðar arkir.
Enginn sem leiddi að mér hug.
Engan ég hafði að hringja í.
Hér var ég ókunnug.

Þá spurði ég spegilmynd mína:
„Má spara munn og stjörnur tvær,
síða og sólbjarta hárið
sem engar gælur fær?”

IRMA KURTI (Albaníu-Ítalíu)
Þór Stefánsson þýddi
Translated into Icelandic by Thor Stefansson

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KESENDIRIAN

Kesendirian mengetuk pintu
kamarku—nomer tiga puluh tiga.
Kejemuan masuk tempat tidur
seperti awan besar yang beku – senyap.

Seprai bagai secebis kertas putih
Tidak seorang pun peduli.
Aku tak memiliki seorang pun untuk dihubungi.
Aku hanya orang asing di negeri ini.

Aku tanya pada refleksi di cermin:
“Mengapa aku perlu bibir, mata lentik
dan rambut panjang yang cantik
tak ada seorang pun sentuh dan belai?”

IRMA KURTI (Albania-Italy)
Translation by Lily Siti Multatuliana (Indonesia)

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UAIGNEAS

Chnag an t-uaigneas ar dhoras
Mo chillín—uimhir tríocha a trí.
Isteach leis sa leaba liom
Amhail scamall dhubh dhorcha—go fáilí.

B’ionann na braillíní agus páipéar bán
Gan lorg a choirp le feiceáil ann.
Gach éinne ar nós cuma liom
Faoin strainséar ina luí san áit sin.

D’fhiafraigh mé díom féin sa scáthán:
“Cén mhaith an béal is an tsúil,
Cén mhaith an ghruaig is an craiceann
Don té gan teagmháil gan dúil?”

IRMA KURTI (an Albáin-an Iodáil)
Leagan Gaeilge le Rua Breathnach
Translated into Irish (Gaelic) by Rua Breathnach

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LA SOLITUDINE

Stasera mi ha sconfito la solitudine
nella mia stanza numero duecento.
Come una nuvola nera la tristezza
si è tuffata forzatamente nel mio letto.

Mi sembrava che nel mondo fossi sola
ed esso non mi appartaneva,
non avevo nemmeno un amore,
in questo paese ero una straniera.

Mi sono chiesta davanti allo specchio:
“A cosa servono questi occhi, le labbra,
questi bei neri e lunghi capelli
che nessuno, nessuno accarezza?”

IRMA KURTI (Albania-Italia)

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孤独

孤独がわたしの部屋33号室の戸をたたいた
退屈がベッドにやってきた
どんよりとした大きな雲のように
ひっそりと

シーツは何も書かれていない紙切れの束
わたしのことなど気にかける人はいなかった
誰一人として電話をかける相手はいない
わたしはこの国で何者でもない

鏡に映る自分に訊いてみた
「何故わたしには唇や目、それにこの長くて美しい髪が
必要なの?誰も撫でてくれないのに。」

イルマ・クルティ(アルバニア/イタリア)
Translated into Japanese by Manabu Kitawaki

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UPWEKE

Upweke uligonga kwenye mlango wa chumba changu – nambari thelathini na tatu.
Uchovu uliingia kitandani mwangu, kama wingu kubwa lililo na mwanga mdogo – kwa kimya.

Karatasi hizo zilikuwa vipande tupu.
Hakukuwa na mtu wa kunijali.
Sikuwa na mtu hata mmoja wa kupigia simu.
Nilikuwa mgeni tu katika nchi hii.

Niliuliza tafakuri yangu kwenye kioo:
“Kwa nini ninahitaji midomo na macho yangu, na nywele ndefu na mzuri, ambazo hakuna mtu anayebembeleza na kuziguza?”

IRMA KURTI (Albania-Italy)
Shairi limetafsiriwa na Bob Mwangi Kihara
Translated into Kiswahili by Bob Mwangi Kihara

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TENYAYÎ

Tenyayî li deriyê min
yê hejmar sîûsisiyan dixîne.
Mirûsî hat nav nivîna min
mîna ewrekî pirşil – bêdeng.

Melfe kaxetên vala bûn.
Kes ne bû ku ji min re xemxur be.
Kes ne bû ku têlêfon ê bikim.
Ez bisanahî biyaniyek bûm li vî welatî.

Min li wêneyê xwe yî di nînikê de pirskir:
„Ji bona çi ez lêv û çehvên xwe bikarbînim,
ev porê dirêj û ciwan
tucaran wê netê pelandin û dest di ser re bê gerandin?“

ÎRMA KURTÎ Elbaniya – Îtaliya
Translation into Kurdish by Hussein Habasch

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САМОТИЈА

Самотијата зачука на вратата
од мојата соба— број триесет и три.
Досадата влезе во мојот кревет
како голем досаден облак – тивко.

Чаршафите беа празни парчиња хартија.
Никој немаше таму за да се грижи за мене.
Немам кому да се јавам.
Јас сум само странец во оваа земја.

Го запрашав мојот одраз во огледалото:
„Зошто ми се усниве и очиве
оваа долга и убава коса
кога никој ниту ги бакнува ниту ги допира?”

Irma Kurti (Albania-Italy)
Ирма Курти (Албанија-Италија)
Превод од англиски на македонски: Даниела Андоновска-Трајковска
Translation from English into Macedonian: Daniela Andonovska Trajkovska

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SAMOTNOŚĆ

Samotność zapukała w drzwi
mego pokoju — numer trzydzieści trzy.
Do łóżka zawitała nuda
po cichu – jak duża ciemna chmura.

Prześcieradłami były czyste strzępy papieru.
Nie było nikogo, kto by o mnie dbał.
Nie miałam do kogo zadzwonić.
Byłam w tym kraju kimś obcym.

Zapytałam własne odbicie w lustrze:
“Na cóż mi usta i oczy
Tak długie i piękne włosy
Których nikt nie pieści I nie dotyka?”

IRMA KURTI (Albania-Włochy)
Translated to Polish: Mirosław Grudzień – Anna Maria Stępień

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SOLIDÃO

A solidão bateu à porta
do meu quarto número trinta e três.
O tédio entrou no meu leito
como uma grande nuvem opaca, silenciosa.

Os lençóis eram folhas de papel em branco.
Não havia ninguém para se preocupar comigo.
Não havia nem uma pessoa para telefonar.
Fui uma estranjeira neste país.

Perguntei ao meu reflexo no espelho:
« De que me servem os meus lábios e os meus olhos
este cabelo longo e belo
que ninguém toca e ninguém acaricia? »

IRMA KURTI (Albânia-Itália)
Tradução portuguesa: Maria do Sameiro Barroso

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ÎNSINGURARE

Însingurarea mi-a bătut la ușă
– aveam camera numărul treizeici și trei.
În pat s-a așezat plictisul lângă mine
un nor apăsător și mare – și mut.

Așternutul era alb ca foaia de hârtie.
Nu avea cine să mă îngrijească.
N-aveam un om pe care să îl sun.
Eram doar o străină în țara aceasta.

Mi-am întrebat imaginea în oglindă:
„Ce folos am de buze și de ochi,
de părul meu bogat și mătăsos
când stau neatinse și nemângâiate? »

IRMA KURTI (Albania-Italia)
Translated into Romanian by Gabriela Căluțiu Sonnenberg

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ОДИНОЧЕСТВО

Одиночество постучалось в дверь
моей комнаты под номером тридцать три.
Бесшумным темным облаком
забралось в мою постель раздражение.

Простыня – бело-девственная бумага.
Нет никого, кто обо мне бы плакал.
Нет никого, кто мне бы позвонил.
В этом краю была я всем чужой.

Спросила ту, что в зеркале:
«Зачем мне губы и глаза,
для чего мне красивые волосы,
когда их никто не трогает и не гладит?»

ИРМА КУРТИ (Албания – Италия)
Перевод на русский язык Дарьи Мишуевой
Translated into Russian by Daria Mishueva

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SOLEDAE

Sa soledae at bussadu a sa janna
de s’aposentu meu -nùmeru trintatres.
S’annaentu si nch’est imbucadu in su letu
che a una nue manna iscurigosa de preitza -a sa muda-

Sos fozos fiant arrogus de paperi biancu.
Nemus fiat innia pro m’abbaidare.
No tenia nemus de lamare.
Fipo istranza in custa bidda.

Apo pedidu a sa màzina mea relughida a s’isprigu:
“prite tenzo abisonzu de sas laras mias e de sos ocros meos
custus pilos longus e ispantosus
chi nemus carìnniat ni tocat?”

IRMA KURTI (Albania-Italia)
Traduzione di Luca Benassi

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SAMOĆA

Pokuca samoća na vratima
moje sobe-broj trideset tri.
Dosada se uvukla u moj krevet
kao veliki mekan oblak-bezčujno.

Posteljina behu prazni parčići papira.
Ne beše nikog da se brine o meni.
Nemah ni jednu osobu da bih je pozvala.
Bejah samo stranac u toj zemlji.

Upitah moj lik u ogledalu:
„Šta će mi usne, oči,
ova duga lepa kosa
koje niko ne miluje
i niko ne voli?“

IRMA KURTI (Albanija-Italija)
Sa engleskog prevela S. Piksiades
Translated into Serbian by S. Piksiades

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SULITÀ

La sulità tuppuliau a la porta
dâ me stanza — numiru trentatrì–,
La noia ntrasiu nta lu me lettu
comu na gran neula sculuruta, mutangara

Li linzola eranu pezzi di carta vacanti
Non c’era nuddu ca si ntirissava di mia.
Non avia a nuddu ca puteva chiamari.
Era furistera nta sta stu paisi.

Dumannaiu a la me immagini ntô specchiu:
Pirchì haju sti labbra e st’occhi,
sti capiddi longhi e beddi
si nuddu m’accarizza e tocca?

IRMA KURTI (Albania-Italy)
Traduzioni in sicilianu di Gaetano Cipolla

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ENSAMHET

Ensamheten knackade på dörren
Till mitt rum Nr 93
Orkeslösheten klev in
Och lade sig i min säng
Likt ett tungt och sorgfyllt moln

Ljudlöst
Lakanen bestod av
Enbart blanka pappersbitar
Ingen fanns till hands
För att ta hand om mig
Inte en enda kunde jag ringa

Jag var blott ännu
En främling i detta land
Så jag frågade min egen spegelbild
Till vad behöver jag
Mina ögon och mina läppar
Mitt långa vackra hår
Som ingen bryr sig om
Eller berör?

IRMA KURTI (Albania-Italy)
Translation into Swedish: Per Josefsson

***

தனிமை

எனது 33ஆவத்ய் அறையின் கதவை
தனிமை தட்டியது.
அமைதியாக பெரும் சலிப்படைந்த மேகம் போல
தனிமை என் படுக்கையை அடைந்தது.

வெறுமையான காகிதம் போன்ற விரிப்பு
என்னைப்பற்றி கவலைப்பட யாரும் இல்லை
நான் கூப்பிடுவதற்கு யாரும் இல்லை
இந்த நாட்டிற்கு நான் ஒரு புதியவன்

கண்ணாடியின் பிரதிபலிப்பிடம் கேட்டேன்
யாரும் தொடாத, அன்புடன் பார்க்காத
எனது உதடுகளும், கண்களும்
அழகான நீளமான முடியும்
எனக்கு எதற்கு?

ஆல்பேனிய இர்மா குர்தி
Translated into Tamil by DR. N V Subbaraman

Recueil: ITHACA 721
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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Depuis que son garçon est parti pour la guerre (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2022




    

Depuis que son garçon est parti pour la guerre,
La veuve met les deux couverts comme naguère,
Sert la soupe, remplit un grand verre de vin,
Puis, sur le seuil, attend qu’un envoyé divin,
Un pauvre, passe là pour qu’elle le convie.
Il en vient tous les jours. Donc son fils est en vie,
Et la vieille maman prend sa peine en douceur.
Mais l’épicier d’en face est un libre penseur
Et songe : –  » Peut-on croire à de telles grimaces ?
Les superstitions abrutissent les masses.  »

(François Coppée)

 

Recueil: Promenades et interieurs
Traduction:
Editions:

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Art poétique (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2022




    
Art poétique

D’où vient le poème ? A quoi sert
De tracer à l’équerre la semence :
Fleur ou herbe, forêt et fruit.
Mais avancer un pied n’est pas voyager,
Comme ne sera peinture la couleur qui ne s’inscrit
Avec tact rigoureux et harmonie.
Amour, s’il y a, de peu se contente
Si, pour les loisirs d’une âme accompagnée,
Du corps lui suffit la prescience.

Le poème ne s’oublie pas, ne s’ajourne pas,
Si le corps du mot est moulé
Avec rythme, assurance et conscience.

***

Arte poética

Vem de quê o poema? De quanto serve
A traçar a esquadria da semente:
Flor ou erva, floresta e fruto.
Mas avançar um pé não é fazer jornada,
Nem pintura será a cor que não se inscreve
Em acerto rigoroso harmonia.
Amor, se o há, com pouco se conforma
Se, por lazeres de alma acompanhada,
Do corpo lhe bastar a presciência.

Não se esquece o poema, não se adia,
Se o corpo da palavra for moldado
Em ritmo, segurança e consciência.

(José Saramago)

 

Recueil: Les poèmes possibles
Traduction: Nicole Siganos
Editions: Jacques Brémond

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Quand passait un oiseau ou la musique du vent (Lyonel Trouillot)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    
Quand passait un oiseau ou la musique du vent,
je les appelais à l’aide pour nourrir ton enfance
et t’écrire une chanson.

L’ombre d’un voyageur,
la barbe d’un passant,
une gouttelette de rosée,
un couple d’amoureux non encore marqué
par la vanité des querelles,
un air qu’une inconnue sifflotait dans une rue,
tout me servait de point de départ
pour te confectionner un conte.

(Lyonel Trouillot)

 

Recueil: Le doux parfum des temps à venir
Traduction:
Editions: Actes Sud

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SOMMEIL ET REPAS (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2021



Illustration: Eugène Carrière
    
SOMMEIL ET REPAS

Le souffle de la nuit est ton drap, la ténèbre se couche contre toi.
Elle t’effleure la cheville et la tempe, te réveille à vie et sommeil,
elle te traque et déniche dans un mot, un désir, une pensée,
elle couche avec chacun d’eux, elle t’appâte et débusque.
Elle te peigne le sel des cils et te le donne à manger, à l’écoute de tes heures,
elle en recueille le sable et te le sert à table.
Et ce que, rose, elle fut, ombre et eau, elle te le verse.

(Paul Celan)

Recueil: Choix de poèmes
Traduction: Jean-Pierre Lefebvre
Editions: Gallimard

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