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Posts Tagged ‘serviteur’

La Ka’ba brune (Badawi al-Jabal)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2023




    
La Ka’ba brune
(extrait)

Nuée magique m’emporte tel un éclair
à travers un horizon à découvert.

Ma nuée ne se perd pas dans les ténèbres,
le Jour montant est mon compagnon de route
et la passion est mon guide.

Je m’enquiers de Toi auprès des astres
avec l’impétuosité de celui qui souffre
et désire ardemment.

Petite et Grande Ourse
T’ont fait descendre
sur le Convive et le Serviteur.

Ma Ka’ba brune je l’ai retrouvée
entre les sanglots des djinns
et la rumeur du sable.

Le Jour montant m’accorderait-il une part de son ombre,
mon attente a assez duré dans sa brillante ardeur.

Je porte son Encens dans mes encensoirs,
offrande d’un faible errant.

(Badawi al-Jabal)

***

 

Recueil: Poésie Syrienne contemporaine
Traduction:de l’Arabe par Saleh Diab
Editions: Le Castor Astral

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Écoute bien, ma sœur d’ici (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2022



Écoute bien, ma sœur d’ici.
C’était la vieille chambre bleue
De la maison de mon enfance.
J’étais né là.
C’est là aussi
Que m’apparut jadis, dans le recueillement de la vigile,
Mon premier arbre de Noël, cet arbre mort devenu ange
Qui sort de la profonde et amère forêt,
Qui sort tout allumé des vieilles profondeurs
De la forêt glacée et chemine tout seul,
Roi des marais neigeux, avec ses feux follets
Repentis et sanctifiés, dans la belle campagne silencieuse et blanche :
Et voici les fenêtres d’or de la maison de l’enfant sage.

Vieux, très vieux jours ! si beaux, si purs ! c’était la même chambre
Mais froide pour toujours, mais muette, mais grise.
Elle semblait avoir à jamais oublié
Le feu et le grillon des anciennes veillées.

Il n’y avait plus de parents, plus d’amis, plus de serviteurs !
Il n’y avait que la vieillesse, le silence et la lampe.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

 

 

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Les anges (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2022



Illustration: Giovanni Giacometti
    
Les anges Nella
ne sont pas
comme on voit dans la peinture
des serviteurs aux mains de femme
des messagers aux manières tendres
aux ailes sucrées
Les anges c’est vrai nous amènent quelque chose
mais avant de l’amener
il leur faut débarrasser notre coeur
de tout ce qui l’encombre
comme on passe une éponge sur la table
avant d’y déplier une dentelle
une soie très fragile
qu’un rien pourrait salir

Les anges comme je les sais
n’ont qu’un seul travail
qui est d’arrêter de suspendre
interrompre la vie ordinaire
l’eau courante de la vie
comme on dresse un barrage sur un fleuve
pour avoir un peu plus d’eau d’énergie
Après on peut reprendre poursuivre
après on peut entendre
la bonne nouvelle
de vivre
après seulement

Les anges ne sont pas des personnes
ne sont que des silences
de purs silences gardiens
On peut en voir souvent
si on regarde bien
dans les jardins publics
auprès d’une femme
penchée sur son enfant
ou d’un arbre
incliné sur son ombre

(Christian Bobin)

 

Recueil: La Vie Passante
Editions: Fata Morgana

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De l’argent (Anne Garborg)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2022



Illustration
    
De l’argent

Chacun peut s’acheter
de la nourriture, mais pas l’appétit,
des médicaments, mais pas la santé,
des lits moelleux, mais pas le sommeil,
des connaissances, mais pas l’intelligence,
un statut social, mais pas la bonté,
des choses qui brillent, mais pas le bien-être,
des amusements, mais pas la joie,
des camarades, mais pas l’amitié,
des serviteurs, mais pas la loyauté,
des cheveux gris, mais pas l’honneur,
des jours tranquilles, mais pas la paix.

L’écorce de toute chose peut
s’obtenir avec de l’argent.

Mais le coeur, lui,
n’est pas à vendre.

(Anne Garborg)

 

Recueil: Poésies du Monde
Traduction:
Editions: Seghers

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TROP DE MORTS ET DE MAL (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2022



TROP DE MORTS ET DE MAL

C’est un parc aux pigeons
Et vous le croyez doux
Pensez donc!

C’est la grille d’enfer
Pour votre serviteur
songez-y!

Le parc ne lui fait peur
Mais quelques souvenirs
A haïr

Ainsi sommes-nous
Des deux côtés de cette grille
De belle herbe fraîche
Et d’arbres aérés

Vous dites que c’est doux
Que n’y suis-je!
Tandis que j’y frémis
Ah ! Dieu oui !
Car moi je ne m’en tire
Que rompu et roussi

Trop de morts et de mal
Et une nuit trop longue
Pour trop de cruauté
Et nos coeurs trop longtemps serrés
Et presque sans souffler
Trop de notre vie passé dans la terreur et dans la guerre

Jusqu’à nous avoir changés de nature
Et accablés de notre péché la fatigue
Comment décharger nos mémoires
Et les laver des fours et des gibets et de l’outrage ?

Comment revivre ?
Comment des graines dans la cendre
Dans notre âme mortelle nourrie de sable
Trop longtemps bue par le désert ?
Comment revivre ?
Comment des branches vertes
Dans le charbon des arbres calcinés ?
Il faudrait un printemps plus fort
Pour nous reprendre tout à fait
I1 faudrait nous refaire
Au lieu de ces ravines de ces fentes
Dont nous sommes en nous
Tout blanchis et ouverts

Désarmée
Attardée
En tendresse
En détresse
O ma soeur profonde
Que je te reconnais
Nous portons même cendre
Dans un pauvre sachet
Nous avons même soif
Humble et très en peine
De rejaillir et de trembler
De toutes ces fleurs du soleil
Où nos yeux ont recommencé

Vent de la vie au crin puissant
Viens attaquer
Pour en tirer
Les accents et les cris d’une pleine musique
Ces deux violons penchés
Bons pêcheurs ces filets
Allez les replonger
Dans les eaux ruisselantes

(Pierre Morhange)

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Un homme voulait se faire ascète (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2021




    
Un homme voulait se faire ascète. Une belle nuit, il déclara :
« Le moment est venu pour moi d’abandonner ma demeure et de chercher Dieu.
Ah! qui donc m’a retenu si longtemps ici dans les trompeuses illusions? »

Dieu murmura : « Moi »; mais l’homme ne comprit pas.
Il dit : « Où es-tu, Toi qui t’es joué si longtemps de moi? »
A ses côtés sa femme était paisiblement étendue sur le lit, un bébé endormi sur son sein.

La voix reprit : «Dieu, il est là », mais l’homme n’entendit pas.
Le bébé pleura en rêve, se pelotonnant plus près de sa mère.

Dieu ordonna : « Arrête, insensé, ne quitte pas ta maison »
— mais il n’entendit pas encore.

Dieu soupira et dit avec tristesse :
« Pourquoi mon serviteur croit-il me chercher quand il s’éloigne de moi? »

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Le jardinier d’amour La jeune Lune
Traduction: Mme Sturge Moore
Editions: Gallimard

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Les champs et le jardin (Tao Yuan Ming)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2020



    

Les champs et le jardin doivent déjà être envahis par les herbes,
Pourquoi ne m’en suis-​je pas retourné plus tôt ?…
Aujourd’hui j’ai raison, hier j’avais tort…
J’interroge des passants pour trouver le bon chemin
À l’aube je regrette que la lumière soit à peine claire
Dès que j’aperçois mon humble hutte,
Joyeux aussitôt je me mets à courir
Le jeune serviteur vient m’accueillir,
Mes jeunes enfants attendent à la porte…
Tenant la main des enfants j’entre dans la maison
Il y a un pot rempli de vin
Je prends le pot, me sers et bois seul
À contempler les arbres dans la cour se réjouit mon visage

(Tao Yuan Ming)

 

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HOP ET HOP (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020




    
HOP ET HOP

Il y a des Hop ici des Hop là
il y a sûrement des Hop partout

Les Hop ne sont pas ce que l’on croit
des crève-la-faim des va-nu-pieds
ce sont les grands noms du Gotha
la fine fleur du Bottin mondain

Nommez des Hop ici des Hop là
nommez des Hop de-ci de-là

Il ne s’agit pas mes seigneurs
de jouer comme à saute-mouton
mais en bien humbles serviteurs
de prendre des Hop pour des boutons

Il y a des Hop là des Hop ici
tous les espoirs sont permis

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Dieu (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2020




    
Dieu

Toi qui emplis tous les mondes ici-bas
sans quitter tes hauteurs suprêmes,
Maître de tous ceux qui oeuvrent, règnent et savent,
Serviteur de l’Amour !

Toi qui ne dédaignes pas d’être le ver
ou la motte de terre,
nous reconnaissons à cette humilité
que tu es Dieu.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Je voudrais être le jardinier de ton jardin de fleurs (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019



 

SERVITEUR :
Miséricorde pour ton serviteur, ô Reine!

LA REINE :
La réunion est terminée et tous mes serviteurs sont partis.
Pourquoi viens-tu à une heure aussi tardive?

SERVITEUR :
Lorsque que tu en as terminé avec les autres,
c’est à moi de venir.
Que peut faire ton dernier serviteur ?

LA REINE :
Qu’espères-tu ? Il est trop tard.

SERVITEUR :
Je voudrais être le jardinier de ton jardin de fleurs.

LA REINE :
Quelle est cette folie ?
SERVITEUR :

Je ne ferai plus d’autre travail.
Je jetterai dans la poussière mes épées et mes lances.
Ne m’envoie pas dans des royaumes lointains,
ne me demande plus d’entreprendre de nouvelles conquêtes.
Nomme-moi jardinier de ton jardin de fleurs.

LA REINE :
Que feras-tu ?

SERVITEUR :
Mon service sera celui de tes loisirs.
Je garderai fraîche l’herbe du sentier où tu vas le matin,
où les fleurs impatientes de mourir sous tes pieds béniront ton passage.
Je t’installerai une balançoire entre les branches du saptaparna,
et la lune tôt levée essaiera de baiser ta robe à travers la feuillée.
J’emplirai d’huile odorante la lampe qui brûle à côté de ton lit,
et j’ornerai ton tabouret de merveilleuses décorations de santal et de pâte de safran.

LA REINE :
Que voudras-tu en récompense ?

SERVITEUR :
La permission de tenir tes petits poings pareils à de tendres boutons de lotus,
de glisser des guirlandes de fleurs autour de tes poignets,
de teindre la plante de tes pieds du jus rouge des pétales d’ashoka,
et d’en ôter, d’un baiser, le grain de poussière qui pourrait y être resté.

LA REINE :
J’exauce ta prière, mon serviteur.
Tu seras le jardinier de mon jardin de fleurs.

(Rabindranath Tagore)

Illustration: Casimir Krakowiak

 

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