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Posts Tagged ‘servitude’

Renoncer à cette servitude (Albert Camus)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2019



Renoncer à cette servitude
qu’est l’attirance féminine.

(Albert Camus)

Illustration: Jean-Auguste-Dominique Ingres

 

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A PROPOS DE TOI ENCORE (Nâzim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

A PROPOS DE TOI ENCORE

I

J’aime en toi
l’aventure du navire en route vers le pôle
J’aime en toi
l’audace des joueurs de grandes découvertes
J’aime en toi le lointain
j’aime en toi l’impossible
J’entre en tes yeux comme en une forêt
toute pleine de soleil
Et moi, suant, affamé et rageur
j’ai la passion du chasseur
pour mordre dans ta chair.
J’aime en toi l’impossible
mais nullement le désespoir.

II

Tu es ma servitude et ma liberté
tu es ma chair qui brûle
Comme la chair nue des nuits d’été
Tu es mon pays
Toi, avec les stries vertes de tes yeux bruns
Toi, superbe et victorieuse
Tu es ma nostalgie
De te savoir inaccessible au moment
où je t’atteins.

(Nâzim Hikmet)

Illustration: Arthur Braginsky

 

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Cette humiliante servitude (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



Illustration: Anne-Marie Zilberman
    
Cette humiliante servitude,
Besoin d’user notre tendresse
Dans un être que nous créons
Avec notre pensée,
Qui vit de notre vie.

Lui, donne le prétexte ;
Tu l’as donné, toi qui existes
Comme l’ombre de quelque chose,
L’ombre parfaite
De ce désir, celui de l’amant, le mien.

Si je te disais
Comment l’amour donne
Sa raison à la vie, sa folie,
Tu ne comprendrais pas.
Aussi je ne dis rien.

La beauté, inconsciente
De son embuscade, ravit sa proie
Et passe. Ainsi, pour chaque instant
De joie, le prix est-il payé :
Enfer d’angoisse et de désir.

***

Esta humillante servidumbre,
Necesidad de gastar la ternura
En un ser que llenamos
Con nuestro pensamiento,
Vivo de nuestra vida.

El da el motivo,
Lo diste tú ; porque tú existes
Afuera como sombra de algo,
Una sombra perfecta
De aquel afán, que es del amante, mío

Si yo te hablase
Cómo el amor depara
Su razón al vivir y su locura,
Tú no comprenderias.
Por eso nada digo.

La hermosura, inconsciente
De su propia celada, cobró la presa
Y sigue. Así, por cada instante
De goce, el precio está pagado :
Este infierno de angustia y de deseo.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Poèmes pour un corps
Traduction: Bruno Roy
Editions: Fata Morgana

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L’obéissance (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



 

Illustration: Edward Hopper
    
L’obéissance
To the dark lady

Encore une fois l’appel ancien se lève
dans le chant habituel de la guitare
et une solitude double nous amarre
nuit à nuit dans un bar, et je ne t’aime pas,

ceci n’est pas l’amour mais l’Éclaireur
avec ta peau, ta salive et cette griffe
qui nous déchire avec délicatesse
chaque fois qu’entre tes cuisses je me répands.

Deux corps en veille à voix basse se parlent
devant l’inébranlable sentinelle
du simulacre de cet amour gisant,

quelle servitude amère réconcilie
la ligne équinoxiale qui te modèle
avec ce pâle aura de l’occident.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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En vérité (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2017



Illustration: Sabin Balasa
    
En vérité il m’est cher celui qui peut ramener à la maison le voyageur égaré.
Dans la maison est la véritable union, dans la maison est la joie de la vie;
pourquoi abandonnerais-je ma maison pour errer dans la forêt ?

Si Brahma me fait atteindre la vérité,
je trouverai dans la maison à la fois la servitude et la liberté.
Il m’est cher celui qui a le pouvoir de plonger profondément dans le Sein de Brahma,
celui dont l’esprit se perd aisément dans la contemplation.
Il m’est cher celui qui connaît Brahma
et qui peut rester en méditation sur Sa Suprême Vérité.
Il m’est cher celui qui peut jouer la mélodie de l’Infini
en unissant dans sa vie l’amour et le sacrifice.

Kabîr dit : « La maison est le séjour durable;
dans la maison est le réel; la maison nous fait atteindre Celui qui est Réalité.
Ainsi reste où tu es et toutes choses te viendront en leur temps. »

(Kabîr)

 

 

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BOUCHE COUSUE (Elvio Romero)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2016



BOUCHE COUSUE

On t’a dit que tu dois te taire.
Et aujourd’hui tes lèvres, après tant de silence
sont sèches.
Souviens-toi que « Si tu fermes la bouche,
n’y entrent pas les mouches ».
Et on t’a dit d’apprendre
ta leçon de repliement et de servitude.
Rouge de cauchemar
cette couleur. Malheur et mascarade.
La délation au jour le jour.
Et la corde gavée
et qui ne se relâche.
Longtemps, longtemps que nous
portons
cette croix sur le dos.

Quel horrible silence !
Les cadenas grincent, rouillés.
Le Paraguay repose sous le soleil et sous la lune
comme un couteau d’homicide ; comme un oeillet
coupé, tombé et piétiné.
Quel horrible
silence… !

Mais ici on t’a dit que tu dois te taire.

(Elvio Romero)

Illustration

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LE VOYAGE (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2016




LE VOYAGE

Dans la station de métro.
Le coude à coude entre les affiches
dans une lumière morte au regard égaré.

Le train arriva pour emmener
les visages et les porte-documents.

À la prochaine, l’obscurité. Nous étions assis
comme des statues dans ces voitures
qui dérapaient dans les cavernes.
Contraintes, rêveries, servitudes.

On vendait les nouvelles de la nuit
aux arrêts situés sous le niveau de la mer.
Les gens étaient en mouvement, chagrins et
taciturnes sous le cadran des horloges.

Le train transportait
les pardessus et les âmes.

Dans tous les sens, des regards
lors du voyage dans la montagne.
Et nul changement en vue.

Près de la surface pourtant, les bourdons
de la liberté s’étaient mis à vrombir.
Nous sortîmes de terre.

Une seule fois, le pays battit
des ailes avant de s’immobiliser
à nos pieds, vaste et verdoyant.

Les épis de blé arrivaient en vol
au-dessus des quais.
Terminus! J’étais allé
bien au-delà.

Combien étions-nous encore? Quatre,
cinq, à peine plus.

Et les maisons, les routes, les nuages,
les criques bleues et les montagnes
ouvrirent leurs fenêtres.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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LES MAINS DECHARNEES (Luc Decaunes)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2016



 

Ferdinand Hodler ahasver-1910.jpg!HD [1280x768]

LES MAINS DECHARNEES

Je n’ai à recevoir de leçons de personne
Je suis pauvre je suis seul
Je fais mon feu entre deux pierres
J’habite entre le ciel et l’eau
Dans la gorge lourde des arbres
Dans le coeur amer du limon
Je n’ai pas toujours du courage
Je ne sais pas faire le bien
Je n’ose pas faire le mal
L’oubli des blessures a durci mes lèvres
Mon amour est facile et mon corps mal servi
J’ignore les sciences abstraites
Les métiers du bois du fer de la pierre
J’honore la justice et suis injuste dans ma vie
J’abhorre le mensonge et me contente de nantir
J’envie ceux qui savent mourir
Ceux qui luttent ceux qui succombent
Sous le poids de leurs ennemis
Sans abdiquer leur vérité
Je ne fais de tort à personne
J’ai trop d’amis pour en avoir un seul
A qui donner plus que moi-même
J’ai trop d’espoir pour oser le servir
Au détriment de mes chances mesquines

Le jour m’accable de ses preuves
Le jour me grève de désirs
Je ne connais plus le visage
De mes frères en servitude
Je suis petit faible dans mon orgueil
Et sans conseil et sans conduite
J’ai des leçons à recevoir de tous les hommes.

(Luc Decaunes)

Illustration: Ferdinand Hodler

 

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Ô jeune fille (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 22 novembre 2015




Ô jeune fille, ô rose qui m’enchaînes,
je ne rougis pas de mes chaînes:
ainsi le rossignol, caché dans les lauriers,
tout roi qu’il est des musiciens ailés,
goûte une douce servitude
près de la rose fière et belle,
lui chantant ses airs les plus tendres
dans le secret voluptueux des nuits.

(Alexandre Pouchkine)

Illustration: Gustav Klimt

 

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