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Posts Tagged ‘s’éterniser’

FRISSON D’HIVER (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2021



FRISSON D’HIVER

Les becs de gaz sont presque clos :
Chauffe mon coeur dont les sanglots
S’épanchent dans ton coeur par flots,
Gretchen !

Comme il te dit de mornes choses,
Ce clavecin de mes névroses,
Rythmant le deuil hâtif des roses,
Gretchen !

Prends-moi le front, prends-moi les mains,
Toi, mon trésor de rêves maints
Sur les juvéniles chemins,
Gretchen !

Quand le givre qui s’éternise
Hivernalement s’harmonise
Aux vieilles glaces de Venise,
Gretchen !

Et que nos deux gros chats persans
Montrent des yeux reconnaissants
Près de l’âtre aux feux bruissants,
Gretchen !

Et qu’au frisson de la veillée,
S’élance en tendresse affolée
Vers toi mon âme inconsolée,
Gretchen !

Chauffe mon coeur, dont les sanglots
S’épanchent dans ton coeur par flots.
Les becs de gaz sont presque clos…
Gretchen !

(Emile Nelligan)


Illustration: Delphin Enjolras

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LE JARDIN D’ANTAN (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021



LE JARDIN D’ANTAN

Rien n’est plus doux aussi que de s’en revenir
Comme après de longs ans d’absence,
Que de s’en revenir
Par le chemin du souvenir
Fleuri de lys d’innocence
Au jardin de l’Enfance.

Au jardin clos, scellé, dans le jardin muet
D’où s’enfuirent les gaîtés franches,
Notre jardin muet,
Et la danse du menuet
Qu’autrefois menaient sous branches
Nos soeurs en robes blanches.

Aux soirs d’Avrils anciens, jetant des cris joyeux
Entremêlés de ritournelles,
Avec des lieds joyeux,
Elles passaient, la gloire aux yeux,
Sous le frisson des tonnelles,
Comme en les villanelles.

Cependant que venaient, du fond de la villa,
Des accords de guitare ancienne,
De la vieille villa,
Et qui faisaient deviner là,
Près d’une obscure persienne,
Quelque musicienne.

Mais rien n’est plus amer que de penser aussi
A tant de choses ruinées!
Ah ! de penser aussi,
Lorsque nous revenons ainsi
Par sentes de fleurs fanées,
À nos jeunes années.

Lorsque nous nous sentons névrosés et vieillis,
Froissés, maltraités et sans armes,
Moroses et vieillis,
Et que, surnageant aux oublis,
S’éternise avec ses charmes
Notre jeunesse en larmes!

(Emile Nelligan)


Illustration: Séraphine Louis de Senlis

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Le Temps (Martial Nouveau)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2020



Illustration: Gilbert Garcin
    
Le Temps

On dit que le temps arrange tout, il suffit de l’attendre.
Mais qu’il est donc lent, le temps de l’attente.
L’attente de l’ami, qu’on a pas vu depuis longtemps.
L’attente des secours, quand survient l’accident.
L’attente de la guérison, quand s’éternise la souffrance.
L’attente du soleil, quand tarde le printemps.
L’attente de la compassion, quand dure l’indifférence.
L’attente du pardon, pour une lointaine offense.

Pourtant, il suffit qu’on l’oublie, le temps.
Quand arrive l’ami qu’on attendait depuis longtemps.
Que se réveillent les souvenirs d’antan.
Et qu’on déroule les histoires du bon vieux temps.
Il en profite pour nous échapper et galoper, le temps.
Et quand vient le temps d’aller voir où en est le temps,
On s’aperçoit qu’il a filé comme le vent, le temps.
Et qu’on ne peut le rattraper, le temps.

On a parfois envie de l’emprisonner dans les bons moments.
Mais lent ou rapide, on ne peut l’arrêter de passer, le temps.
Puis quand vient le temps de disposer de notre temps,
On voudrait arrêter, histoire de regarder passer le temps.
Mais on se lasse vite à ne faire que regarder passer le temps.
Alors on proposera à un ami, à qui il ne reste que peu de temps,
De l’accompagner jusqu’au bout de son temps.
On répondra à l’enfant qui nous demande un peu de temps,
Que pour lui, on a tout notre temps.
En espérant que, quand il ne nous restera que peu de temps,
Quelqu’un aura pour nous, un peu de temps.

(Martial Nouveau)

 

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Où est la VIE ? (Lise Cassin)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018



Un oiseau monte vers le soleil
La vérité naît de l’instant
L’intensité dans le silence
Silence de l’instant
Espace de clarté blanche délivré de ténèbres

Amour nu
La brûlure à vif s’éternise
Au cœur
d’une île inespérée
A l’aube d’un jour innocentée de nuit

(Lise Cassin)

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LE SACRE DE VÉNUS (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



LE SACRE DE VÉNUS
A Carmen.

Bravant marées vents et fantômes
Ton souvenir vient jusqu’à moi
Quand tombent les feuilles d’automne
Quand s’éternise au long des mois
L’amour et la peine des hommes.

Kara Théiôn, ô ma Jocaste
« Tête chère » bardée de fer,
En bandoulière j’ai le masque
Au ceinturon balle le casque
— Je suis aux portes de l’enfer —

J’ai vu des soirs si longs, si tendres,
Une musique et des ave
Qu’on n’en finissait pas d’entendre
Et j’ai vu des chevaux crevés
Dans les fossés couleur de cendre

J’ai vu les femmes que j’aimais
Mêlées au vent de mes détresses
Mais une seule, pour jamais
En silence dénoue ses tresses
Sur mes nuits et mes désormais

Issue des flammes de la mer
Ô ma grande femme de nacre,
Ma Vénus, le voici ton sacre !
Il sonne dans mon coeur amer
Le dur temps de nos épousailles.

Mes astres, mes soleils, mes lampes
Tout ce que j’aimais au rebours
Sombre dans l’arroi des tambours.
Donne-moi la vertu patience :
Je voudrais revivre l’amour.

Vous mes amis, mes camarades
Ou compagnons des jours sans peur ,
Soutenez-moi. Portez mon coeur,
Protégez-moi de votre grâce,
De votre armure de douceur.

(Maurice Fombeure)


Illustration: Sandro Botticelli

 

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PÉRIPLE (Jean-Charles Michel)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018




PÉRIPLE

Je suis né sur les bords de la Seine et de l’Oise,
Auprès d’un archipel d’îlots embroussaillés
Qui me semblaient voguer avec les mariniers
Vers Mantes-la-Jolie, ou venir de Pontoise.

Les lourds chalands de bois saluaient la Fin d’Oise
Et menaient à Paris leurs frets dépareillés :
Le vin bleu du Maghreb et la pâte à papier,
L’anthracite du Nord et la bière lilloise.

Sur leur route en lacets c’est dévidé mon âge,
Sans hâte et sans arrêt, le rouleau du voyage
A laminé mon temps jusqu’au dernier filet.

S’il coula dans le creux de mes mains par hasard,
Comme un libre désordre est un effet de l’art,
J’ai pu croire un instant qu’il s’éterniserait.

(Jean-Charles Michel)

 

 

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À QUELQU’UN (Haruo Satô)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018



 

Achille Funi

À QUELQU’UN
ARU HITO NI

Hier, je t’ai vue en rêve, et c’était la deuxième fois
Mais six fois déjà j’ai rêvé de ton mari.
Même en rêve je ne peux parler longtemps avec toi
Mais avec lui je parle, je me promène dans mes rêves.
Les rêves sont contre moi. Ah,
Je doute de l’autre monde!
Quand je t’ai vue en rêve, je me suis aussitôt éveillé
Et j’ai mis bien du temps pour me rendormir.
Mais les rêves de ton mari s’éternisent
Et le lendemain, oh, j’ai mal à la tête…
Faut-il le dire? Une fois au moins je voudrais en rêve
Tuer ton mari, voir ce qui se passerait
Si j’en aurais quelque regret.

(Haruo Satô)

Illustration: Achille Funi

 

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Le printemps à Wuling (Li Qingzhao)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017



Le printemps à Wuling

Le vent a cessé ; jusqu’à la poussière l’air embaume ;
les arbres ont déjà perdu toutes leurs fleurs.
Le soleil décline à l’horizon ;

je suis trop lasse pour lisser ma chevelure.
Les choses sont là, immuables ;
l’homme ne fait que passer ;
ses entreprises ne sont qu’éphémère illusion.

A peine prononcées, mes paroles sont noyées de larmes.
On me dit que sur la Shuang, un charmant printemps s’éternise.
Aussi, je songe à y mener ma pauvre petite sauterelle.
Mais je crains que ce frêle esquif
ne puisse embarquer un si lourd chagrin.

(Li Qingzhao)

 

 

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Pénétrer davantage le coeur du soir (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2017



    

Pénétrer davantage
le coeur du soir

Si loin
les montagnes estompées
Trop proches
les grillons qui s’éternisent

La brume errante
Se veut seule
son propre refuge

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Appel ou tentation (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



Appel ou tentation ? Lorsque tu réussis ton rire,
la lumière s’émiette et nous amorçons le dialogue
haleine contre haleine.

L’espace est pris de tremblements.

Soleil, à midi bleu d’ailes qui s’envolent tu reçois
le baiser du sacre.

Moi je te nomme hélianthe et tu m’éblouis.

Mais quelle ombre s’éternise derrière l’incendie de ta face ?

(Jules Tordjman)

Illustration: Thierry Lambert

 

 

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