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Poésie

Posts Tagged ‘s’étioler’

Dieu (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019



Illustration: Jeannette Guichard-Bunel
    
Dieu

Je sens Dieu marcher
tellement en moi, avec le soir et la mer.
Ensemble nous allons avec lui. La nuit tombe.
Ensemble nous sombrons dans la nuit, orpheline Solitude…

Mais je sens Dieu. Et même il semble
qu’il me dicte je ne sais quelle bonne couleur.
Comme un hospitalier, il est bon et triste;
s’étiole un tendre dédain d’amoureux :
son coeur doit lui faire très mal.

Oh, mon Dieu, je m’approche tout juste de toi,
maintenant que j’ai tant d’amour ce soir; maintenant
que dans la fausse balance des seins,
je mesure et pleure une fragile Création.

Et toi, comme tu pleureras… Toi, amoureux
d’un si énorme sein giratoire…
Je te sacre DIEU, parce que tu aimes tant;
parce que tu ne souris jamais; parce que ton coeur
toujours doit te faire très mal.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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DÉSESPOIR (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



 

Illustration
    
DÉSESPOIR
Ly-y-Hane

Appelle ! Appelle ! Implore ! implore ! Stagne ! stagne ! Rêve ! Rêve !
Pleure ! Pleure ! Souffre ! Souffre !… Toujours ! Toujours !
A peine fait-il chaud que la saison du froid revient !
Ah ! qu’il est accablant d’exister !
Deux ou trois tasses de faible vin,
Ne suffisent pas, pour faire supporter l’âpre vent de l’aurore.

Les cygnes sauvages repassent déjà.
Ah ! que mon cœur est cruellement blessé !
Il y a longtemps que je les connais, pour les voir ainsi passer et repasser…
Les chrysanthèmes foisonnent, partout sur la terre, en une exubérance somptueuse.
Mais la fleur qui s’étiole ici,
Qui donc voudrait la cueillir ?

Ne suis-je pas la sempiternelle gardienne de cette fenêtre ?
Quand donc cette journée s’éteindra-t-elle dans l’obscurité ?…
Une pluie fine mouille les larges feuilles des paulownias.
Le crépuscule vient lentement ; l’obscurité tombe, tombe, goutte à goutte.
La voici complète, maintenant, la nuit, et rien n’est changé pour moi…
Oh ! comment pourrait-on détruire, à jamais, le mot : désespoir ?…

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Mots s’amincissent (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018




    
Mots s’amincissent et mots s’étiolent.
Couleur muraille, couleur sépia.
S’ amenuisent au fil des lèvres
ombres d’eux-mêmes et d’autrui.
Ceux qui parlent ne célèbrent
qu’un nuage de fumée.

(Jacques Izoard)

 

Recueil: Lieux épars
Traduction:
Editions: De la Différence

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Là où je suis (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
— Là où je suis, la lumière est opaque,
là où je suis le temps passe sans moi,
là où je suis les visages des autres
ont perdu leurs regards, hésitent à sourire,

Dans cette brume où les heures s’étiolent,
les corps des vivants craignent de se mouvoir,
ils acceptent d’être là mais leur inertie
n’a plus aucun effet sur les rythmes du temps,

Là où je suis, les paroles s’effritent,
les images avortent, deviennent rébus,
les faits se désagrègent avant d’être évalués,
la mémoire reste vide, paraît satisfaite ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Les mots que j’écris (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018



Illustration

    

— Les mots que j’écris
sont l’air que je respire,
sans eux mes poumons s’étiolent,
sans eux mon sang s’épaissit,
sans eux, je ne peux vivre,

Asthmatique du verbe,
je m’efforce d’aspirer
les mots qui me manquent,
dont je me nourris,

Si je les trouve,
mes poumons s’emplissent
mes côtes se détendent,
mon sang se liquéfie,
mon angoisse s’éteint.

Les mots que j’écris
sont l’air qui me fait vivre ;

(Yves Mabin Chennevière)

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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SANS RÉPONSE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2018



 


Illustration: Razvan Ciocanel

    
SANS RÉPONSE

A chaque cri qui se perd
Dans les marais de l’âme
A chaque souffle qui s’étiole
Dans le vaisseau du corps

Je sonde l’ingénieuse vie
Gardienne de nos arcanes

Sa réponse inaudible
Multiplie nos fictions.

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Par-delà les mots
Traduction:
Editions: Flammarion

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Highgate (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



Anne Brigaud  bruyère e [800x600]

Highgate

Un ange passe – :
toi, près du livre non ouvert,
tes paroles
en retour m’absolvent.

Par deux fois la bruyère trouve sa nourriture.
Par deux fois elle s’étiole.

(Paul Celan)

 Illustration: Anne Brigaud  

 

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ACCOMPAGNEMENT (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2016



ACCOMPAGNEMENT

Je marche à côté d’une joie
D’une joie qui n’est pas à moi
D’une joie à moi que je ne puis pas prendre

Je marche à côté de moi en joie
J’entends mon pas en joie qui marche à côté de moi
Mais je ne puis changer de place sur le trottoir
Je ne puis pas mettre mes pieds dans ces pas-là
et dire voilà c’est moi

Je me contente pour le moment de cette compagnie
Mais je machine en secret des échanges
Par toutes sortes d’opérations, des alchimies,
Par des transfusions de sang
Des déménagements d’atomes par des jeux d’équilibre

Afin qu’un jour, transposé,
Je sois porté par la danse de ces pas de joie
Avec le bruit décroissant de mon pas à côté de moi
Avec la perte de mon pas perdu s’étiolant à ma gauche
Sous les pieds d’un étranger
qui prend une rue transversale.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Philippe Loubat

 

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Passez nuages (Jean-Pierre Georges)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2016



Passez nuages
pauvres heures
grosses nuées porteuses
de crépitantes
gifles froides
défilez
indigentes journées
années lugubres
périclitez
projets infimes
sombrez
passions naines
étiolez-vous
désirs
et surtout ne revenez
jamais

(Jean-Pierre Georges)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

 

 

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Accompagnement (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2016


 

Accompagnement

Je marche à côté d’une joie
D’une joie qui n’est pas à moi
D’une joie à moi que je ne puis pas prendre

Je marche à côté de moi en joie
J’entends mon pas en joie qui marche à côté de moi
Mais je ne puis changer de place sur le trottoir
Je ne puis pas mettre mes pieds dans ces pas-là
et dire voilà c’est moi

Je me contente pour le moment de cette compagnie
Mais je machine en secret des échanges
Par toutes sortes d’opérations, des alchimies,
Par des transfusions de sang
Des déménagements d’atomes
par des jeux d’équilibre

Afin qu’un jour, transposé,
Je sois porté par la danse de ces pas de joie
Avec le bruit décroissant de mon pas à côté de moi
Avec la perte de mon pas perdu
s’étiolant à ma gauche
Sous les pieds d’un étranger
qui prend une rue transversale.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration

 

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