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Poésie

Posts Tagged ‘s’étonner’

CECI EST MA JOURNÉE (Menno Wigman)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
CECI EST MA JOURNÉE

Ce matin, je me suis réveillé dans le rêve
de quelqu’un qui habite une peau de chair.

Je ne pouvais m’enfuir, je n’étais pas Tchouang-Tseu
qui avait rêvé qu’il était un papillon

et se demandait au point du jour si lui,
Tchouang-Tseu, avait rêvé être un papillon

ou si le papillon rêvait qu’il se réveillait
Tchouang-Tseu, non, j’étais un homme,

un squelette tenace avec trente-deux dents,
deux mains et une intelligence tragique

entachée d’angoisse devant les horloges.
Mais lentement, presque religieusement, je me levai,

serrai la main à mon visage et boutonnai
mes pensées. Ceci est ma journée, je le savais.

Ici, un miroir louche vers la lumière qui s’étonne.
Là, un papillon s’évade. Et ça, c’est moi.

***

DIT IS MIJN DAG

Vanochtend werd ik wakker in een droom
van iemand die een huid van vlees bewoont

lk kon niet vluchten, ik was geen Tsjwang Tse
die had gedroomd dat hij een vlinder was

en zich bij ochtendlicht afvroeg of hij,
Tsjwang Tse, gedroomd had een vlinder te zijn

of dat de vlinder droomde als Tsjwang Tse
te ontwaken, nee, ik was een mens,

een taxi skelet met tweeëndertig tanden,
twee handen en een tragisch intellect

dat met een angst voor klokken was behept.
Maar langzaam, bijna heilig, stond ik op,

gaf mijn gezicht een hand en ritste mijn
gedachten dicht. Dit is mijn dag, wist ik.

Hier lonkt een spiegel naar verwonderd licht.
Daar breekt een vlinder uit. En dat ben ik.

(Menno Wigman)

 

Recueil: L’affliction des copyrettes
Traduction: Pierre Gallissaires et Jan H. Mysjkin
Editions: Cheyne

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Mon âme, en une rose (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



 

Dimitar Voinov Junior  (6)

Mon âme, en une rose,
Est morte de douleur :
C’est l’histoire morose
Du rêve et de la fleur.

Je n’irai pas la dire
Sur les routes du roi ;
Je crois, Dame et Messire,
Que vous ririez de moi.

Voici le vent d’automne
Sur mon âme et les fleurs ;
Et pourtant je m’étonne
De tout ce ciel en pleurs.

O rose de mon rêve,
Fleuriras-tu jamais ?
Naîtras-tu de sa sève,
Amour, aux futurs Mais ? …

(Stuart Merrill)

Illustration: Dimitar Voinov Junior

 

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L’aubépine (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2019


Un pré en pente, intelligent,
Qui s’étonnait de mériter
La gentillesse de l’aubépine.

(Guillevic)

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La nuit ne s’étonne plus (René Char)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2019



La nuit ne s’étonne plus
du volet
que l’homme tire.

(René Char)

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TANT (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019




    
TANT

Tant je l’ai regardée caressée merveillée
et tant j’ai dit son nom à voix haute et silence
le chuchotant au vent le confiant au sommeil
tant ma pensée sur elle s’est posée reposée
mouette sur la voile au grand large de mer
que même si la route où nous marchons l’amble
ne fut et ne sera qu’un battement de cil du temps
qui oubliera bientôt qu’il nous a vus ensemble
je lui dis chaque jour merci d’être là

et même séparés son ombre sur un mur
s’étonne de sentir mon ombre qui l’effleure

(Claude Roy)

 

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VEILLE de l’émerveillement (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2019




    
VEILLE de l’émerveillement,
postériorité de l’émerveillement.
Entre les deux durées
uniquement un trou.
L’imminence et son couchant :
rives du vide.

Rien que le temps suspendu.
Rien qu’une clairière
dans la forêt du temps.

C’est la plus pure clarté :
s’étonner du rien.
Le rien s’étonne du rien.

***

VÍSPERA del asombro.
Posterioridad del asombro.
Y entre ambas duraciones
únicamente un hueco.
La inminencia y su ocaso:
orillas del vacío.

Sólo tiempo suspendido.
Sólo un claro
en el bosque del tiempo.

Es la más pura claridad:
maravillarse de la nada.

La nada se maravilla de la nada.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Onzième Poésie Verticale
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: Lettres Vives

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Banalités (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2019



Illustration: Gustav Klimt
    
Banalités

Il y a toujours quelque part une étendue de jour
le travail du soleil ne s’arrête jamais
Il y a toujours quelque part un oiseau qui chante
et son chant fait chanter un autre oiseau plus loin

Il y a toujours quelque part un enfant qui naît
La vie invente la vie sans se laisser décourager
Il y a toujours quelque part un vivant qui meurt
Etcetera etcetera Ainsi de suite Etcetera

C’est comme ça depuis l’origine Et ce sera pareil
jusqu’à la fin La plus grande banalité
Si pourtant je n’arrive pas tout à fait à m’y faire
si je m’étonne encore eh bien c’est que c’est mon affaire

ce manège incessant qui me verra cesser

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le temps (Saint Augustin)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2019




    
C’est au passage que nous mesurons le temps.
Le temps n’est pas le mouvement d’un corps
car le temps est une sorte d’étirement.

Mais qu’y a-t-il qui s’étire?
Je ne le sais,
mais je ne m’étonnerais pas
que ce soit l’âme même.

Qu’est-ce donc que je mesure
quand je mesure le temps?
C’est en toi, mon âme, que je le mesure.

L’impression que les choses font en toi
quand elles passent,
demeure quand elles ont passé :

c’est elle que je mesure.

(Saint Augustin)

 

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Ils vont au désert (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2019




    

Ils vont au désert, hommes et dieux,
peuple d’avant, peuple de nuit,
le langage en eux mûrit comme
une rivière, leurs yeux sont inconnaissables.

D’autres auront vécu séparés,
confiants dans le sommeil, ils s’étonnent
d’une ombre de mouette au grand large
de mer, et du pouvoir du sang.

Chacun tourne la roue du monde,
évoquant des issues nouvelles,
l’impossible si proche, multiplié,

Tandis que de minuscules abeilles noires,
mi-vivantes, mi-mortes, tombent du livre
dans l’oblique lumière.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Sphinx (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2018




    

Sphinx

Ils la trouvèrent, le crâne à demi défoncé,
tenant dans sa main roide un revolver brûlant.
Les badauds s’étonnaient. — Et l’ambulance
l’emporta vers l’hôpital jaune.

Une seule fois s’ouvrit sa paupière…
Nulle lettre, nul nom, — seuls une robe, un châle;
puis vint le médecin, questionnant à voix basse, —
puis le prêtre. — Elle resta muette et livide.

Pourtant, tard dans la nuit, elle voulut parler,
avouer… Personne dans la salle ne l’entendit.
– Un râle. — Et on l’emporta,
elle et sa souffrance. —

Et dehors nulle tombe.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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