Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘s’étreindre’

LA SPHÈRE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration
    
LA SPHÈRE

Ô la fin heureuse, la fin heureuse
Que la fugue a promise, à quoi l’amour a cru,
Cette étoile parfaite, transfiguration fulgurante,

Où s’est-elle évanouie, à présent que la musique s’est éteinte,
La certitude de l’être, la floraison du coeur,
Nous-mêmes, enfin parfaits, confirmés en ce que nous sommes?

Le monde, le monde changeant reste immobile pendant que les amants s’étreignent,
Puis se remet en mouvement — quelle était notre joie éphémère,
L’extase de la danse, la vision, et la rose?

Il n’y a pas de fin, pas d’achèvement — gestes de la danse, p„tales de fleurs,
Phrases musicales, rayons de soleil, les heures
Se succèdent, et la parfaite sphère
Fait tourner dans nos coeurs le passé, le futur, le proche et le lointain,
Notre âme unique, atome, et univers.

***

THE SPHERE

O the happy ending, the happy ending
That the fugue promised, that love believed in,
That perfect star, that bright transfiguration,

Where has it vanished, now that the music is over,
The certainty of being, the heart in flower,
Ourselves, perfect at last, affirmed as what we are?

The world, the changing world stands still while loyers kirs,
And then moves on — what was our fugitive bliss,
The dancer’s ecstasy, the vision, and the rose?

There is no end, no ending — steps of a dance, petals of flowers,
Phrases of music, rays of the sun, the hours
Succeed each other, and the perfect sphere
Turns in our hearts the part and future, near and far,
Our single soul, atom, and universe.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Protégez le secret (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2018



    
protégez le secret
des ombres qui s’étreignent
dans les plis de la nuit
et l’or des souvenirs

(Jean-Claude Pirotte)

 

Recueil: Revermont
Traduction:
Editions: Le temps qu’il fait

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il sait (Marie NDiaye)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



 

Illustration: Dominique Zehrfuss
    
Il sait que l’ourson ne sera d’aucune fête
Les songeries du rhino sont austères en Malaisie
Et l’attente paraît bonne quand on ne veut rien décider
Il et plus facile de regarder les autres, dans l’étreinte, feindre l’amour fou

Les songeries du rhino sont austères
Comment pouvait-elle, ma propre maison, se détourner de moi si durement
Il est plus facile de regarder s’étreindre les autres
Je savais immobile que je n’entrerais jamais plus

(Marie NDiaye)

 

Recueil: Vingt-huit bêtes: un chant d’amour
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Un homme de paille (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



Illustration: Warren Dennis    
    
Un homme de paille a mon amour
qui brûle en moi sans cesse.
Et nous nous étreignons
pour provoquer enfin,
de frottements en frottements,
l’incendie du grand soir.

(Jacques Izoard)

 

Recueil: Lieux épars
Traduction:
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Amants, heureux amants (Gérard Noiret)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



– Amants, heureux amants,

tous autant que nous sommes
– Nous vous aimons
– Nous vous envions
Dans le bouillonnement d’être un homme,
une femme, deux verticalités
Pull contre pull,

deux tensions qui se prodiguent la moiteur
– Deux biographies qui d’étreignent,
échangent leurs frontières, ivres
– D’être plus que le terre, le ciel,
les quatre éléments,
ivres dans l’imposture délicate
Du verbe durer
– Vous condensez en quelques respirations,
l’histoire de la tendresse au plaisir accordée
Et le silence autour de vous n’a plus la même certitude
– Ni les murs, ni la faim
Vous êtes une naissance de paumes,
un midi à hauteur des lèvres

Vous êtes, vous êtes …
– Amants, heureux amants …

(Gérard Noiret)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’impatient (Yvonne Le Meur-Rollet)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

Arthur Hughes

L’impatient

Je t’attends près de l’eau, feuilletant quelque livre
Et je guette tes pas qui tardent, quelquefois.
Les cymbales du vent font rutiler le cuivre
Qui coule du soleil, embrasant le sous-bois…

Enfin tes bras ! Nos corps, pressés d’être impudiques,
S’étreignent sous les troncs des grands hêtres bleutés.
La menthe et les roseaux nous tissent des tuniques,
Voiles d’ivresse et d’or, masquant nos nudités.

Au velours de tes mains, s’efface ma détresse.
Je laisse mes remords frapper comme des sourds
Sur le tambour vibrant, offert par ta tendresse,
À l’amour interdit qui m’entraîne en son cours.

Le galop du désir nous emporte et nous cambre.
Nous traversons les prés, franchissons l’étang bleu,
Et nous nous envolons vers la secrète chambre,
Où, de braise et de miel, nous ranimons le feu.

(Yvonne Le Meur-Rollet)

Illustration: Arthur Hughes

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

DANS LA FRONDAISON ROUGE OÙ CHANTENT LES GUITARES (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018



 

DANS LA FRONDAISON ROUGE OÙ CHANTENT LES GUITARES

Dans la frondaison rouge où chantent les guitares,
La jaune chevelure au vent des jeunes filles
Couronne la clôture où sont les tournesols.
Une charrette d’or traverse les nuages.

Dans la paix des ombres brunes, des vieillards
Se taisent et niaisement s’étreignent.
Le chant des orphelins, si doux, célèbre vêpres.
Dans de jaunes vapeurs bourdonnent les mouches.

Les lavandières au ruisseau lavent encore.
Les linges étendus ondulent.
La fille qui longtemps me plut
Revient à travers les affres du soir.

Du haut du ciel tiède, des moineaux tombent
Dans des trous verts pleins de pourri.
Aux sens de l’affamé, mirage qui guérit,
Monte un parfum de pain et d’épices amères.

(Georg Trakl)

Illustration: Maurice Denis

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

Ils s’étreignent lentement (Sarah Kane)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2018




    
Ils s’étreignent lentement.
Ils font l’amour, lentement d’abord,
puis fort, vite, dans l’urgence,
et chacun découvre
que le rythme de l’autre est le même que le sien.

Ils jouissent en même temps, et restent allongés, enlacés,
lui toujours en elle.

Un tournesol jaillit à côté de leurs têtes et entame sa croissance.
Quand sa croissance est terminée,
Graham l’incline et le hume.
Il sourit.

(Sarah Kane)

 

Recueil: Purifiés

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Larme du Christ (Jacqueline Kelen)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017




    

Larme du Christ, enfermée en une pierre précieuse dans la cathédrale de Vendôme :

Cette bizarrerie ne fera rire que ceux qui n’ont jamais pleuré de beauté,
de reconnaissance et de ferveur.

Les mystiques qui ont connu la grâce des larmes,
les amants qui s’étreignent en pleurant
et tous ceux qui ont le cœur endeuillé
savent bien que ces gouttes d’eau apparemment banales
recèlent le plus précieux d’une existence humaine
parce que c’est une eau d’amour.

Si « tout coule » comme l’assurait le philosophe d’Ephèse,
rien ne demeure stable,
mais seul survit ce qui se joint au flot,
ce qui se baigne dans le fleuve jusqu’à s’y fondre.

Il reste à se faire larme pour devenir océan.

(Jacqueline Kelen)

 

Recueil: Les Larmes
Traduction:
Editions: Alternatives

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Extase (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2017



Illustration: Louis Pierre Verwee
    
Extase

D’un coeur passionné savourons notre rêve
Avant que la vie dure et fausse nous l’enlève,
O mon amour, viens nous asseoir
Sous les saules d’azur pleurant au bord du soir.

Tout fuit intensément, embrassons notre songe;
Que l’heure nous oublie et pour nous se prolonge,
Et que, sans jamais s’épuiser,
Renaissent, floraisons brûlantes, nos baisers.

La cétoine s’endort gitée au coeur des roses;
Comme une hostie au fond d’un ciboire repose,
Qu’entoure un mystique halo,
Dans ton âme et ta chair tout mon être est enclos.

Et nous nous étreignons, expirants, bouche à bouche,
Pendant que les grands lys penchés sur notre couche
Y versent des parfums d’autel.
Anéantis au flux du désir immortel,

Aimons-nous, mes amours! Ayons pour seule envie,
Puisque l’heure agonise et que s’enfuit la vie,
Lèvre à lèvre, d’avoir goûté,
Dans un spasme trop bref, toute une éternité!

(Marie Dauguet)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :