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Posts Tagged ‘sève’

Sèves écloses (Gaëtane Drouin Salmon)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2019



Sèves écloses

La beauté noie ses ailes
dans la rosée de l’aube

ouvert au mystère
mon oeil chavire
vers le soleil rouge

autour de l’arbre bleu qui doute et tremble
sur la magie de l’eau

nos bras épellent la tendresse
en des voyelles allongées

renaître aux sèves écloses

(Gaëtane Drouin Salmon)


Illustration

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Anecdote (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2019


Dans l’étang,
C’était toi.

C’était en toi,
L’étang.

C’était nous deux, ce rire
Dans le chemin bordé de ronces.
Et nos mains réunies, c’était beaucoup de sève,
Et nos regards d’envahisseurs,
C’était le noir vers l’ouverture,
C’était le minéral ennuyé de sa masse
Qui se veut liane dans l’espace.

Nous deux dans l’herbe
Avec la terre, avec le ciel,
C’était l’espoir
De tous les autres dans le vent.

Ce que nous fîmes,
C’était gagné pour tous.

Et c’est bénis par l’air au nom de ce qu’il touche
Que le chemin nous a repris.

(Guillevic)

Illustration: Vladimir Kush

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Milieu de la vie (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2019



Illustration: Carrie Vielle
    
Milieu de la vie

Côté ombre côté flamme
tu traverses la vallée
tant de nuit qui te réclame
accélère ta foulée

et ton sang tu le surprends
au delta des tempes folles
dérouté car il comprend
quelle terre à ton pied colle

le soleil tombe plus vite
chaque soir dans son mystère
une sève en toi gravite
une graine encor se terre.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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A la montée de la sève (Jean-Marie Petit)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



 

Stéphane Auton_homme arbre

A la montée de la sève
Je me suis greffé sur le bras
Un rejet de cerisier
Au bout des doigts
Un pommier de Saint-Jean
Sur la nuque un figuier
Et maintenant j’attends les oiseaux.

(Jean-Marie Petit)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Stéphane Auton

 

http://www.stephane-hauton.fr/category/peinture/tableaux/

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Loin de moi cet amour (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Illustration
    
Loin de moi cet amour qui ne connaît point de mesure;
car, pareil au vin écumant qui a rompu ses vaisseaux,
il court à sa perte en un instant.

Envoie-moi l’amour, frais et pur comme la pluie,
qui bénit la terre altérée et remplit les jarres d’argile de la maison.

Envoie-moi l’amour qui voudrait s’abîmer jusqu’au fond de l’être,
et de là jaillir en une sève invisible, à travers les branches de l’arbre de vie,
donnant le jour aux fruits et aux fleurs.

Envoie-moi l’amour
qui retient le coeur
dans une plénitude de paix.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: La corbeille de fruits
Traduction: Hélène du Pasquier
Editions: Gallimard

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Neige de mai (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Neige de mai

Une couche transparente se pose
Sur l’herbe neuve, et fond.
Cruel printemps de glace,
Toi qui tues les bourgeons pleins de sève.
Si atroce, la vue de la mort jeune,
Je n’arrive plus à regarder le monde.
J’ai en moi la tristesse que le roi David
En un geste royal offrit aux millénaires.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Henri Matisse (La tristesse du Roi David)

 

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Le poème qui ne meurt pas en toi (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2019




    
Le poème qui ne meurt pas en toi
Ne s’écrit pas
Sa mélodie est traversière

C’est parce qu’il a partie liée avec la vie
flamme où réside l’éternel
Que le poème ne cesse de chanter l’oiseau
La graine enfouie le bourgeon la terre
Le silence bruissant de la forêt
L’humble élan du printemps
L’éclat de la sève
Le fragile présent en l’homme
Du souffle qui le traverse

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Terres africaines (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



fete-au-village

Terres africaines

L’épaisse peau du ventre tendu vibrant comme un arc
l’épaisse pluie sur les ténèbres de la case
l’épaisse nuit marbrée d’éclairs et de grondements
l’épaisse chaleur dégoulinant de sueur et de sève
d’épaisses larmes de lait de sang d’urine et de sperme
l’épaisse foule de solitudes croisant leurs jambes dans la danse
l’épaisse rumeur de l’épaisse forêt dans un infime coin de l’espace désert

(Michel Butor)

 Illustration

 

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Bouddha (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2018




    
Bouddha

Comme s’il écoutait. Silence : un lointain…
Nous retenons notre souffle et ne l’entendons pas.
Il est étoile. Entouré d’étoiles plus grandes
que nous ne voyons pas.

Il est tout. Nous attendons-nous vraiment
à ce qu’il nous voie ? En aurait-il besoin ?
Et quand on se prosterne il reste loin
profond et pesant comme un animal.

Car ce qui nous jette à ses pieds
circule en lui depuis le fond des millénaires.
Négligeant notre savoir
il pénètre ce qui nous rejette.

*

Bouddha

De loin déjà le pèlerin, craintif étranger,
ressent cette pluie d’or qui ruisselle de lui;
comme si des riches, soucieux de se racheter,
avaient amassé là tous leurs trésors.

Mais en s’approchant il est troublé
par la majesté de ces sourcils;
ce qu’il voit là ne ressemble guère
ni à leur vaisselle ni aux pendants d’oreilles
que portent leurs femmes.

Ah, si quelqu’un pouvait donc dire
quelles furent les choses qu’il fallut fondre
pour ériger dans le calice d’une fleur
cette image plus muette d’un jaune plus calme
que celui de l’or et qui effleure
tout l’espace autant que soi-même.

*

Bouddha en majesté

Coeur de tous les coeurs, centre de tous centres,
amande qui se clôt et perd son amertume, —
tout cela jusqu’aux étoiles
est ta pulpe : Je te salue.

Vois, tu le sens : rien à toi ne tient plus;
ta coque est dans l’infini,
la vigueur de ta sève s’y presse.
Et du dehors l’aide un rayonnement,

car tout là-haut tes soleils
pleins et ardents sont renversés.
Mais en toi déjà et né
ce qui surmonte tout soleil.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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FLEUR DU JAPON (André Pieyre de Mandiargues)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2018



Illustration: Maurice Ehlinger
    
FLEUR DU JAPON

Fille en fièvre dans un drap d’eau
S’ouvre se ferme s’épanouit
Comme une fleur japonaise.

Le jeu simule une treille
Tout autour de la peau qui luit
Tout au long de la peau complice
Feuilles rouillées feuilles mortes
Sous la chute des soupirs.

Pétales vains papillonneries
Entre deux gouffres de sommeil
Les ailes dorées des caresses
Ne remuent que poussière
Leurs grâces caduques
Ne nous arrêteront plus.

Mais les eaux brunes du regard
Oû dort le bruit de la mer
La terre fauve au fond des yeux
À la lisière de la personne
Aux bords glacés de l’être
Et de la nuit de tous les temps.

Perdre pied gagner l’air
Dans la nuit des bois de la mer.

Une autre vie à d’autres tempes
Dans le noir de toute la vie
Une autre vie obscurément
Sève ruisselant vers la rose
Glace qui casse au printemps
Tourterelles envolées
Dans la crasse d’un ciel de suie.

Puis le sang reflue en ce corps
Qui se croyait le coeur du monde.

(André Pieyre de Mandiargues)

 

Recueil: L’âge de craie suivi de Dans les années sordides Astyanax et Le Point où j’en suis
Traduction:
Editions: Gallimard

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