Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘sève’

Réflexions (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2020



Réflexions

J’ignore les limites
Et ébauche un geste vers l’infini
Sur cette grève démesurée
D’un mouvement des bras
Je paralyse tout un paysage
De bocage touffu
Avec ses haies
Ses chemins creux
Pour embuscades
J’accapare toute la lumière
Qui tombe sur la lande
La branche de l’arbre
Qui me protège
Soutient le ciel
Mon sang est plus vif que la sève
Mon rêve plus vrai que la vie
Mais c’est toujours le même décor
Pour la même tragédie.

(Jean-Baptiste Besnard)

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Sentir en soi (Gérard Le Gouic)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2020



Sentir
en soi la vie
comme un caillou
qui aurait vécu
sur une autre planète,

le sang
comme du sable
qui se déposerait à chaque ronde
dans les tempes
et dans la mémoire,

sentir
en soi la mort
comme une lumière
sans morsure,
comme un feu
où nulle sève ne brûle.

(Gérard Le Gouic)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La nuit (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2020



    

La nuit

I.

Le ciel d’étain au ciel de cuivre
Succède. La nuit fait un pas.
Les choses de l’ombre vont vivre.
Les arbres se parlent tout bas.

Le vent, soufflant des empyrées,
Fait frissonner dans l’onde où luit
Le drap d’or des claires soirées,
Les sombres moires de la nuit.

Puis la nuit fait un pas encore.
Tout à l’heure, tout écoutait ;
Maintenant nul bruit n’ose éclore ;
Tout s’enfuit, se cache et se tait.

Tout ce qui vit, existe ou pense,
Regarde avec anxiété
S’avancer ce sombre silence
Dans cette sombre immensité.

C’est l’heure où toute créature
Sent distinctement dans les cieux,
Dans la grande étendue obscure
Le grand Être mystérieux !

II.

Dans ses réflexions profondes,
Ce Dieu qui détruit en créant,
Que pense-t-il de tous ces mondes
Qui vont du chaos au néant ?

Est-ce à nous qu’il prête l’oreille ?
Est-ce aux anges ? Est-ce aux démons ?
A quoi songe-t-il, lui qui veille
A l’heure trouble où nous dormons ?

Que de soleils, spectres sublimes,
Que d’astres à l’orbe éclatant,
Que de mondes dans ces abîmes
Dont peut-être il n’est pas content !

Ainsi que des monstres énormes
Dans l’océan illimité,
Que de créations difformes
Roulent dans cette obscurité !

L’univers, où sa sève coule,
Mérite-t-il de le fixer ?
Ne va-t-il pas briser ce moule,
Tout jeter, et recommencer ?

III.

Nul asile que la prière !
Cette heure sombre nous fait voir
La création tout entière
Comme un grand édifice noir !

Quand flottent les ombres glacées,
Quand l’azur s’éclipse à nos yeux,
Ce sont d’effrayantes pensées
Que celles qui viennent des cieux !

Oh ! la nuit muette et livide
Fait vibrer quelque chose en nous !
Pourquoi cherche-t-on dans le vide ?
Pourquoi tombe-t-on à genoux ?

Quelle est cette secrète fibre ?
D’où vient que, sous ce morne effroi,
Le moineau ne se sent plus libre,
Le lion ne se sent plus roi ?

Questions dans l’ombre enfouies !
Au fond du ciel de deuil couvert,
Dans ces profondeurs inouïes
Où l’âme plonge, où l’oeil se perd,

Que se passe-t-il de terrible
Qui fait que l’homme, esprit banni,
A peur de votre calme horrible,
Ô ténèbres de l’infini ?

(Victor Hugo)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La métaphysique du corps (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2020



La métaphysique du corps

La métaphysique du corps s’entr’aperçoit
dans les images. L’âme du corps
module en chaque fragment sa musique
de sphères et d’essences
au-delà de la simple chair et de simples ongles.

Dans chaque silence du corps on identifie
la ligne du sens universel
qui à la forme brève et transitive imprime
la solennelle marque des dieux
et du rêve.

Parmi les feuilles, on surprend
dans la dernière nymphe
ce qui dans la femme est encore branche et rosée;
et, plus que nature, pensée
de l’unité initiale du monde:
femme plante brise mer,
son être tellurique, spontané,
comme si elle était un rameau de l’arbre
infini qui condense
le miel, le soleil, le sel, le souffle âcre de la vie.

Dans l’extase et le tremblement plonge le regard
devant la lumineuse fesse opalescente,
la cuisse, le ventre sacré, assigné
à l’office d’exister, et puis tout ce que le corps
résume de l’autre vie, plus florissante,
dans laquelle nous avons tous été terre, sève et amour.

Voici ce que révèle l’être, dans la transparence
de l’enveloppe parfaite.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: Théodore Chassériau

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Tout pareil à cet arbre (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2020



Te voilà plus humain pour être devenu
Tout pareil à cet arbre, et pris son attente,
Comme lui: seul, pris dans sa solitude, nu,
Sans espérance que ce désir où vous hantent
Une sève et le sang jaillis du temps fidèle.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’ESCAPADE DES SAISONS (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2020



 

Jean-Marie Manson couple-vieux

L’ESCAPADE DES SAISONS

Je t’aimais
Dans l’orage des sèves
Je t’aime
Sous l’ombrage des ans

Je t’aimais
Aux jardins de l’aube
Je t’aime
Au déclin des jours

Je t’aimais
Dans l’impatience solaire
Je t’aime
Dans la clémence du soir

Je t’aimais
Dans l’éclair du verbe
Je t’aime
Dans l’estuaire des mots

Je t’aimais
Dans les foucades du printemps
Je t’aime
Dans l’escapade des saisons

Je t’aimais
Aux entrailles de la vie
Je t’aime
Aux portails du temps.

(Andrée Chedid)

Illustration: Jean-Marie Manson

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

La grenouille (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2020



La grenouille, qui se reprend à essayer ses cordes
depuis l’étang qui noie
joncs et nuages, le bruissement des caroubiers
entrecroisés où vient éteindre ses torches
un soleil sans chaleur, sur les fleurs l’indolent
bourdonnement des coléoptères qui sucent
encor des sèves, d’ultimes sons, l’avare
vie des champs. Dans un souffle
l’heure s’épuise : un ciel d’ardoise
se prépare à l’irruption des chevaux
décharnés, à leurs sabots pleins d’étincelles.

***

La rana, prima a ritentar la corda
dallo stagno che affossa
giunchi e nubi, stormire dei carrubi
conserti dove spenge le sue fiaccole
un sole senza caldo, tardo ai fiori
ronzio di coleotteri che suggono
ancora linfe, ultimi suoni, avara
vita della campagna. Con un soffio
l’ora s’estingue : un cielo di lavagna
si prepara a un irrompere di scarni
cavalli, alle scintille degli zoccoli.

(Eugenio Montale)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La virginité en poésie (Patrice de La Tour du Pin)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2020



Catherine Réault-Crosnier  boyl-mai02-19

 

La virginité en poésie

… Tout doit s’élever avec la sève qui convient;
si vous célébrez la floraison des colchiques dans les prairies,
faites le avec le mystère de l’homme prenant l’essence du mystère végétal;
vous pouvez être la terre qui les nourrit,
ou la terre qui s’en émerveille,
ou seulement la terre qui s’en plaint;
vous passerez dans les colchiques par un prolongement d’amour;
mais ne leur donnez pas les sens de l’homme et le rythme de votre chair…

(Patrice de La Tour du Pin)

Illustration: Catherine Réault-Crosnier

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

IVRESSE DE MORT (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2020



 

Otto Dix   Painting 156 [1280x768]

IVRESSE DE MORT

Tout est gris, silence, mort.
Les hommes voltigent
Comme chauves-souris
De pierre en pierre.
Exténués de vol,
Las, tués.

Leurs coeurs sont minéraux,
La sève n’irrigue plus leurs branches,
L’esprit n’enfante plus l’espoir.
Les coeurs sont secs.

Meubles à l’encan,
Coeurs au clou,
Raisons enrôlées,
La foule se pend aux croisées.

Les suicidés,
Les pendus
Oscillent aux fenêtres.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Otto Dix 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je me retourne et veux te voir, dans la ramée (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020



Je me retourne et veux te voir, dans la ramée.
Voici que peu à peu tu es devenue fruit.
Il ne t’a rien coûté de surgir des racines
tu n’as eu qu’à chanter tes syllabes de sève.
Te voici tout d’abord une fleur odorante
qu’un seul baiser suffit à changer en statue,
jusqu’à ce que soleil et terre, sang et ciel
te reconnaissent le délice et la douceur.
Sur la branche je pourrai voir ta chevelure,
dans le feuillage c’est ton signe qui mûrit,
ce sont ses feuilles qui s’approchent de ma soif ;
et ta substance alors viendra remplir ma bouche,
ce sera le baiser qui montait de la terre
apporté par ton sang de fruit gonflé d’amour.

***

Detrás de mí en la rama quiero verte.
Poco a poco te convertiste en fruto.
No te costó subir de las raíces
cantando con tu sílaba de savia.
Y aquí estarás primero en, flor fragante,
en la estatua de un beso convertida,
hasta que el sol y tierra, sangre y cielo,
te otorguen la delicia y la dulzura.
En la rama veré tu cabellera,
tu signo madurando en el follaje,
acercando las hojas a mi sed,
y llenará mi boca tu sustancia,
el beso que subió desde la tierra
con tu sangre def ruta enamorada.

(Pablo Neruda)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :