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Poésie

Posts Tagged ‘sévère’

Je ne sors plus (Hervé Prudon)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2018



Illustration: Hervé Prudon  
    
je ne sors plus trop fatigant
alors j’écris feignant
je voudrais vous y voir
mes efforts vont à l’essentiel
j’écris du fond de mon fauteuil
un oeil au ciel
et l’autre au seuil
de mon cercueil
l’infime poésie
il va être à court de noisettes
le petit écureuil
je voudrais vous voir mes mignons
à court de provisions
le corps mou l’esprit flou
vous seriez mes beaux frères moins sévères

(Hervé Prudon)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Devant la mort
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les corbeaux (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2018



Illustration: Vincent Van Gogh
    
Les corbeaux

Seigneur, quand froide est la prairie,
Quand dans les hameaux abattus,
Les longs angélus se sont tus…
Sur la nature défleurie
Faites s’abattre des grands cieux
Les chers corbeaux délicieux.

Armée étrange aux cris sévères,
Les vents froids attaquent vos nids !
Vous, le long des fleuves jaunis,
Sur les routes aux vieux calvaires,
Sur les fossés et sur les trous
Dispersez-vous, ralliez-vous !

Par milliers, sur les champs de France,
Où dorment des morts d’avant-hier,
Tournoyez, n’est-ce pas, l’hiver,
Pour que chaque passant repense !
Sois donc le crieur du devoir,
Ô notre funèbre oiseau noir !

Mais, saints du ciel, en haut du chêne,
Mât perdu dans le soir charmé,
Laissez les fauvettes de mai
Pour ceux qu’au fond du bois enchaîne,
Dans l’herbe d’où l’on ne peut fuir,
La défaite sans avenir.

(Arthur Rimbaud)

 

Recueil: Rimbaud Cros Corbière Lautréamont Oeuvres Poétiques complètes
Traduction:
Editions: Robert Laffont

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LA ROSE QUI DURE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018



Illustration: Salvador Dali
    
LA ROSE QUI DURE

… A peine le dos tourné
Que l’horloge va plus vite.
Le temps voleur en profite
Aussitôt pour me flouer
De quelque riche minute.

À peine un jour commencé
Lisse au coeur, doux au toucher
Qu’un autre invente sa chute,
Je le vois s’effilocher
Le front bas et l’oeil poché.

Et quand mes paumes retiennent
Des perles dans mes années
Je retrouve les colliers,
Tout poussiéreux et fanés
Au bout de quelques semaines.

Le haut mur de la cité
Que soutenaient mes colonnes
Quel mistral me l’a soufflé
Comme une brume d’automne ?

Adieu, jardins fugitifs,
Amours, saisons, écritures
Et musiques passagères
Qu’écrase l’ombre des ifs !

Moi, je veux la fleur sévère,
Je veux la fleur inventée.
J’invente la fleur qui dure
Et s’appelle éternité.

(Norge)

 

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WATTEAU (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



 

Antoine Watteau

WATTEAU

Devers Paris, un soir, dans la campagne,
J’allais suivant l’ornière d’un chemin,
Seul avec moi, n’ayant d’autre compagne
Que ma douleur qui me donnait la main.

L’aspect des champs était sévère et morne,
En harmonie avec l’aspect des cieux,
Rien n’était vert sur la plaine sans borne,
Hormis un parc planté d’arbres très vieux.

Je regardai bien longtemps par la grille ;
C’était un parc dans le goût de Watteau :
Ormes fluets, ifs noirs, verte charmille,
Sentiers peignés et tirés au cordeau.

Je m’en allai l’âme triste et ravie ;
En regardant, j’avais compris cela :
Que j’étais près du rêve de ma vie,
Que mon bonheur était enfermé là.

(Théophile Gautier)

Illustration: Antoine Watteau

 

 

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LA COUR DANS LE PALAIS (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



Illustration: Torii Kiyonaga
    
LA COUR
DANS LE PALAIS
Thou-Sin-Yu

Quel calme sévère ! Quel solennel silence !…
Toutes les portes sont closes et les parterres de fleurs embaument, discrètement ;
Deux femmes, appuyées l’une à l’autre, se tiennent debout,
au bord de la terrasse, à balustrade de marbre rouge.

L’une d’elles voudrait parler, confier à sa compagne, le chagrin secret qui meurtrit son cœur.
Elle jette un regard anxieux vers les feuillages immobiles,
et, à cause d’un perroquet, aux ailes chatoyantes, perché sur une branche voisine,
elle soupire, et ne parle pas.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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La bise se rue à travers les buissons (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018



 

Alexandre Pavlenko   1974 - Ukrainian Pointillist painter (41)

La bise se rue à travers
Les buissons tout noirs et tout verts,
Glaçant la neige éparpillée
Dans la campagne ensoleillée.
L’odeur est aigre près des bois,
L’horizon chante avec des voix,
Les coqs des clochers des villages
Luisent crûment sur les nuages.
C’est délicieux de marcher
A travers ce brouillard léger
Qu’un vent taquin parfois retrousse.
Ah! fi de mon vieux feu qui tousse!
J’ai des fourmis plein les talons.
Debout, mon âme, vite, allons !
C’est le printemps sévère encore,
Mais qui par instants s’édulcore
D’un souffle tiède juste assez
Pour mieux sentir les froids passés
Et penser au Dieu de clémence…
Va, mon âme, à l’espoir immense !

(Paul Verlaine)

Illustration: Alexandre Pavlenko

 

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Allons! cela ne sert à rien de pleurer comme cela! (Lewis Carroll)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018




    
« Allons! cela ne sert à rien de pleurer comme cela! »
se dit-elle d’un ton sévère.
« Je te conseille de t’arrêter à l’instant' »

Elle avait coutume de se donner de très bons conseils
(quoiqu’elle ne les suivît guère),
et, parfois, elle se réprimandait si vertement
que les larmes lui venaient aux yeux.

(Lewis Carroll)

 

Recueil: Alice au Pays des Merveilles / De l’autre côté du Miroir
Traduction:
Editions: Folio

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Vive la vigne de chez nous ! (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



    

Vive la vigne de chez nous !

Autrefois, dans les temps antiques
Y avait au bord du bleu Léman
De la terre nue, des rocs, des champs
Et des forêts mélancoliques
Et de braves types un peu froids
Qu’étaient pas encore des Vaudois !

(Refrain)
Entends-tu le glou-glou dans les verres ?
Entends-tu le joli glou-glou ?
La servante n’est pas sévère
Vive la vigne de chez nous !

Mais un jour, c’est une vieille histoire
Voilà qu’le sire du Châtelard
Qui guerroyait chez les barbares
En revenant couvert de gloire
Voit ses beaux côteaux envahis
Par une étrange maladie

Qu’est-ce que c’est qu’ce fouillis qui pousse ?
Cette espèce de végétation ?
Par saint Saphorin, mon patron !
On se croirait en pleine brousse !
Taillez par-ci, taillez par-là
Et foutez-y des échalas !

(au Refrain)

Mais voilà qu’en sept mois à peine
On voit des milliers de fruits d’or
Dont le jus, sacré nom de sort !
Coule à pleins bords des cuves pleines,
Pour conjurer ce grand fléau
On le canalise en tonneaux !

Dans la nuit – Ah ! La sale histoire !
Le jus se met à fermenter
Tous les tonneaux vont éclater !
Mon Dieu, que faire ? – Il faut le boire !
S’écrient trois héros obscurs
Qui n’avaient pas peur des coups durs

(au Refrain)

Et voilà, ces hommes héroïques
Qui, pour préserver la région
Des risques d’une inondation,
Se mettent à vider des barriques !
Pendant ce temps, la larme aux yeux
Leurs épouses priaient pour eux !

C’est pourquoi, le soir à la brune
On en voit, presque à bout d’efforts
De ces héros, à demi-morts
Marcher en zigzag sous la lune !
Et parfois, même terrassés
Se lever pour recommencer !

(au Refrain)

Ces garçons à la rude écorce
Ils font ça pour nous protéger
On se passerait de manger
Mais pour le boire, l’on se force !
Car ce jus-là, quand on le boit,
C’est lui qui nous fait bons Vaudois !

(au Refrain, x2)

(Jean Villard–Gilles)

 

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Dans une maison grise (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2018




    
Dans une maison grise et la clarté d’une chambre
elle vit, elle marche en silence, respire en silence,
ses regards allument la clarté des jours
dans la chambre, la nuit la maison a l’air sévère.

Elle rougeoie dans cette lumière opaline
qui vacille le jour sur les maisons de la ville,
visage et chevelure encadrés par la fenêtre
comme une fleur rouge de feuille et de lumière.

Le soir dans le noir souvent elle pleure,
heureuse de la chaude obscurité.

(Herman Gorter)

 

Recueil: Ce que tu es
Traduction: Saskia Deluy et Henri Deluy
Editions: Al Dante

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Soleil du large (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018



Illustration: Tina Palmer
    
Soleil du large

Soleil du large
Sévère est ta naissance étagée hors des brumes
Qui laisse au rêveur
Toute une place de larmes

Éblouie j’ai cessé un instant de tout croire
Montée droite des hordes
D’oiseaux de clair-obscur

Au large où parmi les mers grandir
Volait de son propre amour

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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