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Poussières de Juillet (Kateb Yacine)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2020



Kateb Yacine
    
Poussières de Juillet
(Extrait)

Le sang
Reprend racine
Oui
Nous avions tout oublié
Mais notre terre
En enfance tombée
Sa vieille ardeur se rallume

Et même fusillés
Les hommes s’arrachent la terre
Et même fusillés
Ils tirent la terre à eux
Comme une couverture
Et bientôt les vivants n’auront plus où dormir

Et sous la couverture
Aux grands trous étoilés
Il y a tant de morts
Tenant les arbres par la racine
Le coeur entre les dents

Il y a tant de morts
Crachant la terre par la poitrine
Pour si peu de poussière
Qui nous monte à la gorge
Avec ce vent de feu

Ainsi qu’un boulet rouge
Aveugle
Sans retour
Quel ancêtre abattu t’oublia dans son crâne
Fleur de poussière éclose aux lèvres du Rhummel
Laitance d’enfant sevré
Qui fit pousser nos dents toutes neuves?

Tant de fois abattu
L’ancêtre au loin s’obstine
Sa tête
Au fond du fleuve Et du soleil
Détale
[…]

(Kateb Yacine)

 

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Cuisses (Patrick Le Divenah)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2018




    
Cuisses

leur unique syllabe fait vibrer les lèvres
cuisses ! Je sens jaillir lorsqu’elles se révèlent
du profond de mon corps une impatiente fièvre
pour la calmer éloignons d’abord ces dentelles

ces voiles complices artifices qui sèvrent
l’ardeur de mes désirs attisée par leur zèle
pour que glissent mes mains libres des tissus mièvres
aux pentes du plaisir secret qu’elles recèlent

cuisses qui vous ouvrez comme portes d’un temple
pour initier mes sens à de nouveaux mystères
je laisse ma mémoire au seuil de votre chair

vous qui me saisissez lorsque je vous contemple
ou que je vous saisis, comme je vous vénère !
cuisses, bien plus que celle du grand Jupiter

(Patrick Le Divenah)

 

Recueil: Blasons du corps féminin
Traduction:
Editions: L’Échappée Belle

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Je ne saurais rien dire de cet état (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017



Illustration: El Greco
    
je ne saurais rien dire de cet état,
où je fus happé derrière l’horizon.

Comme renversé d’amour,
les nerfs aiguisés à la braise,
les veines meurtries au vivant.

Oui, le très vivant.

Ce qui n’en finit pas
de prendre visage
entre deux apparences.
C’est, tellement.

Et l’on voudrait que cette spirale
qui noue coeur et ventre
fût traduite au mieux du monde.

On voudrait
l’exact sanglot de la ténèbre,
la fièvre de tous les rires.
Et la décomposition même,
si parfaite.
Sa toute blancheur.

Pour mieux accueillir
le poudroiement.
Là où tout parle.
Où la pensée s’efface.
Où frémit
la nuque des étoiles.

Il faut aller vers ce ressac,
traverser les atomes,
sevrer la nuit.

Avec toutes les langues du vertige.
La secousse,
si belle.

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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Femme (Fernand Ouellette)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2016



Femme elle se mêlait nue aux fougères,
ses poils accueillant bien les papillons.
Sous elle j’étais son humus son nourricier obscur,
le musicien de ses nervures.
D’or de vert et de transparence je la sevrais.
Ma vie en elle montait jusqu’à son âme.

(Fernand Ouellette)

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