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Poésie

Posts Tagged ‘sexe’

Chanson de vacances (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2021



Chanson de vacances

Village muré
Murailles dorées
Enclos de soleil
Feu d’herbes en forêt.

Brune caressée
Au lit odorant
Ailée adorant
Un sexe dressé.

Le jour et la nuit
La terre et l’écume
L’amour et le fruit
Le lait et la lune.

(Georges-Emmanuel Clancier)

Illustration: Pascal Renoux

 

 

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PAYS SECRET DENUDE (Hubert Juin)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2021



 

Alex Alemany dialogos-con-el-viento

PAYS SECRET DENUDE
(Fragments)

Tu es une eau verte Tu dors Je plonge de si loin en toi
depuis le temps des os des chairs à naître que je dessine
ton corps avec des tremblements mathématiques des robes déchirées
par les couteaux des ongles des muscles : statue lasse mouvante
et draperie N’était le corail de ton regard Le foin de ta nuque
lorsque l’aube est nue

Eau jade mon amie Je hale le chaland au long de toi te nomme
Mes doigts ébauchent le chemin creux la croix des hêtres l’orme
Je veux le cercle de ton ventre l’oeuf entre les lèvres le sel
des reins Aisselles

Je geins dans le pourtour ouaté Chaud

Ni la main qui te crée La langue qui t’éveille Le reflux
du songe où tu te multiplies Le sexe noir soleil Le baiser
te lisse s’y vautre Tu es ma bauge

(Hubert Juin)

Illustration: Alex Alemany

 

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La marche à l’amour (Gaston Miron)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2021



La marche à l’amour

Tu as les yeux pers des champs de rosées
tu as des yeux d’aventure et d’années-lumière
la douceur du fond des brises au mois de mai
dans les accompagnements de ma vie en friche
avec cette chaleur d’oiseau à ton corps craintif
moi qui suis charpente et beaucoup de fardoches
moi je fonce à vive allure et entêté d’avenir
la tête en bas comme un bison dans son destin
la blancheur des nénuphars s’élève jusqu’à ton cou
pour la conjuration de mes manitous maléfiques
moi qui ai des yeux où ciel et mer s’influencent
pour la réverbération de ta mort lointaine
avec cette tache errante de chevreuil que tu as

tu viendras tout ensoleillée d’existence
la bouche envahie par la fraîcheur des herbes
le corps mûri par les jardins oubliés
où tes seins sont devenus des envoûtements
tu te lèves, tu es l’aube dans mes bras
où tu changes comme les saisons
je te prendrai marcheur d’un pays d’haleine
à bout de misères et à bout de démesures
je veux te faire aimer la vie notre vie
t’aimer fou de racines à feuilles et grave
de jour en jour à travers nuits et gués
de moellons nos vertus silencieuses
je finirai bien par te rencontrer quelque part
bon dieu!
et contre tout ce qui me rend absent et douloureux
par le mince regard qui me reste au fond du froid
j’affirme ô mon amour que tu existes
je corrige notre vie

nous n’irons plus mourir de langueur
à des milles de distance dans nos rêves bourrasques
des filets de sang dans la soif craquelée de nos lèvres
les épaules baignées de vols de mouettes
non
j’irai te chercher nous vivrons sur la terre
la détresse n’est pas incurable qui fait de moi
une épave de dérision, un ballon d’indécence
un pitre aux larmes d’étincelles et de lésions profondes
frappe l’air et le feu de mes soifs
coule-moi dans tes mains de ciel de soie
la tête la première pour ne plus revenir
si ce n’est pour remonter debout à ton flanc
nouveau venu de l’amour du monde
constelle-moi de ton corps de voie lactée
même si j’ai fait de ma vie dans un plongeon
une sorte de marais, une espèce de rage noire
si je fus cabotin, concasseur de désespoir
j’ai quand même idée farouche
de t’aimer pour ta pureté
de t’aimer pour une tendresse que je n’ai pas connue
dans les giboulées d’étoiles de mon ciel
l’éclair s’épanouit dans ma chair
je passe les poings durs au vent
j’ai un coeur de mille chevaux-vapeur
j’ai un coeur comme la flamme d’une chandelle
toi tu as la tête d’abîme douce n’est-ce pas
la nuit de saule dans tes cheveux
un visage enneigé de hasards et de fruits
un regard entretenu de sources cachées
et mille chants d’insectes dans tes veines
et mille pluies de pétales dans tes caresses

tu es mon amour
ma clameur mon bramement
tu es mon amour ma ceinture fléchée d’univers
ma danse carrée des quatre coins d’horizon
le rouet des écheveaux de mon espoir
tu es ma réconciliation batailleuse
mon murmure de jours à mes cils d’abeille
mon eau bleue de fenêtre
dans les hauts vols de buildings
mon amour
de fontaines de haies de ronds-points de fleurs
tu es ma chance ouverte et mon encerclement
à cause de toi
mon courage est un sapin toujours vert
et j’ai du chiendent d’achigan plein l’âme
tu es belle de tout l’avenir épargné
d’une frêle beauté soleilleuse contre l’ombre
ouvre-moi tes bras que j’entre au port
et mon corps d’amoureux viendra rouler
sur les talus du mont Royal
orignal, quand tu brames orignal
coule-moi dans ta plainte osseuse
fais-moi passer tout cabré tout empanaché
dans ton appel et ta détermination

Montréal est grand comme un désordre universel
tu es assise quelque part avec l’ombre et ton coeur
ton regard vient luire sur le sommeil des colombes
fille dont le visage est ma route aux réverbères
quand je plonge dans les nuits de sources
si jamais je te rencontre fille
après les femmes de la soif glacée
je pleurerai te consolerai
de tes jours sans pluies et sans quenouilles
des circonstances de l’amour dénoué
j’allumerai chez toi les phares de la douceur
nous nous reposerons dans la lumière
de toutes les mers en fleurs de manne
puis je jetterai dans ton corps le vent de mon sang
tu seras heureuse fille heureuse
d’être la femme que tu es dans mes bras
le monde entier sera changé en toi et moi

la marche à l’amour s’ébruite en un voilier
de pas voletant par les lacs de portage
mes absolus poings
ah violence de délices et d’aval
j’aime
que j’aime
que tu t’avances
ma ravie
frileuse aux pieds nus sur les frimas de l’aube
par ce temps profus d’épilobes en beauté
sur ces grèves où l’été
pleuvent en longues flammèches les cris des pluviers
harmonica du monde lorsque tu passes et cèdes
ton corps tiède de pruche à mes bras pagayeurs
lorsque nous gisons fleurant la lumière incendiée
et qu’en tangage de moisson ourlée de brises
je me déploie sur ta fraîche chaleur de cigale
je roule en toi
tous les saguenays d’eau noire de ma vie
je fais naître en toi
les frénésies de frayères au fond du coeur d’outaouais
puis le cri de l’engoulevent vient s’abattre dans ta gorge
terre meuble de l’amour ton corps
se soulève en tiges pêle-mêle
je suis au centre du monde tel qu’il gronde en moi
avec la rumeur de mon âme dans tous les coins
je vais jusqu’au bout des comètes de mon sang
haletant
harcelé de néant
et dynamité
de petites apocalypses
les deux mains dans les furies dans les féeries
ô mains
ô poings
comme des cogneurs de folles tendresses

mais que tu m’aimes et si tu m’aimes
s’exhalera le froid natal de mes poumons
le sang tournera ô grand cirque
je sais que tout mon amour
sera retourné comme un jardin détruit
qu’importe je serai toujours si je suis seul
cet homme de lisière à bramer ton nom
éperdument malheureux parmi les pluies de trèfles
mon amour ô ma plainte
de merle-chat dans la nuit buissonneuse
ô fou feu froid de la neige
beau sexe léger ô ma neige
mon amour d’éclairs lapidée
morte
dans le froid des plus lointaines flammes

puis les années m’emportent sens dessus dessous
je m’en vais en délabre au bout de mon rouleau
des voix murmurent les récits de ton domaine
à part moi je me parle
que vais-je devenir dans ma force fracassée
ma force noire du bout de mes montagnes
pour te voir à jamais je déporte mon regard
je me tiens aux écoutes des sirènes
dans la longue nuit effilée du clocher de Saint-Jacques
et parmi ces bouts de temps qui halètent
me voici de nouveau campé dans ta légende
tes grands yeux qui voient beaucoup de cortèges
les chevaux de bois de tes rires
tes yeux de paille et d’or
seront toujours au fond de mon coeur
et ils traverseront les siècles

je marche à toi, je titube à toi, je meurs de toi
lentement je m’affale de tout mon long dans l’âme
je marche à toi, je titube à toi, je bois
à la gourde vide du sens de la vie
à ces pas semés dans les rues sans nord ni sud
à ces taloches de vent sans queue et sans tête
je n’ai plus de visage pour l’amour
je n’ai plus de visage pour rien de rien
parfois je m’assois par pitié de moi
j’ouvre mes bras à la croix des sommeils
mon corps est un dernier réseau de tics amoureux
avec à mes doigts les ficelles des souvenirs perdus
je n’attends pas à demain je t’attends
je n’attends pas la fin du monde je t’attends
dégagé de la fausse auréole de ma vie tends
dégagé de la fausse auréole de ma vie

(Gaston Miron)

Illustration: Andrzej Malinowski

 

 

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UN DUO (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2021



Illustration: Giorgio de Chirico
    
UN DUO
(Le duo)

Un couple de mannequins en bois utilisé dans les ateliers de sculpture :
habitants typiques du monde chiriquien.
Qu’attendre des amours d’un tel couple
si ce n’est un rituel d’insectes rigides, une pariade de robots ?

— Étant sans bras pour nous étreindre, rien ne pourra nous séparer.
— Étant sans sexe pour aimer, rien ne pourra nous désunir.
— Sans yeux et sans nez, mon visage. je suis une élégie de cire.
— Sans front; sans bouche, mon partage. je suis un brouillon de sourire.
— Mannequins au torse d’absence ?
— Simulacres que l’éther encense ?
— Appelants du plus grand silence ?
— Aubiers d’être enfantés du tremble ?

Le savez-vous qu’ainsi livrés à la rigidité dorienne des momies,
vous êtes entrelacés à l’énigme du monde?
Le savez-vous qu’en cette terrasse ensoleillée
s’ébauche en vous une théologie des automates ?

(Jacques Lacarrière)

 

Recueil: A l’orée du pays fertile
Traduction:
Editions: Seghers

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«ULYSSE», UNE PAGE (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021




    

«ULYSSE», UNE PAGE

[…]

Aucune certitude ne remplace
la conviction du néant; nul ressac ne blanchit
les cheveux de l’aube. «Croyez au rythme »,
disait-il, comme si quelqu’un l’entendait. La mort est une
femme nue parmi les statues du parc ; une
femme nue à cheval sur une machine à écrire ;
le sexe d’algues que la marée découvre,
entre les derniers mots du poème et le corps,
qui les entend, enchaîné à la mâture du vers.

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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LE SEXE DE L’ÉPOUSE (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2021




    
LE SEXE DE L’ÉPOUSE

La grande fille de religion
Va dans la chaleur conservée
De la terre, du reflet, du mur
Afin de ne vivre qu’à Dieu elle divise la lumière
Et surnaturelle élégance
Le corps lui est supprimé.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Les Noces suivi de Sueur de Sang
Traduction:
Editions: Gallimard

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GENÈSE (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2020



Illustration: Francine Van Hove
    
GENÈSE

I
Déboutonner lentement le corps
quand on manque d’air
comme la châtaigne mûre
desserre ses poings épineux.
Le plus important sont les boutonnières
des veines,
des flottilles fatiguées y sont ensablées
et s’en détachent comme des caillots
des bouquets de coquelicots qui fanent,
se mettent à couler
depuis le cou vers le ventre
et le champ rouge
de ton corps déboutonné
frissonne sous le vent frais du matin.

II
Quand l’air manque
je donne un souffle de vie
au souvenir des eaux utérines.
Des branchies repoussent au cou
des ailerons sur les hanches
du duvet sur le dos,
ni homme ni poisson ni oiseau
je cherche mon sexe.
Après l’ange descend
avec un panier
accroché à son aile gauche
tout au fond mon âme
épouille ses plumes.

III
Il émerge
des eaux utérines,
pousse un sanglot,
la première gorgée d’air
ressuscite la mémoire
de vies précédentes.
On le lange,
on lui attache les mains et les jambes
avec une ganse rouge.
Les souvenirs qu’il a ramenés
s’atrophient avec les années
et chaque partie du corps déboutonné
s’abandonne à un rêve différent :
les plantes des pieds – dans des prairies vertes
des oiseaux de mer – sur les paumes
et je ne comprends vraiment plus
qui coud la chemise
qui déboutonne le corps.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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CORONA (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2020



Josef Bordat
    

Poem in French, Dutch, Spanish, English, Italian, German, Portuguese, Sicilian, Romanian, Polish, Greek, Chinese, Arab, Hindi, Japanese, Farsi, Bulgarian, Icelandic, Russian, Filipino, Hebrew, Tamil, Kurdish, Bangla, Iers, Serbian

Poem of the Week Ithaca 655
« Corona » Paul Celan, Czernowitz-Paris (1920 – 1970)

uit „Kwetsbaar door schoonheid in het oog“
Moderne Oostenrijkse poëzie, POINT 2001

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt

CORONA

De la main l’automne me dévore sa feuille :
nous sommes amis.
Nous décortiquons le temps hors des noix et
lui apprenons à courir:
le temps retourne dans sa coquille.

Dans le miroir c’est dimanche,
dans le rêve on s’endort,
la bouche dit vrai.

Mon regard descend vers le sexe de celle que j’aime :
nous nous regardons,
nous nous disons quelque chose d’obscur,
nous nous aimons comme pavot et souvenir,
nous dormons semblable au vin dans les coquillages,
telle la mer dans le rayon sanglant de la lune.

Nous sommes enlacés dans la fenêtre, ils nous regardent
depuis la rue:
il est temps, que l’on sache!

Il est temps que la pierre fleurisse enfin,
qu’au désordre batte un cœur.
Il est temps, que le temps soit.
Il est temps.

Traduction Elisabeth Gerlache
Translation into French by Elisabeth Gerlache

(Paul Celan)

***

CORONA

Uit de hand vreet de herfst mij zijn blad:
wij zijn vrienden.
We schillen de tijd uit de noten en
leren haar lopen:
de tijd keert terug in de schaal.

In de spiegel is het zondag,
in de droom wordt geslapen,
de mond spreekt waar.

Mijn oog daalt af naar het geslacht van de geliefde:
we kijken ons aan,
we zeggen ons iets duisters,
we beminnen elkaar als klaproos en herinnering,
we slapen zoals wijn in de schelpen,
zoals de zee in de bloedstraal van de maan.

We staan omarmd in het venster, ze kijken
naar ons vanaf de straat:
het is tijd, dat men weet!
Het is tijd dat de steen besluit te bloeien,
dat de onrust een hart slaat.
Het is tijd, dat het tijd wordt.

Het is tijd.

Vertaling Germain Droogenbroodt
Translation into Dutch by Germain Droogenbroodt

***

CORONA

En mi mano come el otoño su hoja: somos amigos.
Descascaramos el tiempo de las nueces y le enseñamos a andar:
el tiempo retorna a la cascara.

En el espejo es domingo,
en el soñar se duerme,
la boca dice verdad.

Mi ojo desciende al sexo de la amada:
nos miramos,
nos decimos lo oscuro,
nos amamos uno al otro como amapola y memoria,
dormimos como vino en las conchas,
como la mar en el rayo de sangre de la luna.

Estamos abrazados en la ventana, nos miran desde la calle:
¡Ya es tiempo de que se sepa!
Ya es tiempo de que la piedra se avenga a florecer,
que a la inquietud le palpite un corazón.
Ya es tiempo de que sea tiempo.

Ya es tiempo.

Traducción José Luis Reina Palazón
de “Paul Celan, Obras completas”, Editorial Trotta, Madrid

***

CORONA

Autumn eats its leaf out of my hand: we are friends.
We shell time from the nuts and teach it to walk:
time returns to the shell.

In the mirror is Sunday,
in the dream we sleep,
the mouth speaks true.

My eye goes down to my lover’s sex:
we gaze at each other,
we speak of dark things,

we love each other like poppy and memory,
we sleep like wine in the seashells,
like the sea in the moon’s blood-beam.

We stand and embrace at the window, they watch us from the street:
it is time, for this to be known!
It is time that the stone took the trouble to bloom,
that unrest’s heart started to beat.
It’s time for it to be time.

It is time.

Translated by Pierre Joris

***

CORONA

L’autunno mi bruca dalla mano la sua foglia: siamo amici.
Noi sgusciamo il tempo dalle noci e gli apprendiamo a camminare:
lui ritorna nel guscio.

Nello specchio è domenica,
nel sogno si dorme,
la bocca fa profezia.

Il mio occhio scende al sesso dell’amata:
noi ci guardiamo,
noi ci diciamo cose oscure,
noi ci amiamo come papavero e memoria,
noi dormiamo come vino nelle conchiglie,
come il mare nel raggio sanguigno della luna.

Noi stiamo allacciati alla finestra, dalla strada ci guardano:
è tempo che si sappia!
È tempo che la pietra accetti di fiorire,
che l’affanno abbia un cuore che batte.
È tempo che sia tempo.

È tempo.

Traduzione di Giuseppe Bevilacqua
da “Paul Celan, Poesie”, “I Meridiani” Mondadori, 1998

***

CORONA

Aus der Hand frisst der Herbst mir sein Blatt: wir sind Freunde.
Wir schälen die Zeit aus den Nüssen und lehren sie gehn:
die Zeit kehrt zurück in die Schale.

Im Spiegel ist Sonntag,
im Traum wird geschlafen,
der Mund redet wahr.

Mein Aug steigt hinab zum Geschlecht der Geliebten:
wir sehen uns an,
wir sagen uns Dunkles,
wir lieben einander wie Mohn und Gedächtnis,
wir schlafen wie Wein in den Muscheln,
wie das Meer im Blutstrahl des Mondes.

Wir stehen umschlungen im Fenster, sie sehen uns zu von der Straße:
es ist Zeit, daß man weiß!
Es ist Zeit, daß der Stein sich zu blühen bequemt,
daß der Unrast ein Herz schlägt.
Es ist Zeit, daß es Zeit wird.

Es ist Zeit.

Paul Celan, Czernowitz-Paris (1920 – 1970)

aus „Mohn und Gedächtnis“
Suhrkamp Verlag

***

CORONA

Na minha mão como no outono a folha: somos amigos.
Descascaremos o tempo das nozes e o ensinaremos a andar:
o tempo retorna à sua casca.

No espelho é domingo,
no sonho se adormece,
a boca diz a verdade.

Meu olho desce ao sexo da amada:
nos olhamos
dizemos a escuridão,
amamos um ao outro como papoula e memória,
dormimos como o vinho nas conchas,
como o mar no raio de sangue da lua.

Estamos abraçados à janela: nos olham desde a rua:
já é tempo que saibam!
Já é tempo que a pedra floresça,
que a inquietude faça palpitar um coração,
já é tempo que seja tempo.

Já é tempo.

Tradução ao português: José Eduardo Degrazia
Translation into Portuguese by José Eduardo Degrazia

***

CURUNA

L’autunnu si mancia li so fogghi dâ me manu: semu amici.
Scurciamu lu tempu di li nuci e ci nzignamu a caminari:
Lu tempu ritorna dintra a scorcia.

Nta lu specchiu è duminica,
nta lu sognu durmemu,
la vucca parra lu veru.

L’occhiu scinni a taliari lu sessu di la me amanti:
Nni taliamu,
parramu di cosi scuri,
nni amamu comu li papaviri e la mimoria,
durmemu comu vinu dintra li cunchigghi
comu lu mari nta lu raggiu lunari russu di sangu.

Addritta nn’abbracciamu davanti a la finestra, nni talianu di la strata:
È ura, ca chistu si sapissi !
È ura ca la petra si pigghiassi cura di ciuriri,
ca ddu cori senza riposu cuminciassi a battiri
è ura ca lu tempu fussi tempu.

È ura!

Traduzioni in sicilianu di Gaetano Cipolla
Translation into Sicilian by Gaetano Cipolla

***

CORONA

Din mâna mea toamna frunzași-o mănâncă: suntem prieteni.
Din nuci cojim timpul și le învățăm să se ducă:
timpul se întoarce în coajă.

În oglindă este duminică,
în vis se doarme,
gura rostește adevăr.

Ochiul meu cată spre sexul iubitei:
ne privim,
ne spunem ceva întunecat,
unul pe altul ne iubim precum luna și memoria,
dormim ca vinul în scoici,
ca marea în jetul de sânge al lunii.

Îmbrățișați stăm în geam, ei ne văd de pe stradă:
e timpul să se știe!
E timpul ca piatra să se dedea înfloririi,
neliniștea să bată o inimă.
E timpul să se facă timpul.

E timp.

Traducere Gabriela Căluțiu Sonnenberg
Translation into Romanian by Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

KORONA*

Z ręki mi jesieńwyjada swój liść: jesteśmy przyjaciółmi.
Obłuskujemy czas z orzechów i uczymy je chodzić.
Czas powraca do skorupki.

W lustrze jest niedziela
w marzeniu sennym zasypianie,
usta się wypowiadają prawdziwie.

Moje oko zstępuje w dół ku płci ukochanej.
patrzymy na siebie nawzajem
mówimy sobie ciemne rzeczy,
kochamy się jak mak i pamięć,
śpimy jak wino w muszlach
jak morze w krwawym promieniu księżyca.

Stoimy objęci w oknie, widzą nas z ulicy:
czas, aby wiedziano !
Czas, by kamień zechciał zakwitnąć,
by serce niepokoju zaczęło bić.
Jest czas, aby nastał czas.

Już czas.

Przekład na polski: Miroslaw Grudzień
Translation into Polish by Miroslaw Grudzień

***

ΚΟΡΟΝΑ

Τρώειτοφθινόπωροτοφύλλο του
απότοχέρι μου: είμαστε φίλοι,
παίρνουμετουςξηρούς καρπούς

και τους μαθαίνουμε να περπατούν
χρόνος που επιστρέφει στο κέλυφος του.
Κυριακή μες στον καθρέφτη μας
ονειρευόμαστε
το στόμα την αλήθεια ομολογεί.

Η ματιά μου ταξιδεύει στ’ όργανο της αγάπης μου
βλεπόμαστε στα μάτια
μιλούμε για πράγματα σκοτεινά
αγαπιόμαστε σαν παπαρούνες και θύμηση
κοιμόμαστε σαν το κρασί μες στα κοχύλια
σαν θάλασσα στου φεγγαριού το αιμάτωμα.

Στεκόμαστε αγκαλιά μπρος στο παράθυρο
ανθρώποι μας κοιτούν από το δρόμο
η ώρα ήρθε αυτό να μαθευτεί
η ώρα ήρθε που η πέτρα άνθισε
και της καρδιάς ο καλπασμός ακούστηκε
ήρθε η στιγμή για τη στιγμή

είναι η ώρα.

ΜετάφρασηΜανώληΑλυγιζάκη
Translation into Greek by Manolis Aligizakis

***

日 冕

秋天吃我手中的叶子:我们是朋友
我们从坚果剥壳时间,教它走路:
时间又回这壳里
镜子里是星期天,
在梦中我们睡着了,
嘴巴讲真东西
我的眼睛落到我爱人的性上:
我们互相凝视,
我们谈论黑暗的事物,
我们像罂粟和记忆一样相互爱恋,
我们像海贝里的酒一样睡眠,
就像月亮的血光中的大海
我们站在窗前拥抱,他们从街上观看我们:
是让大家知道这事的时候了!
是石头受难而开花的时候了,
是骚动的心开始狂跳的时候了
是该它成为时间的时候了
是时候了

汉译:中国 周道模 2020-10-23
Translation into Chinese by William Zhou

***

كورونا

الخريفيقضمأوراقهمنيدي: نحنإذنأصدقاء
نسلخالزمنمنقوقعتهلنعلمهكيفيسير:
لكنالوقتيؤوبلمحجره.
أبصرتفيالمرآةأنهيومالأحد
فحلمتأنناهجعنا،
الفملاينطقإلابالحق.
عينايتهبطانصوبمكانالإثارةفيعشيقتي
فيحدقأحدنابالآخر
ونتحدثبأشياءمبهمة
نحنعاشقانكشقائقالنعمانوالذاكرة
ننامثملينفيالأصداف
فنبدوكالبحرفيشفقالقمرالأحمر.
ننهضفيعناققربالنافذة
فيبصرناالآخرونعبرالشارع
لقدآنالأوانلنفصحللعلن!
حانالوقتللحصىأنتزدهر
وأنيشرعالقلبالمضطرببالخفقان
لقدأزفالوقتلهليكشفعننفسه،
لقدأزفوقته

ترجمتهعنالإنجليزيةسارةسليم
Translation into Arab by Sarah Slim

***

रात का समय

पूर्वी खिड़की पर
उसे अब छोटा दिखाई देता है
भटकने का आंकड़ा
पॉल सेलेन
पेड़ों की शाखाओं के साथ
अब अंधेरे पर चढ़ता है,
और शाम,
एक हजार मौतें मर रहे हैं
रात में संघनन
अपने काले घूंघट के साथ सजाना
टिमटिमाती रोशनी
दिन के धावकों
मेरे कमरे की खिड़की पर
व्यर्थ बीकन जलता है
बिजली की रोशनी।

Translation into Hindi by Jyotirmaya Thakur

***

コロナ

秋はわたしの手から葉っぱを食らう
わたしたちは友だち
木の実から時間を取り出し、
歩くように教えたが
時間は貝殻に戻った
鏡の中は日曜日
夢の中にわたしたちは眠る
口は真実を話す

わたしの目は恋人の性を見下ろす
わたしたちは見つめ合い
深刻な話をする
わたしたちは子犬の思い出のように愛し合い
貝殻に入ったワインのように眠る
月の血の光線に照らされた海のように
わたしたちは窓のそばに立ち、抱き合う
人々は通りから見ている
もう知られてもよい時だ
もう花開いてもよい時だ
休まない心臓が鼓動を始めてもよい時だ
今がその時だ
その時なのだ

Translation into Japanese by Manabu Kitawaki

***

रात का समय

पूर्वी खिड़की पर
उसे अब छोटा दिखाई देता है
भटकने का आंकड़ा
पॉल सेलेन
पेड़ों की शाखाओं के साथ
अब अंधेरे पर चढ़ता है,
और शाम,
एक हजार मौतें मर रहे हैं
रात में संघनन
अपने काले घूंघट के साथ सजाना
टिमटिमाती रोशनी
दिन के धावकों
मेरे कमरे की खिड़की पर
व्यर्थ बीकन जलता है
बिजली की रोशनी।

Translation into Farsi by Jyotirmaya Thakur

***

CORONA

Есента яде своето листо от ръката ми: ние сме приятели.
Вадим време от орехите и го учим да ходи:
времето се връща в черупката.

В огледлото е неделя,
докато спим бълнуваме,
устата говори истина.

Окото ми се спуска към пола на любимата:
гледаме се един друг,
говорим си тъмни неща,
обичаме се като мак и памет,
спим като вино в раковини,
като морето в кървавия процеп на луната.

Стоим и се прегръщаме до прозореца, от улицата ни гледат:
време е това да бъде узнато!

Време е камъкът да предприеме риск да разцъфти,
защото неспокойното сърце започна да тупти.
Време е за времето да бъде време.

Време е.

превод от английски: Иван Христов
Translation into Bulgarian by Ivan Hristov

***

Kóróna

Haustiðéturlaufsittúrlófamínum: viðerumvinir.
Viðflettumskeltímansafhnetunumogkennumhonumað ganga:
tíminn fer aftur inn í skelina.

Í speglinum er sunnudagur,
í draumnumsofumvið,
munnurinnsegirsatt.

Augumínleitaniðuraðkynfærumelskunnar:
viðstörumhvort á annað,
viðtölum um myrkrið,

viðelskumsteinsogvalmúinnogminnið,
viðsofumeinsogvín í skeljum,
einsogsjórinn í blóðgeislummánans.

Viðföðmumstviðgluggann, fólkhorfið á okkurafgötunni:
það er tímitilkominnaðþettafréttist!
Það er tímitilkominnaðsteinninnfariaðblómstra,
aðhjartaóróansbyrjiaðslá.
Það er tímitilkominnaðsétímitilkominn.

Það er tími til kominn.

Translation into Icelandic by s Þór Stefánsson

***

CORONA

С моей ладони пожирает осень лист:ведь мы друзья.
Мы слущиваем время с орехов и учим его ходить:
время бежит обратно в скорлупу.

Взеркале– воскресенье,
во сне мы спим,
рот говорит правду.

Мойвзглядсбегаетвнизклонумоейлюбви:
мысмотримдругдругувглаза,
говоримотемноте,
мы любим друг друга, какпамять и мак,
мы спим, как вино в ракушках,
как море в огненном течении луны.

Мыстоимобнявшисьуокна. Ониглядятна нас с улицы:
пришла пора, чтобы все знали!
поразацвести камню,
пора мятежности проснуться в сердце.
И времени стать временем пора.

Пора.

ПереводнарусскийязыкДарьиМишуевой
Translation into Russian by Daria Mishueva

***

CORONA

Kinakain ng Taglagas ang mga dahon sa aking mga kamay: magkaibigan kami
Ginugol ang oras sa pagtalop ng balat ng mani at tinuruan itong maglakad:

bumalik ang oras sa tinalop na balat,
Sa salamin ay araw na ng Linggo,
Sa panaginip kami ay nahihimbing,
nagsasabi ng totoo ang bibig.

Dumako ang aking paningin sa maselang bahagi ng aking mahal:

pinagmamasdan namin ang isa’t-isa,
nag-uusap ng mga malulungkot na mga bagay,
animo lango sa droga ang pagmamahal namin sa isa’t-isa at mga ala-ala

Mahimbing ang aming tulog na tulad ng alak sa sisidlan
tulad ng dagat na nabalot ng kulay dugong liwanag ng buwan
magkayakap na nakatayo sa may tabi ng bintana, mula sa daan kami ay

kanilang pinapanood
oras na, upang malaman nila ito,
Oras na upang ang bato naman ang namumulaklak,
ang nagugulumihanang puso ay nagsimulang pumintig.

Panahon na upang ito ay magsimula.

Panahon na!

Translation into Filipino by Eden Soriano Trinidad

***

שיר השבוע

מִ ן הַ יָּד מְ כַרְ סֵ ם לִ י הַ סְ תָּ ו אֶ ת עָּ לֵהּו. אֲנַחְ נּו יְדִ ידִ ים.
אֲנַחְ נּו קוֹלְ פִ ים אֶ ת הַ זְ מַ ן מִ ּתוְֹך הָּ אֱגוֹזִ ים ּומְ לַמְ דִ ים אוֹתוֹ לָּלֶכֶת.

הַ זְ מַ ן חוֹזֵר לַקְ לִ פָּ ה.
בָּ רְ אִ י יוֹם רִ אׁשוֹן,
בַ חֲלוֹם יְׁשֵ נִים,
הַ פֶ ה דוֹבֵ ר אֱמֶ ת.
עֵ ינִי רְ כּונָּה אֶ ל עֵ רְ וַת אֲהּובָּ תִ י:
אֲנַחְ נּו מִ סְ ּתַ כְ לִ ים זֶה בָּ זֶה,
אֲנַחְ נּו אוֹמְ רִ ים זֶה לָּזֶה דְ בָּ רִ ים אֲפֵ לִ ים.
אֲנַחְ נּו אוֹהֲבִ ים זֶה אֶ ת זֶה כְ פָּ רָּ ג וְ זִ כָּרוֹן,
אֲנַחְ נּו יְׁשֵ נִים כְ מוֹ יַיִן בְ צֶ דֶ ף,
כְ מוֹ הַ יָּם בְ קֶ רֶ ן-דָּ ם ׁשֶ ל הַ סַ הַ ר .

אֲנַחְ נּו עוֹמְ דִ ים חֲבּוקִ ים בְ חַ ּלוֹן, מִ ן הָּ רְ חוֹב מִ סְ ּתַ כְ לִ ים בָּ נּו:

הִ גִ יעָּ ה עֵ ת ׁשֶ יֵדְ עּו!
הִ גִ יעָּ ה עֵ ת ׁשֶ הָּ אֶ בֶ ן ּתוֹאִ יל לִ פְ רֹחַ ,
ׁשֶ אִ י-הַ מְ נּוחָּ ה ּתַ פְ עִ ים אֶ ת הַ ּלֵב.
הִ גִ יעָּ ה עֵ ת ׁשֶ ּתַ גִ יעַ עֵ ת.
הִ גִ יעָּ ה עֵ ת.
תרגום לעברית: שמעון זנדבנק
מתוך הספר סורג – שפה, הוצאת הקבוץ המאוחד

Translation into Hebrew by Shimon Zandbank

***

கொரோனா

இக்லையுதிர் காலம் எனது கைகளிலிருந்து இலையை தின்கிறது
நாங்கள் நண்பர்கள்
நாங்கள் கொட்டையிலிருந்து மேலோட்டை எடுத்து, நடக்கக்
கற்றுக் கொடுக்கிறோம்
நேரம் ஓட்டிற்குள் திரும்பி விடுகிறது
கண்ணாடியில் இன்று ஞாயிற்றுக் கிழமை
கனவில் உறங்குகிறோம்
வாய் உண்மை உரைக்கிறது
எனது கண் எனது காதலியின்பால் செல்கிறது
நாங்கள் ஒருவரை ஒருவர் உற்று நோக்குகிறோம
நாங்கள் இருளைப் பற்றிப் பேசுகிறோம்
நாங்கள் இருவரும் காதலிக்கிறோம் செந்நிறக் காட்டுப்பூவும்,
நினைவும் போல

கடல் ஓட்டில் உள்ள சாராயம் போல நாங்கள் உறங்குகிறோம்
நிலவின் சிகப்புக்கிரணங்கள் கடலில் உள்ளது போல.
சாளரத்தில் நாங்கள் நிற்கிறோம், கட்டித் தழுவுகிறோம்
அவர்கள் தெருவிலிருந்து எங்களைக் கவனிக்கிறார்கள்
இதை அறிந்து கொள்ளும் காலம் வந்துவிட்டது!
கல் மலரும் காலம் கஷ்டப்பட்டு வந்து விட்டது
அமைதியற்ற இதயம் துடிக்கத் துவங்கியது
அது காலமாய் இருக்கும் காலம் இது
அது காலம்!
ஆக்கம்

Translation into Tamil by Dr. N.V Subbaraman,

***

MIRINA BIHEVRA * (Vîrosa Korona)

Bona Donald Trump, Boris Johnson, Jair Bolsonaro …

Mirinê, em te vedixwin,
em te bi çehvên xwe vedixwin,
em te bi guhên xwe vedixwin
em te roj bi roj vedixwin

Mirîno, dem tune ye, ku em we verêkin,
dem tune ye, ku em gorên we bikolin

Serokan rê bi durûtiyê û derewan
dwîz kirine

Mirinê, em te vedixwin,
em te bi çehvên xwe vedixwin,
em te bi guhên xwe vedixwin
em te roj bi roj vedixwin.

Husên Hebeş ji elmanî û îngilîzî wergerand
Translation into Kurdish by Hussein Habasch

***

করোনা

শরতেরপাতাটিআমারহাতথেকে
পড়েযায়: আমরাপরস্পরেরবন্ধু ।
আমরাসময়চিরেনেইবাদামথেকেআর
হাটতেশিখাই:
সময়ফিরেআসেখোলসে ।
রবিবারেরআয়নারপ্রতিবিম্বতে,
স্বপ্নেআমরাঘুমাই,
মুখসত্যকথাবলে ।
আমারদৃষ্টিছুঁয়েযায়আমারপ্রেমিকারশরীরেরএকান্ত
অংশে:
আমরাএকেঅপরেরদিকেচেয়েথাকি,
আমরাগোপনঅন্ধকারবিষয়নিয়েকথাব,
আমরাএকেঅপরকেপপিআরস্মৃতির
মতোভালোবাসি,
আমরাসমুদ্রেরঝিনুকেমাদকতায়
ঘুমাই,
ঠিকযেনসাগরেরক্তিমচন্দ্রিমার-
দ্যুতিরমত।
আমরাদাড়াইআরআলিঙ্গনকরিজানালার
পাশে, তারারাস্তাথেকেআমাদেরদেখতে
পায়:
এইতোসময়, সবাইকেজানাবার!
এইতোসময়যেপাথরপ্রস্ফুটিতহয়েছিল
অনেককষ্টকরে,
সেইঅস্থিরহৃদয়বাড়তেথাকে
কম্পন।
এইতোসময়সেইসময়হবার।
এইতোসময় ।

ইংরেজিঅনুবাদপিয়েরজোরিস

Translation into Bangla by Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

****

CORONA

Itheannanfómharduilleog as modhearna: iscairdesinn.
Bainimidan t-am as blaoscnagcnónna, ismúinimiddó conas siúl:
filleannan t-am ar anmblaosc.

Domhnachatáannsascáthán,
beidh suan sabhrionglóid,
insíonnanbéalanfhírinne.

Íslíonnmoshúilechuigbaillghiniúna
moleannáin:
féachaimid ar a chéile,
caintdhorcha,
gráagainndáchéile ar nósanphoipín
isnacuimhne,
codlaímid mar fhíon i ndiúilicín,
anmhuirfaoisholasfuilteachnagealaí.

Barrógagainn ar a chéile san fhuinneog, feiceanndaoinesinnóntsráid:
Tá sé in am fhios a bheith acu!
Tá sé in am agangcloch a bheithsástabláthú
agangcroíbualadhgocorrabhuaiseach
Tá sé in am agan am a bheithann.

Tá sé in am.

Translation into Irish by Gabriel Rosenstock

***

KORONA

Jesenjedelišćeizmoješake: mi smoprijatelji.
Ljuštimo vreme sa orahai učimo ga da hoda:
vreme se vraćaljusci.
U ogledalu je nedelja,
u snuspavamo,
ustagovoreistinu.

Oko mi se spušta na telomogljubavnika:
zurimojedan u drugog
dok govorimo o mračnimstvarima,

wolimo se kao mak i sećanja,
spavamokaovino u morskimškoljkama
kao more u krvavomzrakumeseca.

Stalismo na prozor I grlili se dok sunasgledali s ulice:
vreme je da se ovoobelodani!
Vreme je da kamen počne da cveta,
da srcanemirapočnu da kucaju.
Vreme je da se za to da vremena.

Vreme je.

Translation into Serbian by Daniel en Smiljana Piksiade

(Paul Celan)

 

Recueil: ITHACA 655
Editions: POINT
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je n’ai pas choisi (Amina Saïd)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2020



Amina Saïd
    
je n’ai pas choisi…

je n’ai pas choisi de naître
mais je dois accepter et la vie et la mort

je n’ai pas choisi le jour l’heure le lieu
ou l’époque de ma venue au monde
ni choisi le nom que je porte
ou mon sexe ou la couleur de mes yeux

mais faire des prédictions cela je l’ai voulu

j’espère et désespère dans le même temps
je fais des rêves étranges qui chassent le sommeil
j’ai des moments de long silence
puis les mots se bousculent sur mes lèvres

il est pénible de ne pas être entendue
ma parole n’est pourtant pas trompeuse
elle est dans la douleur du monde

il me faut garder une vision limpide
parler le langage de l’âme
qui est lumière et sagesse

sans quoi la stupeur et le désarroi
me rendront muette à jamais
je suis née femme ma parole
est dans la douleur du monde

(Amina Saïd)

 

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Fille des eaux et de la tempête (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2020



Fille des eaux et de la tempête
l’écume de ta robe
cache tes cuisses de rochers
ton sexe d’algues
et tes seins d’écueils
que galbe la marée
tes seins que le vent
habille ou dénude
de leur voile de brume.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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