Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘sexe’

Comment croire au bois mort (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2019



 

Comment croire au bois mort
Aux natures mortes

Ils font simplement le chemin
Leur paisible travail
De traverser

Je ne pense pas que l’habitude
Soit uniquement une répétition

C’est une façon rebelle de dire
Jamais assez
A ce qui passe et semble perdu

Je ne crois pas que nos visages
Finissent au-dessous
Du menton

Mes mains mon sexe mon dos
Et mes genoux savent
Rire et pleurer

(Werner Lambersy)

Illustration: Heater Jansh

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Signalement (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2019



Signalement

Chair de l’Autre Sexe! Élément non-moi!
Chair, vive de vingt ans poussés loin de ma bouche!….
L’air de sa chair m’ensorcelle en la foi
Aux abois
Que par Elle, ou jamais, Mon Destin fera souche…..
Et, tout tremblant, je regarde, je touche….

Je me prouve qu’Elle est! — et puis, ne sais qu’en
Et je revois mes chemins de Damas croire
Au bout desquels c’était encor les balançoires
Provisoires….
Et je me récuse, et je me débats!
Fou d’un art à nous deux! et fou de célibats….

Et toujours le même Air! me met en frais
De coeur, et me transit en ces conciliabules….
Deux grands yeux savants, fixes et sacrés
Tout exprès.
Là, pour garder leur sœur cadette, et si crédule,
Une bouche qui rit en campanule!….

(Ô yeux durs, bouche folle!) — ou bien Ah! le contraire :
Une bouche toute à ses grands ennuis,
Mais l’arc tendu! sachant ses yeux, ses petits frères

Tout à plaire,
Et capables de rendez-vous de nuit
Pour un rien, pour une larme qu’on leur essui’ !….

Oui, sous ces airs supérieurs,
Le cœur me piaffe de génie
En labyrinthes d’insomnie!….
Et puis, et puis, c’est bien ailleurs,
Que je communie….

(Jules Laforgue)


Illustration: Zinaida Serebriakova

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

MOT (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



Illustration: Amedeo Modigliani
    
MOT

Tu ris que je m’écharne pour des mots
que j’assemble ciels et collines en haie d’azur
autour de moi, et le bruissement des ormes
et les voix des eaux tremblantes;
que je trahisse ma jeunesse
pour les nuages et les couleurs
qui se diluent dans la lumière.

Je te connais : en toi tout égarée
la beauté rehausse tes seins,
creuse tes reins et en un mouvement suave
inonde ton sexe timide,
puis redescend en courbes harmonieuses
jusqu’aux dix coquillages de tes beaux pieds.

Mais voilà: si je te prends
tu seras toi aussi pour moi un mot, et la tristesse.

***

PAROLA

Tu ridi che per sillabe mi scarno
e curvo cieli e colli, azzurra siepe
a me d’intorno, e stormir d’olmi
e voci d’acque trepide;
che giovinezza inganno
con nuvole e colori
che la luce sprofonda.

Ti so. In te tutta smarrita
alza belleza i seni,
s’incava ai lombi e in soave moto
s’allarga per il pube timoroso,
e ridiscende in armonia di forme
ai piedi belli con dieci conchiglie.

Ma se ti prendo, ecco:
parola tu pure mi sei e tristezza.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Et soudain c’est le soir
Traduction: Patrick Reumaux
Editions: Librairie Elisabeth Brunet

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Une lumière (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2018



Illustration: Yuri Pysar
    
Une lumière, une lampe,
le lointain de la nuit.
Le lointain du lointain
naît de moi, naît en musique.

Vivre libre.

Dans les confins
les sables,
la solitude,
la divine quiétude du sexe.

Liberté de n’être que cendre.

Je meurs dans la musique des sexes.

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le luth (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2018




    
Le luth

Je suis le luth. Veux-tu décrire
mon corps, ses courbes belles et galbées :
parles-en comme du galbe
d’une figue mûre. Amplifie

l’obscurité qu’en moi tu vois. Ce fut
l’obscur de Tullia. En son sexe
il n’en fut point autant, et la clarté
de ses cheveux était comme une salle claire.

Pour faire passer en son front
quelques sons elle effleurait mes cordes
et chantait. Et contre sa faiblesse
je me tendais, — mon âme enfin était en elle.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SONNET DU SEXE VOLANT (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2018



Illustration: John Singer Sargent
    
SONNET DU SEXE VOLANT

En moi couché tout dort, tout dort d’un parfait somme,
Et le sang et le muscle et la moelle et les os.
Seul demeure insoumis à l’ordre des yeux clos
L’incontrôlable nerf par lequel je suis homme.

Vers celle qui l’ignore ou qui tout bas le nomme,
Toujours de gorge en mont il s’en va sans repos.
Léger dans le maintien, libre dans le propos,
L’adultère il perpètre et l’inceste il consomme.

Par ses ballons porté, lourd ensemble et gaillard,
Chez la vierge ou l’épouse attiré par l’arôme,
A travers les rideaux il suit rêve et fantôme.

Et rien ne fermerait les ailes du paillard
Quand, parcourant des chairs l’illimité royaume,
Sur les corps il furète, indiscret oreillard.

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Au plus près du plus près (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2018



Illustration: Robert Auer
    
Au plus près du plus près
de nos yeux à vos yeux
de nos peaux à vos peaux

au plus près du plus près
de vos langues dans nos bouches
de vos seins dans nos mains

au plus près du plus près
de satin à satin
de nos sexes dans le vôtre

comme on est encore loin !

Loin

(Jean Pérol)

 

Recueil: À part et passager
Traduction:
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Comme ils disent (Charles Aznavour)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2018




    
Comme ils disent

J’habite seul avec maman
Dans un très vieil appartement
Rue Sarasate
J’ai pour me tenir compagnie
Une tortue, deux canaris
Et une chatte

Pour laisser maman reposer
Très souvent je fais le marché
Et la cuisine
Je range, je lave, j’essuie
À l’occasion je pique aussi
À la machine

Le travail ne me fait pas peur
Je suis un peu décorateur
Un peu styliste
Mais mon vrai métier
C’est la nuit
Où je l’exerce travesti
Je suis artiste

J’ai un numéro très spécial
Qui finit a nu intégral
Après strip-tease
Et dans la salle je vois que
Les mâles n’en croient pas leurs yeux
Je suis un homme, oh!
Comme ils disent

Vers les trois heures du matin
On va manger entre copains
De tous les sexes
Dans un quelconque bar-tabac
Et là, on s’en donne a cœur joie
Et sans complexes
On déballe des vérités
Sur des gens qu’on a dans le nez
On les lapide
Mais on le fait avec humour
Enrobé dans des calembours
Mouillés d’acide

On rencontre des attardés
Qui pour épater leur tablée
Marchent et ondulent
Singeant ce qu’ils croient être nous
Et se couvrent, les pauvres fous
De ridicule

Ça gesticule et parle fort
Ça joue les divas, les ténors
De la bêtise
Moi, les lazzis, les quolibets
Me laissent froid, puisque c’est vrai
Je suis un homme, oh!
Comme ils disent

À l’heure où naît un jour nouveau
Je rentre retrouver mon lot
De solitude
J’ôte mes cils et mes cheveux
Comme un pauvre clown malheureux
De lassitude

Je me couche mais ne dors pas
Je pense à mes amours sans joie
Si dérisoires
À ce garçon beau comme un dieu
Qui sans rien faire a mis le feu
À ma mémoire
Ma bouche n’osera jamais
Lui avouer mon doux secret
Mon tendre drame
Car l’objet de tous mes tourments
Passe le plus clair de son temps
Au lits des femmes

Nul n’a le droit en vérité
De me blâmer, de me juger
Et je précise
Que c’est bien la nature qui
Est seule responsable si
Je suis un homme, oh!
Comme ils disent

(Charles Aznavour)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Une femme (Marcel Béalu)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2018



Illustration: Henry Picou
    
Une femme

Une femme avec un sexe entre les jambes
Et de longs cheveux de noyée
Une femme aux yeux couleur de lierre
Aux seins tendres comme la rosée

Ses mains sont la forêt obscure
Où je me perds et qui me déchire
Sa nuque est la clairière ailée
Tous les chemins mènent au port

Sa chevelure est la tempête et le navire
Ses jambes sont la prairie sous-marine
(Prairie je veux dire où poussent les praires)

Une palourde noire y dort
Qui ne s’entrouvre que pour moi

(Marcel Béalu)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

J’ai tout repeint en bleu (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2018



J’ai atteint
à la béatitude
des anges
de bazar
j’ai tout repeint
en bleu
Les oursins
du coeur
les sandales
d’Empédocle
sur l’Etna
les machines
à sous du sexe
l’oeil
de verre
des USA
J’ai tout repeint
en bleu
nirvana
comme on fait
aux volets
de campagne
à cause
des mouches
qui n’aiment
pas cette couleur
Et j’ai tourné
sept fois
ma langue
dans l’oreille
de Dieu
pour le faire rire

(Werner Lambersy)


Illustration: Fabienne Contat

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :