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Poésie

Posts Tagged ‘s’habituer’

Tout comme l’espace s’habitue à l’espace (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2019



Tout comme l’espace s’habitue à l’espace,
je me suis habitué à être quelque chose.

Quand je disparaîtrai,
il y aura simplement une habitude de moins.

***

Así como el espacio se acostumbra al espacio,
yo me he acostumbrado a ser algo.

Cuando desaparezca,
habrá sencillamente una costumbre menos.

****

As space gets used to space,
I got used to being something.

When I’ll disappear,
There will just be one habit less.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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MATIN (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



MATIN

Ce matin l’herbe est noire et nue
Le vent s’allume, s’éteint
L’air s’ouvre à la pluie d’étain
Les pierres, la terre s’habituent

Ce matin le talus jaunit
Les corbeaux luisent sur le pré
L’agneau saigne à la boucherie
La terre s’y fait

Ce matin la neige est tombée
Le troupeau tousse dans la buée
Un triste coq crie au vent blanc
La terre s’y tait comme avant

Matin de cendre et de bitume
Le gel a mordu dans nos plaies
Des larmes coulent dans la haie
La grasse terre s’accoutume

Matin de ciel et de jais
Si le soleil revenait
L’air a son odeur nocturne
L’aube rougeoie derrière l’averse
La lumière est une herse
Entre maintenant et jamais
Un merle rit du chant qu’il tresse
La terre s’y fait

(Jacques Chessex)

 

 

 

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L’homme s’habitue à tout (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2018



 

Nikolay Butkovskiy 025

L’homme
S’habitue à tout!
De ne plus la voir,
Allons, je vais essayer,
Même si je dois mourir d’amour.

(Anonyme)

Illustration: Nikolay Butkovskiy

 

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Le sublime est un départ (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2018



Le sublime est un départ.
Quelque chose de nous qui au lieu
de nous suivre, prend son écart
et s’habitue aux cieux.

La rencontre extrême de l’art
n’est-ce point l’adieu le plus doux?
Et la musique: ce dernier regard
que nous jetons nous-mêmes vers nous!

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Michael Cheval

 

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Petit garçon (Alexandre Romanès)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2018



La première fois
qu’on m’a appelé monsieur,
j’ai été stupéfait.
Avec le temps je m’y suis habitué
mais moi je me vois toujours
comme un petit garçon de dix ans.

(Alexandre Romanès)

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Je voudrais je ne pourrai pas m’habituer (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2017



    

Illustration

Je voudrais je ne pourrai pas
M’habituer aux chevaux et aux fleurs de lilas

Le train qui passe à l’horizon est très ancien
Sa mécanique très moderne n’y fait rien

Il est graissé et sans défaut comme un poème
Mais ce sont les chants du Gaélique que j’aime

Je voudrais je ne pourrai pas
M’absenter des chevaux et des fleurs du lilas

L’aéroplane est vieux l’automobile est vieille
Seul le vrombissement mélodieux d’une abeille

Est jeune et jeune aussi ce vieillard attardé
Dans sa marche par la marche d’un scarabée

Je voudrais je ne pourrai pas
M’habituer aux chevaux et aux fleurs du lilas

Car j’ai peur de ne plus savoir mourir comme on s’aligne
Côte à côte pour un concours de pêche à la ligne

J’ai peur de n’être pas à la hauteur de mes voisins
Qui conduisent des automobiles et prennent le train

Et meurent dans leur lit sans souci des campagnes
Où l’amour tue comme un éclatement de châtaigne

Je mourrai mais je ne pourrai pas
M’absenter des chevaux et des fleurs du lilas

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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Ils sont morts à plusieurs (Nadia Tueni)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2017



Illustration: Diana Zeineddine Al Hourani
    
Ils sont morts à plusieurs
C’est-à-dire chacun seul
sur une même potence qu’on nomme territoire
leurs yeux argiles ou cendres emportent la montagne
en otage de vie.

Alors la nuit
la nuit jusqu’au matin
puis de nouveau la mort
et leur souffle dernier dépose dans l’espace la fin du mot.
Quatre soleils montent la garde pour empêcher
le temps d’inventer une histoire.

Ils sont morts à plusieurs
sans se toucher
sans fleur à l’oreille
sans faire exprès
une voix tombe: c’est le bruit du jour sur le pavé.

Crois-tu que la terre s’habitue à tourner?
Pour plus de précision ils sont morts à plusieurs
par besoin de mourir
comme on ferme une porte lorsque le vent se lève
ou que la mer vous rentre par la bouche…

Alors
ils sont bien morts ensemble
c’est-à-dire chacun seul comme ils avaient vécu.

(Nadia Tueni)

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Chant d’après la bataille (Chants Sioux)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



 


    
Chant d’après la bataille

Passaient des jeunes gens
Et je le cherchais des yeux.
Je ne suis pas encore habituée
A sa disparition.
C’est une chose
Que je ne peux admettre.
Les chouettes vers moi hululent.
Les chouettes vers moi hululent.
Voilà ce que me donne à entendre
Ma vie.
Les loups vers moi hurlent.
Les loups vers moi hurlent.
Voilà ce que me donne à entendre
Ma vie.

(Chants Sioux)

 

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Je m’habitue à voir (Aïcha Arnaout)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2017



je m’habitue à voir
par les fentes
du grillage nocturne
à écouter contre
les murs et le sol
à être le cristal
qui intercepte
l’invisible

(Aïcha Arnaout)

 

Recueil: L’inventaire des choses (Anthologie)
Traduction: Aïcha Arnaout
Editions: Action Poétique

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Corona (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



Edvard Munch  500 [800x600]

Corona

Du dedans de la main, l’automne dévore sa feuille : nous sommes amis
Nous libérons le temps de la coquille de noix
Et nous lui apprenons à marcher
Le temps retourne vers sa coquille
Dans le miroir c’est dimanche
Dans le rêve nous dormons
La bouche parle vérité
Mon regard descend vers le sexe de l’aimée
Nous regardons
Nous nous parlons des ténèbres
Nous nous aimons comme pavot et mémoire
Nous dormons comme vin dans les coquillages
Comme mer dans les rayons de sang de la lune
Nous nous tenons enlacés près de la fenêtre
Ils nous dévisagent de la rue
Il est grand temps que l’on sache
Il est grand temps que la pierre s’habitue à fleurir
Que le non-repos batte au cœur
Il est temps que le temps soit
Il est temps

(Paul Celan)

Illustration: Edvard Munch

Recueil: Contrainte de lumière
Traduction:
Editions:

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