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Poésie

Posts Tagged ‘s’habituer’

Les dangers de la mémoire (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2021



Ils s’assemblent souvent, pour lutter
contre des souvenirs très tenaces.
Chacun dans un fauteuil prend place
et ils se mettent à raconter.

Les accidents paraissent les premiers
puis l’amour, puis les sordides regrets
enfin les espérances mal éteintes.
Toutes ces images sont peintes
au mur, entre les fleurs du papier.

Ils pensent ainsi s’habituer
aux poisons que leur mémoire transporte.
– Moi cependant, derrière la porte,
je vois le PRESENT fuir avec ses secrets.

(Jean Tardieu)


Illustration: Dominique Albertelli

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On en revient (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2021



On en revient.

Etrange
Est que l’on revienne
Le plus souvent,

Après l’effort, plus grand
Qu’on ne pouvait.

Et même,
A ce retour on s’habitue.

(Guillevic)

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NOCTURNE (ET PUIS) (Christian Arabian)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2021



Alice Pike Barney 29739 [1280x768]

NOCTURNE
(ET PUIS)

Et puis
Je crois qu’on s’aimait vraiment
Et puis
Tout était grave et charmant
Et puis
J’allais chez toi chaque nuit
Et puis
Tu m’appelais en dormant

Alors, le matin nous reprenait
Alors, nous allions nous promener
Alors, c’était une autre journée
Et puis
Le soleil ou bien la pluie
Et ces jours heureux je te les dois
Je peux les compter sur mes doigts
Peut-être moins d’une semaine à peine à peine
Un train s’en allait et je l’ai pris
Et je ne t’ai jamais écrit
Comme j’en avais fait promesse promesse de Paris

Et puis
Je ne sais plus qui tu es
Et puis
Je me suis habitué
Et puis
Je ne sais plus où je suis
Et puis
Je vais chez toi chaque nuit
Et puis
Et puis
Et puis.

(Christian Arabian)

Illustration: Alice Pike Barney

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POURSUITE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2020



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POURSUITE

La rouille mord
à même un fer de lance
des chevaux demeurent silencieux
cependant qu’on poursuit
un seul homme
qui court par des dédales
et des ruines
car il n’a jamais pu
s’habituer à ce temps.

(Jean Follain)

Illustration

 

 

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Tout comme l’espace s’habitue à l’espace (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2019



Tout comme l’espace s’habitue à l’espace,
je me suis habitué à être quelque chose.

Quand je disparaîtrai,
il y aura simplement une habitude de moins.

***

Así como el espacio se acostumbra al espacio,
yo me he acostumbrado a ser algo.

Cuando desaparezca,
habrá sencillamente una costumbre menos.

****

As space gets used to space,
I got used to being something.

When I’ll disappear,
There will just be one habit less.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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MATIN (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



MATIN

Ce matin l’herbe est noire et nue
Le vent s’allume, s’éteint
L’air s’ouvre à la pluie d’étain
Les pierres, la terre s’habituent

Ce matin le talus jaunit
Les corbeaux luisent sur le pré
L’agneau saigne à la boucherie
La terre s’y fait

Ce matin la neige est tombée
Le troupeau tousse dans la buée
Un triste coq crie au vent blanc
La terre s’y tait comme avant

Matin de cendre et de bitume
Le gel a mordu dans nos plaies
Des larmes coulent dans la haie
La grasse terre s’accoutume

Matin de ciel et de jais
Si le soleil revenait
L’air a son odeur nocturne
L’aube rougeoie derrière l’averse
La lumière est une herse
Entre maintenant et jamais
Un merle rit du chant qu’il tresse
La terre s’y fait

(Jacques Chessex)

 

 

 

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L’homme s’habitue à tout (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2018



 

Nikolay Butkovskiy 025

L’homme
S’habitue à tout!
De ne plus la voir,
Allons, je vais essayer,
Même si je dois mourir d’amour.

(Anonyme)

Illustration: Nikolay Butkovskiy

 

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Le sublime est un départ (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2018



Le sublime est un départ.
Quelque chose de nous qui au lieu
de nous suivre, prend son écart
et s’habitue aux cieux.

La rencontre extrême de l’art
n’est-ce point l’adieu le plus doux?
Et la musique: ce dernier regard
que nous jetons nous-mêmes vers nous!

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Michael Cheval

 

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Petit garçon (Alexandre Romanès)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2018



La première fois
qu’on m’a appelé monsieur,
j’ai été stupéfait.
Avec le temps je m’y suis habitué
mais moi je me vois toujours
comme un petit garçon de dix ans.

(Alexandre Romanès)

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Je voudrais je ne pourrai pas m’habituer (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2017



    

Illustration

Je voudrais je ne pourrai pas
M’habituer aux chevaux et aux fleurs de lilas

Le train qui passe à l’horizon est très ancien
Sa mécanique très moderne n’y fait rien

Il est graissé et sans défaut comme un poème
Mais ce sont les chants du Gaélique que j’aime

Je voudrais je ne pourrai pas
M’absenter des chevaux et des fleurs du lilas

L’aéroplane est vieux l’automobile est vieille
Seul le vrombissement mélodieux d’une abeille

Est jeune et jeune aussi ce vieillard attardé
Dans sa marche par la marche d’un scarabée

Je voudrais je ne pourrai pas
M’habituer aux chevaux et aux fleurs du lilas

Car j’ai peur de ne plus savoir mourir comme on s’aligne
Côte à côte pour un concours de pêche à la ligne

J’ai peur de n’être pas à la hauteur de mes voisins
Qui conduisent des automobiles et prennent le train

Et meurent dans leur lit sans souci des campagnes
Où l’amour tue comme un éclatement de châtaigne

Je mourrai mais je ne pourrai pas
M’absenter des chevaux et des fleurs du lilas

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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