Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘silence’

SONATE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2021



 

SONATE

Plus rien entre le ciel et moi sinon le temps!
Je ne suis nulle part ailleurs que dans les ailes
invisibles de l’air qui battent faiblement
sous l’espace noyé par sa pluie éternelle.

Quel secret demander à ce désert savant ?
Quel secours sinon lui, quelle heure sinon celle
qui s’arrête!… La feuille est veuve de tout vent;
il suffit d’écouter et d’attendre comme elle.

Nul pas ne reviendra sur ce champ spacieux;
tout est déjà mémoire au front calme des dieux
et pour être plus près de leur lointain silence,

ouvre en toi-même un flot égal à ce qui fuit,
sans regret, sans espoir et sans autre présence
que ce coeur encor lourd d’immémoriale nuit.

(Jean Tardieu)

Illustration: Lauri Blank

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les difficultés essentielles (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2021



 

Monsieur mes ses chaussettes
Monsieur les lui retire.

Monsieur met sa culotte
Monsieur la lui déchire.

Monsieur met sa chemise
Monsieur met ses bretelles
Monsieur met son veston
Monsieur met ses chaussures:
au fur et à mesures
Monsieur les fait valser.

Quand Monsieur se promène
Monsieur reste au logis

quand Monsieur est ici
Monsieur n’est jamais là

quand Monsieur fait l’amour
Monsieur fait pénitence

s’il prononce un discours
il garde le silence,

s’il part pour la forêt
c’est qu’il s’installe en ville,

lorsqu’il reste tranquille
c’est qu’il est inquiet

il dort quand il s’éveille
il pleure quand il rit

au lever du soleil
voici venir la nuit;

Vrai! c’est vertigineux
de le voir coup sur coup
tantôt seul tantôt deux
levé couché levé
debout assis debout!

Il ôte son chapeau
il remet son chapeau
chapeau pas de chapeau
pas de chapeau chapeau
et jamais de repos.

(Jean Tardieu)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

LE SENS (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2021



Illustration
    
LE SENS

Le sens ne réside pas en un lieu.
C’est comme une lèvre tronquée
ou la musique d’une planète lointaine.
Rarement c’est un palais ou une plaine,
le diamant d’un vol ou le coeur de la pluie.
Parfois c’est le bourdonnement d’une abeille, une infime présence
et le jour est un feu brûlant sur la corolle de la mer.
Il s’abreuve de violence et d’obscurité
et ses rivages sont jonchés d’oubli et de chaos.
Ses caprices contiennent toute la distance du silence
et tout l’éclat du désir. Avec une musique désespérée,
il craque parfois sous le masque du temps.
Avec des cendres d’eau, il crée des halos de pénombre
et d’un côté c’est le désert, de l’autre une cataracte.
On peut le parcourir certaines fois comme le spectre solaire
ou le sentir comme un cri en lambeaux ou une porte condamnée.
Souvent ses noms ne sont pas des noms,
mais des blessures, des murailles sourdes, des lames effilées,
de minuscules racines, des chiens d’ombre, des ossements de lune.
Toutefois, il est toujours l’amant désiré que
recherche le poète dans les remous des ténèbres.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA LUMIÈRE ET LA NUIT (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2021



Illustration: Piet Mondrian Mondrian
    
LA LUMIÈRE ET LA NUIT

Ici la lumière élabore ses plans
dans la tache du silence et la nuit
se met à parler aux portes. Voici le temps du corps,
le bois de l’ombre. De l’obscurité
montent des cordes transparentes, des violons
d’herbes, un tournoiement d’ailes
à contre-jour. Quelqu’un expulse
son image du miroir et l’oblige à se faire nuage.
L’ignoré est devenu la rose du midi.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LES DEUX GISANTS (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2021




LES DEUX GISANTS

Ils descendaient au fil de l’eau
les deux gisants les deux amants
dans le sourire de la mort
et la lumière de l’amour
était leur seule barque.

Entre l’espace qui les porte
et le temps qu’ils ont dépassé
ils avançaient sans avenir
et les gestes de la rivière
étaient leurs seuls mouvements.

O morts enfermés dans la vie
emportant la terre et le ciel
dans vos yeux grands ouverts,
ô figures inaltérables
d’un instant sans retour!

Unis apaisés et semblables
au fond de moi ils passent sans bouger
Je les contiens puisque je suis le fleuve
je les comprends puisque je suis la nuit
dans mon silence j’ensevelis
un rire un soleil éclatants.

(Jean Tardieu)

Illustration

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Là est l’immense (Yves Namur)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2021



Qui approcherait le mot silence
Et les sept colonnes du silence,
Celui-là entrerait dans l’immense.

Car là est l’immense
Et l’immense est là,

Et aussi la parole donnée.

(Yves Namur)

Illustration: Pascal Massonnat

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »

Les mots ont un visage (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2021




    
Les mots ont un visage : ou de silence ou de sang.
Le cheval qui nous domine est tout juste une ombre.
Sans syllabes d’eau, il avance jusqu’à l’automne. Un
arbre étend ses branches. Les nuages demeurent.

Le cheval est une hypothèse, une
passion constante.
Dans le réseau de ses veines court un
sang temporel,
un arbre se déplace avec l’allégresse des feuilles.
Arbre et cheval deviennent un seul être réel.

Caressant l’arbre je sens la force tenace
de la tête du cheval, l’éternité du métal,
l’explosion de l’être. Et moi, feuille légère

dans l’ombre de cet être animal végétal, je
cherche la raison parfaite, l’humilité statique, la
force verticale d’être qui je suis, et l’air.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La théorie du cheval (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2021




    
La théorie du cheval — la frise des femmes.
Les animaux qui auscultent le silence de la nuit,
une adolescente empêtrée dans une toile d’araignée,
un cri mourant dans le silence le plus froid.

L’explosion des épaules, le poing de ce regard,
la torsion de ce corps dans la fureur de l’amour,
l’explosion des mots comme le sperme dans la vulve,
la douceur satinée qui émane d’une lumière.

La nuit amoureuse jusqu’à la fin de la nuit.
Il n’existe pas de spectacle pour la vision intime.
Les corps les plus doux s’allument comme des lampes
et se baignent dans l’huile heureuse de l’absolu.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Cheval prêt à s’élancer (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2021




    
Cheval prêt à s’élancer, à gravir,
mais toujours la terre et le silence
soulèvent la maison et le chemin, le
tronc et la croupe, des noms forts.

Cheval de parole et de terre,
vaste par son nom et par son être, il
court le temps d’un regard sur la plaine,
ou se cabre embrasé sur les maisons.

Cheval à la fureur contenue,
écume d’un hennissement sur le mur
le plus haut de la terre, oreille
de la nuit en forme de cheval
sur l’horizon.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

NOS REGARDS SE SONT CROISÉS (Liu Luxi)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2021




    
NOS REGARDS SE SONT CROISÉS

Je suis toujours désolé
que les mots ne sachent guère
refléter la profondeur
de nos pensées.
Ce matin, en silence,
nos regards
se sont croisés
et tout le jour,
nos coeurs ont vibré
de mille promesses.

(Liu Luxi)

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :