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Poésie

Posts Tagged ‘silencieuse’

Alors le peintre (Michel Deguy)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2019



 

George Owen Wynne Apperley (1884 – 1960)   [1280x768]

Alors le peintre

La peinture n’est jamais réaliste puisqu’elle peint le NU:
Plume du sexe fichée en terre
Aisselles Etoiles Pubis Etoiles Palmiers Etoiles
Noires sur la nuit verte
Les hanches catalanes le fort menton de femmes
Giration silencieuse des profils
La captation des faces

(Michel Deguy)

Illustration: George Owen Wynne Apperley

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Personne n’est venu à ma rencontre (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2019



… Personne n’est venu à ma rencontre
Avec une lanterne sur les marches.
Je suis entrée dans la maison silencieuse
A la lueur infidèle de la lune.

Sous la lampe verte,
Avec un sourire figé,
L’ami murmure :  » Cendrillon,
Comme ta voix est bizarre…  »

Dans l’âtre les flammes meurent;
Le grillon crisse, il me fatigue;
Ah! sans doute quelqu’un a pris
En souvenir mon soulier blanc.

Et il m’a donné trois oeillets,
Sans lever les yeux.
Ô tendres preuves,
Où vous dissimuler?

Il est amer pour le coeur de croire
Que l’instant est proche, tout proche,
Qu’il va faire essayer à toutes
Mon soulier blanc.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Edward Coley Burne-Jones

 

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CELUI QUI FUT RÉVEILLÉ PAR LES CHANTS AU-DESSUS DES TOITS (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



CELUI QUI FUT RÉVEILLÉ PAR LES CHANTS AU-DESSUS DES TOITS

Matin, pluie de mai. La ville est encore silencieuse
comme un chalet de montagne. Les rues le sont aussi.
Et dans
le ciel un moteur d’avion qui gronde en bleu et gris. –
La fenêtre est ouverte.

Le rêve où repose le dormeur
est alors transparent. L’homme s’agite, cherche
à tâtons les outils de l’attention – presque dans l’espace.

(Tomas Tranströmer)

Illustration: Mitty Desques

 

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Quelle horreur (Patrizia Cavalli)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2018



 

Quelle horreur d’imaginer deux corps
qui font l’amour en proie au besoin
que quelque chose se passe
s’accomplisse et puis effilochés
par une satisfaction se recomposent
dans leur apparence.
Je préfère ce mètre de distance
où je voyais l’éternelle mer nuiteuse
calme silencieuse.

(Patrizia Cavalli)

 

 

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NOSTALGIE BIENHEUREUSE (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



 

Igor Morski 1960 -  @ [1280x768]

NOSTALGIE BIENHEUREUSE

Ne le dites à personne, sinon aux sages
Car la foule se moque tout de suite :
Je veux célébrer le Vivant
Qui aspire à la mort par la flamme.

Dans la fraîche sérénité des nuits d’amour
Qui t’engendra, où tu engendras,
Te gagne une étrange contagion
Quand brille la bougie silencieuse.

Tu ne restes plus prisonnier
Dans l’ombre des ténèbres,
Et un désir neuf t’arrache
Vers une plus haute union.

Nulle distance ne peut te décourager,
Tu arrives en volant, fasciné,
Et enfin, amoureux de la lumière,
Tu es, papillon, consumé.

Et tant que tu ne détiens pas
Ce : Meurs et deviens !
Tu n’es qu’un hôte obscur
Sur cette terre ténébreuse.

***

SELIGE SEHNSUCHT

Sagt es niemand, nur den Weisen
Weil die Menge gleich verhöhnet :
Das Leben’ge will ich preisen,
Das nach Flammentod sich sehnet.

In der Liebesnächte Külhung,
Die dich zeugte, wo du zeugstest,
Ueberfällt dich fremde Fühlung,
Wenn die stille Kerze leuchtet.

Nicht mehr bleibest du umfangen,
In der Finsternis Beschattung,
Und dich reisset neu Verlangen
Auf zu höherer Begattung.

Keine Ferne macht dich schwierig,
Kommst geflogen und gebannt,
Und zuletzt, des Lichts begierig,
Bist du, Schmetterling, verbrannt.

Und so lang’ du das nicht hast,
Dieses : Stirb und werde !
Bist du nur ein trüber Gast
Auf der dunklen Erde.

(Goethe)

Illustration: Igor Morski

 

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Allons ! (Walt Whitman)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



La terre jamais ne fatigue,
La terre est rude, silencieuse, incompréhensible d’abord,
la Nature est rude et incompréhensible d’abord,
Ne te décourage pas, persévère, il y a des choses divines bien enveloppées,
Je te jure qu’il a des choses divines plus magnifiques que
les mots ne peuvent le dire.

 » Allons !  » il ne faut pas nous arrêter ici,
Si délicieuses que soient ces provisions amassées,
si commode cette demeure nous ne pouvons pas rester ici,
Si abrité que soit ce port et si calmes ces eaux
nous ne devons pas jeter l’ancre ici,
Si accueillante que soit l’hospitalité qui nous entoure
il ne nous est permis de la recevoir que peu de temps.

(Walt Whitman)

Illustration: Giacometti

 

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Le chiffre (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

Le chiffre

L’amitié silencieuse de la lune
(je cite mal Virgile) t’accompagne
depuis, cette nuit, aujourd’hui perdue
dans le temps, cette soirée où tes yeux
vagues l’ont déchiffrée pour toujours dans
un jardin, un patio qui sont poussière.
Pour toujours ? Je sais qu’une fois quelqu’un
pourra te dire en toute vérité :
Tu ne reverras pas la lune claire.
Tu viens d’épuiser la somme des chances
que t’accorde le destin. Inutile
d’ouvrir toutes les fenêtres du monde.
Il est tard. Tu ne la trouveras plus.
Nous vivons découvrant et oubliant
cette douce coutume de la nuit.
Regarde. C’est peut-être la dernière.

(Jorge Luis Borges)

Illustration: Lori Earley

 

 

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Seul importe pour écrire ce qui n’a pas de nom (Jean-Michel Maulpoix)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018




Seul importe pour écrire ce qui n’a pas de nom
dans aucune langue connue.
Cela, qui occupe en nous la plus grande place silencieuse,
tient sa vacance et son énigme de la mort même.

(Jean-Michel Maulpoix)

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J’écris peut-être pour maintenir l’ouverture de la source (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



 

J’écris peut-être pour maintenir l’ouverture de la source,
même si je ne peux pas la découvrir.

Ce que j’appelle parole n’est rien de plus
que les harmoniques d’un accord juste,
le plus juste possible.

Ce n’est pas pour parler que j’écris, mais pour entendre,
ou plutôt, être capable d’entendre.

J’accueille dans sa nudité douloureuse
ce qui est sans nom ni figure.

Entre nous il n’y a aucun lien,
mais une liaison qui ne devrait pas exister,
et qui existe cependant :
cela même qui refuse de se manifester est pourtant l’origine
de la manifestation dans sa totalité.

Il faut que le don accueille le don
et que le silence remercie la parole,
le silence qui est à son tour remercié.

Mes paroles aimeraient être une pure confidence.
Car mes paroles vont à la rencontre de ce moment inouï
où l’inconnu se retourne dans la vive transparence d’un contact subtil.

Ce qui produit les choses, le monde, et qui n’est rien de ce monde,
et cependant qui n’est pas en dehors de lui,
ce que je ressens en même temps comme présence et absence,
crée la plénitude d’un visible transparent qui s’enracine dans l’invisible.

Et pourtant je ne pourrai jamais dire que je l’ai rencontré.
La rencontre est toujours impossible, problématique, incertaine.
Je sais néanmoins qu’elle n’adviendrait pas si je n’écrivais pas.

J’écris en essayant d’entendre la rumeur de l’inconnu.
Ce que j’écris dépend de cette relation ténue
à quelqu’un d’invisible qui attend et supplie.

C’est donc ce que j’écris qui rend possible la rencontre,
le dire diaphane de l’altérité.

J’écris, et ce que j’écris ne mène nulle part.

Les mots sont pauvres, blancs, transparents.
Peut-être qu’ils sont une silencieuse irradiation du vide.

Mais c’est ainsi que je m’approche du dieu inconnu.

(António Ramos Rosa)

Illustration: Danielle Decollonge

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Il suffit d’un mot (Nicole Barrière)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Une invisible rumeur enfle au bord des lèvres.
Quelque chose assèche le désir, vertige,
sensation de danger,
silencieuse et violente,
menaçante, l’arrête.
Caresse l’horizon,
ose le voyage,
apprivoise la sérénité,
existe au sud du silence,
respire la planète
Prend racine avec la sauvage et fragile,
La trace de la même ombre,
Le même sillage d’une question

Des bouquets de soleil mûrissent
Le vol et la plume rendent léger le monde
Sans froisser le silence
Parfois, sur le papier
Il suffit d’un mot.
L’Autre renaît du mouvement de danse en soi,
l’ensorcelle, l’enchante, le brise, le poursuit,
le dénoue, déroule sous ses pas, le retient, le dessine,
affleure le mal d’aimer,
l’efface dans une plainte de la nuit.

Au pas de rencontre,
le silence a envahi le creux du temps,
recelé les mots sous la peau de l’âme,
vacillements, blessures, larmes, peurs, émois,
le tréfonds de vivre dans le silence fertile de l’amour.

Ancienne, cette faille où je perds et je résiste,
Dire, il faudrait dire la tendresse
A toi qui attends, qui entends?
Ce murmure qui, à peine s’entend
Dans les battements lents devenus doux
Un souffle, un sourire, quelques mots
Dire la lumière sans la peur de dire la douleur qui
sépare les larmes dans la nuit
Dire les pauvres mots dits et l’enveloppe bleue de la terre,
tourment d’être ensemble
et tourment d’être séparé de l’onde et de l’arbre,
cette heure où les yeux de l’âme
frissonnent au regard de l’autre
ou du frisson
à l’appel de son nom

Immobiles nos racines d’arbres frissonnent
d’attendre l’arrachement possible à la lumière d’y croire,
ce temps foudroyé de l’attente
apprivoise l’orage
entre le vent et la pierre.

(Nicole Barrière)


Illustration: Tamara Lunginovic

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