Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘silex’

CHORAL (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2018



 

CHORAL

Henni par le silex,
au train de rêve qui te faisait galoper
sur le champ
envahi de trèfle :

le peu de
terre qui remonte péniblement
vers nous brisé
par l’aigre stridence du fifre
qui te fouaille, des millions de fois,
dans ton ultime
parole hérétique.

Lentement,
tu enfonces ton doigt dans la plaie
d’où ma voix
s’échappe.

(Paul Auster)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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LES RAISONS (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



LES RAISONS

— dis-moi pourquoi tu vis
— pour caresser un doute
aussi doux qu’un puma
âgé d’un quart de lune

— dis-moi pourquoi tu aimes
— parce que la brebis est un silex
le silex un genou de fée
la fée un mot pendu par la nageoire

— dis-moi pourquoi tu changes
— mais non je multiplie l’azur
comme un hareng se multiplie entre les vagues
et je divise l’horizon
comme on divise un colibri
entre deux mille enfants aveugles

— dis-moi pourquoi tu meurs
— il faut que la serrure et l’alouette
le livre et la cascade
apprennent
à se tromper

(Alain Bosquet)

Illustration: Sylvie Lemelin

 

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Érotisme de la mémoire (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Luc-Olivier Merson Diane chasseresse-1878

Érotisme de la mémoire

Cuisses de Diane
Ventre de Diane
Seins de Diane
Yeux de Diane

Le petit jour point dans la forêt où tout est orange !
Sauf le tronc marqué de craie des bouleaux.

C’est là près de cet arbre aux feuilles vieillissant avant la saison que j’ai
rencontré Diane dans une attitude naturelle mais rarement décrite
dans les poèmes.
Les fesses ovales se dessinaient entre le désordre du linge et le vert gris
tendre de l’herbe
Dans un sentier voisin le pas d’un garde retentit
Il passa sans qu’on le vît.
Tandis que Diane se dissolvait dans le jour,
comme le croissant de la lune.
À cet endroit de la forêt il y a les débris d’une bouteille
Un vieux livre que les pluies et les rosées renvoient au terreau
Une plume d’oiseau
Un morceau de silex
Une empreinte de pas profondément marquée dans la terre
Et quelqu’un, peut-être, passera là au jour et à l’heure de ma mort
0 vie, enivrante vie
Aveuglante et bienfaisante.

(Robert Desnos)

Illustration: Luc-Olivier Merson

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INCENDIAIRE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2018



 

INCENDIAIRE

Heures de silex. L’étalement muet
des pierres autour de nous, coeur
contre coeur, nous, dans la coque
de paille
qui suppure par les trous
humides de la nuit.

Rien ne reste. L’oeil froid
s’ouvre sur le froid,
tandis qu’une image de feu
dévore
à travers le mot
qui lutte dans ta bouche. Le monde
est
ce que tu lui cèdes, est seulement
toi
dans le monde où mon corps
entre : ce lieu
où tout est manque.

(Paul Auster)

 

 

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Qu’est-ce que j’aurai gagné à être éternel ? (René-Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Qu’est-ce que j’aurai gagné à être éternel ?
Les lunes et les siècles passeront
Un million d’années ce n’est rien
Mais ne plus avoir ce tremblement de la main
Qui se dispose à cueillir des œufs dans la haie
Plus d’envie plus d’orgueil tout l’être satisfait
Et toujours la même heure imbécile à la montre
Plus de départs à jeun pour d’obscures rencontres
Je me dresse comme un ressort tout neuf dans mon lit
Je suis debout dans la nuit noire et je m’agrippe
À des lampions à des fantômes pas solides
Où la lucarne ? Je veux fuir ! Où l’écoutille ?
Et je m’attache à cette étoile qui scintille
Comme un silex dans le flanc
Ivrogne de la vie qui conjugue au présent
Le liseron du jour et le fer de la grille.

(René-Guy Cadou)

Illustration: Alberto Galvez

 

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OFFENSE (Tudor Arghezi)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



 

OFFENSE

N’ayant de goût pour le granit, ô vierge,
dont j’aurais pu te le tailler,
j’ai cherché dans l’argile roumaine
ton corps svelte à l’odeur de cire.

J’ai pris la terre forte des forêts,
et, à main de potier, j’ai pétri
séparément chacun des membres
de ton petit corps, en silex léger.

Je moulai dans la verveine l’émail de tes yeux;
aux pétales profonds des roses tes paupières;
pour les sourcils les brins très minces
d’une herbe neuve née à l’aube.

J’ai copié pour le torse les cruches;
et si ma main brûlante s’attarda
à la hanche et au sein, je suis fautif,
car j’eusse dû tout arrêter à la ceinture,

et ne pas vouloir que la statue fût sensible et marchât
et pût fléchir sous mon toucher
de ce doux tourment que Dieu nous laissa,
et qui, passant par moi, vint te remplir.

Femme si chère et tentation si molle,
qui m’est si lourde maintenant que tu n’es plus,
pourquoi t’ai-je tirée de cette argile
et ne laissai la terre pour les pots ?

(Tudor Arghezi)

 
Illustration: Marie-Paule Deville Chabrole
 

 

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L’infini qui sépare (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



Illustration
    

L’infini qui sépare
Le silex bref
de la flamme durable
La chenille grimpante
de la chute des feuilles
L’appel de l’enfant perdu
de la mère qui attend
L’infini que traverse le souffle
du Vide médian
Là est le lieu de vie
Là est le lieu
Là est

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Silex (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017



Illustration
    
Silex au geste sans miroir
Silex au geste sans écho
Solitaire ombre debout
Au bord de la Voie lactée

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Le vent soulève la poussière (Jean-Vincent Verdonnet)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



Le vent soulève la poussière
d’or de silex et d’os
drainée par les glaciers

De l’aigre harmonica s’égrène
un chapelet de ritournelles

Une feuille ourle sa paupière
sur l’oeil trépidant du matin

Lèvre gourmande le soleil
approche à travers les buissons
la jambe nue de la rivière

Un saule a reconnu
dans l’eau son frisson de la veille

(Jean-Vincent Verdonnet)

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D’Étincelles notre rencontre (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



D’Étincelles notre rencontre – Silex
Divergents – volant de tous côtés –
Notre séparation, une Hache
Le Coeur de la Pierre clivé –
Nous vivons de la Clarté qui fut Nôtre
Avant d’éprouver la Ténèbre –
Par sa différence avec cette céleste
Étincelle, révélée.

***

We met as Sparks – Diverging Flints
Sent various – scattered ways –
We parted as the Central Flint
Were cloven with an Adze –
Subsisting on the Light We bore
Before We felt the Dark –
We knew by change between itself
And that etherial Spark.

(Emily Dickinson)

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