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Posts Tagged ‘silex’

EVADNE (René Char)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2019



 

Bruno Di Maio 191

EVADNE

L’été et notre vie étions d’un seul tenant
La campagne mangeait la couleur de ta jupe odorante
Avidité et contrainte s’étaient réconciliées
Le château de Maubec s’enfonçait dans l’argile
Bientôt s’effondrerait le roulis de sa lyre
La violence des plantes nous faisait vaciller
Un corbeau rameur sombre déviant de l’escadre
Sur le muet silex de midi écartelé
Accompagnait notre entente aux mouvements tendres
La faucille partout devait se reposer
Notre rareté commençait un règne
(Le vent insomnieux qui nous ride la paupière
En tournant chaque nuit la page consentie
Veut que chaque part de toi que je retienne
Soit étendue à un pays d’âge affamé et de larmier géant).

C’était au début d’adorables années
La terre nous aimait un peu je me souviens.

(René Char)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Bruno Di Maio

 

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Jeunesse (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2018



Jeunesse

Tes lèvres happent l’étoile
Ton rire force l’été
La liberté est ce silex
Que tu affûtes
Et je recule ô mon fils
Sur l’horizon léger
Et je m’attarde
Pour que jeunesse te soit gardée.

(Andrée Chedid)

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SILEX (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2018



SILEX

Quartz d’ombre ou de nuit, incrusté dans la paix
des mers. Tumeur des craies serties de tes silices
noires. Tu es cri opaque du temps, serre
close des ères où tu entas
le bras novice des Ancêtres.

(Jacques Lacarrière)


Illustration

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LES FLEURS (Gabrielle Marquet)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018



LES FLEURS

Les fleurs se flétriraient
deviendraient silex
crapauds désenchantés
ténèbres
et ne risqueraient plus
leurs nouveau-nés à l’aube
si creusés
ne se penchaient vers elles
les hommes.

(Gabrielle Marquet)

Illustration: Max Szoc Leuven

 

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CHORAL (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2018



 

CHORAL

Henni par le silex,
au train de rêve qui te faisait galoper
sur le champ
envahi de trèfle :

le peu de
terre qui remonte péniblement
vers nous brisé
par l’aigre stridence du fifre
qui te fouaille, des millions de fois,
dans ton ultime
parole hérétique.

Lentement,
tu enfonces ton doigt dans la plaie
d’où ma voix
s’échappe.

(Paul Auster)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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LES RAISONS (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



LES RAISONS

— dis-moi pourquoi tu vis
— pour caresser un doute
aussi doux qu’un puma
âgé d’un quart de lune

— dis-moi pourquoi tu aimes
— parce que la brebis est un silex
le silex un genou de fée
la fée un mot pendu par la nageoire

— dis-moi pourquoi tu changes
— mais non je multiplie l’azur
comme un hareng se multiplie entre les vagues
et je divise l’horizon
comme on divise un colibri
entre deux mille enfants aveugles

— dis-moi pourquoi tu meurs
— il faut que la serrure et l’alouette
le livre et la cascade
apprennent
à se tromper

(Alain Bosquet)

Illustration: Sylvie Lemelin

 

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Érotisme de la mémoire (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Luc-Olivier Merson Diane chasseresse-1878

Érotisme de la mémoire

Cuisses de Diane
Ventre de Diane
Seins de Diane
Yeux de Diane

Le petit jour point dans la forêt où tout est orange !
Sauf le tronc marqué de craie des bouleaux.

C’est là près de cet arbre aux feuilles vieillissant avant la saison que j’ai
rencontré Diane dans une attitude naturelle mais rarement décrite
dans les poèmes.
Les fesses ovales se dessinaient entre le désordre du linge et le vert gris
tendre de l’herbe
Dans un sentier voisin le pas d’un garde retentit
Il passa sans qu’on le vît.
Tandis que Diane se dissolvait dans le jour,
comme le croissant de la lune.
À cet endroit de la forêt il y a les débris d’une bouteille
Un vieux livre que les pluies et les rosées renvoient au terreau
Une plume d’oiseau
Un morceau de silex
Une empreinte de pas profondément marquée dans la terre
Et quelqu’un, peut-être, passera là au jour et à l’heure de ma mort
0 vie, enivrante vie
Aveuglante et bienfaisante.

(Robert Desnos)

Illustration: Luc-Olivier Merson

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INCENDIAIRE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2018



 

INCENDIAIRE

Heures de silex. L’étalement muet
des pierres autour de nous, coeur
contre coeur, nous, dans la coque
de paille
qui suppure par les trous
humides de la nuit.

Rien ne reste. L’oeil froid
s’ouvre sur le froid,
tandis qu’une image de feu
dévore
à travers le mot
qui lutte dans ta bouche. Le monde
est
ce que tu lui cèdes, est seulement
toi
dans le monde où mon corps
entre : ce lieu
où tout est manque.

(Paul Auster)

 

 

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Qu’est-ce que j’aurai gagné à être éternel ? (René-Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Qu’est-ce que j’aurai gagné à être éternel ?
Les lunes et les siècles passeront
Un million d’années ce n’est rien
Mais ne plus avoir ce tremblement de la main
Qui se dispose à cueillir des œufs dans la haie
Plus d’envie plus d’orgueil tout l’être satisfait
Et toujours la même heure imbécile à la montre
Plus de départs à jeun pour d’obscures rencontres
Je me dresse comme un ressort tout neuf dans mon lit
Je suis debout dans la nuit noire et je m’agrippe
À des lampions à des fantômes pas solides
Où la lucarne ? Je veux fuir ! Où l’écoutille ?
Et je m’attache à cette étoile qui scintille
Comme un silex dans le flanc
Ivrogne de la vie qui conjugue au présent
Le liseron du jour et le fer de la grille.

(René-Guy Cadou)

Illustration: Alberto Galvez

 

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OFFENSE (Tudor Arghezi)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



 

OFFENSE

N’ayant de goût pour le granit, ô vierge,
dont j’aurais pu te le tailler,
j’ai cherché dans l’argile roumaine
ton corps svelte à l’odeur de cire.

J’ai pris la terre forte des forêts,
et, à main de potier, j’ai pétri
séparément chacun des membres
de ton petit corps, en silex léger.

Je moulai dans la verveine l’émail de tes yeux;
aux pétales profonds des roses tes paupières;
pour les sourcils les brins très minces
d’une herbe neuve née à l’aube.

J’ai copié pour le torse les cruches;
et si ma main brûlante s’attarda
à la hanche et au sein, je suis fautif,
car j’eusse dû tout arrêter à la ceinture,

et ne pas vouloir que la statue fût sensible et marchât
et pût fléchir sous mon toucher
de ce doux tourment que Dieu nous laissa,
et qui, passant par moi, vint te remplir.

Femme si chère et tentation si molle,
qui m’est si lourde maintenant que tu n’es plus,
pourquoi t’ai-je tirée de cette argile
et ne laissai la terre pour les pots ?

(Tudor Arghezi)

 
Illustration: Marie-Paule Deville Chabrole
 

 

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