Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘sillage’

Signe d’eau (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018




    
Signe d’eau

L’eau vive m’a porté jadis
comme la vague porte au rivage
la graine qui prendra
racine, chair et visage.

Elle est inscrite en lettres bleues
sur la page de mon ciel:
poissons jumeaux qui vont nageant
dans le sillage des étoiles.

Elle est maîtresse de mon corps,
source sombre, ruisseau, rivière,
serrée entre terre et feu.

Et désormais dans une lourde nuit
j’entends une eau secrète
qui bouge et qui respire
tandis que rôde dans les chambres
l’odeur funèbre des marais.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey
Publicités

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Plus que le noeud (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Plus que le noeud, la corde.
Plus que la bouche, la voix.

Plus que les bronches, la respiration;
mais aussi plus que l’écrit, l’écart;

plus que la rame, le rythme;
plus que l’hélice, le sillage.

(Edmond Jabès)

 

Recueil: L’ineffaçable L’inaperçu
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il suffit d’un mot (Nicole Barrière)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Une invisible rumeur enfle au bord des lèvres.
Quelque chose assèche le désir, vertige,
sensation de danger,
silencieuse et violente,
menaçante, l’arrête.
Caresse l’horizon,
ose le voyage,
apprivoise la sérénité,
existe au sud du silence,
respire la planète
Prend racine avec la sauvage et fragile,
La trace de la même ombre,
Le même sillage d’une question

Des bouquets de soleil mûrissent
Le vol et la plume rendent léger le monde
Sans froisser le silence
Parfois, sur le papier
Il suffit d’un mot.
L’Autre renaît du mouvement de danse en soi,
l’ensorcelle, l’enchante, le brise, le poursuit,
le dénoue, déroule sous ses pas, le retient, le dessine,
affleure le mal d’aimer,
l’efface dans une plainte de la nuit.

Au pas de rencontre,
le silence a envahi le creux du temps,
recelé les mots sous la peau de l’âme,
vacillements, blessures, larmes, peurs, émois,
le tréfonds de vivre dans le silence fertile de l’amour.

Ancienne, cette faille où je perds et je résiste,
Dire, il faudrait dire la tendresse
A toi qui attends, qui entends?
Ce murmure qui, à peine s’entend
Dans les battements lents devenus doux
Un souffle, un sourire, quelques mots
Dire la lumière sans la peur de dire la douleur qui
sépare les larmes dans la nuit
Dire les pauvres mots dits et l’enveloppe bleue de la terre,
tourment d’être ensemble
et tourment d’être séparé de l’onde et de l’arbre,
cette heure où les yeux de l’âme
frissonnent au regard de l’autre
ou du frisson
à l’appel de son nom

Immobiles nos racines d’arbres frissonnent
d’attendre l’arrachement possible à la lumière d’y croire,
ce temps foudroyé de l’attente
apprivoise l’orage
entre le vent et la pierre.

(Nicole Barrière)


Illustration: Tamara Lunginovic

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dire l’odeur de sa peau fraîche (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2018



 

Aaron Coberly (22)

Dire l’odeur de sa peau fraîche

Dire l’odeur de sa peau fraîche,
Aucun parfum ne le saurait,
Ni le foin séché
dans la crèche
Ni l’haleine d’une forêt,

Ni le thym ni la marjolaine,
Ni le muguet, ni le cresson
Nourri des pleurs de la fontaine
Et tout baigné de sa chanson,

Ni le repli des coquillages
Qui garde un arôme énervant,
Souvenance d’anciens sillages,
D’algues, de marée et de vent.

(Jean Richepin)

Illustration: Aaron Coberly

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le gouffre du jour (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018



    

Le gouffre du jour

A chaque aube étonnant de son cri de colombe
un silence où dormaient les fougères du givre,
le même somnambule ouvre ses grands yeux ivres
et droit dans l’inconnu glisse comme une bombe,

sa clameur en tombant dissipe les forêts,
déchire les filets où s’agitent nos rêves
et dans un grand remous mille maisons se lèvent
et la neuve clarté se tache d’un sang frais ;

villas, palais marins qui buvez la lumière
par toutes vos blancheurs dès l’aurore ravies,
sentez-vous le soleil ourdissant dans la pierre
un réseau frémissant qui capture la vie ?

Les dormeurs de midi verront ces fables sourdes
déchirer leur sommeil en un fiévreux sillage,
à peine s’arrêter pour jeter leur message
et couler dans le sang comme barques trop lourdes.

(Henri Thomas)

 

Recueil:
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SERAIT-CE SAISON D’ARIDITÉ (Dominique Aguessy)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



 

SERAIT-CE SAISON D’ARIDITÉ

Serait-ce saison d’aridité
Soleil fantôme
Épineux en baguettes de verre
Entre lesquelles glissent
Les ombres courtes du crépuscule
Par intermittence
Un cri d’oiseau
Fait rouler une pierre
De l’océan crayeux
La houle ramène la rumeur
De langages d’autres espaces

Serait-ce saison d’absence
Prise au piège
Du tourbillon du fanal

Les mots dérivent
À peine entrevus
Fragments de feu et de nuit
Le long de plages mirages
Des visages familiers
Surgissent à fleur d’écume
S’évanouissent avec le ressac
Laissant flotter un sourire

Hors saison mûrit le vide
Toute question retournée
À sa source
Ténèbres tamisées
Après la mort d’un être cher
Vol de cormoran
Dans le sillage de l’éclair

(Dominique Aguessy)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Tout passe et tout demeure (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2018



Tout passe
et tout demeure
Mais notre affaire est de passer
De passer en traçant
Des chemins
Des chemins sur la mer
Voyageur, le chemin
C’est les traces
de tes pas
C’est tout ; voyageur,
il n’y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant
Le chemin se fait en marchant
Et quand tu regardes en arrière
Tu vois le sentier
Que jamais
Tu ne dois à nouveau fouler
Voyageur! Il n’y a pas de chemins
Rien que des sillages sur la mer

(Antonio Machado)

Découvert chez Lara ici

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Si loin, si proche (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2018



Si loin, si proche

Cavale d’or vert
Enfantine amazone
Fleur et licorne
Aussi blanche qu’altière.

Vol immobile
D’après l’amour
D’après le secret
D’après le feu
De chair et de songe.

Si loin, si proche,
Partie pour un soleil seul,
Pour l’orgueil muet
Du sang qui s’apaise,

Et mon regard sur ton sillage,
Sur ton silence de profil,
Sur ta gorge et ta jambe
Appelle.

(Georges-Emmanuel Clancier)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE GRAND SILLAGE (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
LE GRAND SILLAGE

Pendant la traversée
nous restons accoudés
sans beaucoup parler.

Nous regardons derrière
l’écume impressionnante
et les vagues qui s’écartent
sous nos pieds.

Nous voyons loin le grand sillage.
Il semblait droit il ne l’est pas.
Il remuait il devient plat.
Il était fort il s’évanouit.

La large trace
la mer ouverte en deux
notre chemin
c’était le beau sillage.

Où étions-nous vraiment
pendant la traversée ?

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LES QUATRE SAISONS (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

LES QUATRE SAISONS

Au printemps, c’est dans les bois nus
Qu’un jour nous nous sommes connus.

Les bourgeons poussaient, vapeur verte.
L’amour fut une découverte.

Grâce aux lilas. grâce aux muguets,
De rêveurs nous devînmes gais.

Sous la glycine et le cytise.

Tous deux seuls, que faut-il qu’on dise?

Nous n’aurions rien dit, réséda,
Sans ton parfum qui nous aida.

II

En été les lis et les roses
Jalousaient ses tons et ses poses,

La nuit, par l’odeur des tilleuls
Nous nous en sommes allés seuls.

L’odeur de son corps, sur la mousse,
Est plus enivrante et plus douce.

En revenant le long des blés.

Nous étions tous deux bien troublés.

Comme les blés que le vent frôle,
Elle ployait sur mon épaule.

III

L’automne fait les bruits froissés
De nos tumultueux baisers.

Dans l’eau tombent les feuilles sèches
Et. sur ses yeux, les folles mèches.

Voici les pèches, les raisins,
J’aime mieux sa joue et ses seins.

Que me fait le soir triste et rouge,
Quand sa lèvre boudeuse bouge ?

Le vin qui coule des pressoirs

Est moins traître que ses yeux noirs.

IV

C’est l’hiver.
Le charbon de terre
Flambe en ma chambre solitaire.

La neige tombe sur les toits.

Blanche!
Oh. ses beaux seins blancs et froids!

Même sillage aux cheminées
Qu’en ses tresses disséminées.

Au bal chacun jette, poli.
Les mots féroces de l’oubli.

L’eau qui chantait s’est prise en glace.
Amour, quel ennui te remplace!

(Charles Cros)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :