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Poésie

Posts Tagged ‘sillon’

L’Oreille cassée (Michel Serres)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2019




    
L’Oreille cassée
Le vivant, le vrai

Nos visages ravagés de rides se souviennent des sillons de larmes
et notre colonne vertébrale se voûte sous le poids des tristesses passées.

Un corps vivant ne reste pas longtemps vierge et lisse;
la santé, la joie de vivre n’excluent pas les coups ;

bien au contraire, nous n’existons que de souffrances vaillantes contre l’adversité ;
les bons organismes présentent une tête burinée, un corps las et courageux,
une puissance dévastée, mais toujours debout.

Avant le premier coup de corne,
comment savoir si le torero se conduit avec courage ?

Il n’y a de vrai vivant que déchiré.
Les cicatrices renforcent.

Il n’y a de vérité que falsifiée.
Le faux plaide pour le vrai.

Il n’y a de bonté que tentée.

Quelle vertu sans tribulations ?
Il n’y a de bon système que cassé.
Si tout marche, rien ne marchera.

Chaque épreuve me précipite au devant de ce fétiche :
il n’y a de vrai dieu que blessé.

(Michel Serres)

 

Recueil: Hergé mon ami
Traduction:
Editions: Le Pommier

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Annie (Charles Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



 

Cecile Veilhan _400

Annie

La lune n’était point ternie,
Le ciel était tout étoilé ;
Et moi, j’allai trouver Annie
Dans les sillons d’orge et de blé.
Oh ! les sillons d’orge et de blé !

Le coeur de ma chère maîtresse
Etait étrangement troublé.
Je baisai le bout de sa tresse,
Dans les sillons d’orge et de blé !
Oh ! les sillons d’orge et de blé !

Que sa chevelure était fine !
Qu’un baiser est vite envolé !
Je la pressai sur ma poitrine,
Dans les sillons d’orge et de blé.
Oh ! les sillons d’orge et de blé !

Notre ivresse était infinie,
Et nul de nous n’avait parlé…
Oh ! la douce nuit, chère Annie,
Dans les sillons d’orge et de blé !
Oh ! les sillons d’orge et de blé !

(Charles Leconte de Lisle)

Illustration: Cecile Veilhan

 

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Printemps des lisières (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



Illustration: Jean-louis Jabalé   
    
Printemps des lisières,
Les bourgeons du soleil

Percent la coque
De nos insomnies,
Font voler en éclat

Nous arrachent
Au socle pétrifié de l’hiver,

Creusent nos vases mortes
De sillons de lumière,

La dure écorce de nos peurs,
Nous invitent à être là simplement
Dans la joie ample de marcher,

Libèrent en nous
Mille chants d’oiseaux.

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Illisible visage (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Illisible visage, rien
qui change :
l’impatience est obscure
et désirable.

Le monde s’efface
avant l’aube
dans l’effroi des lointains violents.

Te voici séparé si profondément
cherchant en toi-même asile :
où est la voix ?
où est la rive ?

Dans les sillons : jour maigre
échappé à l’abîme,
l’irrécusable lumière.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ces gigantesques sillons (Julien Vocance)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2018



La Mort a creusé sans doute
Ces gigantesques sillons
Dont les graines sont des hommes.

***

Au ras du sol depuis quinze jours,
Mon oeil en connaît les moindres bosses,
Les moindres herbes.

***

Rumeurs de veuves, d’orphelins,
Bourdonnantes, comme un essaim,
Sur ces pauvres corps déteints.

***

La pluie fine et froide, en cinglantes rafales,
Pénètre nos os et nos âmes,
Et les moelles de la terre.

***

Par la fatigue écrasés,
Ils ont les poses écroulées
Des cadavres de la plaine.

***

Les rafales de nos canons
D’une ville à l’horizon
Allument la vision brève.

***

Des croix de bois blanc
Surgissent du sol,
Chaque jour, ça et là.

***

Les obus vampires ont soulevé
Les dalles du cimetière
Dont les croix chancellent.

***

Pour arriver jusqu’à ma peau
Les balles ne pourraient jamais
Se débrouiller dans mes lainages.

***

Dans un trou du sol, la nuit,
En face d’une armée immense,
Deux hommes.

***

Fleur qui respirait la lumière,
Son oeil gît,
La gorge tranchée.

(Julien Vocance)

 

 

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PARTIE AVEC UN AUTRE AMOUR (Charles Aznavour)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2018



PARTIE AVEC UN AUTRE AMOUR

Le chagrin a fait son lit entre les plis de mes sourires
Et tracé comme un sillon de désespoir là, sur mon front
Mon passé est un vieillard dont la voix n’a plus rien à dire
Car le temps creuse entre nous un abîme sans fond

Afin que jamais plus je ne voie la lumière
Et la face des gens avec leur compassion
Que la mer déchaînée se jette sur la terre
Que se meure la vie
Que s’éteigne le jour

Mon amour est parti avec un autre amour.

Que le feu de l’enfer comme fétu de paille
Enflamme avec fureur les civilisations
Que la terre s’entrouve et que dans ses entrailles
Naisse un immense oubli
Qui durerait toujours

Mon amour est parti avec un autre amour
Puisque mon coeur blessé se bat dans les ténèbres
Je ne veux plus entendre parler de bonheur
Mais que le chant du vent devienne un chant funèbre
Pour que le monde entier partage ma douleur

L’orgueil et le chagrin dans ma vie font un vide
Ma bouche a l’âcre goût de la désolation
Et ma tête est emplie par des idées sordides
Car mon coeur n’a qu’un cri
Le même nuit et jour

Mon amour est parti avec un autre amour.

(Charles Aznavour)

 

 

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Farniente (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



farniente

Farniente

Quand je n’ai rien à faire, et qu’à peine un nuage
Dans les champs bleus du ciel, flocon de laine, nage,
J’aime à m’écouter vivre, et, libre de soucis,
Loin des chemins poudreux, à demeurer assis
Sur un moelleux tapis de fougère et de mousse,
Au bord des bois touffus où la chaleur s’émousse.
Là, pour tuer le temps, j’observe la fourmi
Qui, pensant au retour de l’hiver ennemi,
Pour son grenier dérobe un grain d’orge à la gerbe,
Le puceron qui grimpe et se pende au brin d’herbe,
La chenille traînant ses anneaux veloutés,
La limace baveuse aux sillons argentés,
Et le frais papillon qui de fleurs en fleurs vole.
Ensuite je regarde, amusement frivole,
La lumière brisant dans chacun de mes cils,
Palissade opposée à ses rayons subtils,
Les sept couleurs du prisme, ou le duvet qui flotte
En l’air, comme sur l’onde un vaisseau sans pilote ;
Et lorsque je suis las je me laisse endormir,
Au murmure de l’eau qu’un caillou fait gémir,
Ou j’écoute chanter près de moi la fauvette,
Et là-haut dans l’azur gazouiller l’alouette.

(Théophile Gautier)

Découvert ici: http://soene.canalblog.com

Poème pour Le cahier des poésies d’Asphodèle

Illustration cf ci-dessous

 

 

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Sans gourde ni bâton (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018




    
Sans gourde ni bâton
sans prêche ni cantique
nous demeurons pèlerins

Sans autel au bout de la route
sans luminaire liturgique
des clartés en nous cheminent
qui nous font acheminer
vers nos secrètes dévotions

N’est pas de nous l’itinéraire
le noir nous l’a donné
nous marchons sans nommer
ces gouttes de lumière
qui perlent
sur les parois de l’angoisse
pour nous mener en pèlerinage
aux lieux saints
de nous-mêmes

En nous
prend racine une pensée
que nous n’avons pas semée
Nous la voyons grandir
malgré nous
Qui donc l’a jetée
clandestine
en l’un de nos sillons
pour qu’elle se nourrisse
de nous?

Et qui la déracinera
puisqu’elle s’est faite
par nous?
Un jour elle jaillira
nous
serons ce qu’elle sera

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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Paris, balcon, herbes (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



 

balcon

Paris, balcon, herbes

Le calme d’un balcon
la liberté
des mauvaises herbes
kakis
pas encore mûrs.
Tes doigts longs
et agiles
ne courent plus
sur mon dos brûlé
par
la lune.
Paris te protège
dans ses carrefours
et ses allées
sans
visage.
La terre lourde
fait
de chacun
de mes pas
un sillon
stérile.

(Balbino)

Illustration: Arno Gisinger

 

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L’horloge (Louis Mercier)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



horloge

L’horloge

Elle a l’air vaguement humaine
Avec sa face d’émail blanc,
Et sa robe couleur de chêne
Où bat son coeur rythmique et lent.

Elle habite un coin solitaire
Où l’araignée a son réduit,
Et fait son oeuvre de mystère
Sans se hâter, le jour, la nuit :

Elle vit à l’écart, étrange
Et respectée ; on la défend
Du heurt des chaises qu’on dérange
Et des gambades des enfants.

L’horloge valétudinaire
Craint les caprices des saisons ;
Elle vibre aux coups de tonnerre,
Le vent lui donne le frisson.

Elle a peur du cahot des roues,
Des portes qu’on ferme trop fort ;
Les jours de pluie, elle s’enroue,
Et le gel des grands froids l’endort.

Un souffle, un rien la contrarie,
Souvent même, on ne sait pourquoi,
S’arrête la fragile vie
Dont palpite son coeur de bois.

*

Tout dort. Rompus de lassitude,
Les hommes sont ensevelis
Entre leurs draps de toile rude,
Dans les ténèbres des grands lits.

Les troupeaux gisent près des crèches ;
Les boeufs, dans la paille affaissés,
Rêvent des prés, de l’herbe fraîche,
Et des sillons qu’ils ont tracés.

Le chien dort, et le coq sonore
Se tient muet sur son perchoir,
Car le jour n’est pas près d’éclore
Et le côté de l’aube est noir.

Le sommeil tient aussi les choses :
Les outils qui vivent dehors,
Les meubles que les murs enclosent
Et la maison même, tout dort.

Seule, dans l’anxieux silence,
Seule vivante en l’ombre immense,
L’horloge obscure ne dort pas,
Comme un pas lent, mais jamais las,

Ou comme le pouls d’une artère,
Ou le battement d’un coeur sourd,
Elle fait son brait solitaire,
Toujours, toujours, toujours, toujours.

(Louis Mercier)

 

 

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