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Poésie

Posts Tagged ‘simplicité’

La solitude est verte (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019




Chasseresse ou dévote ou porteuse de dons
La solitude est verte en des landes hantées
Comme chansons du vent aux provinces chantées
Comme le souvenir lié à l’abandon.
La solitude est verte.

Verte comme verveine au parfum jardinier
Comme mousse crépue au bord de la fontaine
Et comme le poisson messager des sirènes,
Verte comme la science au front de l’écolier.
La solitude est verte.

Verte comme la pomme en sa simplicité,
Comme la grenouille, coeur glacé des vacances,
Verte comme tes yeux de désobéissance,
Verte comme l’exil où l’amour m’a jeté.
La solitude est verte.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: René Magritte

 

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Le poème ne se fabrique pas (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2019




    
Le poème ne se fabrique pas
Il ne se possède pas
Il ne s’obtient pas au mérite
Il ne prouve pas sa conformité
C’est un chant clandestin
Un don reçu
Un présent inespéré
Un cerceau faisant rouler la nuit
Autour des hanches du silence
Une main posée sur la tempe bleue du temps
Une ombre qui tient tête au soleil
L’éblouissement d’un amour gracieux
La simplicité d’un pardon sans aveu

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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ROC (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




ROC

Ce qu’il y a de pierre en moi connaît la pierre,
Substance du roc qui se rappelle l’interminable interminable
Simplicité de l’immobile
Tandis que les soleils torrides, les âges de glace
Passent sur le visage du roc aussi vite que les jours.
Dans le plus long des temps se font les changements du roc,
Au plus lent de tous les rythmes, les pulsations
Qui soulèvent du coeur de la planète les chaînes de montagnes
Et les désagrège en sable au fond de la mer.

Demeure en moi la trace de la durée du roc.
Ma substance éphémère était immobile dans les veines de
la terre depuis le commencement,
Attendant patiemment sa délivrance, ne demandant pas
Quand viendrait, quand, la floraison, le flot,
La vibration, l’éveil, l’envol,
Cette nuit attendue longtemps, la venue de l’époux.

Ce qu’il y a de pierre en moi connaît la pierre,
Dont le seul état est la stase
Tandis que le cycle lent des étoiles fait tournoyer un monde de rocs
A travers les années-lumière où dans mon cauchemar je tombe en criant :
 » Dois-je traverser une distance insondable pour toujours et toujours ?  »
Tout ce qui est roc en moi répond :
 » Toujours, s’il le faut ; sois, et dure ; endure.  »

***

ROCK

There is stone in me that knows stone,
Substance of rock that remembers the unending unending
Simplicity of rest
While scorching suns and ice ages
Pass over rock-face swiftly as days.
In the longest time of all come the rock’s changes,
Slowest of all rhythms, the pulsations
That raise from the planet’s core the mountain ranges
And weather them down to sand on the sea-floor.

Remains in me record of rock’s duration.
My ephemeral substance was still in the veins of the earth
from the beginning,
Patient for its release, not questioning
When, when will come the flowering, the flowing,
The pulsing, the awakening, the taking wing,
The long longed-for night of the bridegroom’s coming.

There is stone in me that knows stone,
Whose sole state is stasis
While the slow cycle of the stars whirls a world of rock
Through light-years where in nightmare I fall crying
” Must I travel fathomless distance for ever and ever? »
All that is in me of the rock, replies
 » For ever, if it must be: be, and be still; endure. »

(Kathleen Raine)

 

 

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Ainsi, chaque fois (Albert Camus)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2018




    
Ainsi, chaque fois qu’il m’a semblé éprouver
le sens profond du monde,

c’est sa simplicité
qui m’a toujours bouleversé.

(Albert Camus)

 

Recueil: L’Envers et l’Endroit
Traduction:
Editions: Folio

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Ra, Osiris, Amen apparut (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



Eyes-in-the-Sky

Les murs ne tombent pas
[16]

Ra, Osiris, Amen apparut
dans un temple spacieux et nu ;

il est le père-monde,
père des temps passés,

présent et futur également ;
sans barbe, pas du tout comme Jéhovah,

il était droit, svelte,
aussi imposant que le monolithe de Memnon,

et pourtant pas déplacé
mais parfaitement à l’aise

dans cette simplicité et grâce
du dix-huitième siècle ;

je me suis alors éveillée avec un bond
avec surprise et me suis demandé,

mais à qui sont ces yeux ?
car les yeux (dans le froid,

je m’étonne de m’en souvenir)
étaient d’une seule texture,

comme sans pupille
ou tout en pupille, sombres

et pourtant très clairs et l’ambre
brillait…

***

Ra, Osiris, Amen appeared
in a spacious, bare meeting-house;

heis the world-father,
father of past aeons,

present and future equally;
beardless, not at all like Jehovah,

he was upright, slender,
impressive as the Memnon monolith,

yet he was not out of place
but perfectly at home

in that eighteenth-century
simplicity and grace ;

then I woke with a start
of wonder and asked myself,

but whose eyes are those eyes?
for the eyes (in the cold,

I marvel to remember)
were all one texture,

as if without pupil
or all pupil, dark

yet very clear with amber
shining …

(Hilda Doolittle)

 

 

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CE volume (Álvarez Ortega)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018




    
CE volume, héroïque simplicité,
image d’une prison dans le temps maintenue,

de quoi nous accuse-t-il ?
Que nous refuse-t-il,
si ensemble nous le construisons

et si pour tous ce sera
le suaire, le cercueil – le néant ?

(Álvarez Ortega)

 

Recueil: Genèse suivi de Domaine de l’ombre
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Le Taillis Pré

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La tranche de pain (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



 

f84e

La tranche de pain

Un enfant seul,
Tout seul avec en main
Une belle tranche de pain,
Un enfant seul
Avec un chien
Qui le regarde comme un dieu
Qui tiendrait dans sa main
La clé du paradis des chiens.
Un enfant seul
Qui mord dans sa tranche de pain,
Et que le monde entier
Observe pour le voir donner
Avec simplicité,
Alors qu’il a très faim,
La moitié de son pain
Bien beurré à son chien.

(Maurice Carême)

Illustration: Pablo Picasso

 

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SIMPLICITÉ DE LA PERCEPTION (Alfred Kolleritsch)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018




    
SIMPLICITÉ DE LA PERCEPTION

La blessure est la porte d’entrée
pour te trouver,
le seul organe sensible
à n’êtrе pas leurré.

Ma peau est parsemée de toi,
d’expérience : elle a échappé
à la ruse des autres sens,
à leurs seuils usés par les sensations.

Cette blessure ne doit pas se refermer,
neuve toute pensée dans la chair,
prête à tressaillir, sans mémoire,
irréconciliable, la blessure
te mêlе au monde.

On ne peut rien aplanir,
aucun reste fût-il précieux, la rédemption
est une parcelle de ce mensonge :
un message serait le salut.

Le mouvement n’avance pas
de degré en degré, il n’élève rien,
il tourne autour des lèvres de la plaie,
s’y incruste. Là où il s’arrête,
tu fus dans la sensation la durée même.

***

EINFACHHEIT DER WAHRNEHMUNG

Die Wunde ist das Tor
dich zu finden,
das Sinnessorgan,
das nicht getäuscht wird.

Übersät ist die Haut mit dir,
mit Erfahrung: sie ist der List
der alten Organe entkommen,
ihren abempfundenen Schwellen.

Die Wunde, die sich nicht schliessen soll,
neu jeder Gedanke im Fleisch,
bereit zu zucken, ohne Erinnerung,
unversöhnt, die Wunde
mischt dich und die Welt.

Es ist nicht zu glätten,
kein höherer Rest, der Erlösung
ist der Bruchteil der Lüge :
dass eine Botschaft das Heil ist.

Die Bewegung geht nicht
von Stufe zu Stufe, setzt nichts höher,
sie kreist um den Wundrand,
sie nistet sich ein. Wo sie anhält,
warst du in der Empfindung die Dauer.

(Alfred Kolleritsch)

 

Recueil: La conspiration des mots
Traduction: Françoise David-Schaumann et Joël Vincent
Editions: Atelier la Feugraie

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C’est dans l’amour (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018



Illustration: Irina Vitalievna Karkabi
    
C’est dans l’amour,
que nous retrouvâmes la chaleur du tutoiement
et la vraie simplicité des vocables.

(Edmond Jabès)

 

Recueil: L’ineffaçable L’inaperçu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ce jardin (Albert Camus)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018



Ce jardin de l’autre côté de la fenêtre, je n’en vois que les murs.
Et ces quelques feuillages où coule la lumière.
Plus haut, c’est encore les feuillages.
Plus haut, c’est le soleil.
Et de toute cette jubilation de l’air que l’on sent au dehors,
de toute cette joie épandue sur le monde,
je ne perçois que des ombres de feuillages qui jouent sur les rideaux blancs.

Cinq rayons de soleil aussi qui déversent patiemment dans la pièce
un parfum blond d’herbes séchées.
Une brise, et les ombres s’animent sur le rideau.
Qu’un nuage couvre, puis découvre le soleil,
et voici que de l’ombre surgit le jaune éclatant de ce vase de mimosas.

Il suffit : cette seule lueur naissante
et me voici inondé d’une joie confuse et étourdissante.
Prisonnier de la caverne, me voici seul en face de l’ombre du monde.
Après-midi de janvier.
Mais le froid reste au fond de l’air.

Partout une pellicule de soleil qui craquerait sous l’ongle
mais qui revêt toutes choses d’un éternel sourire.
Qui suis-je et que puis-je faire
– sinon entrer dans le jeu des feuillages et de la lumière.
Etre ce rayon de soleil où ma cigarette se consume,
cette douceur et cette passion discrète qui respire dans l’air.

Si j’essaie de m’atteindre, c’est tout au fond de cette lumière.
Et si je tente de comprendre
et de savourer cette délicate saveur qui livre le secret du monde,
c’est moi-même que je trouve au fond de l’univers.
Moi-même, c’est-à-dire cette extrême émotion qui me délivre du décor.

Tout à l’heure, d’autres choses et les hommes me reprendront.
Mais laissez-moi découper cette minute dans l’étoffe du temps,
comme d’autres laissent une fleur entre les pages.
Ils y enferment une promenade où l’amour les a effleurés.
Et moi aussi, je me promène, mais c’est un dieu qui me caresse.
La vie est courte et c’est péché que de perdre son temps.

Je perds mon temps pendant tout le jour
et les autres disent que je suis très actif.
Aujourd’hui c’est une halte
et mon coeur s’en va à la rencontre de lui-même.

Si une angoisse encore m’étreint,
c’est de sentir cet impalpable instant glisser entre mes doigts
comme les perles du mercure.
Laissez donc ceux qui veulent se séparer du monde.
Je ne me plains plus puisque je me regarde naître.

Je suis heureux dans ce monde car mon royaume est de ce monde.
Nuage qui passe et instant qui pâlit.
Mort de moi-même à moi-même.
Le livre s’ouvre à une page aimée.
Qu’elle est fade aujourd’hui en présence du livre du monde.

Est-il vrai que j’ai souffert,
n’est-il pas vrai que je souffre
et que cette souffrance me grise
parce qu’elle est ce soleil et ces ombres,
cette chaleur et ce froid que l’on sent très loin,
tout au fond de l’air.

Vais-je me demander si quelque chose meurt
et si les hommes souffrent
puisque tout est écrit dans cette fenêtre
où le ciel déverse sa plénitude.

Je peux dire et je dirai tout à l’heure
que ce qui compte est d’être humain, simple.
Non, ce qui compte est d’être vrai
et alors tout s’y inscrit, l’humanité et la simplicité.

Et quand suis-je plus vrai et plus transparent que lorsque je suis le monde ?
Instant d’adorable silence.
Les hommes se sont tus.
Mais le chant du monde s’élève et moi,
enchaîné au fond de la caverne,
je suis comblé avant d’avoir désiré.

L’éternité est là et moi je l’espérais.
Maintenant je puis parler.

Je ne sais pas ce que je pourrais souhaiter de mieux
que cette continuelle présence de moi-même à moi même.
Ce n’est pas d’être heureux que je souhaite maintenant,
mais seulement d’être conscient.

On se croit retranché du monde,
mais il suffit qu’un olivier se dresse dans la poussière dorée,
il suffit de quelques plages éblouissantes sous le soleil du matin,
pour qu’on sente en soi fondre cette résistance.

Ainsi de moi.
Je prends conscience des possibilités dont je suis responsable.
Chaque minute de vie porte en elle sa valeur de miracle
et son visage d’éternelle jeunesse.

(Albert Camus)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

 

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