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Poésie

Posts Tagged ‘sincère’

Les uns et les autres (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2019


 

Loin du souci des histoires de femmes
l’égalité d’un soir a parfois réuni
les derniers jardinets sur la route incurvée
le profil d’un homme à mains ouvertes
et l’animal sincère
en toutes ses journées
mais d’autres restés en proie
aux plus vieilles douleurs
serrent leurs poings autour des candélabres
éclairent le visage d’un hôte imaginaire
et cherchent en pleine nuit
le visage d’amour.

(Jean Follain)

Illustration

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Quand tu seras vieille et grise (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2019



Illustration: Paula Modersohn-Becker
    
Quand tu seras vieille et grise et pleine de sommeil,
Quand, ta tête inclinée près du feu, tu prendras ce livre,
Et lentement, liras et reverras le doux regard
De tes yeux d’autrefois, et de leurs ombres profondes.

Combien ont aimé tes moments de joie prodigue,
Et aimèrent ta beauté d’un amour sincère ou faux,
Mais un seul aima l’âme du pèlerin en toi,
Et aima les défaites de ton visage changeant ;

Et quand courbée sur la hampe incandescente,
Tu murmureras comment l’amour te quitta
Comment il s’envola au-dessus des montagnes
Et cacha son visage dans un amas d’étoiles.

***

When you are old and grey and full of sleep,
And nodding by the fire, take down this book,
And slowly read and dream of the soft look
Your eyes had once, and of their shadows deep;

How many loved your moments of glad grace,
And loved your beauty with love false or true,
But one man loved the pilgrim soul in you,
And loved the sorrows of your changing face;

And bending down beside the glowing bars,
Murmur, a little sadly, how love fled
And paced upon the mountains overhead
And hid his face amid a crowd of stars.

(William Butler Yeats)

 

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Je cultive une rose blanche (José Marti)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2018



 

Je cultive une rose blanche
Durant juillet comme janvier
L’offrirai à l’ami sincère
Qui me tendra sa franche main.

Pour l’ami cruel qui m’arrache
Le coeur par quoi toujours je vis,
Ortie ni chardon ne cultive,
Je cultive la rose blanche.

(José Marti)

 

 

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Toi qui m’as tout repris… (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Carrie Vielle (9) [1280x768]

Toi qui m’as tout repris…

Toi qui m’as tout repris jusqu’au bonheur d’attendre,
Tu m’as laissé pourtant l’aliment d’un coeur tendre,
L’amour ! Et ma mémoire où se nourrit l’amour.
Je lui dois le passé ; c’est presque ton retour !
C’est là que tu m’entends, c’est là que je t’adore,
C’est là que sans fierté je me révèle encore.
Ma vie est dans ce rêve où tu ne fuis jamais ;
Il a ta voix, ta voix ! Tu sais si je l’aimais !
C’est là que je te plains ; car plus d’une blessure,
Plus d’une gloire éteinte a troublé, j’en suis sûre,
Ton coeur si généreux pour d’autres que pour moi :
Je t’ai senti gémir ; je pleurais avec toi !

Qui donc saura te plaindre au fond de ta retraite,
Quand le cri de ma mort ira frapper ton sein ?
Tu t’éveilleras seul dans la foule distraite,
Où des amis d’un jour s’entr’égare l’essaim ;
Tu n’y sentiras plus une âme palpitante
Au bruit de tes malheurs, de tes moindres revers.
Ta vie, après ma mort, sera moins éclatante ;
Une part de toi-même aura fui l’univers.
Il est doux d’être aimé ! Cette croyance intime
Donne à tout on ne sait quel air d’enchantement ;
L’infidèle est content des pleurs de sa victime ;
Et, fier, aux pieds d’une autre il en est plus charmant.

Mais je n’étouffe plus dans mon incertitude :
Nous mourrons désunis, n’est-ce pas ? Tu le veux !
Pour t’oublier, viens voir ! … qu’ai-je dit ? Vaine étude,
Où la nature apprend à surmonter ses cris,
Pour déguiser mon coeur, que m’avez-vous appris ?
La vérité s’élance à mes lèvres sincères ;
Sincère, elle t’appelle, et tu ne l’entends pas !
Ah ! Sans t’avoir troublé qu’elle meure tout bas !
Je ne sais point m’armer de froideurs mensongères :
Je sais fuir ; en fuyant on cache sa douleur,
Et la fatigue endort jusqu’au malheur.

Oui, plus que toi l’absence est douce aux cœurs fidèles :
Du temps qui nous effeuille elle amortit les ailes ;
Son voile a protégé l’ingrat qu’on veut chérir :
On ose aimer encore, on ne veut plus mourir.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Carrie Vielle

 

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PETIT COURS DE CORRESPONDANCE (Ron Padgett)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2018




    
PETIT COURS DE CORRESPONDANCE

Quand je termine une lettre
par « cordialement », je
rougis de honte.
Cela ne semble pas sincère.
Mais quand une lettre
m’arrive
avec cette même formule,
mon coeur se réchauffe.
Je souris. Je me dis
que cette personne est cordiale,
même si
quelques instants auparavant
je n’avais jamais entendu
parler d’elle. En fait, c’est
un gros abruti dans son
bureau à demi-éclairé, si
entreprenant qu’il en est
décoiffé, avec de grosses
souris en caoutchouc
dans le couloir.

Sincèrement,
Ron Padgett

(Ron Padgett)

 

Recueil: Le Grand Quelque Chose
Traduction: Olivier Brossard
Editions: Joca Seria

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Oder blues (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018



Oder blues

Le poisson de lune
le poisson du désespoir
l’ami des brumes
le sale petit poisson maudit
le douanier des dunes
qui file entre deux eaux
dans les herbiers du lac noir
ne doit être vu ni tard
ni tôt
par les fils de l’Oder
par les simples fils de l’Oder
marins sincères
comme le houblon.

Marika ne laisse pas Hans
pêcher les ondines qui dansent
quand est tombé le soir
sous la lune.
S’il en voit une
Hans ne t’aimerait plus
Hans se moquerait de toi.
Les poissons de lune
se changent en ondines.
Quand il a plu
les ondines dînent
sur la dune
– en robe d’écaille et de soie
pour cacher leur queue –
d’une soupe de poisson
avec des sardines
et des oeufs
de saumon.

Les ondines de fortune
volent les maris aux filles
pour les faire mourir dans l’année
quand la feuille du bouleau est fanée.
Les ondines pillent
leurs soeurs de la terre
en les torturant une à une
au bord de l’Oder.

Le vent du sud le vent bulgare
le vent frôleur de jarres
endort Marika aux berges du lac noir.
Hans se baigne. Une écaille luit
sous la lune
à minuit.
-J’en ai vu une!
-Hans ferme les yeux !
Hans ne te retourne pas !
Hans les anciens dieux
du Walhalla
ne pardonnent pas !
Hans hélas Hans hélas…
Dans la nuit hanséatique
les pieds dans les sables baltiques
semés d’ambre
devant Marika si lasse
et qui tremble
Hans est un roi de pierre déjà
roi surpris
tiré de l’onde
par les sirènes blondes
comme un grand esturgeon
de granit gris.

Tous les soirs
et tous les matins
image facile du destin
dans le port de Stettin
l’Oder où nagent les ondines
l’Oder meurt dans la haute mer.

(Armand Lanoux)


Illustration

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La bouée (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018




    
La bouée

Je veux vous avouer ce soir, ma chère amie,
Que lorsque je m’ennuie et que j’ai peur de tout,
Lorsque je me sens seul, tout seul, je pense à vous ;
Car vous êtes, je crois, ma plus sincère amie.

Je pense à vous souvent, car souvent je m’ennuie ;
Et dès que je m’égare en un mauvais sentier,
Je fais appel à la merveilleuse amitié
Qui, depuis un grand jour, l’un à l’autre nous lie.

Si j’ai chanté pour vous ce soir ces quelques vers,
C’est que mon pauvre coeur malade s’est ouvert.
S’il vous parlait tout bas, voudriez-vous l’entendre ?

Si avec ses défauts, avec ses qualités,
Ses mauvais sentiments et sa naïveté,
Il se donnait à vous, voudriez-vous le prendre ?

(Georges Brassens)

 

Recueil: Les couleurs vagues
Editions: Le Cherche Midi

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Je pense que la Vérité est la louange de Dieu (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



Je pense que la Vérité est la louange de Dieu;
que nous devons la célébrer dans nos poèmes pour qu’ils soient purs;
qu’il n’y a qu’une école: celle où, comme des enfants
qui imitent aussi exactement que possible un beau modèle d’écriture,
les poètes copient avec conscience un joli oiseau, une fleur
ou une jeune fille aux jambes charmantes et aux seins gracieux.

Je crois que cela suffit.
Que voulez-vous que je préjuge d’un écrivain
qui se plaît à dépeindre une tortue vivante incrustée de pierreries?
Je pense, qu’en cela, il n’est point digne du nom de poète:
parce que Dieu n’a pas créé les tortues dans ce but,
et parce que leurs demeures sont les étangs et le sable de la mer.

Toutes choses sont bonnes à décrire lorsqu’elles sont naturelles;
mais les choses naturelles ne sont pas seulement le pain, la viande, l’eau, le sel, la lampe,
la clef, les arbres et les moutons, l’homme et la femme, et la gaîté.
Il y a aussi parmi elles, des cygnes, des lys, des blasons, des couronnes et la tristesse.

Que voulez-vous que je pense d’un homme qui, parce qu’il chante la vie,
veut m’empêcher de célébrer la mort, ou inversement;
ou qui, parce qu’il dépeint un thyrse ou un habit à pans d’hermine,
veut m’obliger à ne pas écrire sur un râteau ou une paire de bas?

Je trouve tout naturel qu’un poète, couché avec une jolie petite femme dure,
préfère, dans ce moment, l’existence à la mort;
cependant, si un poète qui a tout perdu dans ce monde, qui est atteint d’une cruelle maladie, et qui a la foi,
compose des vers sincères où il demande au Créateur de le délivrer bientôt de la vie,
je le trouve raisonnable.

(Francis Jammes)

Illustration: Patricia Blondel

 

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Ne plus jamais aimer d’amour (Charles d’Orléans)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2018




Ne plus jamais aimer d’amour,
J’en ai parfois la tentation,
À cause des douleurs pénibles
Qu’il me faut souvent accepter.
Mais enfin, pour être sincère,
Quel que soit le prix à payer,
Je vous l’assure, par ma foi :
Je ne saurais en empêcher
Mon coeur qui est maitre de moi.

J’ai beau avoir subi des tours
Inouïs, j’ai tout dédaigné
Pour croire au secours d’un espoir
Tendre ou de Consolation.
Hélas ! Si je pouvais trouver
Le moyen de m’en retirer,
Par mon serment envers Amour,
Je n’y laisserais pas rentrer
Mon coeur qui est maitre de moi.

J’ai conscience qu’en le flattant,
Amour sait si bien le gagner
Que mon coeur voudrait tous les jours
Rester ainsi sans en bouger.
Et il s’obstine à rester sourd
Au mal qu’il me fait endurer;
Plaisir lui a donné ce pli :
Il agit mal en confisquant
Mon coeur qui est maitre de moi.

Envoi

Je suis fâché d’en parler tant,
Mais, par le dieu auquel je crois,
C’est que j’ai le souhait de reprendre
Mon coeur qui est maître de moi.

***

De jamais n’amer par amours
J’ay aucune fois le vouloir
Pour les ennuieuses dolours
Qu’il me fault souvent recevoir.
Mais en la fin, pour dire voir,
Quelque mal que doye porter,
Je vous asseure, par ma foy,
Que je n’en sauroye garder
Mon cueur qui est maistre de moy.

Combien qu’ay eu d’estranges tours,
Mais j’ay tout mis a nonchaloir,
Pensant de recouvrer secours
De Confort ou d’un doulx espoir.
Helas ! se j’eusse le povoir
D’aucunement hors m ‘en bouter,
Par le ser(e)ment qu’a Amours doy,
Jamais n’y lairove rentrer
Mon cueur qui est maistre de moy.
Car je sçay bien que par doulçours
Amour le scet si bien avoir

Qu’il vouldroit ainsi tous les jours
Demourer sans ja s’en mouvoir.
N’il ne veult oïr ne savoir
Le mal qu’il me fait endurer;
Plaisance l’a mis en ce ploy
Elle fait mal de le m’oster,
Mon cueur qui est maistre de moy.

L’envoy

I1 me desplaist d’en tant parler
Mais, par le dieu en qui je croy,
Ce fait desir de recouvrer
Mon cueur etc.

(Charles d’Orléans)


Illustration

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Mais oui, je suis sincère (Patrizia Cavalli)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



 

Don Juan

Mais oui, je suis sincère,
je ne feins pas l’affection,
mais qu’est-ce que je peux y faire
si en moins de deux
elle devient trahison?

(Patrizia Cavalli)

Illustration

 

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