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Poésie

Posts Tagged ‘s’infiltrer’

Il a l’air de faire sombre (Stéphane Bataillon)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2019



Illustration: Alexandra Cecconi
    
Il a l’air de faire sombre
dans ce coin de forêt

À peine une lueur
entre les troncs impatients
semble nous y inviter

Il n’y a pas de nature
pas de vert, pas d’oiseaux
juste une peur terrible

Qui grouille, qui s’infiltre
qui dresse ses frontières
et veut nous y inclure

On n’irait pas, normalement
on s’enfuirait à toutes jambes

On courrait assez vite
pour que nos larmes sèchent

Mais là, non.
Là, on reste.
On avance.
On s’engouffre.

Pour terrasser les cris
pour faire sortir les bêtes

pour faire sonner le chant

Comme une déflagration
qui érige le lieu
de nouveaux ralliements

Une clairière
Une simple clairière.

(Stéphane Bataillon)

 

Recueil: Où nos ombres s’épousent Vivre l’absence
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Que tonnent à nouveau (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Illustration: Stanislav Shpanin

Que tonnent à nouveau les grandes orgues
Comme premier orage de printemps :
Sur l’épaule de ta fiancée veillent
Mes yeux mi-clos.

Sept jours d’amour, sept ans cruels de séparation,
Guerre, révolte, maison vide,
Petites mains couvertes d’un sang innocent,
Mèche grise sur la tempe rose.

Adieu, adieu, bel ami, sois heureux
Je te rends tes douces promesses
Mais garde-toi bien de faire connaître
À ton amie mon délire sans pareil —

Il irait s’infiltrer comme un poison brûlant
Dans votre union bénie, dans votre union radieuse…
Pour moi, je vais régner sur un jardin de rêves,
Plein des rumeurs des herbes et des clameurs des muses.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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Le feu sournois (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018



Le feu sournois

Je ne sais ni quand ni pourquoi
a pu s’infiltrer en mon âme
ce feu si sournois si sournois
que je n’en ai pas vu la flamme.

(Armand Lanoux)


Illustration: John William Waterhouse

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La moelle des villes (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



La moelle des villes

S’enfoncer dans l’étau d’une ville
Longer les parois de sa nuit
Marcher sur sa membrane d’asphalte
Avancer sous la dalle de son ciel
Arpenter ses méandres
Tressaillir de son cri

Forer l’os des solitudes
Se heurter au mutisme des seuils
Frôler l’arbre aux aguets

Se glisser dans la texture
Des pierres
Pénétrer la trame
Des murailles
S’imprégner des noces
Du fleuve et des pavés

Débusquer ses lueurs
Puiser sources sous son gravier
Faire émerger la Ville
De ses suaires

S’infiltrer dans sa moelle

Lui faire jour
Se faire jour !

(Andrée Chedid)


Illustration: Gottfried Salzmann

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Caresses (Alain Mous)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



Caresses, caresses, dans l’ombre d’un espoir.
Que toutes les promesses qui s’infiltrent dans le noir,
conduisent ce geste et brisent les miroirs.
Puissent-elles devenir modestes, seulement pour un soir ?

Caresses, caresses, ne restez pas avares,
sur ce corps de princesse aussi doux que l’ivoire ;
exprimez la tendresse et chassez le cafard,
faites de ce geste une onde libératoire.

Caresses, caresses aide-moi à y voir,
au travers de mes prouesses et de ma mémoire.
Je ne peux décrypter mais j’aimerais savoir
si tu m’aimes princesse, malgré tes grimoires.

(Alain Mous)

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Un grossier toit de chaume (Tenchi Tenno)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2018



Un grossier toit de chaume
Abrite la récolte de riz De l’automne;
Et mes manches se mouillent
De la pluie qui s’infiltre.

(Tenchi Tenno)


Illustration: Hokusaï

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L’homme collait sa poitrine aux barreaux (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



 

Júlia Fernández Sánchez 9518

L’homme collait sa poitrine aux barreaux d’une baraque pauvre entre les pauvres
Il était seul seul parmi trente compagnons tenaces
compagnons témoins sans papilles de son jour
témoins sans prunelles de sa nuit et des crispations
de sa face et des rictus dévoilés de l’âme
La vie était dehors achevant son travail quotidien
avec les mains humaines avec les mains des arbres
avec les battements du coeur de la mer et les battements des coeurs charnels
avec l’intelligence dure et fertile de la terre et l’intelligence infectée de l’homme
La vie était dehors – malaxant vie et mort mort et vie

et la bouée du sommeil.

L’homme fixait le grand corps mou de la nuit s’infiltrant
souplement en ondes sombres parmi les cimes des sapins
Il regardait il écoutait isolé dans son espacement morne
Isolé dans son cerveau et dans sa demande malgré ses compagnons et le sort commun
Il était seul comme un homme est seul parmi les hommes.
Cet homme regardait la nuit Il écoutait la nuit
bavarde la nuit silencieuse comme la méditation des yeux clairs d’un chat
L’homme fermé s’ouvrait devant la nuit salvatrice
devant la nuit consolatrice de toutes peines

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Júlia Fernández Sánchez

 

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J’aimerais qu’il existe des lieux stables, immobiles (Georges Perec)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



 

J’aimerais qu’il existe des lieux stables, immobiles, intangibles,
intouchés et presque intouchables, immuables, enracinés ;
des lieux qui seraient des références, des points de départ, des sources ;

Mon pays natal, le berceau de ma famille, la maison où je serais né,
l’arbre que j’aurais vu grandir (que mon père aurait planté le jour de ma naissance),
le grenier de mon enfance empli de souvenirs intacts…

De tels lieux n’existent pas,
et c’est parce qu’ils n’existent pas que l’espace devient question,
cesse d’être évidence, cesse d’être incorporé, cesse d’être approprié.
L’espace est un doute : il me faut sans cesse le marquer, le désigner ;
il n’est jamais à moi, il ne m’est jamais donné, il faut que j’en fasse la conquête.

Mes espaces sont fragiles :
le temps va les user, va les détruire :
rien ne ressemblera plus à ce qui était, mes souvenirs me trahiront,
l’oubli s’infiltrera dans ma mémoire,
je regarderai sans les reconnaître quelques photos jaunies aux bords tout cassés.
Il n’y aura plus écrit en lettres de porcelaine blanche collées en arc de cercle sur la glace du petit café de la rue Coquillière :
« Ici, on consulte le bottin » et « Casse-croûte à toute heure» .

L’espace fond comme le sable coule entre les doigts.
Le temps l’emporte et ne m’en laisse que des lambeaux informes :

Ecrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre quelque chose :
arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse,
laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes…

(Georges Perec)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Andrej Gorenkov

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Le véritable malheur (Giuseppe Conte)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2016



Le véritable malheur

C’est ainsi: le véritable malheur
ignore toujours qui il est.
Tu ne peux l’attribuer
à aucune cause. Ni à une promesse
non tenue, ni à un but
non rejoint, ni à un amour
quémandé en vain.

Le véritable malheur te prend par la main
et t’accompagne sans dire un mot.
Qu’il te caresse ou t’étrangle
pour lui ça ne change rien.
Inutile d’espérer qu’il s’endorme
quand vient le soir.

Le véritable malheur tu le sens
comme une eau qui s’infiltre, comme la sable
que le ressac prend et laisse,
éternel, sans tourments, avec moins
d’angoisse en lui
que la joie.

(Giuseppe Conte)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Alexandre Cabanel

 

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LA MAISON DE LA VIE (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2016



LA MAISON DE LA VIE

D’abord le silence où la chute d’une pomme
Déplace le chant des oiseaux
S’infiltrant avec l’air par les fenêtres mal jointes
Car personne ne peut tisser dans sa tête
Des nombres absents sans que les eaux de dehors
Ne le prennent léger pour un présent voyage
Et aux jours de fête le souffle du soleil
Peut tendre les voiles pour une traversée soudaine
Où hors de lui le voyageur frôle les voix
Seul dans ses liens étroits contre le mât

(Heather Dohollau)

 

 

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