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CHANSON POUR LES BAPTÊMES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2020




    
CHANSON POUR LES BAPTÊMES

Mélancolie Mélancolie
quel joli nom pour une jeune fille
Neurasthénie Neurasthénie
quel vilain nom pour une vieille fille

Je cherche un nom pour un garçon
un nom d’emprunt un nom de guerre
pour la prochaine et la dernière
pour la dernière des dernières

Espoir Peut-être Agénor
ou Singulier ou Dominique
un nom à coucher dehors
au temps des bombes atomiques

Mais je préfère Nuit
pour celle que j’aime et chéris
Nuit brune Nuit douce
Nuit claire comme eau de source

(Philippe Soupault)

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Tous, frêle roi, oblique fou, ou bien reine (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2020




    
Tous, frêle roi, oblique fou, ou bien reine
Opiniâtre, tour verticale et pions madrés,
Sur le parcours en noir et blanc de leur chemin
Recherchent et livrent une bataille rangée.

Ils ne savent pas que la singulière main
Du joueur qui les tient gouverne leur destin,
Ils ne savent pas qu’une rigueur de diamant
Asservit leur vouloir mais aussi leur parcours.
Le joueur, à son tour, se trouve prisonnier
(D’Omar est la sentence) d’un tout autre échiquier
Bâti de noires nuits et de blanches journées.

Dieu pousse le joueur et le joueur la pièce.
Quel dieu, derrière Dieu, débute cette trame
De poussière et de temps, de rêve et d’agonies ?

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: Les échecs
Traduction:
Editions: Seuil

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MYSTÈRE DU MONDE (Aron Lutski)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020



Illustration: Bruno Monginoux
    
MYSTÈRE DU MONDE

Cela qu’on ne peut voir – devient.
Cela que l’on voit – est advenu déjà.
Ce qui est advenu – déjà n’est plus
Pour devenir autre chose en secret.
Ce qui n’a plus pouvoir de devenir
Déjà doit s’anéantir.
Ce qui plus haut cesse de s’élever
Il lui faut descendre plus bas.
S’anéantir – est aussi devenir
Dans l’effacement.
Le devenir d’un brin d’herbe
Est un secret pour la terre
Comme chaque homme pour l’homme.
Chaque rameau particulier
A son foyer
Chaque arbre pour le monde est singulier,
Enfoui avec les troncs
Ils vivent ensemble.

(Aron Lutski)

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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J’ai toujours aimé les êtres originaux (Paul Léautaud)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2019



Agnès Boulloche  7 [1280x768] 

J’ai toujours aimé les êtres originaux, bizarres, chimériques, singuliers.
Ils sont pour moi le sel de la vie, autant qu’en sont l’horreur les gens qui ressemblent à tout le monde.
J’aime leur fantaisie, leur folie.
Je les suis quand je les rencontre dans la rue, je cherche à me renseigner sur eux,
je voudrais les connaître et les fréquenter, je n’ai que dégoût pour ceux qui se retournent et rient sur leur passage.
Ils ont encore pour me plaire qu’ils sont souvent très bons, bien qu’étant toujours très pauvres.
N’est-ce pas curieux, cet assemblage si fréquent de l’originalité et de la bonté,
alors que les gens qui se ressemblent par milliers sont, dans leur médiocrité, en général si égoïstes et si malfaisants ?
Je rattache encore cela à tout ce qui sépare des êtres qui sont libres d’autres qui ne sont que des esclaves.
S’habiller à sa guise, agir et vivre de même, sans souci des sots qui s’étonnent ou qui se moquent,
c’est encore, dans un petit domaine, le signe d’un esprit libre.

(Paul Léautaud)

Illustration: Agnès Boulloche

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AZRAEL (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2018



Illustration: Gustave Doré 
    
AZRAËL

Ailes mortes, ailes mortes en moi,
Tomber, c’est renaître
Hors de la solitude, dans la mer —
La mère des âmes égarées, des voyageurs perdus
Et des exilés du ciel.

Le souvenir de la terre est comme un poids
De vagues et d’îles; dans mon sang et mes os
La pesanteur de mon incarnation,
Plus forte que ma volonté d’être singulier,
Me brise et me détruit, me rappelle en mon lieu.

Prisonnier de ma faute, de ma beauté, de mon vouloir,
Des cellules de la vie transparentes mais murées,
Délivré par la mort innocente, je m’abîme avec joie
Dans la tombe ouverte de la terre, de la mer et de l’air,
Docile comme une pierre, un ange, ou une étoile.

Tomber, c’est renaître,
Attiré au sommet profond d’un baiser;
La mort et la naissance
Ne sont qu’un même sommeil, une grâce unique
Qui infléchit tous les trajets à la courbe de la terre.
Mon désir superbe est inféodé à la paix de l’amour
Qui régit les orages, les guerres, l’essor des ailes.

***

AZRAEL

Dead wings, dead wings in me,
To fall deep is to rise
Out of the solitude, into the sea
Mother of all lost souls, lost travellers
And aliens of the skies.

The memory of earth is like a burden
Of waves and Islands, in my blood and bone
The heavy substance of my incarnation
Stronger than my will to be atone
Breaks me and destroys me, calls me home.

Frisotter of my guilt, my beau*, and my will
The cells of life with windows but no door,
Freed now by harmless death, I gladly fall
Info the open grave of earth and sea and air
Obedient as a stone, an angel, or a star.

To fall deep is to rise
Drawn to the deep summit of a kirs,
And death and birth
Are but the same sleep and the single grace
That bends all courses to the round of earth.

My grandiose Just is subject to love’s peace
That rules all storms, and soaring wings, and vars.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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L’espace de ton miracle (Bernard Pozier)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2018



 

la halte

L’espace de ton miracle

nous répéterons l’étreinte ancestrale
avec partout dans le monde des échos sourds
et des ombres et des ondes
allongées jusqu’au bout du futur
et nous croirons amour
l’espace de ton miracle
être dans notre pluriel
entièrement singuliers

(Bernard Pozier)

 

 

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Regarder l’enfance (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2018



Regarder l’enfance

Jusqu’aux bords de ta vie
Tu porteras ton enfance
Ses fables et ses larmes
Ses grelots et ses peurs

Tout au long de tes jours
Te précède ton enfance
Entravant ta marche
Ou te frayant chemin

Singulier et magique
L’oeil de ton enfance
Qui détient à sa source
L’univers des regards.

(Andrée Chedid)


Illustration: Yolande Naufal

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M’esveillant à minuit, dessillant la paupière (Gabrielle de Coignard)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018




    
M’esveillant à minuit, dessillant la paupière,
Je voy tout assoupi au centre du repos,
L’on entend plus de bruit, le travail est enclos
Dans l’ombre de la terre, attendant la lumière.

Le silence est partout, la lune est belle et claire,
Le ciel calme et serain, la mer retient ses flots,
Et tout ce qui se voit dedans ce large clos
Est plein de majesté, et grâce singulière.

La nuit qui va roulant des tours continuels,
Représente à nos yeux les siècles éternels,
Le silence profond du
Royaume céleste :

En fin le jour, la nuit, la lumière et l’obscur,
A louer le haut
Dieu incitent nostre cœur,
Voyant reluire en tout sa grandeur manifeste.

(Gabrielle de Coignard)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

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Glycine (Bernard Delvaille)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018


glycine

La neige
est simple
singulière
poudre
de tes cils
origine
et fuite
Ah le mot
manque
ce sera
glycine
oreiller
ton désir
inconnu

(Bernard Delvaille)

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Féminin singulier (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2018


 


 

Christiane Vleugels  (2) [1280x768]

Féminin singulier

Eternel Féminin de l’éternel jocrisse !
Fais-nous sauter, pantins nous pavons les décors !
Nous éclairons la rampe… Et toi, dans la coulisse,
Tu peux faire au pompier le pur don de ton corps.

Fais claquer sur nos dos le fouet de ton caprice,
Couronne tes genoux ! … et nos têtes dix-corps ;
Ris ! montre tes dents ! … mais … nous avons la police,
Et quelque chose en nous d’eunuque et de recors.

… Ah tu ne comprends pas ? … – Moi non plus – Fais la belle,
Tourne : nous sommes soûls ! Et plats ; Fais la cruelle !
Cravache ton pacha, ton humble serviteur!…

Après, sache tomber ! – mais tomber avec grâce –
Sur notre sable fin ne laisse pas de trace ! …
– C’est le métier de femme et de gladiateur.

(Tristan Corbière)

Illustration: Christiane Vleugels

 

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