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Poésie

Posts Tagged ‘s’inquiéter’

ÉLÉGIE TROISIÈME (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017




    
ÉLÉGIE TROISIÈME

Ce pays a la fraîcheur molle des bords des eaux.
Les chemins s’enfoncent obscurément, noirs de mousses,
vers des épaisseurs bleues pleines d’ombre d’amour.
Le ciel est trop petit sur des arbres trop hauts.
C’est ici que je viens promener ma tristesse,
chez des amis et que, lentement, au soleil,
le long des fleurs je m’adoucis et je me traîne.
Ils s’inquiètent de mon coeur et de sa peine,
et je ne sais pas trop ce qu’il faut leur répondre.

Peut-être, quand je serai mort, un enfant doux
se rappellera qu’il a vu passer dans l’allée
un jeune homme, en chapeau de soleil, qui fumait
sa pipe doucement dans un matin d’Été.

Et toi que j’ai quittée, tu ne m’auras pas vu,
tu ne m’auras pas vu ici, songeant à toi
et traînant mon ennui aussi grand que les bois…
Et d’ailleurs, toi non plus, tu ne comprendrais pas,
car je suis loin de toi et tu es loin de moi.
Je ne regrette pas ta bouche blanche et rose.
Mais alors, pourquoi est-ce que je souffre encore ?

Si tu le sais, amie, arrive et dis-le-moi.
Dis-moi pourquoi, pourquoi lorsque je suis souffrant,
il semble que les arbres comme moi soient malades ?
Est-ce qu’ils mourront aussi en même temps que moi ?
Est-ce que le ciel mourra ? Est-ce que tu mourras ?

(Francis Jammes)

 

Recueil: Le Deuil des primevères
Editions: Mercure de france

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L’ODEUR DE MON PAYS (Lucie Delarue-Mardrus)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2017



L’ODEUR DE MON PAYS

L’odeur de mon pays était dans une pomme.
Je l’ai mordue avec les yeux fermés du somme,
Pour me croire debout dans un herbage vert.
L’herbe haute sentait le soleil et la mer,
L’ombre des peupliers y allongeait des raies,
Et j’entendais le bruit des oiseaux, plein les haies,

Se mêler au retour des vagues de midi.
Je venais de hocher le pommier arrondi,
Et je m’inquiétais d’avoir laissé ouverte,
Derrière moi, la porte au toit de chaume mou…

Combien de fois, ainsi, l’automne rousse et verte
Me vit-elle, au milieu du soleil et, debout,
Manger, les yeux fermés, la pomme rebondie
De tes prés, copieuse et forte Normandie ?…
Ah ! je ne guérirai jamais de mon pays !
N’est-il pas la douceur des feuillages cueillis
Dans leur fraîcheur, la paix et toute l’innocence ?

Et qui donc a jamais guéri de son enfance ?…

(Lucie Delarue-Mardrus)

 

 

 

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Europe, tard (Dan Pagis)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2017




    
Europe, tard

Dans le ciel flottent des violons
Et un chapeau de paille. Excusez-moi, avez-vous l’année?
Trente-neuf années et demie, à peu près, il est encore très tôt,
Vous pouvez fermer la radio,
Permettez-moi de vous présenter le vent de mer, le vent vif de la jetée,
Espiègle en diable,
Qui fait tourbillonner des robes-cloches, tapote
Sur des journaux inquiets : tango ! tango !
Et le jardin de la ville joue sa musique,
Je vous baise la main, Madame,
Votre main délicate comme
Un gant de peau blanc,
Tout s’arrangera
En rêve,
Ne vous inquiétez pas, Madame,
Ici une telle chose n’arrivera jamais,
Vous verrez que jamais
Ici

(Dan Pagis)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: E. Moses
Editions: Gallimard

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Pourquoi le concombre ne chante-t-il pas? (Konstanty Ildefons Galczynski)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



Pourquoi le concombre ne chante-t-il pas?

Une question aussi osée
et qui nous frappe dès le titre,
pose un problème à ne pas négliger –
réfléchissons-y bien vite.

Si le concombre ne peut pas chanter,
et cela en aucune saison,
c’est que le ciel vient à s’y mêler –
il doit avoir ses raisons.

Mais si le pauvre veut chanter à tout prix,
Comme personne jusqu’ici? Comme l’alouette!
Si au fond de son bocal, la nuit,
il verse des larmes vertes?

Passent les hivers et passent les étés,
le soleil chasse la pluie sombre;
et nous passons sans nous inquiéter
à côté de plus d’un concombre.

(Konstanty Ildefons Galczynski)


Illustration

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Jongler avec les mots (Pierre Thiry)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2017



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Jongler avec les mots

Jongler avec les mots, les aligner
Laisser danser le stylo sur la feuille
Laisser courir pour le plaisir de l’oeil
Quelque trouvaille aimable, maligne et

L’inattendu finit par survenir
Savourer le temps petit à petit
Dévorer la vie à plein appétit
Sans s’inquiéter des drames à venir.

Machiner la grammaire à l’infini
Tant pis si ce sonnet est mal fini
Et si l’on ne peut gloser tout autour

Sans ce soucier de la fin qui finit
Concocter des sonnets à l’infini
Ainsi que le faisaient les troubadours…

(Pierre Thiry)

Découvert ici: http://www.bulledemanou.com/

Illustration

 

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C’est comme un arc-en-ciel (Lama Guendune)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2017



C’est comme un arc-en-ciel

Le bonheur ne se trouve pas
avec beaucoup d’effort et de volonté,
mais réside là, tout près,
dans la détente et l’abandon.

Ne t’inquiète pas, il n’y a rien à faire.
Tout ce qui s’élève dans l’esprit
n’a aucune importance,
parce que n’a aucune réalité.

Ne t’y attache pas.
Ne te juge pas.
Laisse le jeu se faire tout seul,
s’élever et retomber, sans rien changer,
et tout s’évanouit, et recommence à nouveau,
sans cesse.

Seule cette recherche du bonheur
nous empêche de le voir.

C’est comme un arc-en-ciel
que l’on poursuit sans jamais le rattraper.
Parce qu’il n’existe pas, et a toujours été là,
et t’accompagne à chaque instant.

Ne crois pas à la réalité des expériences
bonnes ou mauvaises,
elles sont comme des arcs-en-ciel.

À vouloir saisir l’insaisissable,
on s’épuise en vain.

Dès lors qu’on relâche cette saisie,
l’espace est là, ouvert, hospitalier, et confortable.

Alors profites-en.
Tout est à toi, déjà. Ne cherche plus.

Ne vas pas chercher dans la jungle inextricable
l’éléphant qui est tranquillement à la maison.

Rien à faire.

Rien à forcer.

Rien à vouloir.

Et tout se fait tout seul.

(Lama Guendune)

Illustration: Laszló Mindszenti

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Si tu viens (Antoine de Saint-Exupéry)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2017



le-petit-prince-et-le-renard

Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l’après-midi,
dès trois heures je commencerai d’être heureux.
Plus l’heure avancera, plus je me sentirai heureux.
À quatre heures, déjà, je m’agiterai et m’inquiéterai;
je découvrirai le prix du bonheur!

Mais si tu viens n’importe quand,
je ne saurai jamais à quelle heure m’habiller le coeur…
Il faut des rites.

(Antoine de Saint-Exupéry)

 

 

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Au revoir (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2016



George Lawrence Bulleid  do2_1280 [800x600]

Au revoir

Sous tes longs cheveux d’or, quand tu cours sur la grève
Au vent,
Si quelque prompt ramier touche ton front qui rêve
Souvent,
De cette aile d’oiseau ne prends pas, ô ma fille !
D’effroi :
Pour baiser son enfant c’est une âme qui brille :
C’est moi !
Parmi d’autres enfants qui te font toute heureuse,
Le soir,
Quand tu vas au jardin, lasse d’être rieuse,
T’asseoir;
Si tu t’inquiétais comment je passe l’heure,
Sans toi,
Penche un peu ton oreille à cet oiseau qui pleure :
C’est moi !

(Marceline Desbordes-Valmore)

 Illustration: George Lawrence Bulleid

 

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A DES AMANTS (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2016



Koh Sang Woo     Kiss II, 2009

A DES AMANTS

AIMEZ-VOUS, soyez beaux, puisque vous le pouvez,
Malgré les haines.
Oubliez, entre deux baisers, les réprouvés,
Les morts prochaines.

Courez les bois, mangez les mûres et cueillez
Les fleurs des crêtes
Sous l’herbe ; ornez de leurs pétales effeuillées
Vos belles têtes.

Ou bien allez dans les théâtres, sous le gaz,
Aux bonnes places,
Sans écouter le drame « hélas ! ma mère hélas ! »
Prendre des glaces.

Etonnez, indignez tout le monde pervers,
Que vous importe ?
Puisque le vent tandis que je vous fais ces vers,
Vous les apporte.

Toi, mon cher, aime-la, regarde-la, répands
Sur mille toiles
Son portrait, en des tons pris des peaux de serpents
Et des étoiles.

Et, vous, que je revois quand je ferme les yeux,
Vivez heureuse,
Sans vous inquiéter du tombeau pluvieux
Que je me creuse.

(Charles Cros)

Illustration: Koh Sang Woo

 

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Rudiments de lumière (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2016



Rudiments de lumière

Ce feu que les enfants préparent,
d’herbes sèches, de brindilles,
dans un cercle de pierres,
ils sont à genoux, pour combien
de temps ? jamais ils ne s’inquiètent,
comme eux tu as prié.

Ce serait un talus en friche,
ce serait un rivage ou une crête,
tu viens, tu ne peux que venir,
le feu autour de lui aimante.

Au feu plus intense
ne donne aucun ordre,
tu tombes le masque, tes poings
se desserrent, mais tu t’ajoutes :
tu te réchauffes, tu te préfères,
contente-toi de l’admirer,
démuni, disponible.

(Pierre Dhainaut)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

 

 

 

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