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Poésie

Posts Tagged ‘s’interroger’

Ce matin j’ai écrit deux poèmes (Luis Benitez)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



Ce matin j’ai écrit deux poèmes.
Je ne me demande pas pour l’instant quel sens
possède ou non ce travail obscur.
Simplement c’est une autre façon, possible, d’être vivant.
Je m’interroge sur l’origine
de ces deux choses posées à présent sur la table,
pas exactement faites de papier et de pigments.
Sur les hommes qui l’ont dit mieux que moi
et aujourd’hui sont morts.
Sur les siècles de guerres et de paix
qui se sont écoulés entre les mots.
Je m’interroge sur le nom et le visage
de celui qui, de l’autre côté du globe, a laissé
sur sa table deux autres choses égales
et qui doute aussi de mon existence.
Je m’interroge sur les milliers de jours et de nuits
qui ont dû passer pour que nous fassions cela.
Sur les centaines de personnes
qui ont fait don de leurs vers.
Je me demande pourquoi, depuis un moment,
ce monde s’est modifié deux fois.

(Luis Benitez)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: René Baumer

 

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Fanée (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2018



Illustration: Christian Seybold  
    
Fanée

Légère, comme après sa mort,
elle a mis des gants, une écharpe.
Un parfum de sa commode
a chassé la chère odeur

à laquelle autrefois elle se découvrait.
Depuis longtemps elle ne s’interroge
plus : Qui suis-je ? (une parente éloignée),
et, perdue dans ses pensées,

elle s’affaire, prenant soin
de sa chambre inquiète qu’elle arrange
et ménage, parce que peut-être
la jeune fille d’autrefois l’habite encore.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Christian Seybold  

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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DISGRACE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



Illustration: Goyō Hashiguchi
    
DISGRACE
Inconnu

Mon âme est comme dissoute,
tant j’ai laissé couler de larmes, sur ma couverture de gaze ;
et la cruelle insomnie ne me laisse pas rêver.

Malgré la nuit avancée, une musique et des chants,
retentissent dans un pavillon, proche du mien.
Mon teint n’est pas fané encore…

Pourquoi donc l’Empereur ne m’aime-t-il plus ?…
Ainsi, jusqu’au jour, douloureusement,
je m’interroge, assise auprès du brasero…

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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LE CORPS N’EST PAS TON CORPS (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



 

Alphonse Mucha Spring 1896 panel

LE CORPS N’EST PAS TON CORPS

Le corps, dois-tu dire, n’est pas ton corps.
Nous devons parer les morts d’une rose sur la poitrine
D’une couronne de myrte.
Aimons-nous les uns les autres.
Que le corps de l’homme ne craigne point
Le corps de la femme, en harmonie, en silence.
Aimons-nous les uns les autres.
Le corps de la femme tremble et s’approche.

Derrière, l’ombre nous protège,
L’amour nous fait peur, le sommeil nous entraîne.
En harmonie, en silence.
Enfin la mort nous emporte — aimons-nous les uns
les autres —
Et nous glisse dans son tiroir.

(Tu dois prendre soin de, ton corps même au
printemps
Préparer sa fête avec une rose sur la poitrine,
Une couronne de myrte.)

Là sont les mains avec les doigts immobiles.
Là les yeux et tout ce que les yeux cachent
Dérobés à la lumière, comme des coquilles vides.
Les lèvres bien closes et fêlées.

(Nous ne demanderons plus rien, qui ne puisse être donné
Et nous n’interrogerons pas : nous serons nous-mêmes la réponse.)

(Georges Themelis)

Illustration: Alphonse Mucha

 

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ALCHIMIE FAMILIALE (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



 

pecheurs

ALCHIMIE FAMILIALE

Quand je songe à tous ces drôles :

ce pêcheur du Nord à la barbe rousse
celui qui gagnait sa croûte en dansant
celui qui dévorait des bouquins en pagaille
celui qui se saoulait au lait de la bonté humaine
celui qui agitait un drapeau rouge…

je me regarde dans la glace
et je m’interroge

*

FAMILY ALCHEMY

When I think of them all:

a dancing rascal
a red-bearded fisherman
a red flag waver
a red-eyed scholar
a drunken motherfucker…

I take a look in the mirror
and I wonder

(Kenneth White)

Illustration

 

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Maintenant je sais ! (Jean Lou Dabadie)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



BeauxYeu 0

Maintenant je sais !

Quand j’étais gosse, haut comme trois pommes,
J’parlais bien fort pour être un homme
J’disais, JE SAIS, JE SAIS, JE SAIS, JE SAIS

C’était l’début, c’était l’printemps
Mais quand j’ai eu mes 18 ans
J’ai dit, JE SAIS, ça y est, cette fois JE SAIS

Et aujourd’hui, les jours où je m’retourne
J’regarde la terre où j’ai quand même fait les 100 pas
Et je n’sais toujours pas comment elle tourne !

Vers 25 ans, j’savais tout : l’amour, les roses, la vie, les sous
Tiens oui l’amour ! J’en avais fait tout le tour !

Et heureusement, comme les copains, j’avais pas mangé tout mon pain :
Au milieu de ma vie, j’ai encore appris.
C’que j’ai appris, ça tient en trois, quatre mots :

« Le jour où quelqu’un vous aime, il fait très beau,
j’peux pas mieux dire, il fait très beau !

C’est encore ce qui m’étonne dans la vie,
Moi qui suis à l’automne de ma vie
On oublie tant de soirs de tristesse
Mais jamais un matin de tendresse !

Toute ma jeunesse, j’ai voulu dire JE SAIS
Seulement, plus je cherchais, et puis moins j’ savais

Il y a 60 coups qui ont sonné à l’horloge
Je suis encore à ma fenêtre, je regarde, et j’m’interroge ?

Maintenant JE SAIS, JE SAIS QU’ON NE SAIT JAMAIS !

La vie, l’amour, l’argent, les amis et les roses
On ne sait jamais le bruit ni la couleur des choses
C’est tout c’que j’sais ! Mais ça, j’le SAIS…

(Jean Lou Dabadie)

 

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Si c’était elle! (Sô Kyông-tôk)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017


neige

Humeur morose, travail absurde
Dans ces monts enfouis sous la neige.
Elle viendrait me voir? Pas possible!
Mais à chaque feuille qui tombe, à chaque souffle
De la brise, je m’interroge: si c’était elle!

(Sô Kyông-tôk)

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Asticots mangeant mon cerveau (Richard Brautigan)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2017




    
asticots mangeant mon cerveau

Les asticots
mangeront
le cerveau
qui a ressenti
et s’est interrogé
en écrivant
ces poèmes.

Laissez les asticots
s’amuser.

Ils
ne vivent
qu’une fois.

(Richard Brautigan)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus
Traduction: Thierry Beauchamp et Romain Rabier
Editions: Le Castor Astral

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Où vont les oiseaux qui quittent Leurs nids? (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2017




    
Où vont les oiseaux qui quittent
Leurs nids?
Vont-ils y revenir?
Où construiront-ils une autre patrie?
Je m’interroge : mon exil m’écoute
Laissant la route qui m’ouvre l’inconnu
Se poursuivre dans mes yeux

(Adonis)

 

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Jetant mes notes et brouillons (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

Jetant mes notes et brouillons
je mets du temps à la poubelle.

Évocations en strates :
telle année fut écrit tel livre

je parlais
en telle ville
à des inconnus, d’un sujet oublié depuis.

Des heures, des jours de moi ont perdu tout à fait leur trace

je suis habitée
par une route à grande vitesse, à sens unique,
au terminus inconnu mais certain.

Me voici maintenant, vieil animal qui flaire l’horizon
s’interrogeant sur la nécessité de durer encore

mais toi présent, je n’ai plus débat avec la mémoire
ton corps a la même odeur qu’il y a cinquante ans
ce morceau-là du temps n’est pas jetable.

Ah, que la route aille
en avant encore,

encore un peu
en avant!

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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