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Poésie

Posts Tagged ‘sirène’

L’homme (Ivan V. Lalić)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2021



Illustration: Charles-Marie-Félix Martin (La Chasse au Nègre)
    
L’homme

L’homme sans épaules, à la forme de sa fuite,
Ô ce tintement dans le vent, l’odeur de la crainte et de la sueur,
L’homme changé en son cri, rompu et diminué,
L’homme sans armes, décoré par le mépris des siècles,

Il court dans la plaine de sable et s’effondre,
Trop léger, trop essoufflé, trop affiné,
Dans le vent nage le soleil et sa couleur est noire,
Les poursuivants approchent, l’homme se retourne,

Il n’a pas de visage, le sable du soleil noir est brûlant,
Ô ce tintement dans le vent, plus près et toujours plus fort,
L’homme ralentit sa course et se met à pleurer,

Hors du sable pousse une ville et hurlent les sirènes ;
Et je me réveille, douleur vêtue d’éclat,
Et j’entends son souffle rapide. Il s’est abrité en moi.

(Ivan V. Lalić)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Alain Bosquet, Pour le plaisir
Traduction: Traduit du serbe par Alain Bosquet
Editions: La Différence

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UN DÉSIR D’ODYSSÉE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2021




    
UN DÉSIR D’ODYSSÉE

Relever la parole ancienne
Ranimer les mots refroidis
Fermente aux lèvres un nouveau chant
Embrasements ? non, embrasures
Où sur la fresque de midi
S’éploie un désir d’odyssée

Un désir d’odyssée
Par les routes imprononcées
Par les routes jamais écrites
Par les mers encore inchantées

Par les lagunes innommées
Et les déserts indénombrés
Par les chemins non murmurés
Un désir d’odyssée
Par les vents à réinventer
Les orages inéclatés
Les azurs à revisiter

Par les prodiges improclamés
Les sirènes à réenchanter
Sur le portulan des légendes

Un désir d’odyssée
Par les îles inépelées
Et les embruns imbalbutiés
Des vagues jamais chuchotées

Un désir d’odyssée
Vers le lieu ou l’Improféré
Sibylle des mots à venir
Guette en sa grotte improfanée
Le poète qui, d’un baiser
Sur sa bouche délivrera
Les oracles inapaisés.

(Jacques Lacarrière)

Recueil: A l’orée du pays fertile
Traduction:
Editions: Seghers

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À CÉLIMÈNE (Alphonse Daudet)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2020



Illustration: Konstantin Razumov
    

À CÉLIMÈNE.

Je ne vous aime pas, ô blonde Célimène,
Et si vous l’avez cru quelque temps, apprenez
Que nous ne sommes point de ces gens que l’on mène
Avec une lisière et par le bout du nez ;
Je ne vous aime pas…depuis une semaine,
Et je ne sais pourquoi vous vous en étonnez.

Je ne vous aime pas ; vous êtes trop coquette,
Et vos moindres faveurs sont de mauvais aloi ;
Par le droit des yeux noirs, par le droit de conquête,
Il vous faut des amants. (On ne sait trop pourquoi.)
Vous jouez du regard comme d’une raquette ;
Vous en jouez, méchante…et jamais avec moi.

Je ne vous aime pas, et vous aurez beau faire,
Non, madame, jamais je ne vous aimerai.
Vous me plaisez beaucoup ; certes, je vous préfère
À Dorine, à Clarisse, à Lisette, c’est vrai.
Pourtant l’amour n’a rien à voir dans cette affaire,
Et quand il vous plaira, je vous le prouverai.

J’aurais pu vous aimer ; mais, ne vous en déplaise,
Chez moi le sentiment ne tient que par un fil…
Avouons-le, pourtant, quelque chose me pèse :
En ne vous aimant pas, comment donc se fait-il
Que je sois aussi gauche, aussi mal à mon aise
Quand vous me regardez de face ou de profil ?

Je ne vous aime pas, je n’aime rien au monde ;
Je suis de fer, je suis de roc, je suis d’airain.
Shakespeare a dit de vous : « Perfide comme l’onde » ;
Mais moi je n’ai pas peur, car j’ai le pied marin.
Pourtant quand vous parlez, ô ma sirène blonde,
Quand vous parlez, mon cœur bat comme un tambourin.

Je ne vous aime pas, c’est dit, je vous déteste,
Je vous crains comme on craint l’enfer, de peur du feu ;
Comme on craint le typhus, le choléra, la peste,
Je vous hais à la mort, madame ; mais, mon dieu !
Expliquez-moi pourquoi je pleure, quand je reste
Deux jours sans vous parler et sans vous voir un peu.

(Alphonse Daudet)

 

Recueil: Les amoureuses
Traduction:
Editions:

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Dans la pluie et les lumières (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2020



Dans la pluie
et les lumières
j’ai vu le chiffre 5
en or
sur une voiture de pompier
rouge
avançant
tendue
inaperçue
dans les sonneries des cloches
les hurlements des sirènes
et le grondement des roues
dans la ville sombre.

(William Carlos Williams)

Illustration: Charles Demuth

 

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LES NYMPHES DES EAUX (Henry Bauchau)

Posted by arbrealettres sur 29 septembre 2020



Illustration
    
LES NYMPHES DES EAUX

Avec leurs ailes
en diamants
d’écuyères de cirque
tous les moulins sont arrêtés
dans le village des sirènes

Et tous les gestes pour mourir

(Henry Bauchau)

 

Recueil: Poésie complète
Traduction:
Editions: Actes Sud

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J’ai besoin de tes mains (Yvon Le Men)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2020



J’ai besoin de tes mains qui pervenchent à la belle saison
A l’appel de mon corps tu arrives
Plein d’eau dans tes yeux

Plonge dis-tu
Ne pense plus aux sirènes qui hurlent dans ton âme
J’ai traversé les siècles pour te rejoindre
Prends-moi tout entière dans tes bras
Les ailes des oiseaux ne se faneront plus

(Yvon Le Men)


Illustration: Vladimir Kush

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DANS LES SIRÈNES (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2020



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DANS LES SIRÈNES

Dans les sirènes d’usine
Dans les klaxons
de cinq heures
dans le crissement des pneus
Dans le fracas
continu de la ville
J’entends la mer

Dans les profondeurs du sommeil
pans les secrets voyages de la nuit
Dans le noir blessé des néons
Je vois la mer

Et près des réverbères perdus
Je me suis appuyé les soirs de pluie
A la rambarde des trottoirs
Sans parapluie

(Gilles Vigneault)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Sous le signe des Poissons (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2020



 

Josephine Wall  Poisson

Sous le signe des Poissons

Né sous le signe des Poissons,
En mars, dans la Marne aux yeux verts,
Je reconnais la source au son:
Je suis un rêveur de rivières.

Mes aïeux venaient de la Meuse
Qui ronronne au coeur de l’hiver,
Et moi j’ai l’âme trop rieuse:
je suis un rêveur de rivières.

Lorsque je vivais dans la Seine
C’était pour mon coeur un enfer
Tant il y nageait de sirènes:
Je suis un rêveur de rivières.

Où couler les jours les plus doux?
Le Nil est chaud, le Yang-Tsé clair,
L’Amour est loin dont je suis fou:
Plaignez les rêveurs de rivières!

(Marc Alyn)

Illustration: Josephine Wall

 

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FERMER LES YEUX (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2019




FERMER LES YEUX

Et puis cette ombre au fond de l’ombre
Et puis ces deux mains qui se nouent
Ces gestes faits et refaits sans en voir le bout
Et puis cette ombre encore debout

Le cri d’une sirène
Quand le jour a déteint
Parenthèse de peine
L’oubli jusqu’à demain

Longues secondes inertes
Le corps à l’abandon
Gestes lents, cigarettes
Puis s’essuyer le front

Vague regard au ciel
Pour l’heure ou pour le temps
Trop de pluie, de soleil
C’est tout c’qu’il en attend

Déjà loin de ses haines
Aussi loin qu’il le peut
Où ses rêves l’entraînent
Quand il ferme les yeux

Et puis cet otage sans cage
Et puis tous ces hommes en essaim
Son grave visage, maquillage, sans âge
Et puis ces billets dans ta main

Tu peux prendre ses lèvres
Tu peux goûter sa peau
Décider de ses gestes
Même dicter ses mots

Soumettre à tes plaisirs
Tant que le compte est bon
Arracher des sourires
Même changer son nom

Maître d’une apparence
Possédant de si peu
D’un vide, d’une absence
Dès qu’elle ferme les yeux

Quand la peine est trop lourde
Quand le monde est trop laid
Quand la chance est trop sourde
La vérité trop vraie

Comme au dernier voyage
Pour y voir enfin mieux
Enfin d’autres images
Quand on ferme nos yeux
Quand on ferme nos yeux

(Jean-Jacques Goldman)

 

 

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LE VENT EST BLEU (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2019



LE VENT EST BLEU

Le vent est bleu, la mer est blanche,
et s’envolent les dimanches,
les dimanches bénévoles,
ceux d’hier et d’aujourd’hui.
Quais de Rio, quais d’ici,
embarquez vos clairs de lune,
les sirènes se sont tues
et dans le tunnel des gares,
les hommes sont des statues.

(Géo Libbrecht)

 

 

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