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LE VAISSEAU D’OR (Émile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2017



LE VAISSEAU D’OR

C’était un grand Vaisseau taillé dans l’or massif.
Ses mâts touchaient l’azur, sur des mers inconnues;
La Cyprine d’amour, cheveux épars, chairs nues,
S’étalait à sa proue au soleil excessif.

Mais il vint une nuit frapper le grand écueil
Dans l’Océan trompeur où chantait la Sirène,
Et le naufrage horrible inclina sa carène
Aux profondeurs du Gouffre, immuable cercueil.

Ce fut un grand Vaisseau d’or, dont les flancs diaphanes
Révélaient des trésors que les marins profanes,
Dégoût, Haine et Névrose ont entre eux disputés.

Que reste-t-il de lui dans la tempête brève?
Qu’est devenu mon cœur, navire déserté?
Hélas! Il a sombré dans l’abîme du Rêve!

(Émile Nelligan)

Illustration: Mary Blair

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Nuit noire (Paul Louis Rossi)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2017



 

Nuit noire

Que voulez-vous que j’offre à mon prochain
Un ciel mouvant de nuages
Des yeux secs et mon visage
Défiguré par la haine

À toi je ne donne rien et tu m’offres des nuits
Aussi troubles qu’un alcool au fond d’un verre

Dans le monde où nous partons au crépuscule
Les amours se dénouent comme des crimes
Des sirènes chantent en montrant leurs seins
Et des femmes plus belles que de coutume
Ouvrent l’éventail de leurs mains
Pour se parer de pierreries et de fourrures

L’univers est une caverne à voleurs
Éclairée par des yeux des regards
Brillants comme des diamants noirs
Dans la gangue bleue des paupières
Des yeux sombres fous illuminés hagards
Agrandis par le plaisir et la douleur
Ou bien lassés à peine visibles à la lisière des cils

À quel festin êtes-vous conviés
Aventuriers de la nuit noire
À quelle flamme allez-vous brûler
Les papillons de votre sommeil

Au pays où nous partons au crépuscule
L’amour est plus fort que la faim

(Paul Louis Rossi)

Illustration

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Les conques (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2016



Les conques, marines rondeurs,
sont-elles les seins des sirènes ?

Sont-elles vagues pétrifiées ?
Jeu immobile de l’écume ?

Le feu des lucioles sauvages
n’a-t-il incendié la prairie ?

Les coiffeurs de l’automne
ont-ils ébouriffé les chrysanthèmes ?

(Pablo Neruda)


Illustration: Frederic Leighton

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Fille Mer (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2016



Fille Mer

Fille mer grosse de tempêtes à venir
Qui se fracasse les côtes
Qui se dépouille de ses algues
Pour en revêtir les rochers
Qui ôte sa robe d’écume
Pour en couvrir le rivage
Et m’apparaître dans splendide nudité
Qui prend le large quand je m’approche
Qui me lèche les pieds avant de les mordre
Qui danse devant moi au rythme des marées
Qui m’étreint de toutes ses vagues
Qui me fascine avec tous ses yeux de méduses
Et m’envoûte avec ses chants de sirènes
Qui me naufrage dans ma barque
Et je sombre dans ses profondeurs
Comme dans un ventre maternel.

(Jean-Baptiste Besnard)

Voir son site ici: Jean-Baptiste Besnard

Illustration: William Bouguereau

 

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Sirène (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2016



 

Sirène

Il n’était pas une fois
un beau château au centre d’un désert
nul ne tentait d’en franchir l’accès
dans un bassin
y nageait une sirène

Il n’était pas une fois
ou plutôt si Il était il était une fois
Il est encore au centre du désert
derrière les hauts murs
une sirène nageant dans un bassin

Solitude silence eau sans clapotis
Rien ne viendra-t-il troubler
la nage régulière de la sirène

C’est elle immuable qui nécessite
Le mouvement des aiguilles sur les cadrans
C’est elle qui règne sur la respiration
Sur celle des amants et celle des dormeurs

Sur celle de celui qui rêve
Sur celle de celui qui aime
Sur celle de l’amante éperdue

Voici que l’orage se lève dans son uniforme d’encaisseur
Enjambe l’horizon
Se brise aux monts
Et dans la splendeur de l’arc-en-ciel
Se dérobe en un fleuve odorant
Se brise aux piles du prisme des couleurs

Sur la campagne agenouillée
Dans ce fleuve au bon parfum
Voici que nage la sirène
Immense dans le ciel à marée haute
Elle passe au-dessus des champs
au-dessus des villes

L’éclat de ses écailles est celui de l’éclair
Sa queue d’un mouvement lent
balaie les nuages

Le paysage retourne au soleil
La sirène à son palais lointain

Tout cela peut se voir
Quand l’orage gronde
Quand il s’enfuit sous l’arc-en-ciel

Mais il est d’autres orages
Il est des paysages du coeur
Il est d’autres sirènes.

(Robert Desnos)

Illustration

 

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Crapaud (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2016



Sur les bords de la Marne
Un crapaud il y a,
Qui pleure à chaudes larmes
Sous un acacia.

– Dis-moi pourquoi tu pleures
Mon joli crapaud?
– C’est que j’ai le malheur
De n’être pas beau.

Sous les bords de la Seine
Un crapaud il y a.
Qui chante à perdre haleine
Dans son charabia.

– Dis-moi pourquoi tu chantes
Mon vilain crapaud?
– Je chante à voix plaisante,
Car je suis très beau,
Des bords de la Marne aux bords de la Seine
Avec les sirènes.

(Robert Desnos)

Illustration

 

 

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FERMER LES YEUX (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2016




FERMER LES YEUX

Et puis cette ombre au fond de l’ombre
Et puis ces deux mains qui se nouent
Ces gestes faits et refaits sans en voir le bout
Et puis cette ombre encore debout

Le cri d’une sirène
Quand le jour a déteint
Parenthèse de peine
L’oubli jusqu’à demain

Longues secondes inertes
Le corps à l’abandon
Gestes lents, cigarettes
Puis s’essuyer le front

Vague regard au ciel
Pour l’heure ou pour le temps
Trop de pluie, de soleil
C’est tout c’qu’il en attend

Déjà loin de ses haines
Aussi loin qu’il le peut
Où ses rêves l’entraînent
Quand il ferme les yeux

Et puis cet otage sans cage
Et puis tous ces hommes en essaim
Son grave visage, maquillage, sans âge
Et puis ces billets dans ta main

Tu peux prendre ses lèvres
Tu peux goûter sa peau
Décider de ses gestes
Même dicter ses mots

Soumettre à tes plaisirs
Tant que le compte est bon
Arracher des sourires
Même changer son nom

Maître d’une apparence
Possédant de si peu
D’un vide, d’une absence
Dès qu’elle ferme les yeux

Quand la peine est trop lourde
Quand le monde est trop laid
Quand la chance est trop sourde
La vérité trop vraie

Comme au dernier voyage
Pour y voir enfin mieux
Enfin d’autres images
Quand on ferme nos yeux
Quand on ferme nos yeux

(Jean-Jacques Goldman)

 

 

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Le chèvrefeuille (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2016



chevaliers

Le chèvrefeuille

Frémissement d’ailes multicolores.
Un ange est là que je suis seul à voir.
Dansons l’orange et dansons toute sphère,
Tout fruit du monde où se plantent les dents.

Les combattants lèvent leurs oriflammes.
Tout est de feu, même la mer où saigne
Une sirène un poignard dans le sein.

Guerre la guerre a des dents de vampire.
Le jour s’éveille et meurt dans l’incarnat
Dans la splendeur de ses noces de sang.

Je suis la cible et chaque chevalier
Dans un galop me vise de sa lance.
Jour après jour des tournois se répètent
Je dois mourir quelque part dans le temps.

Amant de mort, je chante la splendeur
Du coeur meurtri, cet étrange despert
Au corps paré de colliers et de chaînes
Qui va mêlant les bijoux, les tortures.
Un ange meurt enfermé dans mes ailes.

(Robert Sabatier)

Illustration

 

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Hymne à la beauté (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2016



Hymne à la beauté

Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l’abîme,
Ô Beauté ! ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l’on peut pour cela te comparer au vin.

Tu contiens dans ton oeil le couchant et l’aurore ;
Tu répands des parfums comme un soir orageux ;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l’enfant courageux.

Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.

Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ;
De tes bijoux l’Horreur n’est pas le moins charmant,
Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.

L’éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L’amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l’air d’un moribond caressant son tombeau.

Que tu viennes du ciel ou de l’enfer, qu’importe,
Ô Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu !
Si ton oeil, ton souris, ton pied, m’ouvrent la porte
D’un Infini que j’aime et n’ai jamais connu ?

De Satan ou de Dieu, qu’importe ? Ange ou Sirène,
Qu’importe, si tu rends, – fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! –
L’univers moins hideux et les instants moins lourds ?

(Charles Baudelaire)

Illustration: Katarina Smuraga

 

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La Prière d’un païen (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2016



 

La Prière d’un païen

Ah! ne ralentis pas tes flammes;
Réchauffe mon coeur engourdi,
Volupté, torture des âmes!
Diva! Supplicem exaudi!

Déesse dans l’air répandue,
Flamme dans notre souterrain!
Exauce une âme morfondue,
Qui te consacre un chant d’airain.

Volupté, sois toujours ma reine!
Prends le masque d’une sirène
Faite de chair et de velours,

Ou verse-moi tes sommeils lourds
Dans le vin informe et mystique,
Volupté, fantôme élastique!

(Charles Baudelaire)

 

 

 

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