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Posts Tagged ‘sirène’

Qui est cette sirène ? (Herman Melville)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017



Illustration
   
Ronds et pleins sont ses bras, lissés par la rosée,
Suave abri contre tous les maux de Mardi.
« Les bras de qui ? » demande Mohi.
Plongeant dans les profondeurs de la mer,
Elle entraîne avec elle un rayon de soleil ;
Une flamme luit dans la mer,
Comme un banc de dauphins.
« Qui est cette sirène ? » dit Mohi.
Son pas léger va sur le sable,
À peine posé, à peine entendu,
Sur la plage,
La plage au sable d’or ;
Et nul n’a jamais vu
Trace de son pied nu.

(Herman Melville)

 

Recueil: L’Oeil du Poète Herman Melville
Traduction: Christophe Marchand-Kiss et Charles Cestre
Editions: Textuel

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HEURE (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2017



 

démon

HEURE

L’HEURE me vient sourire et se faire sirène :
Tout s’éclaire d’un jour que jamais je ne vis :
Danseras-tu longtemps, Rayon, sur le parvis
De l’âme sombre et souveraine?

Voici L’HEURE, la soif, la source et la sirène.

Pour toi, le passé brûle, HEURE qui m’assouvis;
Enfin, splendeur du seul, ô biens que j’ai ravis,
J’aime ce que je suis : ma solitude est reine!
Mes plus secrets démons, librement asservis
Accomplissent dans l’or de l’air même où je vis
Une sagesse pure aux lucides avis :
La présence est toute sereine.

Voici l’HEURE, la soif, la source et la sirène,

Danseras-tu longtemps, rayon, sur le parvis
Du soir, devant l’oeil noir de ma nuit souveraine?

(Paul Valéry)

 

 

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L’île d’Ulysse (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2017



Illustration: Firmin Girard
    

L’île d’Ulysse

L’île d’Ulysse était-elle mon île ?
La retrouvant, je ne la reconnus,
terre étrangère où je n’étais moi-même
qu’en reniant le voyage et le Temps.

Ne vivait là qu’une troupe d’aveugles.
Je connaissais ma propre cécité,
je ne voyais que d’anciennes lumières.

Oh ! repartir, retrouver l’onde et l’âme,
le flot changeant, les dangers qui nous sauvent
et cette étrave où la mer se déchire.

C’était hier. J’oubliais les écueils,
celui de vivre et celui de mourir,
maître d’exil et roi de mon errance.

J’entends au loin le chant vert des sirènes.
J’ai tant rêvé d’être bu par ces bouches,
jamais le sort n’aura si beau visage.

Contre l’appel de l’énigme, des liens !
Ce corps tendu, ce cri dans mes cavernes,
l’étouffement de l’être dans mon être.

Tu le savais : jamais plus l’aventure.
Que devenir sur cette terre morne ?
Nul monument ne voit tourner son ombre.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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La sirène (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017



 


    
La sirène

A toi la soeur des vagues
Mon chant marin.

Ce sont les jours qui volent
Non les oiseaux.

Est-ce ton corps qui brille
Ou le soleil ?

Tu nages mieux que moi
Qui suis galet.

Tu danses sur les plages
De l’avenir.

Nous sommes seuls au monde
Parmi les flots.

Petite soeur des vagues,
Existes-tu ?

N’es-tu qu’un peu d’écume,
Un souvenir ?

Ou bien la flamme bleue
Pour me brûler ?

— J’existe, dit la vague
Au vieux marin.

J’existe sans la mer
Et sans le vent.

Car je suis sur tes lèvres
Comme le sel.

Car je suis dans ta vie
Comme ta mort.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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Les champs sont noir (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: Abraham Poincheval 
    
Les champs sont noirs comme la bouche d’un tunnel
Ne quitte pas cette route qui vient des villes :
Le calme a des bordures qui cèdent comme des trappes.
Ne lève pas la main pour toucher le ciel bas.

Les nuages tombent de l’autre côté du monde,
lourds comme des forêts enfermées dans le vent,
larges comme les plaines qu’ils étouffent
et les pierres montrent les débris de chair de la terre.

Quelles douces mains s’accouvent sur nos fronts,
sous quels beaux miroirs se plaignent nos mémoires ?
Quand la pluie tombe, un grand fond de détresse
fait vaciller la joie qui monte dans l’homme.

Un geste indifférent résume le passé,
le coeur en battant a peur de faire du bruit,
la nuit ne peut consoler le cri des sirènes :
le monde est seul comme une bouteille bue.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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La solitude est verte (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017




Chasseresse ou dévote ou porteuse de dons
La solitude est verte en des landes hantées
Comme chansons du vent aux provinces chantées
Comme le souvenir lié à l’abandon.
La solitude est verte.

Verte comme verveine au parfum jardinier
Comme mousse crépue au bord de la fontaine
Et comme le poisson messager des sirènes,
Verte comme la science au front de l’écolier.
La solitude est verte.

Verte comme la pomme en sa simplicité,
Comme la grenouille, coeur glacé des vacances,
Verte comme tes yeux de désobéissance,
Verte comme l’exil où l’amour m’a jeté.
La solitude est verte.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: René Magritte

 

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La solitude est verte (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017


Chasseresse ou dévote ou porteuse de dons
La solitude est verte en des landes hantées,
Comme chansons du vent aux provinces chantées
Comme le souvenir lié à l’abandon.

La solitude est verte.

Verte comme verveine au parfum jardinier
Comme mousse crépue au bord de la fontaine
Et comme le poisson messager des sirènes,
Verte comme la science au front de l’écolier.

La solitude est verte.

Verte comme la pomme en sa simplicité,
Comme la grenouille, cœur glacé des vacances,
Verte comme tes yeux de désobéissance,
Verte comme l’exil où l’amour m’a jeté.

La solitude est verte.

(Louise de Vilmorin)

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La Sirène (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Victor Nizovtsev
    
La Sirène

Sirène au corps d’argent, dont le regard fascine,
Tu glisses comme un rets sur l’immense océan,
Attirant par ta voix, ô néfaste androgyne,
Le crédule pêcheur vers le gouffre béant.

Tes chants mélodieux, dans la nuit étoilée,
Dans le calme divin, font tressaillir d’émoi,
Et de loin on entend cette harmonie ailée
Qui glace l’homme plein de désir et d’effroi.

Tu t’approches de lui, les lèvres souriantes ;
De ta chair parfumée émane le péril ;
Tu l’appelles encor de tes mains suppliantes ;
Il est sous le pouvoir de ton charme subtil.

Inconscient, il suit la forme enchanteresse,
Oubliant son foyer, le bonheur du retour,
Et les serments qu’il fit à sa jeune maîtresse :
Tu le tiens désormais dans tes filets d’amour ;

Mais il s’abîme au fond de l’onde impitoyable,
Il voit confusément l’épouvante des mers,
Des cadavres meurtris sur leur couche de sable,
Les crabes jaillissant de crânes entrouverts.

Il veut se libérer de sa prison mouvante,
Il tend ses bras vaincus vers l’horizon d’airain,
Puis meurt dans un sanglot. Et la douce voix chante,
Car une autre victime éclaire le lointain.

(Renée Vivien)

 

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Au Pays des Miracles (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



Illustration: Jimmy Lawlor

    

Au Pays des Miracles

Impérieusement je prendrai mon essor
Cette nuit : je fuirai vers les espaces d’or.

Je ferai ruisseler, fludités sereines,
Entre mes doigts ardents les cheveux des Sirènes.

Je verrai, dans un halo de parfums flottants,
Les fantômes errer sous le bleu du printemps.

J’entendrai les chasseurs étranges des ténèbres,
Les frissons noirs des ifs, le son des cors funèbres.

Auprès de moi, blancheurs de nuage et de jour,
Luiront les visions mortelles de l’amour.

Je pencherai mon coeur sur l’eau de la lagune,
Lorsque s’attendrira le rire de la Lune…

Impérieusement je prendrai mon essor
Cette nuit : je fuirai vers les espaces d’or.

(Renée Vivien)

 

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Palais sous la Mer (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017




    
Palais sous la Mer

Puisque tu sus surprendre enfin mon coeur amer,
Je te découvrirai mon palais sous la mer !
Tu verras, comme on voit en des visions rares,
Les étranges corails, les éponges bizarres !

Je te découvrirai mes jardins, loin des vents,
Où chaque fleur respire, où les fruits sont vivants.
Puis tu verras les beaux poissons dont l’aile vole
Aussi légèrement que se dit la parole.

Tu verras le soir glauque et fuyant sous les eaux,
Et nous regarderons ainsi que des oiseaux
Passer la mouette ivre et des voiles sereines,
Et parfois chanteront, pour nous deux, les Sirènes !

(Renée Vivien)

 

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