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Posts Tagged ‘sirène’

Vers les Sirènes (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



 

Vers les Sirènes

Vous craignez le désir, ô compagnons d’Ulysse !
Aveugles et muets, l’âme close au péril
De la voix qui ruisselle et du rire subtil,
Vous rêvez des foyers qui recueillent l’exil
Aux pieds lassés. Moi seul, ô compagnons d’Ulysse,
Moi seul ai dédaigné la fraude et l’artifice,
Moi seul ose l’amour et le divin péril.

Dénouant leurs cheveux fluides, les Sirènes,
Ceintes de la langueur et du regret des morts,
S’approchent, un reflet de perles sur leurs corps.
Elles chantent… Leur voix se mêle aux clairs accords
Des vagues et du vent… J’entrevois les Sirènes…
Elles chantent l’amour qui corrode les veines
Comme un venin, et fait pleurer les yeux des morts…

Ô lâches compagnons d’Ulysse ! Pour une heure
Je donne l’existence humaine ! Pour un chant
Vaguement répété par la mer au couchant,
Pour un visage à peine entrevu, se penchant
Sur le miroir brisé des ondes, — pour une heure,
J’accepte le silence où le néant demeure,
Le silence où périt la mémoire du chant…

(Renée Vivien)

Illustration: Victor Mottez

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La solitude est verte (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2017


Chasseresse ou dévote ou porteuse de dons
La solitude est verte en des landes hantées,
Comme chansons du vent aux provinces chantées
Comme le souvenir lié à l’abandon.

La solitude est verte.

Verte comme verveine au parfum jardinier
Comme mousse crépue au bord de la fontaine
Et comme le poisson messager des sirènes,
Verte comme la science au front de l’écolier.

La solitude est verte.

Verte comme la pomme en sa simplicité,
Comme la grenouille, cœur glacé des vacances,
Verte comme tes yeux de désobéissance,
Verte comme l’exil où l’amour m’a jeté.

La solitude est verte.

(Louise de Vilmorin)

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Les Eléments (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Les Eléments

Dans la terre
il jette le grain
d’où naîtra l’enfant aux yeux verts.

Il demande à la dormeuse
l’eau des rêves, l’océan,
ses monstres, baisers, sirènes.

Il prie le vent de traverser son corps,
de délivrer le coeur
obscur de ses entraves.

Il rêve que le soleil
est une femme rousse
puis noire
puis un lion qui le dévore.

(Jean Joubert)


Illustration: Katerina Belkina

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Le cygne (Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



Près d’un château sans châtelaine
La barque aux barcarols chantants
Sur un lac blanc et sous l’haleine
Des vents qui tremblent au printemps
Voguait cygne mourant sirène.

(Apollinaire)

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Sirène d’or (Philippe Trouvé)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2017



douceur des ports
caresse amie
sirène d’or
aux hanches endormie
douceur infinie
paresse d’essor
nymphe alanguie
aux bouches du sort
paresse des ports
aux nymphes infinies

(Philippe Trouvé)


Illustration: Edwina Caci

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Norias (Jérôme et Jean Tharaud)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2017



Norias

Dans l’aimable ville de Hama,
tout empêche de penser à rien.
Rapide et brillant de lumière,
l’Oronte coule entre les saules, les peupliers,
les grenadiers et des noyers énormes,
comme je n’ai vu que là-bas.

De distance en distance,
d’immenses roues vont porter leur eau en plein ciel…
Une longue caresse musicale sort de ces roues gémissantes;
c’est assez indéfinissable,

quelque chose comme un bruit d’orgue ou de cloche lointaine,
un vague meuglement de troupeau,
un frelon qui bourdonne,
un murmure de sirène,
une harmonie continue, qui est le silence d’ici,
et où chaque roue met sa note,
sa vibration particulière.

Inlassablement,
l’eau monte emportée
par l’effort du fleuve
(…).

C’est un rêve oublié au bord de l’eau,
une poésie musicale faite de rien,
d’amour, de nonchalance, de chants d’oiseaux
dans les verdures mouillées,

une construction d’azur et de songe,
bâtie de matériaux fragiles,
on ne sait pas par qui ni pourquoi,
et qui ne tient en équilibre
que par la puissance d’un rêve.

(Jérôme et Jean Tharaud)

Illustration

 

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Dans le vrai tourment (Nicole Brossard)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2017



dans le vrai tourment
c’est facile il suffit
de niveler les pensées et d’attendre
un oiseau tropical ou une voix de sirène
un surgissement inénarrable
au centre du silence qui nuirait
au tourment

(Nicole Brossard)

Illustration: Edwina Caci

 

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LE VAISSEAU D’OR (Émile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2017



LE VAISSEAU D’OR

C’était un grand Vaisseau taillé dans l’or massif.
Ses mâts touchaient l’azur, sur des mers inconnues;
La Cyprine d’amour, cheveux épars, chairs nues,
S’étalait à sa proue au soleil excessif.

Mais il vint une nuit frapper le grand écueil
Dans l’Océan trompeur où chantait la Sirène,
Et le naufrage horrible inclina sa carène
Aux profondeurs du Gouffre, immuable cercueil.

Ce fut un grand Vaisseau d’or, dont les flancs diaphanes
Révélaient des trésors que les marins profanes,
Dégoût, Haine et Névrose ont entre eux disputés.

Que reste-t-il de lui dans la tempête brève?
Qu’est devenu mon cœur, navire déserté?
Hélas! Il a sombré dans l’abîme du Rêve!

(Émile Nelligan)

Illustration: Mary Blair

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Nuit noire (Paul Louis Rossi)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2017



 

Nuit noire

Que voulez-vous que j’offre à mon prochain
Un ciel mouvant de nuages
Des yeux secs et mon visage
Défiguré par la haine

À toi je ne donne rien et tu m’offres des nuits
Aussi troubles qu’un alcool au fond d’un verre

Dans le monde où nous partons au crépuscule
Les amours se dénouent comme des crimes
Des sirènes chantent en montrant leurs seins
Et des femmes plus belles que de coutume
Ouvrent l’éventail de leurs mains
Pour se parer de pierreries et de fourrures

L’univers est une caverne à voleurs
Éclairée par des yeux des regards
Brillants comme des diamants noirs
Dans la gangue bleue des paupières
Des yeux sombres fous illuminés hagards
Agrandis par le plaisir et la douleur
Ou bien lassés à peine visibles à la lisière des cils

À quel festin êtes-vous conviés
Aventuriers de la nuit noire
À quelle flamme allez-vous brûler
Les papillons de votre sommeil

Au pays où nous partons au crépuscule
L’amour est plus fort que la faim

(Paul Louis Rossi)

Illustration

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Les conques (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2016



Les conques, marines rondeurs,
sont-elles les seins des sirènes ?

Sont-elles vagues pétrifiées ?
Jeu immobile de l’écume ?

Le feu des lucioles sauvages
n’a-t-il incendié la prairie ?

Les coiffeurs de l’automne
ont-ils ébouriffé les chrysanthèmes ?

(Pablo Neruda)


Illustration: Frederic Leighton

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