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Poésie

Posts Tagged ‘s’isoler’

PROVERBES (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2019




    
PROVERBES
Rome, 1966-1969

1
On commence par chanter
Et l’on chante pour finir

2
Il est né pour chanter
Celui qui meurt d’amour.

Il est né pour aimer
Celui qui meurt de chanter.

3
Qui est né pour chanter
Chante même en mourant.

4
Qui naît pour aimer
Mourra par amour

5
En naissant tu ne sais rien,
Vivre t’apprend peu de chose,
Mais en mourant peut-être verras-tu
Que l’unique doctrine
Est celle qui s’épure
En s’isolant dans l’amour.

6
On pourrait continuer.

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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Bruyants silences (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



 

Gnafron, Madelon et Guignol en bas du GourguillonÉ

Bruyants silences

C’est le grand silence de la vie
qui me tinte aux oreilles.

C’est vilain silence qui glapit
rien qu’à lui-même pareil.

C’est bruyant silence de la foule
caquetant tout son saoul.

C’est parfait silence de parlotes
où chacun radote.

Et dans ce guignol
qui ricane
qui rigole
qui me suit
me poursuit
et encore mieux m’isole,
c’est le dur silence de la vie
qui me tinte aux oreilles.

(Esther Granek)

Illustration

 

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VERS AMOUREUX (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Irene Belknap_003

VERS AMOUREUX

Comme en un préau d’hôpital de fous
Le monde anxieux s’empresse et s’agite
Autour de mes yeux, poursuivant au gîte
Le rêve que j’ai quand je pense à vous.

Mais n’en pouvant plus, pourtant, je m’isole
En mes souvenirs. Je ferme les yeux ;
Je vous vois passer dans les lointains bleus,
Et j’entends le son de votre parole.

*

Pour moi, je m’ennuie en ces temps railleurs.
Je sais que la terre aussi vous obsède.
Voulez-vous tenter (étant deux on s’aide)
Une évasion vers des cieux meilleurs ?

(Charles Cros)

Illustration: Irene Belknap

 

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Celui-là qui s’éloigne de ce qu’il aime (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018



Illustration: Edvard Munch
    
celui-là qui s’éloigne de ce qu’il aime
Pour détruire son triste amour
la figure de ce qu’il aime
s’isole se dépouille
cache le reste
et davantage le tourmente

(Jean Cocteau)

 

Recueil: Le Cap de Bonne-Espérance suivi de Discours du Grand Sommeil
Traduction:
Editions: Gallimard

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DANSE (Léon-Paul Fargue)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017




    
DANSE

Les salades d’escarole
Dansent en robe à paniers
Sous la lune blonde et molle
Qui se lève pour souper.
Un couple d’amants s’isole
Gracieux comme un huilier
Et va sous un mouflier
Voir pousser les croquignoles.

Les salades d’escarole
Demain elles danseront
Dans leur urne funéraire
Sous les faces lunéraires
Qui dînent d’un oeil vairon
Et feront sur leurs frisons
L’escalade des paroles
Et le pas des postillons…

Cependant, la terre gronde,
Et dans cette dame blonde
Et dans ce monsieur qui ment,
La mort, lampe d’ossements,
Consume l’huile qui tombe…

(Léon-Paul Fargue)

 

Recueil: Ludions

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Gravités de la Solitude (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



 


    
Gravités de la Solitude

Je vis dans le farouche exil
De la volupté qui s’isole,
Et le rythme de ta parole
Fait rire en moi les chants d’avril.

J’aspire les fraîcheurs nocturnes
Et la langueur de ton repos,
Dans l’ombre de tes yeux mi-clos
Et sur tes lèvres taciturnes.

Le sanglot lointain des douleurs
Ne trouble plus la quiétude
De notre étrange solitude,
Ivre de musique et de fleurs.

Ah ! les soirs de fauve agonie,
Versant les rayons violets !
Ah ! les échos et les reflets
Des temples lascifs d’Ionie !

(Renée Vivien)

 

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Quelle chose étonnante que la lecture (Blaise Cendrars)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2017



Quelle chose étonnante que la lecture
qui abolit le temps, transvase l’espace vertigineux
sans pour cela suspendre le souffle,
ni ravir la vie au lecteur!

On est emporté sur un tapis volant.
Le bonnet enchanté de Fortunatus vous coiffe la tête.
On se croit invisible, absent,
bien qu’étant partout présent, même là, fébrile,
ce livre à la main, que l’on dévore, que l’on mange des yeux,
comme dans une opération de magie blanche,
pour se nourrir l’esprit.

Et la lecture est en effet une opération magique de la conscience
qui révèle une des facultés les plus méconnues de l’homme
et qui lui confère un grand pouvoir:
la faculté de la bilocation et le pouvoir de s’isoler,
de s’abstraire, de sortir de sa propre vie sans perdre contact avec la vie,
bref, de communier avec tout, même quand on ne croit plus à rien.

(Blaise Cendrars)

 

 

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Le grand rocher (Luc Dietrich)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2016



 

Le grand rocher

Puisque mon regard est vide pour toi,
Puisque ma main a perdu sa chaleur,
Puisque mes paroles ne peuvent plus percer cette glace où tu t’isoles,
Je veux descendre et devenir rocher
Dans cette nuit où tu veux que je me perde.

Je deviendrai l’arbre qui oublie le printemps,
Je fuirai les cordes de lumière qui m’attachent à ton ombre,
Je deviendrai la branche qui se fait pierre et qui pèsera sur ton sommeil.

J’avancerai comme un grand rocher dans ta nuit,
Et malgré tout ton sang et toutes tes larmes,
Mon corps sera si froid que je n’entendrai plus ton appel.

(Luc Dietrich)


 

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Voir (Jong N. Woo)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2016



voir
c’est se retirer, s’isoler, s’éloigner
puis de nouveau, mais autrement,
sortir au dehors, en plein air,
devant l’immobilité mouvante, variante
de l’arbre

voir
c’est ainsi contempler, patienter, endurer,
veiller, s’abandonner

jusqu’à ce que l’invisible se fonde
avec l’incommensurable apparaître

(Jong N. Woo)

Illustration: Odilon Redon

 

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Je me retranche encore de moi-même derrière moi-même (René Daumal)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2015



Je me retranche encore de moi-même derrière moi-même
et je vois dans la Mer bouillonnante des OUI qui aspirent à des formes vivantes,
Sous mon regard qui nie, un noeud de bulles s’affirme et s’organise en systèmes de mouvements coopérant en cercles.
Ainsi un corps vivant, de voiles physiques et non-physiques,
s’isole individu dans la Mer bouillonnante
où des multitudes d’autres s’organisent aussi et déclare:
« Je suis à toi ».

Car le NON voulant se parler universel,
il soulève les voiles niés-apparus, qui s’attachent à lui,
et me voici Lui-même dans la Prison vivante.
J’ai forme, ayant renié toute forme.
L’image visible de la souffrance est multitude.

(René Daumal)

Illustration: Michael Page

 

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