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Une nuit, sous la terrible lune (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



 

Yuri Dubinin - (13)

Une nuit, sous la terrible lune
Qui saignait parmi les brumes roses,
Tu parlais, ô soeur, de tristes choses
Comme une enfant prise de rancune.

Au loin les appels des mauvais hommes
Nous montaient des vergers de la plaine
Où les arbres tordus par la haine
Tendaient, fruits du mal amour, leurs pommes.

Tu n’entendis pas le bruit des roues
Rapportant vers les petits villages
La récolte des moissonneurs sages
Qui peinent le temps où tu te joues.

Tu cueillais les pavots de la route
Pour en festonner, plein tes mains molles,
Notre maison où l’on voit les folles
Mendier, soeurs du deuil et du doute.

Comme devant une étrange auberge
Tu fis, vocatrice de désastres,
Le signe qui flétrit les bons astres
Dans le jardin d’azur de la Vierge.

Puis effeuillant au seuil de la porte
Les fleurs de l’ombre l’une après l’une,
Tu chantas quelque chose à la Lune,
Quelque chose dont mon âme est morte.

(Stuart Merrill)

Illustration: Yuri Dubinin

 

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Les trois soeurs aveugles (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2019



 

aveugles

Les trois soeurs aveugles
(Espérons encore),
Les trois soeurs aveugles
Ont leurs lampes d’or.

Montent à la tour
(Elles, vous et nous),
Montent à la tour,
Attendent sept jours…

Ah! dit la première
(Espérons encore),
Ah! dit la première,
J’entends nos lumières…

Ah! dit la seconde
(Elles, vous et nous),
Ah! dit la seconde,
C’est le roi qui monte…

Non, dit la plus sainte
(Espérons encore),
Non, dit la plus sainte,
Elles se sont éteintes…

(Maurice Maeterlinck)

Illustration

 

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Chanson (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2019



 

sol halabi 31 [1280x768]

Chanson

A l’heure du réveil des sèves
L’Amour, d’un geste las,
Sème les rimes et les rêves
Parmi les lis et les lilas.

La brise, soeur des hirondelles,
Déferle son essor,
Et frôle de mille coups d’ailes
Les corolles d’azur et d’or.

Amour, pour fêter ta victoire
Les cieux se sont fleuris,
Et mai t’auréole de gloire,
O roi des Roses et des Ris !

(Stuart Merrill)

Illustration: Sol Halabi

 

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Steam-boat (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



 

steamboat

Steam-boat

A une passagère.
En fumée elle est donc chassée
L’éternité, la traversée
Qui fit de Vous ma soeur d’un jour,
Ma soeur d’amour ! …

Là-bas : cette mer incolore
Où ce qui fut Toi flotte encore…
Ici : la terre, ton écueil,
Tertre de deuil !

On t’espère là… Va légère !
Qui te bercera, Passagère?…
Ô passagère de mon coeur,
Ton remorqueur ! …

Quel ménélas, sur son rivage,
Fait le pied ?… – Va, j’ai ton sillage…
J’ai, – quand il est là voir venir, –
Ton souvenir !

Il n’aura pas, lui, ma Peureuse,
Les sauts de ta gorge houleuse !…
Tes sourcils salés de poudrain
Pendant un grain !

Il ne t’aura pas : effrontée !
Par tes cheveux au vent fouettée !…
Ni, durant les longs quarts de nuit,
Ton doux ennui…

Ni ma poésie où : – Posée,
Tu seras la mouette blessée,
Et moi le flot qu’elle rasa…,
Et coetera.

– Le large, bête sans limite,
Me paraîtra bien grand, Petite,
Sans Toi ! … Rien n’est plus l’horizon
Qu’une cloison,

Qu’elle va me sembler étroite !
Tout seul, la boîte à deux ! … la boîte
Où nous n’avions qu’un oreiller
Pour sommeiller.

Déjà le soleil se fait sombre
Qui ne balance plus ton ombre,
Et la houle a fait un grand pli…
– Comme l’oubli ! –

Ainsi déchantait sa fortune,
En vigie, au sec, dans la hune,
Par un soir frais, vers le matin,
Un pilotin.

(Tristan Corbière)

 

 

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Mon âme, soeur des soirs, amante du silence (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2019



Toi qui te connais mal et que les autres n’aiment
Qu’en de vains ornements qui ne sont pas toi-même,
Afin que ta beauté natale ne se fane,
Mon âme, pare-toi comme une courtisane.

Lorsque reviendra l’ombre et que tu seras nue,
Seule devant la nuit qui t’aura reconnue
Et loin de la cité dont la rumeur t’offense,
Tu te retrouveras pareille à ton enfance,

Mon âme, soeur des soirs, amante du silence.

(Jean de la Ville de Mirmont)

Illustration

 

 

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LES TROIS SOEURS (René Char)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2019



LES TROIS SOEURS

Mon amour à la robe de phare bleu,
je baise la fièvre de ton visage
où couche la lumière qui jouit en secret.

J’aime et je sanglote. Je suis vivant
et c’est ton coeur cette Étoile du Matin
à la durée victorieuse qui rougit avant
de rompre le combat des Constellations.

Hors de toi, que ma chair devienne la voile
qui répugne au vent.

(René Char)

Illustration: Andrzej Malinowski 

 

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Les joues d’Amaranthe (Pierre de Marbeuf)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019



 

Les joues d’Amaranthe

Des roses et des lys filles et soeurs jumelles,
Qui sous un lait caillé doucement tremblotez,
Joues où l’amour joue en toutes privautés,
Et bâtit aux souris des demeures nouvelles,

Lors que vous rougissez, que vos roses sont belles,
Quand l’épine d’honneur veut armer vos beautés,
Le satin de vos lys montrant vos chastetés,
Donne aux amants la peur, et l’amour aux rebelles.

Petits creux, magasins et d’amours et d’appas,
La petite rondeur que vous avez en bas,
Fait que je vous compare aux pommes d’Atalante.

S’il faut pour ce beau fruit mourir, ou bien courir,
Ma course est inégale : il me faut donc mourir,
Si vous ne me donnez vos pommes, Amaranthe.

(Pierre de Marbeuf)

Illustration: Bao-Pham Thienbao

 

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Ici je reprends le goût de la vie (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019



Illustration: Pablo Ruiz Picasso
    
Ici je reprends le goût de la vie,
Ainsi le dormeur, son sexe l’éveille,
Soudain rebandé par la même envie,
Et la femme est là, totale merveille.

Ainsi le nageur, la mer le soulève,
Et l’offre au soleil, et le ressaisit,
Il voit l’avenir, une immense grève,
Où se coucher nu dans l’après-midi.

Ainsi l’arbre en fleurs au fond d’un ravin
L’entrecroisement des hautes fougères…
Le mot le plus juste est encore vain,
Puisqu’ici le corps est tout le mystère.

Je rencontrerai peut-être la femme
Sœur de la fougère et des vagues nues.
Le sentier tournant deviendra la flacon
Qui la brûlera, sitôt apparue.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Été: être pour quelques jours le contemporain des roses (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



Été: être pour quelques jours
le contemporain des roses;
respirer ce qui flotte autour
de leurs âmes écloses.

Faire de chacune qui se meurt
une confidente,
et survivre à cette soeur
en d’autres roses absente.

*

Seule, ô abondante fleur,
tu crées ton propre espace;
tu te mires dans une glace
d’odeur.

Ton parfum entoure comme d’autres pétales.
ton innombrable calice.
Je te retiens, tu t’étales –
prodigieuse actrice.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration

 

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Où aller ? (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



Ô de quelle façon, avec quel gémissement
nous nous sommes caressés, épaules et paupières.
Et la nuit se terrait dans les chambres,
comme un animal blessé que nous aurions transpercé de douleur.

Étais-tu élue entre toutes pour moi,
n’était-ce pas assez d’être la soeur ?
Ton être était pour moi comme une vallée délicieuse,
et maintenant, à la proue du ciel il

s’incline en une apparition inépuisable
et il étend son empire. Où aller ?
Hélas dans l’attitude de la déploration
tu te penches vers moi, toi qui ne consoles pas.

Lorsque ton visage me fait ainsi me consumer,
comme une larme celui qui pleure,
que je multiplie mon front, ma bouche
autour des traits que je connais pour tiens,
il me semble, par-dessus ces ressemblances
qui nous séparent parce qu’elles sont doubles,
déployer une pure identité.

***

O wie haben wir, mit welchem Wimmern,
Augenlid und Schulter uns geherzt.
Und die Nacht verkroch sich in den Zimmern
wie ein wundes Tier, von uns durchschmerzt.

Wardst du mir aus alien auserlesen,
war es an der Schwester nicht genug?
Lieblich wie ein Tal war mir dein Wesen,
und nun beugt es auch vom Himmelsbug

sich in unerschöpflicher Erscheinung
und bemächtigt sich. Wo soll ich hin?
Ach mit der Gebärde der Beweinung
neigst du dich zu mir, Untrösterin.

Wenn ich so an deinem Antlitz zehre
wie die Träne an dem Weinenden,
meine Stirne, meinen Mund vermehre
um die Züge, die ich an dir kenn,
mein ich über jene Ähnlichkeiten
die uns trennen, weil sie doppelt sind
eine reine Gleichung auszubreiten.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration retirée sur demande de l’artiste

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