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Poésie

Posts Tagged ‘soie’

Fuyant le ciel (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2017




Fuyant le ciel

Fuyant le ciel, effrayé de la terre,
tu peignais un soleil fragile
un rameau d’if sur fond de soie.

Tu nommais les veines du bois
les cristaux de neige, la pluie.
Un insecte venait parfois
mourir sous ta lampe la nuit.

Tu nommais les oiseaux, les fleurs,
chaque fruit d’un nom nouveau,
les poissons – tes frères – l’eau,

croyant que nommer donne un gage,
qu’un mot pur vaut une clef,
que la porte du passage
céderait sous ta poussée,

céderait vers quel mirage!

(Jean Joubert)

Illustration: Vincent Van Gogh

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OUVRE (Sire de Chambley)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017



Illustration: Pascal Renoux
    
OUVRE

Ouvre les yeux, réveille-toi;
Ouvre l’oreille, ouvre la porte :
C’est l’Amour qui sonne et c’est moi
Qui te l’apporte.

Ouvre la fenêtre à tes seins;
Ouvre ton corsage de soie;
Ouvre ta robe sur tes reins;
Ouvre qu’on voie !

Ouvre à mon cœur ton cœur trop plein
J’irai le boire sur ta bouche !
Ouvre ta chemise de lin :
Ouvre qu’on touche !

Ouvre les plis de tes rideaux;
Ouvre ton lit que je t’y traîne :
Il va s’échauffer sous ton dos.
Ouvre l’arène !

Ouvre tes bras pour m’enlacer;
Ouvre tes seins que je m’y pose ;
Ouvre aux fureurs de mon baiser
Ta lèvre rose !

Ouvre tes jambes ; prends mes flancs
Dans ces rondeurs blanches et lisses;
Ouvre tes deux genoux tremblants…
Ouvre tes cuisses !

Ouvre tout ce qu’on peut ouvrir :
Dans les chauds trésors de ton ventre
J’inonderai sans me tarir
L’abîme où j’entre !

(Sire de Chambley)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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Une boucle de soie (Stefan George)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017



La prairie éveillée attirait par ses charmes
Foulant les violettes elle venait à la grille
parée pour le fiancé comme chaque année
Elle pensait à lui jusqu’après les vendanges.

Seule une alouette en chantant dans le bois
Remarquait sa rougeur et aussi son effroi
Et le cortège long des jours d’été la vit
Songeuse en se fanant derrière ses ifs.

De ses sveltes beautés seule peut témoigner
Auprès de ses colliers une boucle de soie
Qu’une amie fidèle garda dans un tiroir…
Et aussi l’herbe simple avec un bloc marbré.

(Stefan George)


Illustration: Claude Monet

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UN BRUIT DE SOIE (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



UN BRUIT DE SOIE.

Un bruit de soie plus lisse que le vent
Passage de la lumière sur un paysage d’eau.
L’éclat de midi efface ta forme devant moi
Tu trembles et luis comme un miroir
Tu m’offres le soleil à boire
À même ton visage absent.
Trop de lumière empêche de voir ;
l’un et l’autre torche blanche,
grand vide de midi
Se chercher à travers le feu et l’eau fumée.
Les espèces du monde sont réduites à deux
Ni bêtes ni fleurs ni nuages.
Sous les cils une lueur de braise chante à tue-tête.
Nos bras étendus nous précèdent de deux pas
Serviteurs avides et étonnés
En cette dense forêt de la chaleur déployée.
Lente traversée.
Aveugle je reconnais sous mon ongle
la pure colonne de ton coeur dressé
Sa douceur que j’invente pour dormir
Je l’imagine si juste que je défaille.
Mes mains écartent le jour comme un rideau
L’ombre d’un seul arbre étale la nuit à nos pieds
Et découvre cette calme immobile distance
Entre tes doigts de sable et mes paumes toutes fleuries.

(Anne Hébert)

 

 

 

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ODE (Pierre Motin)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



Illustration: Max Szoc Leuven
    
ODE

Doux antre, où mon âme guidée
Met son désir audacieux.
Clos à mes mains, clos à mes yeux,
Et découvert à mon idée;

Tertre qu’un lis dore la bouche,
De qui le dessous enflammé
Ressemble un œillet mi-fermé
Alors que le soleil se couche;

Brun séjour et secret arcade
Au fond de vermeil éclatant.
Et qui va le marbre imitant
Et le dessus dune grenade ;

Beau crêpe qui dessus blondoie,
De plus fin qu’on puisse trouver,
Amour lui-même en fit le ver
Et lui-même en fila la soie;

Toison d’or, d’amour enseignée,
Où mon désir est arrêté
Ainsi qu’une mouche en été
Dans les filets d’une araignée;

Petits gazon fait d’une rose,
Gros comme un coing en sa couleur,
Ne laisse point sécher ta fleur
A faute qu’aucun ne l’arrose.

(Pierre Motin)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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La matière (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



La matière

la matière des sons
leur texture m’est offerte
m’est ouverte
leur texture jusqu’à la torture

étrangement manipulés
m’éprouvant,
les sons innombrables qui me disjoignent
autrement me joignent,
m’unifient, s’unifient

Enveloppements! Envahissement

Soie dans les fibrillations

(Henri Michaux)


Illustration

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LE PAVILLON DE LA SOIE (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



Gérard Hunot   enlacement site [1280x768]

LE PAVILLON DE LA SOIE

Puisque l’hiver a pétrifié les cascades et défeuillé les canneliers du jardin,
puisque nous ne reverrons plus avant longtemps les fauvettes, les libellules et les pivoines,
allons dans le Pavillon de la Soie, où brillent des ruisseaux
parmi des arbres chargés de fleurs et d’oiseaux.

Afin que tu entendes gazouiller les fauvettes brodées,
je te chanterai la Chanson de la Naissance du Printemps,
et tu n’auras qu’à fermer les yeux pour te croire sur une rive du Tchiang-hang,
le troisième jour de la troisième lune.

Peut-être, t’endormiras-tu…
Alors, je te donnerai des baisers si légers,
que tu croiras sentir palpiter contre tes joues
des ailes de libellules

(La Flûte de Jade)

Illustration: Gérard Hunot

 

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Si tu crois rêver (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



Si tu crois rêver

Si tu crois que l’heure
Est à tous les vents
Si tu crois Fauvette

Et si pour passer
Il suffit d’un rêve
D’un rêve et d’un peu
D’amour sur la plaie

Si tu crois Fauvette
A la courte paille
Si tu crois au vent
Oui dit des merveilles
Et aux voiliers bleus
Cachés dans la main

Alors nous aurons
Des saisons entières
Et un fil de soie
Pour tisser des nuits.

(Robert Momeux)


Illustration

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L’écharpe (Maurice Fanon)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017



    

L’écharpe

Si je porte à mon cou
En souvenir de toi
Ce souvenir de soie
Qui se souvient de nous
Ce n’est pas qu’il fasse froid
Le fond de l’air est doux
C’est qu’encore une fois
J’ai voulu comme un fou
Me souvenir de toi
De tes doigts sur mon cou
Me souvenir de nous
Quand on se disait vous

Si je porte à mon cou
En souvenir de toi
Ce sourire de soie
Qui sourit comme nous
Sourions autrefois
Quand on se disait vous
En regardant le soir
Tomber sur nos genoux
C’est encore une fois
J’ai voulu revoir
Comment tombe le soir
Quand on s’aime à genoux

Si je porte à mon cou
En souvenir de toi
Ce soupir de soie
Qui soupire après nous
C’n’est pas pour que tu voies
Comme je m’ennuie sans toi
C’est qu’il y a toujours
L’empreinte sur mon cou
L’empreinte de tes doigts
De tes doigts qui se nouent
L’empreinte de ce jour
Où les doigts se dénouent

{Final:}
Si je porte à mon cou
En souvenir de toi
Cette écharpe de soie
Que tu portais chez nous
Ce n’est pas qu’il fasse froid
Le fond de l’air est doux
Ce n’est pas qu’il fasse froid
Le fond de l’air est doux.

(Maurice Fanon)

 

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Avec les sept couleurs (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



Illustration: Samuel Silva  (c’est bien un DESSIN pas une photo!!)
    
Avec les sept couleurs tu dessines un enfant,
la lampe, la lumière à l’entour,
il n’y a rien sinon ce regard,
la branche d’aubépine, un soleil de soie
impatient d’être fleur,
la nuit pour confidente.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: Matière solaire / Le poids de l’ombre / Blanc sur blanc
Traduction: Michel Chandeigne, Patrick Quillier et Maria Antonia Câmara Manuel
Editions: Gallimard

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