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Poésie

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Le même chemisier de soie (Hala Mohammad)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2018




    
Le même chemisier de soie
Noir

Je le porte aux mêmes occasions
Heureuses
Et malheureuses

De lui-même, il change d’odeur.

Le même chemisier de soie
Noir
Chemisier des mêmes occasions
Heureuses
Et malheureuses
Je l’ai esquinté, en changeant ses boutons
En ajustant sa longueur
En coupant ses manches
Et en l’aspergeant de parfum et d’encens.

Il me semble que ce chemisier de soie noir
A cessé
De palpiter.
D’oxygène.

***

(Hala Mohammad)

 

Recueil: Ce peu de vie
Traduction: Antoine Jockey
Editions: Al Manar
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Le soldat et les servantes (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2018



Le soldat et les servantes

Dans l’escalier qui roule
à grilles vers l’étage
où boivent les capitaines
voici les filles de Nancy
apportant le riesling.

Par de beaux rubans à dénouer
liant au creux des reins
mousseline et dentelles
dorment sur leurs jupes gonflées
les tabliers blancs
Pour le soldat qui les regarde
elles ne sont pas fières
les filles de Nancy.
C’est avec l’un que l’une ira
lorsque places et porches
seront d’ombre
rêver la ville aux rois
– c’est avec l’un que l’une ira
– douce est ta vareuse de drap
mon soldat
– ton corps qui fuit de toutes ses soies
laisse courir mes doigts.

Les filles de Nancy
– c’est avec l’un que l’une ira
aiment trop les fantassins
et rêvent qu’on les embrasse
comme dans les films.

Le train en partance ne revient pas
et le quai luira sous les pas
sous les pas et sous la pluie
– c’est avec l’un que l’une ira –
jamais il ne reviendra
et ce n’est plus vers vous qu’il ira
filles de Nancy
mais vers d’autres villes.

Avez-vous toujours
votre vin gris et vos rires
pour le caporal de jour
filles de Nancy ?

Parfois dans la ville lorraine
– Chantons
tous les soldats se ressemblent
– avec mes sabots dondaine
je ne suis pas si vilaine…
– Non pas j’en sais qui se sanglent
d’un geste si las
qu’ils sont beaux comme des anges
des anges qui marchent au pas.

Quand le café sera mort
mort de nuit
elles iront danser
belles d’ennui
dans tout les bouges du sort
les filles de Nancy.

(Armand Lanoux)


Illustration

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Néfertiti (Herbert Zbigniew)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018




    
Néfertiti

Qu’est-il advenu de l’âme
après tant d’amours

ah ce n’est plus un oiseau géant
qui agite ses ailes blanches
jusqu’à l’aube de chaque nuit

un papillon
est sorti des lèvres
de Néfertiti morte
un papillon
comme un souffle
coloré

que la route est longue
du dernier soupir
à l’éternité la plus proche

le papillon vole au-dessus de la tête
de Néfertiti morte
il l’enserre d’un cocon
de soie

Néfertiti
ô larve
faut-il attendre longtemps
ton départ

(Herbert Zbigniew)

 

Recueil: Corde de lumières oeuvres poétiques complètes
Traduction: Brigitte Gautier
Editions: LE BRUIT DU TEMPS

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VISITE MATINALE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



Illustration: Goyo Hashiguchi
    
VISITE MATINALE
Inconnu

La belle princesse Ko-Koué, qui possède le cœur du maître, va lui rendre hommage.
Dès l’aube, elle monte à cheval, et entre, au palais, par la Porte d’Or.
Elle dédaigne toute espèce de fards,
sachant bien qu’ils ne pourraient que ternir, les nuances exquises de son teint.

Mais, d’un pinceau léger, elle dessine ses sourcils.
Seuls, les papillons des vers à soie,
ont des cornes d’une courbe aussi délicate…
et c’est ainsi, qu’elle se présente devant sa Majesté.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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BILITIS (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



    

BILITIS

Une femme s’enveloppe de laine blanche. Une autre se vêt de soie et d’or.
Une autre se couvre de fleurs, de feuilles vertes et de raisins.

Moi je ne saurais vivre que nue. Mon amant, prends-moi comme je suis :
sans robe ni bijoux ni sandales, voici Bilitis toute seule.

Mes cheveux sont noirs de leur noir et mes lèvres rouges de leur rouge.
Mes boucles flottent autour de moi, libres et rondes comme des plumes.

Prends-moi telle que ma mère m’a faite dans une nuit d’amour lointaine,
et si je te plais ainsi, n’oublie pas de me le dire.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Au sommeil (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



Toi qui, de tes pavots, enchaînes
Les yeux mêmes des Dieux et mênes
Souvent des mendiants au trône
Et des bergers près d’une belle,
Ecoute: Je ne te demande
Rien de chimérique aujourd’hui;
C’est le plus grand de tes services,
Bien-aimé, qu’il te faut me rendre.

Assis aux côtés de ma belle,
Je lis dans ses yeux du désir
Et je peux, sous la soie jalouse,
Voir se soulever sa poitrine;
Souvent l’Amour l’avait livrée
à mes baisers? mais il me faut
Etre privé de ce bonheur;
Inflexible, sa mère veille.

Ce soir, tu me retrouveras
Chez elle. Oh! entre, et, de tes plumes,
Répands l’odeur de tes pavots,
Dans le sommeil plonge sa mère!
Aux lueurs pâles des bougies
Qu’Annette, brûlante d’amour,
Comme sa mère dans les tiens,
S’abatte dans mes bras avides!

***

An den Schlaf

Der du mit deinem Mohne
Selbst Götteraugen zwingst
Und Bettler oft zum Throne,
Zum Mädchen Schäfer bringst,
Vernimm: Kein Traumgespinste
Verlang ich heut von dir.
Den größten deiner Dienste,
Geliebter, leiste mir.

An meines Mädchens Seite
Sitz ich, ihr Aug spricht Lust,
Und unter neid’scher Seide
Steigt fühlbar ihre Brust;
Oft hatte meinen Küssen
Sie Amor zugebracht,
Dies Glück muß ich vermissen,
Die strenge Mutter wacht.

Am Abend triffst du wieder
Mich dort, o tritt herein,
Sprüh Mohn von dem Gefieder,
Da schlaf die Mutter ein:
Bei blassem Lichterscheinen,
Von Lieb Annette warm
Sink, wie Mama in deinen,
In meinen giergen Arm!

(Goethe)

Illustration: Pierre-Narcisse Guérin

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Tout ce bleu (Lise Cassin)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018



Pour un ciel habillé de mousseline hortensia
Concerto d’une fugue de Loire « Outremer »
Céramique indigo enchâssée dans l’or des sables.

Comme une coulée d’encre,
le toit d’ardoise
s’égoutte vers les fenêtres aux transparences de jade.

La glycine enlace la maison de granit.
Une fille en jupe pervenche a traversé le pont.
La lumière estompe la flamme de ses jambes.

Le vent fait vivre sur ta peau, la soie marine
de ta chemise.
Mais, tes yeux d’océan gardent leur mystère.

Parfum des lavandes…
J’ai le cœur « ébleui »

(Lise Cassin)

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Chantent les grillons-carillon (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2018



Chantent les grillons-carillon,
C’est la fièvre qui frémit,
Crisse le four desséché,
C’est une soie rouge qui brûle.

Les souris s’aiguisent les dents
Sur le fond ténu de la vie.
Une hirondelle ou bien l’enfant
Aura détaché mon esquif.

Que chuchote au toit la pluie —
C’est une soie noire qui brûle —
Mais le merisier entendra
Jusqu’au fond des mers — adieu.

Vu que la mort est innocente
Et qu’on ne peut rien y changer —
Dans la fièvre du rossignol
Le coeur est encore brûlant.

(Ossip Mandelstam)


Illustration

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IL PLEUT (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



    
IL PLEUT

1
Il pleut, il pleut avec fureur,
Une humide poussière a tremblé sur nos vies;
Toi, tu gifles et claques, ô Tonnerre, et tu cries !
Sur chaque coeur,
Écoute, entends… on tambourine…
Perçois-tu ces coups répétés ?

Courir, courir dessous la pluie si drue, si fine,
Nu, les bras écartés,
Comme pour en découdre,
Vers des forêts !
Il pleut, il pleut. Mais toi, que tends-tu tout exprès
Ta si petite paume au-devant de la foudre ?

Qui nous sert cette pluie ? Un vent joueur et frais.
Aimant violenter les beaux cheveux défaits
Des filles, écho rude à la tendre avalanche
De leur rire de soie.

Feuilles sèches au coeur imparfait, sur la branche
J’entends craquer votre plainte cent fois.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Deuxième anniversaire (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018




    
Deuxième anniversaire

Non, je n’ai pas pleuré toutes mes larmes
Elles se sont amassées en moi.
Depuis longtemps mes yeux n’en ont plus,
N’en ont plus aucune, et je vois le monde.

Plus rien ne m’étouffe, aucune torture,
Douleur de l’offense, ou de l’absence.
Leur sel, qui brûle tout, s’est glissé
Dans mon sang. Tout est lucide et sec.

J’ai l’impression qu’en quarante et un,
C’était, je crois, le premier jour de juin,
Est apparue, comme sur une soie
Froissée, ton ombre de martyre.

Partout encore s’imprimait le sceau
Des grands malheurs, des récentes menaces.
Et j’ai aperçu ma ville à travers
L’arc-en-ciel des larmes dernières.

(Anna Akhmatova)

 

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