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Poésie

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Combien de temps te lamenteras-tu (Mohammad Iqbal)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2017



Illustration
    
Si tu as dans ta bourse la monnaie de poésie,
Frotte-la à la pierre de touche de la vie

Longtemps tu t’es reposé sur un lit de soie :
Accoutume-toi au coton grossier!

Jette-toi sur le sable brûlant
Et plonge dans la source de Zemzem !

Combien de temps te lamenteras-tu comme le rossignol ?
Combien de temps feras-tu ta demeure dans des jardins?

(Mohammad Iqbal)

 

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LES DIMENSIONS DU JOUR (XI) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2017



Illustration: Lorenzo Mattotti
    
LES DIMENSIONS DU JOUR (XI)

Mes mains cherchent sur toi la place
où ma caresse fait son bruit de soie
et nos corps se tiennent debout avec, contre eux,
le poids des murs de toute une ville.

D’un seul regard, d’un seul baiser,
je suis plus près de ton corps que tu ne le seras jamais
et ta bouche vient se poser sur la mienne
un peu comme l’écume au-dessus d’un ruisseau noir.

Il suffit que je te prenne dans mes bras
pour qu’entre nous surgisse un essaim
dont nous pressons la grappe chaude
à l’endroit où nous sommes hauts d’un seul sommet.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2017



    

Illustration: Lisa G

LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (I)

Passé le genou où la main se creuse
comme une semence qui germe
en soulevant un peu la terre,
je vais vers ton ventre comme vers une ruche endormie.

Plus haut ta peau est si claire
que les jambes en sont nues pour tout le corps
et mon regard s’y use
comme au plus tranchant d’un éclat de soleil.

Au-delà, il y a ta lingerie qui sert à t’offrir
et à colorer mon désir.
Tes cuisses, lisibles de toute leur soie, se desserrent
et je vois la ligne de partage de ta chair.

Géants de la sensation,
mes doigts vont se fermer
sur le seul point du monde
où se carbonisent des hauteurs entières de jour.

Et c’est enfin la pleine rivière
que je remonte sans effort,
parce que tes seins s’y élèvent
comme deux cailloux à fleur d’eau.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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A la Bien-Aimée (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



A la Bien-Aimée

Vous êtes mon palais, mon soir et mon automne,
Et ma voile de soie et mon jardin de lys,
Ma cassolette d’or et ma blanche colonne,
Mon parc et mon étang de roseaux et d’iris.

Vous êtes mes parfums d’ambre et de miel, ma palme,
Mes feuillages, mes chants de cigales dans l’air,
Ma neige qui se meurt d’être hautaine et calme,
Et mes algues et mes paysages de mer.

Et vous êtes ma cloche au sanglot monotone,
Mon île fraîche et ma secourable oasis…
Vous êtes mon palais, mon soir et mon automne,
Et ma voile de soie et mon jardin de lys.

(Renée Vivien)

Illustration: Arthur Braginsky

 

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Passantes, Couronnes de ma Folie (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



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Passantes, Couronnes de ma Folie

Des femmes fondent devant les carreaux de mon cœur
une neige de robes souples et de langueur,
soufflent dessus le ciel puissant de leur beauté :
buée qui coud sa soie sur tout le verre.

Soie qui aveugle.
Et je m’emmêle à l’écheveau des yeux
coulant le long des murs du souvenir
comme la lenteur d’un fleuve de plaine.
L’amour et la folie m’étranglent de leurs bagues.
Et mon cœur a pris sa tête entre ses mains
pour ne plus voir votre jour, ô femmes !

La courroie de la mort bat des ailes sur le ciel
et rôde autour de ma faiblesse.
Le pauvre fou d’amour s’en va le long des routes
noyer dans les grands bois
et dans les champs qui fuient les beaux démons
les si beaux démons aux danses de feu.

Sur son âme ne s’éparpille plus l’eau si douce du repos,
son cœur saute sur les pierres du chemin
et s’accroche aux haies comme un oiseau qui va mourir.
Une pluie de doigts blancs, de doigts précieux
comme de l’or mouille sa fuite éperdue vers l’oubli.

(Lucien Becker)

Illustration: François Contesse

 

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Mes mains cherchent sur toi la place (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



 

Emilia Castañeda pt_06_B [1280x768]

Mes mains cherchent sur toi la place
où ma caresse fait son bruit de soie
et nos corps se tiennent debout avec, contre eux,
le poids des murs de toute une ville.

D’un seul regard, d’un seul baiser,
je suis plus près de ton corps que tu ne le seras jamais
et ta bouche vient se poser sur la mienne un peu comme
l’écume au-dessus d’un ruisseau noir.

Il suffit que je te prenne dans mes bras
pour qu’entre nous surgisse un essaim
dont nous pressons la grappe chaude
à l’endroit où nous sommes hauts d’un seul sommet.

(Lucien Becker)

Illustration: Emilia Castañeda

 

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Au cou un mince chapelet (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017



 

Au cou un mince chapelet,
Je cache mes mains dans un large manchon.
Mes yeux ont un regard distrait;
Ils ne pleureront plus jamais.

Mon visage a l’air plus pâle
À cause de la soie mauve,
Les cheveux raides de ma frange
Descendent jusqu’aux sourcils.

Et cette démarche lente
Ne ressemble à aucun envol,
Comme si mes pieds se posaient
Sur un radeau et non sur un parquet.

Ma bouche pâle est entrouverte,
Ma respiration, pénible, inégale;
Et sur ma poitrine tremblent
Les fleurs d’un rendez-vous manqué.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Koloman Moser

 

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Une voix de femme glisse comme le vent (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017



Une voix de femme glisse comme le vent
Des ténèbres de l’humidité, de la nuit,
Et tout ce qu’elle touche dans son vol
Devient soudain autre.
Elle coule, inonde avec l’éclat d’un diamant,
Quelque chose quelque part, s’argente une seconde,
Et sous une cape énigmatique
De soies irréelles elle bruit.
Et quelle force puissante
Tire là-bas cette voix enchantée
Comme s’il n’y avait pas au bout la tombe
Mais l’ascension d’un mystérieux escalier

(Anna Akhmatova)

Anna AKHMATOVA, 19 décembre 1961 à l’Hopital Lénine en entendant à la radio cette oeuvre:

Illustration: Alexandru Darida

 

 

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Comment sortir de l’étouffement (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017




    
comment sortir de l’étouffement est-ce
seulement possible oui et non bien sûr
parfois tout est si haletant presque
suffoquant on est comme noyé de trop
de tout je cherche je pulse je respire
dans l’infra-poumon je capte et je puise
je fleuris avec une rage de soie
comment renverser la spirale avancer
pas à pas surtout pas à pas je veux dire
un pas après l’autre comme si l’on
marchait dans une forêt inconnue sans
rien y comprendre

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Chet Baker (Déploration)
Editions: Le Castor Astral

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Ton feu porte le parfum d’un ciel en prière (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2017



ton feu porte le parfum
d’un ciel en prière

troue de toutes parts
le vêtement de l’âme

la soie du bleu
est en oubli

le bleu du soi
est dans l’ébloui

(Zéno Bianu)


Illustration: Ernest Pignon-Ernest

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