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Poésie

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Little Venice (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2020



 

Little Venice

Little Venice

Tout au long de Little Venice
petit canal aux eaux tranquilles
avec son bassin et son île
les barques comme sur la glace
et nous nous embrassant debout contre les arbres

Ma mémoire s’endeuille
ma mémoire s’endort
il y avait alors
des friselis de feuilles
et de douces odeurs

Tout au long de Little Venice
des jours que le temps éfaufile
qui avaient ta forme gracile
indécis lentement s’effacent
mais nous nous embrassons toujours contre nos arbres

Ma mémoire s’endeuille
ma mémoire s’endort
il y avait alors
des friselis de feuilles
et de douces odeurs

Tu avais un gilet de soie et de velours

(Louis Calaferte)

Illustration

 

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Les anges (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019



Illustration: Giovanni Giacometti
    
Les anges Nella
ne sont pas
comme on voit dans la peinture
des serviteurs aux mains de femme
des messagers aux manières tendres
aux ailes sucrées
Les anges c’est vrai nous amènent quelque chose
mais avant de l’amener
il leur faut débarrasser notre coeur
de tout ce qui l’encombre
comme on passe une éponge sur la table
avant d’y déplier une dentelle
une soie très fragile
qu’un rien pourrait salir

Les anges comme je les sais
n’ont qu’un seul travail
qui est d’arrêter de suspendre
interrompre la vie ordinaire
l’eau courante de la vie
comme on dresse un barrage sur un fleuve
pour avoir un peu plus d’eau d’énergie
Après on peut reprendre poursuivre
après on peut entendre
la bonne nouvelle
de vivre
après seulement

Les anges ne sont pas des personnes
ne sont que des silences
de purs silences gardiens
On peut en voir souvent
si on regarde bien
dans les jardins publics
auprès d’une femme
penchée sur son enfant
ou d’un arbre
incliné sur son ombre

(Christian Bobin)

 

Recueil: La Vie Passante
Editions: Fata Morgana

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Tremblant trouvère (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



Tremblant trouvère

Je pense à tes yeux qui trouent les nuages
Je pense à ton visage
N’oublie pas petite
Que les nuits et les jours sont mariés à jamais

Je pense à la marraine du vent
Qui a jeté sa coiffe au fond des mares noires
Je pense à tes yeux
Je pense à ton corps à sa soif d’orage à sa soif d’eau pure
Crois-moi petite les jours et les nuits
Ont même visage aux cendres de l’amour

N’oublie pas
N’oublie pas petite que l’amour est un fruit
Pour tant de mains tremblant dans le feuillage du soir
Je pense à tes seins qu’un sanglot gonfle encore
Je pense à tes yeux qui se ferment lentement

Crois-moi petite
Et n’oublie pas que l’amour vient vite
Et n’oublie pas ces nuits qui ne sont pas venues
Et n’oublie pas ces joies passées on ne sait où
Et n’oublie pas que l’amour s’en va vite

(Robert Momeux)

Illustration: Francine Van Hove

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TENDU COMME UN VIOLON (Aba Stoltzenberg)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2019




    
TENDU COMME UN VIOLON

Tendu comme un violon
J’attends intensément la main du virtuose
Sur la soie de l’archet
Les yeux éteints.
J’attends comme une forêt sombre,
Embrase-moi de toutes parts,
Prends-moi comme on force une fille,
Je suis une salle fébrile
Aux fenêtres illuminées,
Bourdonne la soie fine et moi partout je tourbillonne,
Les sens béants comme des plaies à vif.

(Aba Stoltzenberg)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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À fleur de peau (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019




Illustration: Egon Schiele

    
À fleur de peau

Les pétales mouillés s’agitent sur les tempes
dans les rameaux secrets des coquilles intimes
du clignement de l’oeil aux chemins de halage
les courbes discourent dans les épis de la neige

La rosée

Le calice tendre frémit
délicieusement entre le cuivre et l’orangé
dans l’écrin des paupières vertes
baisers de seins clairs
germent avec les ongles sombres
sur les nuques saupoudrées de pollen

L’étamine
le parfum brille
je t’aime

La corolle striée grandit chante
les roues marbrées des veines caressantes
le duvet des lueurs les liqueurs d’émoi
rouillent dans les ruines où tremblent nos brumes

Le pistil
rosée de fièvre
la neige de soie tombe
respire

Tout autour de nous
tout proche
le scintillement des découvertes

Respire encore

Le sang vif perle
autour du fard dans les coquilles
caressantes entre le bronze et les rameaux
charmeurs de soies passagères
valsent en lèvres
niellées dans la lueur des pétales

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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HIRONDELLE (Max Olivier Bizeau)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2019



Illustration: Christophe Monnin  
    
HIRONDELLE

Ta mère, quand elle t’écrivait
T’appelait hirondelle
Tu étais bonheur en l’espace
Délivrée d’elle, et pourtant
Comme prise dans ses cheveux
Unie au vent
Tes ailes coupant la lumière
Tu te cognais parfois à la vitre du ciel
Décourageant tes rêves
Ton vol de soie froissée
Annonçait la joie
Hirondelle, l’as-tu jamais su
Seule, tu faisais le printemps…

(Max Olivier Bizeau)

 

Recueil: Paris … en haïku et en brèves
Traduction:
Editions: La Simarre

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MONTAGNE, CIEL, SOLEIL ET PAIX (Moshe-Leib Halpern)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



 
    
MONTAGNE, CIEL, SOLEIL ET PAIX

Au coeur du monde, quelque part au coeur du monde
Il existe un marais comme un orgue qui gronde,
Un crapaud noir plus gros qu’un ours attend
De-ci de-là ballottant

Depuis mille ans déjà, peut-être plus longtemps
De-ci de-là ballottant.
Quelque part au-dessus du monde – l’oeil pareil
Sur la cime d’un arbre à l’éclat du soleil
Un oiseau las et malade est tapi,
Rêvant au moucheron mourant sur un épi
Et depuis mille ans sa tête se plie
Vers le bel épi, vers le bel épi.

Au-dessus du monde, ô toi ciel distant,
Comme mon exil crie en sanglotant
Ton silence au-dessus des lumineux lointains,
Ton soleil dans la soie et dans l’or qui s’éteint
Au fil des faux tranchant chantant dans le matin
Des lumineux lointains, des lumineux lointains.

Vois-tu l’or dans le ciel et l’arbre – tu dis soir,
Veux-tu savoir ce qu’est le soir – tu dis tristesse,
Veux-tu savoir ce qu’est la tristesse
Avec ta bouche et tes yeux tu te vois
Aveugle et muet dans le triste soir
Pleurant alors comme la clarté pleure
Dans la main d’un enfant le soir
Tu es la lumière et l’enfant qui pleure
En ton sang – dans le triste soir.

(Moshe-Leib Halpern)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Chanson muette (Gaëtane Drouin Salmon)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2019



Chanson muette

Coloris d’ombres sur l’été
grappes d’enfants soie

silence emmitouflé d’oiseaux
nuage de paroles sur la neige
bourrasque de feu

il y aura toujours
un écho perdu qu’on retrouve
un soleil ébloui qui perdure
une chanson muette avec

mon corps dedans

(Gaëtane Drouin Salmon)

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A la surface de l’eau (Ryôkan)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2019



A la surface de l’eau
des sillons de soie –
pluie de printemps

***

mizu no mo ni
ayaori midaru
haru no ame

(Ryôkan)

Illustration

 

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Le coup de foudre (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2019



Le coup de foudre

les jardins froissent leurs soies
les fleurs sans remuer les lèvres
chantent la gorge d’une passante dont les yeux ne voient rien

en quelques pas tout est dit
de ce qu’enseigne une longue vie dans les livres

(Daniel Boulanger)


Illustration: Fabienne Contat

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