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Poésie

Posts Tagged ‘soigner’

Chaque mot que j’écris (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
Chaque mot que j’écris me restitue à l’absence par laquelle j’écris
ce que je n’écrirais pas si je te laissais venir ici.

Je m’en tiens au poème.
Le poème me porte aux confins, loin des maisons des vivants.
Et par où irai-je quand je partirai sans revenir ?

Et nul ne comprend.
Toute ma vie t’attend.
Et cependant je cherche la nuit du poème.
Je pense seulement à ton corps mais je refais le corps de mon poème
comme on tente de se soigner une blessure.

Et nul ne me comprend.
Je sais que la vie, que l’amour, doivent changer.
Ceci que dit mon masque sur l’animal que je suis, suggère péniblement une alliance entre les mots et les ombres.
D’où dérive un état de terreur qui nie l’ordre des humains.

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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C’est une affaire de goût (Francis Picabia)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2018



   


    
C’est une affaire de goût

C’est elle qui me soigne
le soir au lieu de faire l’amour
elle donne à boire
aux poissons rouges.

(Francis Picabia)

 

Recueil: Anthologie
Traduction:
Editions: Seghers

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Guimauve (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



Guimauve

Sur la terre, la Guimauve n’avait cherché qu’à développer ses instincts de bienfaisance.
Longtemps elle avait exercé l’état de garde-malade.
Préparer des tisanes était son suprême bonheur.
Souvent, lorsqu’elle se promenait dans la campagne,
si elle rencontrait une sauterelle accablée par la chaleur,
faisant la sieste dans un sillon, ou une grenouille tapie dans les joncs,
elle trouvait que la sauterelle et la grenouille avaient l’air d’être malades,
et elle les emportait au logis pour les soigner.
Elle poussait le dévoûment jusqu’à la monomanie.

Lasse du monde où, disait-elle, personne ne se croyait malade,
elle s’était retirée dans un couvent où on lui avait donné la direction en chef de l’infirmerie,
emploi fort important dans un lieu où, ne sachant comment tuer le temps,
on le passe souvent à se croire malade.
Aussi, la Guimauve bénissait-elle tous les jours sa nouvelle position.
Comme la panacée, son remède universel, était la Guimauve,
qu’elle voulait qu’on prit sous toutes les formes,
tisane, pâte, etc., etc, les jeunes religieuses l’appelaient en riant soeur Guimauve,
ce surnom avait fini par lui rester.

(J.J. Grandville)

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Nous avons des cailloux noirs (Herbert Zbigniew)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



    
nous avons des cailloux
noirs à la place des yeux

la bonne mémoire soigne
la blessure du départ

l’éclat inondera
peut-être les dos courbés

en vérité en vérité je vous le dis
vaste est l’abîme
entre la lumière
et nous

(Herbert Zbigniew)

 

Recueil: Corde de lumières oeuvres poétiques complètes
Traduction: Brigitte Gautier
Editions: LE BRUIT DU TEMPS

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La vie, c’est comme une dent (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018




La vie, c’est comme une dent

La vie, c’est comme une dent
D’abord on n’ y a pas pensé
On s’est contenté de mâcher
Et puis ça se gâte soudain
Ça vous fait mal, et on y tient
Et on la soigne et les soucis
Et pour qu’on soit vraiment guéri
Il faut vous l’arracher, la vie

(Boris Vian)

Illustration

 

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Bois l’eau vivante (Franck André Jamme)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018




    
« Bois l’eau vivante, disait-elle,
anime le tambour.

Rassemble tes choses aussi, qu’on entende leur voix :
la coquille et la lance, les lettres de lumière.

Écoute encore ce qui soigne,
le feu et son venin, la perle qui dort dans l’écho.

Et seulement alors, regarde-moi,
marche enfin sur l’éclat.

Fixe-moi longuement, tu verras,
je m’embraserai. »

(Franck André Jamme)

 

Recueil: La récitation de l’oubli
Traduction:
Editions: Flammarion

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Un chien (Jean L’Anselme)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018






Illustration: ArbreaPhotos
   
Un chien

Un chien mourait doucement
son regard ne parlait rien d’autre
que d’une chose infinie incompréhensible
comme une mélancolie
on le soigna pour les reins et pour le foie
et pour les poumons et pour l’intestin
et pour les pieds et pour la tête
et on opéra même le regard

On sut trop tard qu’il attendait son maître.

(Jean L’Anselme)

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C’est ton corps que j’honore (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2018



Illustration: Alex Alemany
    
— C’est ton corps que j’honore,
ton corps que je chante,
ton corps que j’écris,
ton corps que je regarde,
ton corps que je touche,
ton corps que je caresse,
ton corps que je lèche,
ton corps que je lave,
ton corps que je farde,
ton corps que j’habille,
ton corps que je soigne,
ton corps que je nourris,
ton corps que je panse,
ton corps queje parfume,

C’est ton corps que j’embrasse,
ton corps que je protège,
ton corps que je défends,
ton corps que je secours,
ton corps que je sauve,
ton corps queje fleuris,
ton corps que je supplie,
ton corps que je prie,
ton corps que j’admire,
ton corps que je pleure,
ton corps que je veille,
ton corps que j’embaume,
ton corps que j’enterre,
ton corps que j’éternise ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Vous soignez mal votre langage (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
Vous soignez mal votre langage :
voilà pourquoi
vos framboisiers produisent des vipères,
vos archipels toussent le sang,
vos collines se brisent
comme des verres à liqueur,
vos soleils sont infirmes
et vont s’asseoir sur des lits défoncés.
Votre langage
vous soigne mal : vous serez morts
dès le premier accès de prose.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ma liberté (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2017



 

Jean-Pierre Augier_enlacés [1280x768]

Ma liberté

Ma liberté
Longtemps je t´ai gardée
Comme une perle rare
Ma liberté
C´est toi qui m´as aidé
A larguer les amarres
Pour aller n´importe où
Pour aller jusqu’au bout
Des chemins de fortune
Pour cueillir en rêvant
Une rose des vents
Sur un rayon de lune

Ma liberté
Devant tes volontés
Mon âme était soumise
Ma liberté
Je t´avais tout donné
Ma dernière chemise
Et combien j´ai souffert
Pour pouvoir satisfaire
Tes moindres exigences
J´ai changé de pays
J´ai perdu mes amis
Pour gagner ta confiance

Ma liberté
Tu as su désarmer
Mes moindres habitudes
Ma liberté
Toi qui m´as fait aimer
Même la solitude
Toi qui m´as fait sourire
Quand je voyais finir
Une belle aventure
Toi qui m´as protégé
Quand j´allais me cacher
Pour soigner mes blessures

Ma liberté
Pourtant je t´ai quittée
Une nuit de décembre
J´ai déserté
Les chemins écartés
Que nous suivions ensemble
Lorsque sans me méfier
Les pieds et poings liés
Je me suis laissé faire
Et je t´ai trahie pour
Une prison d´amour
Et sa belle geôlière

Et je t´ai trahie pour
Une prison d´amour
Et sa belle geôlière

(Georges Moustaki)

Illustration: Jean-Pierre Augier

 

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